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« L'interprétariat est le métier de mes rêves. »

Katja Raeke du BDÜ-Landesverband Berlin-Brandebourg interviewée par rencontres.de

publié le 15.10.2009

« Interpréter et traduire » est le thème central du salon des langues et cultures Expolingua Berlin, cette année (voir aussi l'interview de rencontres.de du 1.10.2009, n.d.l.r.). L'un des principaux exposants est sans conteste le Bundesverband der Dolmetscher und Übersetzer e. V. (BDÜ) (Fédération allemande des interprètes et traducteurs, n.d.l.r.). Rencontres.de s'est entretenue avec la présidente du Landesverband (association-membre au niveau d'un Land, n.d.l.r.) Berlin-Brandebourg, Katja Raeke, sur les possibilités de formation et les perspectives de travail pour les interprètes et les traducteurs.

Madame Raeke, comment devient-on interprète ou traducteur ?

La profession n'est pas protégée. Il est toutefois indispensable, pour s'imposer sur le marché, d'avoir la formation la mieux adaptée possible. Des études de langues, seules, ne suffisent pas, un diplôme de fin d'études universitaires non plus. La voie classique consiste à faire des études d'interprétariat et de traduction. Si on s'oriente vers l'interprétariat et la traduction par des voies détournées, il faut se perfectionner en parallèle pour acquérir  et valider cette compétence en passant par exemple un examen d'interprète/traducteur diplômé d'Etat.

Quelles sont les possibilités de formation en Allemagne ?

On peut acquérir les qualifications requises pour cette profession en suivant des cursus à l'université ou dans des écoles supérieures qui proposent parfois des spécialisations différentes. Dans la plupart des Länder, on peut passer des examens d’Etat. Le site www.bdue.de en propose un aperçu précis dans la rubrique « Notre profession – Instituts de formation».

Quelles offres le BDÜ tient-il à la disposition des personnes intéressées ?

Le BDÜ les informe sur la manière d’acquérir la qualification professionnelle nécessaire. Il s'engage pour que les possibilités de formation correspondantes soient maintenues. Par ailleurs, nous offrons des séminaires de formation continue et formons au management d'entreprise.

A quoi les jeunes intéressés par une formation ou des études d'interprétariat ou de traduction devraient-ils absolument faire attention ?

Ils devraient être conscients de ce que la grande majorité des interprètes et des traducteurs peut et doit exercer comme travailleurs indépendants. Les postes permanents sont rares. C'est pour cela qu'il est important de se demander : suis-je fait pour travailler en indépendant ? Suis-je capable de traiter les problèmes de gestion, de m'organiser, de communiquer avec les clients et les collègues ? Et surtout: est-il possible de concilier la flexibilité requise par le métier d'interprète ou de traducteur et ma vision d'une vie privée comblée ?

Il est également important de s'informer sur les perspectives qu'offrent certaines langues sur le marché du travail et de vivre un certain temps dans le pays.

Finalement, je conseille à chacun d'adhérer à une association professionnelle pendant ses études. Cela permet d'entrer en contact avec des collègues qui peuvent apporter une aide  précieuse et d'apprendre à « fonctionner efficacement » grâce à des séminaires et à des ateliers.

Selon vous, quelles sont les principales difficultés que rencontrent les interprètes et les traducteurs ?

La plus grande difficulté vient, à mon sens, de ce que la profession n'est pas protégée. Ce qui pose aussi problème, c'est que beaucoup de gens, même très cultivés, font l'erreur de croire que notre travail se limite à traduire mot à mot. En outre, le dumping des prix représente une menace sérieuse. C'est pourquoi on devrait commencer par calculer le prix qu'on peut proposer sans mettre en danger son existence ou ruiner le marché avec des prix exagérément bas. Sur le plan personnel, le défi est de concilier flexibilité mentale, résistance au stress et sensibilité.

Quels sont, d’après vous, les bons côtés du métier ?

On découvre le monde et rencontre beaucoup de personnes différentes. Celui qui aime les gens, est curieux et a une pensée complexe et logique exercera le métier d'interprète et de traducteur avec beaucoup de plaisir. Pour moi, l'interprétariat est un métier de rêve. J'apprécie beaucoup cette flexibilité mentale mais aussi géographique. Je n'ai pas le problème de nombreuses jeunes femmes cultivées: être obligée de choisir entre le travail et l'amour ou mener une relation à distance à longueur de vie. On se soucie peu de ce genre de choses lorsqu'on est encore à l'école. Cependant, il faut trouver son équilibre entre travail et vie privée. Sinon, le meilleur job ne sert à rien.

Comment jugez-vous les chances actuelles des interprètes et des traducteurs sur le marché du travail ?

Avec une bonne formation, un positionnement judicieux sur le marché et du professionnalisme, les perspectives du marché du travail sont bonnes. En tant que membre du BDÜ, on peut rapidement acquérir le sens du marché et faire coïncider ses points forts avec ses propres intérêts et les perspectives du marché.

Les métiers de la traduction ont-ils vraiment un avenir face au développement constant des technologies modernes ?

Bien sûr. Notre activité est tellement complexe qu'il n'est pas encore envisageable d'être remplacés par la machine. Un avantage magnifique !

L'interview a été réalisée par Juliane Seifert, traduction Christina Boge.

Pour en savoir plus :

http://www.bdue.de/ (Page d'accueil du Bundesverband der Dolmtescher und Übersetzer e.V.)

http://expolingua.blogspot.com/ (Blog concernant le thème central « Interprétariat et traduction » de l'exposition Expolingua 2009)

http://www.ihre-dolmetscherin.de/ (Page d'accueil de Katja Raeke)


BDÜ

Avec plus de 6.000 membres, le Bundesverband der Dolmetscher und Übersetzer e.V. (BDÜ) est la plus grande association professionnelle de la branche en Allemagne. C’est un interlocuteur pour les secteurs économique et politique et sur le marché de la formation. Il informe aussi le public sur le profil des métiers d'interprète et de traducteur et sur l'importance de ces professions pour l'Etat et la société. Le BDÜ travaille avec des commissions législatives, mais aussi avec des administrations, des tribunaux et les grandes fédérations professionnelles. Les principaux objectifs de l’association sont une qualité fiable et des honoraires adéquats.

Expolingua

Avec 60 langues, 200 exposants de 30 pays, et 100 conférences, l'Expolingua Berlin est l'un des plus grands salons internationaux des langues et de cultures. Chaque année, le salon met l’accent sur un thème particulier.

L'Expolingua 2009 est particulièrement consacrée à « l'interprétariat et la traduction » et aura lieu du 20 au 22 novembre à la Russisches Haus der Wissenschaft und Kultur à Berlin (pour en savoir plus, voir : http://www.expolingua.com/).



»Faire carrière grâce aux langues«

Cette année l'exposition internationale Expolingua Berlin met l'accent sur l'interprétariat et la traduction

publié le 01.10.2009

60 langues, 200 exposants venus de 30 pays, 100 séminaires, l'Expolingua Berlin est sans conteste l'un des événements majeurs en matière d'expositions internationales dans les domaines des langues et des cultures et unique dans les régions germanophones. Quelque 15 000 fans de langues et de cultures s'y pressent chaque année depuis 1987. À l'occasion de cette 22e édition, l'Expolingua s'adresse tout particulièrement aux personnes désirant faire carrière grâce aux langues. Juliane Walter, membre de l'équipe de l'Expolingua présente à rencontres.de les raisons pour lesquelles ce salon linguistique est véritablement d'actualité ainsi que ce qui attend les visiteurs qui se rendront au Russisches Haus der Wissenschaft und der Kultur entre le 20 et le 22 novembre. 

Alors qu'au cours des éditions précédentes, ce fut plutôt une langue en particulier qui a été mise en évidence, le thème central, cette année, c’est « l'interprétariat et la traduction ». Pour quelles raisons ce choix a-t'il été fait ? 

Les métiers du secteur des langues présentent de multiples facettes et sont passionnants, on peut les trouver partout. L'Expolingua Berlin a cherché cette année un thème central lui permettant de se concentrer sur les perspectives de carrière dans le domaine des langues étrangères. La demande en personnel qualifié en langues étrangères est croissante. La Commission européenne est par exemple un grand employeur de ce point de vue. La Direction générale de l'interprétariat de la Commission européenne recherche d'urgence de nouvelles recrues et à l'occasion de l'Expolingua Berlin, elle souhaite donc mettre en évidence les possibilités de carrière qui s'offrent aux interprètes allemands.

Quelles possibilités sont ouvertes aux personnes intéressées par le sujet « interprétariat et traduction » lors de l'Expolingua ? 

En collaboration avec les Directions générales de l'interprétariat et de la traduction de la Commission européenne ainsi que le Bundesverband der Dolmetscher und Übersetzer e.V. (BDÜ ; note de la rédaction), des offres y seront proposées tout autour de ce thème. Des experts informeront le public sur les différentes facettes de ce secteur d'activité, offriront une première impression sur les possibilités de formation et d'études et présenteront les carrières éventuelles. Les visiteurs auront donc l'occasion d'en savoir plus sur le travail qu'effectuent véritablement les traducteurs et interprètes, où se trouvent les postes éventuels, ils apprendront aussi à quoi ressemblent ces formations. Les thèmes des séminaires concernent la traductologie et la traduction/l'interprétariat, la traduction et l'interprétariat en faveur de la solidarité internationale, l'interprétariat pour l'Union européenne ainsi que pour la police.

Où les personnes intéressées peuvent-elles s’informer au préalable au sujet du programme et des exposants ? 

Notre site Internet offre aux personnes intéressées toutes les informations nécessaires. Qu'il s'agisse du programme des séminaires, du lieu, des informations sur le thème central, notre liste des exposants ou des liens intéressants concernant les langues. Par ailleurs, nous proposons aux fans de l'Expolingua Berlin, une page sur Facebook où ils trouveront des informations importantes autour du thème des langues et toutes les nouveautés concernant cette exposition. Depuis le 21 septembre nous avons en ligne notre propre blog.

Cette année, il y aura donc également un blog sur lequel les visiteurs potentiels peuvent d’ores et déjà prendre connaissance du thème central...

Le blog est un moyen de communication que nous avons découvert l'année dernière pour l'Expolingua. En 2008, la France était l'invité d'honneur et le blog s'est donc articulé tout autour de la langue et de la culture françaises. Quelle est la véritable origine du croissant ? Pourquoi le français est-il considéré comme une langue romantique ? Nous avons archivé les exposés de telle sorte que les personnes intéressées par la langue française ont encore la possibilité de les consulter.

Le blog, cette année, a pour but d'informer les visiteurs sur les différents emplois dans le domaine des langues. Il y aura des interviews de traducteurs et d'interprètes ainsi que des indications portant sur les possibilités de formation et d'études. Au cours des prochaines semaines, des articles concernant l'interprétariat de conférence, la traduction littéraire, l'interprétariat dans le domaine du cinéma et de la littérature ainsi que la traduction de jeux sont au programme. Que fait exactement un interprète ? Où se trouvent les postes éventuels ? À quoi ressemble la formation d’interprète et quelles sont les possibilités ?

Peut-on préparer sa venue à l'Expolingua de manière cohérente ? 

Si vous vous intéressez à des langues et à des thèmes bien précis, alors je vous conseille de jeter un œil au programme des séminaires qui est déjà en ligne. L'ensemble des exposés y est répertorié ainsi que les mini-stages linguistiques, particulièrement appréciés par les visiteurs. Parallèlement aux classiques comme l'anglais ou l'espagnol, vous pourrez également vous initier au russe, au bulgare, au chinois, au finnois, à l'ukrainien ou au coréen. Un programme culturel très varié se déroulera par ailleurs dimanche. Dans ce cas aussi, je vous conseille de consulter notre site au préalable. 

Cela vaut-il la peine de se rendre à l'Expolingua, même si l’on ne s'intéresse pas particulièrement au thème actuel « interprétariat et traduction » mais que l'on aime tout simplement  les langues ? 

Absolument !!! Si vous souhaitez par exemple effectuer un voyage linguistique ou un stage à l'étranger, participer à un cours de langue ou à un échange linguistique avec votre école, l'Expolingua répondra aussi à vos attentes. Les personnes en activité peuvent s'informer sur les possibilités de formation continue en langues, les enseignants et professeurs d'universités se verront proposer des séminaires autour du thème de l'enseignement à l'étranger, des nouveaux médias et des nouvelles méthodes d'enseignement des langues. Le thème de l'acquisition d'une langue chez les jeunes enfants sera également au centre de notre programme samedi matin.

Parallèlement au programme des séminaires, quelque 200 exposants venus de 30 pays seront présents dont des écoles de langue allemandes et étrangères, des organisateurs de voyage linguistique et des organisations de promotion des échanges ainsi que des ambassades, des centres culturels, des offices de tourisme et des éditeurs auprès desquels les visiteurs pourront s'informer sur les sujets de l'apprentissage et de l'enseignement des langues étrangères. 

L'interview a été réalisée par Juliane Seifert, traduction Andrea Razafintsalama.

 

Pour en savoir plus :

www.expolingua.com (Page d'accueil de l'Expolingua) 

www.expolingua.com (Programme de l'Expolingua 2009) 

www.expolingua.blogspot.com (Lien menant au blog de l'Expolingua 2009) (Blog de l'Expolingua 2009)

www.expolingua.blogspot.com (Blog de l'Expolingua 2008)



« Nous ne sommes pas de vulgaires stewards »

Thomas Körbel, traduction Marie-Luce Dauchez, publié le 01.05.2009

La journée de travail commence à 5 h 58 pour Ingrid Eurlings. Depuis le premier check-in du matin, elle ne sait plus où donner de la tête : servir les passagers, répondre aux questions, être aimable. Elle a commencé à Paris, maintenant, elle repart. Ingrid Eurlings, hôtesse  dans le Thalys, voyage quotidiennement de Bruxelles vers Cologne, Paris ou Amsterdam, et s’occupe des clients de première classe.

Aujourd’hui est un jour spécial. Normalement, des quotidiens en plusieurs langues sont à la disposition des voyageurs, mais ils ne sont pas à leur place habituelle. Quelqu’un voudrait savoir s’il y en aura, mais Ingrid Eurlings fait non de la tête. « On s’est fait cambrioler à Paris et les journaux ont été volés. » Un petit malheur, mais cela arrive ! Le passager se satisfait de cette réponse. Ingrid a pour devise : Always give a smile.

Les portes se ferment, et c’est parti. Le voyage de Paris à Bruxelles dure une heure et vingt-deux minutes. La première classe est presque complète. La majorité des voyageurs sont des hommes d’affaires qui font la navette pour le travail. Ingrid Eurlings leur sert le petit-déjeuner. « Bonjour, quelle boisson souhaitez-vous ? » Elle passe sans peine de l’allemand, au français, du hollandais à l’anglais. D’excellentes connaissances d’au moins deux « langues officielles » du Thalys sont requises pour travailler dans le train transfrontalier. Les combinaisons linguistiques dépendent de l’endroit de stationnement.

La Belge a un parcours inhabituel. Avant, elle était mariée et elle gérait la comptabilité dans l’entreprise de son mari. Aujourd’hui, elle est divorcée, a 55 ans, et  depuis cinq ans, elle tourbillonne, vêtue de son costume gris et rouge, dans les couloirs du Thalys. « Il n’y a ni restriction d’âge ni hiérarchie stricte », explique-t-elle, c’est pourquoi elle a pu s’intégrer facilement. « Ce travail me plaît assez, raconte-t-elle. Avant, je travaillais beaucoup plus et c’était plus fatigant. »

Cependant, le travail dans le Thalys n’est pas toujours amusant.  « Parfois, des  « clients mystère » sont à bord et surveillent secrètement les hôtesses et stewards  », rapporte-t-elle. Les employés découvrent seulement plus tard qu’ils ont été inspectés et dans quelle situation ils se sont mal comportés. Celui qui a fait trop d’erreurs risque de perdre sa prime de fin d’année. Ingrid Eurlings n’a cependant encore jamais eu de problème avec ses tests cachés. Always give a smile.

10 h 17, le train arrive à Bruxelles. Pour la plupart des hommes d’affaires, le voyage prend fin ici, tout comme pour Ingrid Eurlings qui a fini sa journée. Le changement d’équipe s’effectue généralement à Bruxelles, du conducteur de train jusqu’au personnel de bord ; c’est le concept de l’entreprise. Ingrid Eurlings est déjà partie lorsqu’une annonce fait pousser un soupir aux passagers. Le haut-parleur résonne : « Mesdames et messieurs, le départ est retardé de 30 minutes environ car nous devons attendre le personnel de bord. Veuillez nous excuser pour ce retard. » D’abord les journaux, ensuite le retard. Aujourd’hui, ça ne tourne pas rond dans le Thalys 9417.

La nouvelle équipe se trouve encore dans le train Cologne-Bruxelles. Normalement, ils disposent de vingt minutes de pause avant le trajet de retour, mais cette fois-ci, pas le temps de souffler. Pourtant, ils ne montrent aucun stress. Carlos Pinto monte dans le train, arrange son costume et met sereinement de l’ordre dans sa voiturette de service. Avec son collègue, il doit s’occuper de trois wagons.

Ce Portugais Colonais d’adoption  est un vieux de la veille. Il y a onze ans, Thalys a intégré Cologne dans son réseau. Il a posé sa candidature à cette époque et fait partie de l’équipe dès le début. Il aime son travail car il vit constamment de nouvelles expériences, comme récemment à Liège : « À la gare, un homme d’affaires est sorti pour fumer une cigarette, explique-t-il, un large sourire aux lèvres. Les portes se sont soudainement refermées sous son nez et le train est parti. L’homme a alors pris un taxi pour Cologne et quand notre train est arrivé, il était déjà sur le quai de la gare pour récupérer ses bagages. »

On peut aussi rencontrer des célébrités dans le Thalys. «Il y a quelques semaines, j’ai servi un café à M. Barroso.» Le président de la Commission  a particulièrement dû apprécier le fait d’être servi par un compatriote.

À dire vrai, le travail d’Eurlings et celui de Pinto ne se différencient pas vraiment de celui d’un steward ou d’une hôtesse de l’air. Ils sont néanmoins tous les deux du même avis : « Nous ne sommes pas de vulgaires stewards. » Le service dans le train est selon eux plus diversifié, les passagers ont accès à Internet et peuvent faire appeler un taxi, tandis qu’en avion, l’accent est mis sur des questions de sécurité qui ne sont pas nécessaires dans le Thalys. En outre, Pinto y voit un grand avantage : « Je suis presque tous les soirs chez moi. C’est important pour moi. Mes collègues qui travaillent à temps plein dans les compagnies aériennes ont beaucoup moins de temps pour leur vie privée. » Pour le reste, le travail de l’équipe à bord est relativement identique à celui effectué dans les avions. À la question de savoir si le préjugé selon lequel les stewards de l’aviation seraient homosexuels vaut aussi pour leurs confrères de la voie ferrée,, Pinto éclate de rire. « Nous savons que chez nous, au moins 50 % des hommes sont gays, dit-il. Mais ça n’a vraiment aucun importance. » Pinto explique que chacun a le droit d’exprimer ouvertement ses préférences. Thalys met un point d’honneur à l’antidiscrimination.

Une autre personne est aussi montée à Bruxelles. Delphine van Meerhaegbe est superviseur et donc l’interlocutrice directe pour Pinto. La jeune Belge est responsable de l’équipe de Cologne, forte de 30 personnes. C’est le plus petit des quatre sites de l’entreprise, qui comprennent dans les services de bord environ 400 employés. Elle accompagne régulièrement son équipe au travail, leur donne des conseils et écrit à la fin de l’année une évaluation. Cependant, cela ne l’empêche pas de participer aussi au travail dans le train. Elle voulait en fait devenir hôtesse de l’air. « Mais pour cela, avec mon mètre 58, je suis officiellement trop petite de deux centimètres », dit la menue jeune femme . Alors, elle est arrivée il y a dix ans dans le Thalys, tout d’abord comme simple hôtesse. Le poste de superviseur est une des rares possibilités d’évolution de carrière pour le personnel de bord du Thalys.

Elle est satisfaite du travail de ses deux collègues. Le conducteur du train annonce l’arrivée à Cologne, la destination est en vue. Les stewards se postent aux portes du train et prennent congé des passagers. Le soleil brille sur le quai de la gare. Pinto et van Meerhaegbe sortent leurs lunettes de soleil. Eux aussi ont terminé la journée. Always give a smile.

Photos: Thomas Körbel



À la découverte du monde avec le VIE

Thomas Körbel, traduction Sylvie Lagnous, publié le 15.02.2009

Romain Chartier traverse en ce moment une période passionnante. Il travaille depuis exactement un an dans une petite entreprise de Francfort qui produit des pages d’accueil sur Internet et des travaux d’imprimerie pour d’autres entreprises. C’est l’un des quelque 4 000 jeunes Français qui, financés par un programme d’encouragement d’État, travaillent chaque année pour des entreprises françaises à l’étranger. Son contrat annuel expire début février, il attend justement qu’il soit prolongé.  « C’est désagréable de ne pas savoir ce qui va arriver », dit-il. Mais ses paroles ne sont pas vraiment en phase avec le langage de son corps. Il est assis, tout à fait détendu, sur son canapé et regarde par-delà les toits de la vieille ville de Mayence. C’est ici qu’il vit. Il est sûr d’obtenir la prolongation et de pouvoir rester un an de plus en Allemagne.

Le calme, c’est ce qui caractérise Chartier. Cet informaticien de 24 ans n’est ni un surdoué ni un carriériste. Il profite plutôt de la vie et, là où une chance se présente, il la saisit. Il en a toujours été ainsi. L’Allemagne aussi a été une occasion qu’il a simplement saisie au bon moment.  « Je m’y suis précipité, comme Obélix est tombé dans le chaudron de potion magique », dit-il avec satisfaction et un soupçon d’autodérision. Dieu sait que Chartier n’est pas gros.

La comparaison est cependant très pertinente. Après sa formation d’informaticien à l’Institut universitaire de technologie et à l’Université de Rennes, Romain Chartier a cherché un job de vacances. Il raconte qu’il est presque tombé des nues quand on lui a offert inopinément un contrat à durée indéterminée lors de l’entretien d’embauche chez le constructeur de logiciels Jouve dans la Mayenne. Un an plus tard, l’entreprise s’est étendue et a acheté une petite usine en Allemagne.  « Alors, j’ai vite réfléchi et proposé d’aller en Allemagne pour le compte de la maison mère française », explique-t-il.

Au début, ça n’avait pas l’air si simple.  « De trop gros investissements », disait-on. Mais Chartier ne se laissa pas décourager. Il connaissait par des amis le Volontariat international en entreprise (VIE), un programme de l’État français qui permet à de jeunes Français de travailler dans une entreprise française à l’étranger pendant 6 à 24 mois. Le programme est intéressant pour les candidats comme pour les entreprises, car exempt de toute imposition. Les coûts demeurent ainsi restreints : Jouve peut économiser largement plus de 10 000 euros grâce à une mission via le Volontariat international. Pour les supérieurs de Chartier, ce fut l’argument décisif, et ils l’ont envoyé en Allemage.

Il travaille donc depuis maintenant un an à Francfort, l’un des trois Français sur les quelque 30 personnes que compte la filiale de Jouve Germany. Sa mission est d’implanter dans la nouvelle antenne la technologie utilisée dans la maison mère.  Mais le travail dans une entreprise multinationale n’est pas toujours facile. Il arrive que des malentendus arrivent dans la communication avec la maison mère en France. « Dans les e-mails, il faut faire super attention et être deux fois plus prudent et précis que d’habitude », dit-il pour décrire les dangers de la collaboration à grande distance. Des imprécisions de langage peuvent conduire à des erreurs, particulièrement entre personnes de langues maternelles différentes. « Nos réunions, par exemple, sont en anglais, raconte-t-il. C’est étrange de parler anglais même entre Français. Parfois, après la réunion, je continue à parler anglais à mes collègues allemands, c’est dommage. »

Pour Chartier, le travail avec les collègues est enrichissant. « J’ai le sentiment que les Allemands sont plus ouverts et plus intéressés que les Français », confie-t-il. Certains se donnent même le mal d’apprendre quelques bribes de français, juste pour pouvoir faire des blagues de temps en temps.  « Je n’ai encore jamais vu ça en France », dit-il.

Pour Romain Chartier, l’humour est important, et pas seulement au travail. C’est pour cette raison qu’il a déménagé à Mayence lorsque son amie est venue elle aussi en Allemagne, il y a six mois. Ils attendent ensemble avec impatience leur premier carnaval dans la métropole rhénane, et Romain a déjà découvert sa passion pour le club de foot Mainz 05.

Si c’était à refaire, il le referait sans hésiter. Il considère le VIE comme une super chance qui offre à tous un immense enrichissement. Il attend maintenant avec impatience la prolongation de son volontariat. Après, il aimerait bien rester encore quelques années en Allemagne pour son entreprise. « D’autres ne font ça que pour améliorer leur carrière, dit-il Moi, ça m’est égal. Je me suis bien plu en Allemagne tout de suite et si ça avait été l’Italie à l’époque, eh bien ! ça aurait l’Italie. »

Photos:

Portrait Romain Chartier : privé

Panneau de Kagi_BC, http://www.flickr.com/photos/kagi/2728869633/


Volontariat international en entreprise (VIE)

Le programme est soutenu par UBIFrance, un organisme public destiné à aider les entreprises françaises lors de leur expatriation et de leur implantation dans d’autres pays. Des jeunes gens entre 18 et 28 ans peuvent travailler, grâce au VIE, entre 6 et 24 mois dans la filiale d’une entreprise française à l’étranger. À cette occasion, le candidat et l’entreprise concluent un contrat avec UBIFrance comme médiateur. Les deux parties sont exemptées de toute imposition, ce qui permet à l’entreprise d’envoyer à faible coût de la main-d’œuvre à l’étranger et au candidat de disposer néanmoins d’un salaire correct sur place. En 2006, environ 4 500 candidats ont bénéficié d’un emploi, un bon millier d’entreprises ont participé à ce programme. Les personnes intéressées pourront enregistrer leur profil sur le portail web www.civiweb.com.



« Nos étudiants ne connaissent pas le chômage»

Thomas Körbel, traduction Céline Maurice, publié le 01.10.2008

Sarah Rüffler a déjà fait l'expérience pendant ses études d'une chose à laquelle elle attache désormais une grande importance dans sa vie professionnelle : sa flexibilité. La Munichoise a fait la moitié de ses études de sciences politiques en France, faisant la connaissance du pays et de ses habitants, et a de plus obtenu un double diplôme franco-allemand. Ainsi, elle peut trouver du travail sans problème des deux côtés du Rhin. « J'ai toujours apprécié cette liberté », dit-elle.

C'est à de jeunes diplômés comme Sarah qu'est destiné le FFA (Forum franco-allemand). Les entreprises représentées les 14 et 15 novembre à Strasbourg ne cherchent pas seulement des employés bien formés et flexibles. L'attachement des diplômés aux deux pays et à leurs langues est recherché. Compétences interculturelles,  voilà le terme clé pour prévenir les problèmes de compréhension dans des entreprises opérant à un niveau international.

En dix ans, le FFA s'est établi comme l’adresse de référence pour entreprises et jeunes diplômés sur le marché du travail franco-allemand. Des entreprises de premier plan et des institutions publiques des deux pays se retrouvent chaque année pour recruter leurs cadres. La tendance est certes à la baisse depuis le premier salon de 1999, mais les organisateurs n'y voient pas le signe d'une baisse d'importance des relations franco-allemandes.

Au début, une centaine d'entreprises participaient, soit le double de ces dernières années. En 2007, 58 sociétés étaient représentées, 28 venant d'Allemagne et 19 de France. Cette année, on s'attend à des chiffres comparables. La raison du déséquilibre entre sociétés allemandes et françaises est dû au centralisme pratiqué « à gauche » du Rhin. « Les entreprises restent à Paris et ne voient pas pourquoi elles devraient se déplacer à Strasbourg », explique Josiane Fichter, du FFA.

Ces petits déséquilibres ne remettent toutefois pas le marché de l'emploi franco-allemand en question, selon Pierre Monnet, président du FFA. 90 % des sociétés représentées viennent des deux pays. En 2007, le forum a accueilli 7 000 visiteurs. Il est donc logique que le Forum soit étroitement lié à l'Université franco-allemande (UFA). Près de 5 000 élèves sont aujourd'hui inscrits à la UFA. Et Monnet pense que le marché de l'emploi pourrait, du fait des étroites relations économiques, avoir besoin d'encore plus de cadres franco-allemands qualifiés. (Voir l'interview de Pierre Monnet.) C'est dans les cursus d'ingénierie et dans les sciences naturelles que ce manque se ferait le plus sentir, ce que l'OCDE a exposé dans son étude sur les hautes écoles, publiée mi-septembre. Ces domaines constituent plus d'un tiers des cursus de la UFA. C'est ce que Monnet souhaite à l'avenir renforcer. « Nos étudiants ne connaissent pas le chômage, qu'ils soient juristes ou ingénieurs », souligne le président désigné de la UFA. 

D'un autre côté, les étudiants en culture et sciences humaines sont confrontés à des problèmes sur le marché du travail. « Mais cela ne touche pas que nos étudiants, oppose Monnet. Tous sont concernés, qu'ils viennent d'Allemagne ou de France. » Les prévisions conjoncturelles des cinq années à venir ne sont pas particulièrement roses pour ces métiers, reconnaît-il. Il est cependant convaincu qu'un double diplôme franco-allemand et les connaissances interculturelles s'y rattachant sont dans le domaine culturel aussi un atout sur lequel on peut compter.

Beaucoup partagent cet avis. Eric Charbonnier, de l'OCDE, prétend que plus l'on a de diplômes, plus les risques de chômage sont réduits. Cela semble se confirmer dans la pratique. Certes, tous les camarades d'étude de Sarah Rüffler n'ont pas atterri là où ils le voulaient dès la fin de leurs études. Mais il ne semble pas y avoir de problèmes de chômage. Par ailleurs, il est conseillé aux jeunes diplômés de pratiquer activement le networking. « C'est important, et facile de nos jours », dit Sarah. Sur les plates-formes Internet courantes comme Xing, il y a même des groupes franco-allemands.

Malgré l'ambiance optimiste , le marché de l'emploi franco-allemand ne reste pas exempt de tensions. Le groupe binational Airbus, donné en exemple, a fait les gros titres l'an dernier à cause de grèves provoquées par des suppressions de postes et des délocalisations de production. En mai, la double direction du groupe s'est séparée. Thomas Enders a pris seul la direction d'Airbus, son collègue Louis Gallois est depuis chef de la maison-mère EADS. « Dans dix ans, nous aurons peut-être chez Airbus des managers avec un diplôme franco-allemand, et de telles querelles n'auront, espérons-le, plus lieu », dit Pierre Monnet.

Pour que cet argument soit valable, Monnet veut développer la UFA. Il souhaite soutenir le cursus de doctorat et doubler le nombre d'étudiants pour arriver à 10 000. L'internationalisation des cursus est aussi à l'ordre du jour. Monnet est plus réservé cependant envers un élargissement à d'autres pays, pour ne pas se heurter « aux limites des possibilités d'organisation ». Il préférerait convaincre des étudiants étrangers de prendre part aux cursus franco-allemands. « Un Polonais ou un Russe aurait ainsi exactement les mêmes diplômes et les mêmes chances que nos étudiants classiques », selon Monnet.

Il compte aussi sur l'internationalisation du FFA. Pour ce dixième anniversaire, il l'a renommé la « Bourse d'emplois et salon de l'étudiant européens », « afin que la composante franco-allemande ne semble plus si exclusive ».

Que cette première décennie du forum soit la preuve d'un succès grandissant ne se mesure selon lui pas uniquement au grand nombre de visiteurs. En 2008, le Forum a conclu un accord avec l’agence d’aide à la recherche d'emploi des cadres, l'APEC. « L'APEC nous a identifié comme porte d'entrée sur le marché du travail allemand », se réjouit Monnet. Qu'une telle organisation, comptant près de 900 employés, leader du marché en France, considère son équipe de trois personnes comme un partenaire, représente pour Monnet une grande distinction.

Mais le salon de Strasbourg n'est pas tout. Depuis plusieurs années déjà, les jeunes diplômés peuvent mettre leur CV en ligne sur le site web du forum. Les entreprises inscrites peuvent, lorsqu'elles en ont besoin, se servir de cette base de données. Actuellement, environ 3 500 CV sont accessibles. La résonance auprès des entreprises est toutefois assez restreinte. « La plupart attendent effectivement jusqu'au salon », explique Josiane Fichter. À l'avenir, une seconde manifestation doit avoir lieu à Berlin. En coopération avec l’APEC, un salon franco-allemand de la recherche va y avoir lieu en mai 2009.

Il n'existe pas de renseignements sur le nombre de personnes ayant par le passé effectivement trouvé un emploi lors du salon de Strasbourg. Sarah Rüffler s'y était rendue peu avant la fin de ses études et n'y avait rien trouvé. Son premier job chez Siemens, elle le doit selon elle à la bonne réputation de son école parisienne partenaire, Sciences Po. Après un stage, elle resta en contact, travailla d'abord comme apprentie puis obtint un poste permanent. Cela montre que même le meilleur salon de l'emploi ne peut remplacer l'initiative personnelle et les bons contacts.´

Pour plus d'infos:

http://www.dff-ffa.org

http://www.dfh-ufa.org

Photos:

Portrait Sarah Rüffler: privé

Panneau de magicArtwork, http://www.flickr.com/photos/magicartwork/2855142163/

Forum: Forum franco-allemand


Le Forum franco-allemand

Le Forum franco-allemand eut lieu pour la première fois à Metz en 1999, sous la forme d'un salon de l'emploi. Il fonctionne en tant qu'association enregistrée selon la loi française. La direction en est assurée par l'École franco-allemande. Les étudiants et les entreprises peuvent utiliser tout au long de l'année une base de données de CV et de recrutement sur le site web du Forum.



Travail à la demande

Claas Peters, traduction Anne Mimault, publié le 15.03.2008

Ces dernières années, le travail temporaire a montré sur le marché allemand comme sur le français un taux de croissance en essor. En France, 2,1 % des personnes actives en 2004 travaillaient en intérim, chiffre quasi inégalé en Europe. En Allemagne, le taux d'intérimaires était, avec ses 1,2 %, bien en deçà, mais le taux de croissance y progresse de manière conséquente.

Le travail en intérim permet aux entreprises d'augmenter puis de réduire de manière spontanée et flexible le nombre de leurs employés. Dans son contrat, le travailleur est un employé fixe de l'agence d'intérim. En échange du payement d'un honoraire, celle-ci met les compétences de ses salariés à disposition aussi longtemps que l'entreprise le requière.

Certes, une grande partie des intérimaires travaillent dans des domaines où les tâches sont simples, mais un nombre croissant de travailleurs temporaires ont une bonne formation et sont hautement spécialisés. Ces employés perçoivent de leur agence d'intérim des salaires élevés lorsqu'ils mettent leur savoir à disposition d'entreprises.

Les taux de croissance le confirment : l'intérim pourrait bien être le modèle de travail de demain. Les entreprises peuvent se procurer de manière flexible un employé possédant exactement les connaissances et les capacités dont elles ont besoin et le rémunérer uniquement pour la durée pendant laquelle il leur est utile.

L'intérim existe des deux côtés du Rhin depuis environ cinq décennies, mais son évolution fut très différente en Allemagne et en France. Dans les deux pays, ce modèle de travail est apparu à la fin des années 50, début des années 60. Rapidement, il se forma dans les rangs syndicalistes et du côté des agences nationales pour l'emploi une résistance contre cette forme de prêt de main-d'œuvre.

En Allemagne, les agences pour l'emploi étaient un monopole national. L'Office fédéral pour le travail de l'époque a vu ce monopole entamé par les activités des agences dintérim dans la république fédérale.

C'est en 1967 qu'une plainte, déposée au tribunal constitutionnel fédéral par Adia Interim, la première agence de travail temporaire d'Europe, fut pour la première fois couronnée de succès. À ce premier jugement succéda en 1970 un deuxième qui fut décisif pour l'intérim en Allemagne : le tribunal social fédéral décida que les agences d'intérim doivent endosser les risques d'un employeur, c'est-à-dire qu'elles sont obligées de continuer à verser un salaire même si l'intérimaire qu'elles emploient ne peut, temporairement, pas être placé dans une entreprise.  

En France en revanche, ce sont les syndicats qui, lors de l'introduction du travail temporaire, ont mené une action de régulation et négocié une convention collective garantissant que les intérimaires ne soient pas défavorisés par rapport aux employés classiques. En 1969, c'est la Confédération générale du travail (CGT) qui conclut la première convention collective avec l'agence d'intérim Manpower.

Ainsi, alors qu'en Allemagne, les législateurs définir les critères à remplir pour que le travail temporaire soit légal et que les syndicats allemands s'efforcèrent longtemps de le faire interdire complètement, les syndicats français s'organisèrent de bonne heure et s'engagèrent pour que les intérimaires ne soient pas pénalisés par rapport à leurs collègues employés normalement, tout au moins au niveau de la rétribution. En France, la réputation générale du travail temporaire est meilleure et celui-ci n'est pas tant considéré comme un travail de deuxième classe que comme une autre forme de travail que l'emploi classique. Ainsi, les intérimaires français gagnent autant que leurs collègues sous contrats à durée indéterminée, mais ils font face à un risque plus élevé car ils ne reçoivent ce salaire que pendant la durée du contrat.

Depuis quelques années, l'Allemagne se rapproche du modèle français. À l'origine, les employeurs devaient conclure des contrats de travail à durée indéterminée. Ceci devait être garanti entre autres par une limitation à douze mois de la période autorisée de travail temporaire. Cette règle fut entre-temps abrogée, si bien que les intérimaires peuvent se voir affectés de manière durable dans l'entreprise cliente. Par ailleurs, le principe d'égalité de traitement stipule que les intérimaires ne doivent plus être défavorisés par rapport au personnel employé classiquement.

On peut s'attendre à ce que le travail temporaire continue à augmenter. Et même si à l'avenir, les intérimaires seront, en ce qui concerne le salaire et les conditions de travail, au même niveau que leurs collègues employés en CDI, il n'est pas certain que cette évolution soit un avantage, particulièrement pour les travailleurs à bas salaires. Bien sûr, ceux-ci pourraient en période de chômage trouver plus rapidement du travail. Mais ils devraient se résigner à ne plus avoir la certitude de recevoir tous les mois un salaire.

Sources :

Arrowsmith, James (European Foundation for the Improvement of Living and Working Conditions), Temporary agency work in an enlarged European Union, Luxemburg, Office for Official Publications of the European Communities, 2006.

Belkacem, Rachid, L'Institutionnalisation du travail intérimaire en France et en Allemagne. Une étude empirique et théorique, Paris, Montréal, L'Harmattan, 1998.

Wandel, Matthias: Zeitarbeit in Deutschland und Frankreich, Verlag: Vdm Verlag Dr. Müller; Auflage: 1 (Juli 2007).



Un diplôme – et après ?

Mira Manck, traduction Alba Chouillou, publié le 15.11.2007

En France comme en Allemagne, une fois leurs études terminées, les diplômés se retrouvent confrontés au même défi : la recherche d'un emploi. Un problème qui donne du fil à retordre à tous ceux qui n'ont pas étudié une matière très prisée sur le marché du travail.

Cependant, en ce moment, la conjoncture est bonne pour les diplômés de l'enseignement supérieur. L'économie européenne est en plein essor et les chiffres du chômage sont à la baisse. Ce sont avant tout les personnes hautement qualifiées qui profitent de cette évolution. Ainsi, en 2005, le taux de chômage général en Allemagne était de 11,2 % ; parmi les diplômés de l'enseignement supérieur, il était seulement de 3,8 %. En France, on trouve des proportions semblables. La même année, près de 10 % des actifs étaient au chômage, mais seulement 4,9 % parmi les diplômés de l'enseignement supérieur.

On a de plus en plus besoin de collaborateurs hautement qualifiés, et, au vu des prévisions démographiques négatives et de la baisse du nombre d'étudiants en premier cycle, les experts prévoient en Allemagne une carence importante en spécialistes suffisamment formés. Bien que la France, grâce à son développement démographique positif, soit pour le moment épargnée par ce problème, l'économie française est aussi tourmentée par la question de la relève. Ainsi, la DARES (Direction des études du ministère de l’Emploi) indique que la France sera confrontée dans les prochaines années à un problème de recrutement lors du départ à la retraite de la forte population des baby-boomers.

On pourrait croire que ce sont de bonnes nouvelles pour la nouvelle génération de spécialistes et de cadres supérieurs allemands et français. Mais tous les diplômés ne peuvent se tourner les pouces en attendant que les meilleures offres d'emploi leur soient proposées. Car la hausse de la demande ne concerne (du moins pour l'instant) que certains secteurs. Dans les deux pays, ceux qui ont terminé un cursus d'ingénierie sont particulièrement courtisés. Tandis qu'en Allemagne il s'agit seulement d'un besoin temporaire, en France, on ne peut pas parler de tendance passagère. En Allemagne, le manque d'ingénieurs est dû au fait que, dans les années 80 et 90, ces spécialistes étaient peu demandés sur le marché du travail et leurs perspectives professionnelles limitées. Cela a conduit à une baisse à retardement du nombre d'étudiants en premier cycle. Maintenant que l'économie allemande est désespérément à la recherche d'ingénieurs, le nombre d'étudiants en ingénierie recommence à augmenter lentement. Mais il s'écoulera au moins cinq à dix ans avant qu'ils soient sur le marché du travail. Il n'est pas certain que ces spécialistes soient alors aussi convoités qu'avant.

En France, au contraire, la demande en étudiants ingénieurs n'est quasi pas soumise à des fluctuations cycliques. Les ingénieurs y bénéficient traditionnellement d'une grande considération et de bonnes perspectives professionnelles. Dans les écoles françaises, la technologie est une matière à part entière – on réclame désormais en Allemagne également une telle matière technique obligatoire. De plus, le baccalauréat scientifique occupe une place de choix parmi les différents types de baccalauréat, et est également utile pour des carrières qui ne relèvent pas des mathématiques ou des sciences naturelles.

Il est donc plus facile pour les Français qui sortent du lycée de se lancer dans des études techniques que pour leurs collègues allemands. En 2003, 2,2 % des Français entre 20 et 29 ans avaient en poche un diplôme en sciences naturelles ou techniques. En Allemagne, la même année, ce taux était de 0,8 %. Cependant, la France manque de diplômés ingénieurs. Cela est dû en grande partie à la demande élevée des entreprises françaises. En effet, en France, les ingénieurs ne travaillent pas uniquement comme spécialistes dans les départements techniques, mais sont aussi employés comme cadres supérieurs d'entreprise dans d'autres domaines que leur spécialité. Des emplois pour lesquels on privilégie en Allemagne les diplômés en gestion d'entreprise.

En France, un autre facteur joue un grand rôle lors de l'entrée sur le marché du travail : le choix de la bonne université. Tandis qu'on s’efforce en Allemagne de différencier davantage les universités entre elles dans le cadre de l'Exzellenzinitiative (initiative d’excellence), c'est déjà monnaie courante en France. Pour les diplômés des universités d'élite françaises, l'entrée dans le monde du travail se fait en général sans heurts. Les diplômés des célèbres grandes écoles n'ont à craindre aucun délai entre l'obtention de leur diplôme et leur premier contrat de travail. Et leurs premiers emplois sont des postes élevés en contrat indéterminé. De telles conditions, les diplômés des universités ne peuvent qu'en rêver.

En Allemagne, les recruteurs ne font (jusqu'à présent) presque aucune distinction entre les diplômes. Il existe seulement une hiérarchisation entre universités et écoles spécialisées. Dans de nombreuses entreprises, on considère qu'un diplôme acquis à l'université a plus de valeur, ce qui se remarque également dans la différence de salaires entre diplômés des écoles spécialisées et des universités. Souvent, on entre dans une grande entreprise en suivant un programme trainee (voir encadré).

On ignore encore dans quelle mesure les évolutions futures du marché du travail et la hausse de la demande en diplômés de l'enseignement supérieur vont modifier ces schémas nationaux dans la manière de recruter. Au vu de la carence future en spécialistes et en cadres supérieurs, peut-être que ces diplômés censés avoir choisi la mauvaise matière ou la mauvaise université feront-ils bientôt partie des candidats prisés. Mais d'ici là, les étudiants moins demandés devront continuer à voir approcher avec appréhension la fin de leurs études.

Sources :

Bauer, Michel; Bertin-Mourot, Bénédicte (1995): Le recrutement des élites économiques en France et en Allemagne.

Bundesagentur für Arbeit (dir.) (2006): Arbeitsmarkt kompakt 2006 − Arbeitsmarkt für Akademiker.

INSEE - Institut National de la Statistique et des Études Économiques (dir.) (2006): Nombre de chômeurs et taux de chômage.

Graham, Harold T.; Bennett, Roger (1998): Human resources management. London u.a.: Pitman Publishing.

Koch, Julia; Mohr, Joachim (2006): Gute Fächer, schlechte Fächer. In: Der Spiegel, 50/2006

Raimbault, Michel (1998): Studiengänge der Betriebswirtschaftslehre in Frankreich.


Programmes trainee

En France, on ne connaît pratiquement pas le système de « programme trainee », ce tremplin vers le monde du travail. Les trainees suivent en général une formation d'un ou deux ans tout en faisant connaissance avec les différents départements et succursales de l'entreprise. De cette manière, ils se familiarisent avec le quotidien de l'entreprise. Cette première expérience professionnelle est accompagnée de séminaires théoriques ou d'ateliers où les participants acquièrent des soft skills importants, c'est-à-dire des compétences en relations humaines. Cela dit, le trainee n'a pas la garantie d'être embauché dans l'entreprise à la suite de la période de formation. Cela signifie donc qu'il faudra peut-être se remettre à chercher du travail à la fin de cette expérience.



Convention de stage, bulletin, acte de mariage - De quoi a-t-on besoin pour faire un stage en Allemagne et en France

Thomas Körbel, traduction Jean-François Renault, publié le 1.10.2005

On en demande de plus en plus aux étudiants européens. Les entreprises n'attendent pas seulement des études réussies mais avant tout des connaissances en langues étrangères ainsi que de la mobilité. Les stages à l'étranger permettent de satisfaire à ces deux critères. De nombreuses possibilités s'offrent justement aux Français et aux Allemands dans le pays partenaire.  En 2003, l'Office Franco-Allemand pour la Jeunesse a soutenu à lui seul le stage en France de 300 jeunes apprentis ou étudiants allemands et accompagné plus de 750 Français en Allemagne. Mais il y a pas mal de choses à prendre en compte pour trouver un lieu d'accueil et organiser le séjour.

Il y a plusieurs manières de trouver un stage dans l'autre pays. Patrick Freichel de l'Université de technologie et d'économie de la Saar (HTW) a déjà une double expérience pratique du pays voisin. En tant qu'étudiant en économie d'un cycle franco-allemand intégré de l'Université Franco-Allemande (UFA), il n'a pratiquement pas eu de problème. Avant tout, il conseille d'envoyer des dossiers de candidature spontanée pour des offres de postes qui ne sont pas forcément rendues publiques. On trouve beaucoup d'informations sur Internet (voir encadré). On y trouve surtout un grand nombre d'organisations quiproposent des offres de stage en échange de sommes souvent astronomiques. Freichel a fait l'expérience suivante : « si l'on sait communiquer avec les gens, on n'a pas besoin de ces organisations ».

Très souvent, la recherche d'un stage dans le pays voisin ne se passe pas aussi facilement que pour Patrick Freichel. En comparaison, il est plus difficile pour les Allemands de trouver un stage en France que pour les Français en Allemagne. Les raisons sont d'ordre formel. En France, en particulier pour les stages obligatoires, le stagiaire a besoin d'une convention de stage. Il s'agit d'un contrat entre le stagiaire, son université et l'employeur fournissant le lieu d'accueil, traitant aussi bien du contenu du stage que de l'indemnité et surtout des questions de responsabilité. « Ceci permet à l'université de décharger l'entreprise d'une partie de la responsabilité mais la met dans une situation délicate » dit Sandra Duhem, coordinatrice du Centre Français de l'université de la Sarre à Sarrebruck. Car les universités allemandes ne fonctionnent pas comme il est d'usage en France. Comme l'université allemande ne prend pas en charge l'assurance, les étudiants en stage sont en général assurés à leurs frais pour la responsabilité civile et contre les accidents. Pour Christian Autexier, professeur au Centre juridique franco-allemand de l'université de la Sarre, le point décisif est la formulation car les textes de convention préétablis par les entreprises ne sont souvent pas clairs du point de vue des universités. « C'est la raison pour laquelle on doit préciser dans la convention de stage que ni l'entreprise ni l'université ne sont responsables en cas de problème » explique-t-il.

M. Autexier a rédigé une convention propre à son université, « une version minimaliste acceptée par les entreprises » estime Sandra Duhem. Avec cette convention, l'étudiant doit fournir une attestation d'assurance. La convention est en principe utilisable par tout étudiant, précise Mme Duhem en indiquant qu'il est possible de la télécharger en version bilingue à partir du site Internet du Centre Français de l'Université de Sarre. Il ne manque plus qu'à changer le nom et l'adresse de l'université.

Il est aussi possible que certaines grandes entreprises imposent leurs propres conventions. Dans ce cas une université comme celle de Sarrebruck est dans une situation favorable. Le Professeur Autexier examine la convention si nécessaire et conseille d'inclure un article spécifique relatif à la responsabilité. Les universités qui ne disposent pas d'expert en droit français sont par contre dans une situation plus difficile. Une convention bilingue devient nécessaire dans un tel cas. M. Autexier met d'ailleurs particulièrement l'accent sur le fait qu'il est en aucun cas suffisant de faire traduire l'original français.

Karin Fouledeau du Centre d'Information et de Documentation Universitaire (CIDU) est de fait souvent en contact avec les entreprises parce que les étudiants ont des problèmes avec les conventions de stage. Mme Fouledeau précise que « certains départements des ressources humaines françaises ne savent même pas qu'il est également légal d'accueillir un stagiaire sans convention de stage ». Si, du côté allemand, l'école ou l'université n'est pas disposée à signer une convention de stage, l'étudiant peut de lui-même signer un accord amiable avec l'entreprise. Cet accord devra, comme nous le précise Mme Fouledeau, « décrire le plus fidèlement possible les activités du stagiaire, qui ne devront pas inclure la production puisque l'entreprise pourrait, dans le cas d'un contrôle de l'inspection du travail, être accusée de travail au noir ». Cette méthode s'applique également pour les bacheliers qui ne sont pas encore inscrits dans un cycle supérieur et qui, selon Sandra Duhem, rencontrent le plus de difficultés pour trouver un stage dans le pays partenaire. D'une manière générale, il est plus facile de trouver quelque chose à l'étranger lorsqu'on a déjà une expérience dans son pays d'origine.

Etant donné qu'il n'existe pas de formalités telle que la convention de stage en Allemagne, la tâche est facilitée pour les Français souhaitant venir y faire un stage. Par contre, les Français doivent surmonter l'obstacle du dossier de candidature, dit Heiner Bleckmann du service européen de l'Agence fédérale pour l'emploi ». En Allemagne, un dossier de candidature complet ne contient pas seulement un c.v. et une courte lettre de motivation, mais aussi une photo et surtout les diplômes et certificats. Traditionnellement, les stages sont moins répandus en France qu'en Allemagne. « Pour cette raison de nombreuses candidatures spontanées y sont nécessaires pour trouver quelque chose » précise-t-il « alors qu'en Allemagne au contraire les annonces officielles sont plus nombreuses ».

Pour les Français intéressés, la lecture des guides « Stage-Export » et « Visa pour l'Emploi en Allemagne », publiés par la Mission Economique de l'Ambassade de France en Allemagne est à recommander. « On y trouve une liste d'entreprises françaises en Allemagne qui recherchent des stagiaires avec des compétences bilingues et interculturelles » explique Volker Rauch, Chef du secteur SAO - Orientation, Relations Internationales de la Mission Economique.

Patrick Freichel a appris à ses dépens qu'il y avait bien d'autres problèmes à résoudre et ce dans les deux pays : trouver un logement demande souvent beaucoup de temps et d'argent. « Les Français veulent trois garanties à la fois » résume-t-il son expérience avec la bureaucratie du pays voisin. « On a besoin d'un Français se portant caution de vous, souvent d'un justificatif des revenus des parents et parfois même de leur acte de mariage ou d'autre chose encore » rapporte-t-il,  dénonçant les exaspérantes complications. Une fois le stage trouvé et toutes les formalités remplies la voie est libre pour une expérience enrichissante.


Comment se rendre dans le pays voisin

Thomas Körbel, traduction Jean-François Renault

www.ofaj.org
L'OFAJ octroie des bourses à plus de 1000 stagiaires par an dans les deux pays

www.cidu.de
Ici, on trouve des explications détaillées sur la France, des liens vers les entreprises et des tuyaux bibliographiques utiles

www.dfh-ufa.org
L'Université franco-allemande offre une bourse de jobs pour leurs étudiants

www.europaserviceba.de
Le portail de l'ANPE Allemande pour toute l'Europe (Allemagne y compris)

www.missioneco.org/allemagne
Téléchargement facile des guides avec les entreprises francaises qui recherchent des stagiaires bilingues en Allemagne

www.uni-saarland.de
Téléchargement de la Convention de stage der l'université de la Sarre pour usage personnel.

www.francoallemand.com
La Chambre de Commerce Franco-Allemande aide aussi à trouver un stage à l'étranger

www.career-contact.de
Premières informations et liens plus détaillés

www.daad.de
Le spécialiste des séjours de recherche

www.dfgwt.org
Stages dans le domaine de l'innovation (gestion de projets, marketing international pour la haute technologie, R&D) en France et en Allemagne, nombre limité, service gratuit

www.dff-ffa.org
Salon de recrutement et de l'étudiant, en ligne et à Strasbourg du 30 novembre et 1er décembre 2007



Sabine Seubert, une Allemande très française dans la cabine d'interprétation

Céline Moison, traduction Céline Moison, publié le 06.2005

Sabine Seubert est, comme elle le dit elle-même, « allemande - sur le papier ». Elle est née en Allemagne. Mais sa famille vint vite s'installer à Gien (près d'Orléans), où le père fut muté. Sabine Seubert a alors cinq ans. Ce séjour qui à l'origine ne devait durer que quatre ans, va s'avérer bien plus long. Finalement, elle fait toute sa scolarité en France. A l'âge de 18 ans, elle passe le double-bac, bac + Abitur, est parfaitement bilingue et rêve de devenir professeur de langues étrangères.

Aujourd'hui, elle exerce la fonction d'interprète de conférence avec comme langues de travail l'allemand et le français. Cela fait maintenant longtemps qu'elle réside en Allemagne. Mais elle n'en oublie pas pour autant ses racines en France : « En France, je me sens chez moi. » Elle se souvient avec joie de sa vie là-bas. C'étaient les années 60, puis les années 70. Gien n'était pas tout à fait ce qu'on pourrait appeler une métropole. « Nous étions les oiseaux rares du village », se rappelle-t-elle, amusée. En rien une appréciation négative de leur vie là-bas. Les « oiseaux rares » sont bien accueillis et sa mère trouve rapidement des amies qui lui apprennent  le français et les coutumes du pays.

Lorsque, plus tard, la famille emménage à Paris, les enfants sont scolarisés à l'école internationale, où ils vont suivre des cours dans les deux langues. L'école internationale, Sabine Seubert en garde un très bon souvenir. Seule ombre au  tableau : une confrontation ciblée sur sa nationalité allemande. Deux jeunes Français de l'école s'amusent à la narguer avec ses initiales : SS. Dès que le directeur de l'établissement en a vent, il se rend dans la classe et les renvoie définitivement.

« L'interprétation, j'ai trouvé ça captivant et intellectuellement stimulant »
Après le bac, elle rentre en Allemagne. « Je voulais absolument devenir enseignante. Faire des études de langues, c'était la seule chose que je pensais être capable de faire à l'époque. » Mais une fois sur le terrain, dans les écoles, son rêve vole en éclats. La jeune étudiante se rend vite compte que beaucoup d'enseignants perdent assez tôt leurs illusions et leur motivation. De plus, la marge de manoeuvre très restreinte  des enseignants, laissant peu de place pour de grands projets pédagogiques la contrarie. Bref, la jeune étudiante douée en langues n'a pas envie de passer toute sa vie à apprendre à de jeunes Allemands comment on prononce les nasales françaises.

« A quoi m'aurait vraiment servi tout ce que j'avais appris en langues ? », avoue-t-elle. Elle se renseigne alors et trouve finalement sa voie : l'interprétation. « Je trouvais ça captivant et intellectuellement stimulant. »

Aujourd'hui, sa définition de l'interprétation est plus poussée : « C'est une constante adaptation aux situations les plus diverses, à des interlocuteurs changeant sans cesse et à des sujets toujours différents. » Et c'est là où réside toute la difficulté : « Nous devons nous montrer  aussi compétents que les intervenants que nous traduisons, qui eux sont des experts et par ailleurs extrêmement bien préparés dans leur domaine. Mais nous, dans la cabine d'interprétation, n'avons à chaque fois que relativement peu de temps pour nous préparer aux sujets et aux différents domaines traités lors de la conférence. Il nous faut donc toujours essayer de ne pas perdre le fil de l'argumentation et des réflexions parfois très compliquées d'un orateur spécialisé dans son domaine. C'est là bien sûr la difficulté majeure de l'interprétation, mais aussi ce qui rend son exercice si captivant. »

Parallèlement, Sabine Seubert enseigne aussi dans deux écoles d'interprétation . Le « gène de l'enseignante », comme elle l'appelle, semble s'être à nouveau éveillé en elle. L'enseignement, c'est, d'une part, pour cette interprète de conférence aux journées bien remplies, une manière de contrebalancer le quotidien éreintant de l'interprétation de conférence. D'autre part, c'est aussi rendre hommage à l'enseignante qui est depuis toujours en elle : « Enseigner certaines connaissances et éveiller des capacités chez les étudiants, moi, je trouve cela tout simplement formidable. »

Le tandem franco-allemand : une évidence en soi?
En tant qu'interprète de conférence, Sabine Seubert est aussi, depuis de nombreuses années, témoin de l'entente franco-allemande et de son évolution. Pour elle, une chose est certaine : cette amitié bien particulière n'est pas une légende, elle est aujourd'hui encore bien vivante. « Il y a des contacts très étroits et très pragmatiques qui se sont établis au fil des ans. » Tout particulièrement dans les zones transfrontalières telles que l'Alsace et le Bade-Wurtemberg : « Les choses bougent beaucoup, dans les domaines les plus divers. J'ai l'impression que les Français et les Allemands, du moins dans cette région, sont devenus une évidence l'un pour l'autre. Beaucoup d'entre eux, de chaque côté du Rhin, parlent la langue de l'autre, les administrations coopèrent étroitement, la frontière a disparu. »

Qui dit couple franco-allemand, dit inévitablement aussi importance de ce moteur  pour l'avenir de l'Union européenne. « Récemment, j'ai assisté à un séminaire au cours duquel Allemands et Français se demandaient  comment traiter leur passé commun, et comment mettre en place ensemble des monuments de commémoration pour rappeler les horribles événements de la seconde Guerre mondiale.. Pour s'ouvrir à l'Europe, il faut tout d'abord accepter notre histoire commune. Ce qui signifie aussi : accepter les guerres que se sont livrés les deux pays. Le travail de  mémoire fait aussi partie de notre histoire commune. Il faudrait donc, tout d'abord, reconnaître et accepter ces anciennes relations d'hostilité  pour pouvoir les surmonter définitivement. Aujourd'hui, les gens se posent la question de savoir en quoi consiste ce « plus jamais ça » et comment y oeuvrer. »

Des paroles qui rappellent la petite Allemande dans la cour d'école, face aux deux jeunes Français la traitant de SS. Trente ans plus tard, elle se souvient encore des mots exacts du directeur de l'école lorsqu'il donna une bonne leçon aux deux ignares, en les renvoyant de son établissement. La petite fille est aujourd'hui une experte des relations franco-allemandes et s';y connaît dans son domaine.

Son visage s'éclaircit à l'évocation d'un éventuel retour en France. Sabine Seubert y a passé la majeure partie de son enfance. Quels sont ses projets pour plus tard, une fois partie en retraite ? « Peut-être retournerai-je en France quand je ne travaillerai plus. » Mais elle n'a pas de ville bien précise en vue. « La France est un beau pays. Je me vois bien faire, dans un premier temps, un grand tour de France, avant de prendre ensuite ma décision. »

Photo Sabine Seubert de Céline Moison, Cabine d'interprétation de Aurélie Daoulas



« Jusqu'au bac, je ne parlais pas le français ! »

Hans-Walter Schlie, l'ancien juriste devenu directeur de stratégie chez ARTE

Un interview de Céline Moison, traduction Veronika Kürzinger, publié le 03.2005

Hans-Walter Schlie est le directeur du développement stratégique et de la coordination d'ARTE G.E.I.E. à Strasbourg. Originaire d'Hambourg, il vit désormais depuis 18 ans en France et ce n'est pas que sur le plan géographique qu'il a fait du chemin. Au moment de passer le bac, il ne parle pas encore français et s'oriente alors vers les études de droit. Aujourd´hui, M. Schlie occupe un poste très important chez ARTE et dispose d'excellentes connaissances dans le domaine de la culture, de la langue et de la littérature française. Comment ce jeune étudiant en droit d'Hambourg est-il devenu expert franco-allemand en culture? Tout a commencé par un voyage spontané de jeunes hommes à Paris …

rencontres : M. Hans-Walter Schlie, vous êtes né à Hambourg, et vous avez également fait vos études et votre doctorat en Allemagne. Cependant, vous êtes un jour parti pour Paris et êtes depuis resté en France. Comment tout cela a commencé ?

H.-W. Schlie : On pourrait dire que c'était le hasard, ou bien le destin. En fait, je n'ai guère eu de contact avec la France jusqu'à mon bac. Je ne savais rien de la France ni du français. Puis, un jour, un ami m'a demandé si j'avais envie de d'aller quelques jours à Paris. J'ai trouvé cette idée très amusante et noussommes partis. Ce fut un moment merveilleux et très amusant. Nous disposions de très peu de vocabulaire, mais maîtrisions ce qui était important pour survivre, à savoir: « Mademoiselle » et « Du rouge, s'il vous plaît ! ». Je peux me souvenir à quel point j'étais impressionné par Paris. Je me suis alors promis de revenir pour mieux connaître cette ville fascinante. A cette époque, j'étais encore étudiant en droit et il m'est venu l'idée de faire mon stage de fin d'études (stage nécessaire en Allemagne pour obtenir le titre de juriste) à Paris. Pendant mes études, j'ai donc appris le français en cours du soir et un jour j'ai été fin prêt. Je suis retourné à Paris où j'ai travaillé chez un avocat. A cette époque, je ne savais pas encore que j'allais y rester plus longtemps. J'ai eu la chance de faire la connaissance de gens merveilleux avec qui j'ai passé de très bons moments . En outre, la vie parisienne me fascinait toujours plus. J'ai alors décidé de poser ma candidature à l'ENA et j'ai été admis. C'est à partir de ce moment-là que débute réellement mon étroite relation avec la France.

Quelques années plus tard, vous travailliez dans un autre domaine, à savoir la culture. De 1988 à 1991, vous étiez chargé de mission pour la création de ce que l´on appelle « la chaîne culturelle européenne ». Comment en êtes-vous arrivé à participer à la création d´ARTE ?

Quand je faisais encore mes études à l'ENA, j'ai fait un stage au Ministère de la culture dans le cadre duquel j'ai été en contact, entre autres, avec La Sept. Quand j'ai eu fini mes études, j'ai posé candidature chez eux et j'ai été admis. Le temps où j'étais chez la Sept était particulièrement agréable et j'en ai beaucoup profité. A cette époque, Mitterrand venait de présenter au chancelier allemand Kohl son projet de créer une chaîne culturelle en commun avec l'Allemagne.

Il s'agissait d'un vaste projet et de nombreux interlocuteurs ont participé aux négociations. Il faut s'imaginer cela: centralisation à la française face au fédéralisme allemand. Il y avait d'une part ARTE France qui dépendait directement du ministère de la culture et d'autre part, les services régionaux  d'ARD (première chaîne publique de la télévision allemande), ZDF (deuxième chaîne publique allemande), ainsi que des représentants des différents Länder et du gouvernement fédéral. Mon travail en tant que chargé de mission consistait donc à conseiller Jérôme Clément, le président d´ARTE France, pendant les négociations. J'étais pour ainsi dire « l'Allemand chez ARTE France ».

Vous avez déjà mentionné Helmut Kohl et François Mitterrand symboles d'une coopération  particulière et étroite entre l'Allemagne et la France. Depuis des décennies, la proximité des deux pays se traduit par des relations perçues en général comme uniques, que ce soit sur le plan politique ou culturel. A votre avis, comment s'explique cette relation sans pareille ?

A ce sujet, deux livres de François Mitterrand me viennent toujours à l'esprit, à savoir Mémoires interrompus et De l´Allemagne, de la France que j'ai lus avec grand intérêt et enthousiasme. Je ne peux que les recommander à chacun. François Mitterrand y décrit avec insistance sa relation avec l'Allemagne et comment celle-ci est née. Puis, il raconte comment il a pris conscience de la nécessité de rapprocher ces deux peuples. Il voyait cette tâche comme une sorte de vocation. Cet homme avait une vision du futur commun des deux pays, et il essayait de la réaliser grâce à des actions comme le projet d'ARTE. Les deux nations ont beaucoup en commun, ce qui a conduit à des rivalités dans le passé. Il y a toujours eu beaucoup de rapports entre les intellectuels des deux pays comme par exemple Heinrich Mann, ou Heinrich Heine qui a vécu un certain temps en exil en France. Les intellectuels allemands se sont toujours beaucoup intéressés à la France et les grands cerveaux  français ont pour leur part toujours admiré l'Allemagne. Puis, il y a eu quelques dérives politiques qui ont conduit à ce que l'on sait! Mais, après la Seconde Guerre Mondiale a débuté une nouvelle ère au cours de laquelle les deux peuples se sont retrouvés Et qu'est-ce qu'il y a de plus beau que ce nouveau rapprochement de deux peuples qui se complètent si bien.

Au cours de l'Après-Guerre, les relations franco-allemandes se sont de plus en plus renforcées, que ce soit grâce à des jumelages de villes, à des échanges scolaires ou à la fondation d'organisations franco-allemandes comme l'Office Franco-Allemand pour la Jeunesse. Depuis quelques années cependant, de moins en moins d'élèves apprennent le français en Allemagne et l'allemand en France. Fin 2004, parallèlement à l'annonce de la loi Fillon sur les réformes scolaires, la France debattait sur la question de l'introduction de l'anglais comme première langue étrangère obligatoire dans les écoles. Que pensez-vous de cette attitude privilégiant l'anglais au détriment des autres langues étrangères ?

De telles décisions ne correspondent pas à la vie réelle et au besoin quotidien. L'anglais est très important, car c'est la langue du commerce, de l'Internet et des finances. Néanmoins, l'allemand est en France tout aussi important car la France et l'Allemagne sont des voisins qui ont des échanges intenses à plusieurs égards. Comment peut-on suivre quand on ne parle pas la langue du partenaire commercial ?

C'est pourquoi je suis pour que les enfants apprennent la langue de leur voisin. Et cela n'est pas seulement valable pour l'allemand, mais aussi pour l'espagnol dans le sud-ouest de la France, l'italien dans les régions limitrophes à l'Italie, etc. En Allemagne, on vit la même situation. En Bade-Wurtemberg par exemple, le nombre d'écoles proposant le français comme première langue étrangère a été réduit. Ce qui a provoqué la perte de relations étroites entre élèves français et allemands, ce qui est une honte. En outre, les hommes devraient comprendre que le fait d'apprendre le français en premier, facilite ensuite l'apprentissage de l'anglais ; d'autant plus que de nos jours, on est partout en contact avec l'anglais.

M. Hans-Walter Schlie, cela fait maintenant 18 ans que vous habitez en France. Pensez-vous de temps en temps à retourner plus tard en Allemagne?

ARTE, c'est pour moi une aventure enrichissante et j'apprécie de vivre ici. Toutefois, je ne pourrais pas m'imaginer de rester plus tard ici, en Alsace. Mais Paris par exemple, je pourrais très bien m'imaginer d'y passer mes vieux jours.

Et Hambourg ?

Tout de suite! J'ai encore beaucoup de contact avec Hambourg et mes amis les plus proches continuent à vivre là-bas. C'est toujours un grand plaisir pour moi quand je peux y aller … Cependant, il faudrait d'abord que je convainque ma femme.

Pourrait-on dire que la France est devenue votre nouveau pays ?

C'est mon « deuxième » pays, pas mon nouveau pays. Je continue d'aimer Paris. Entre-temps, j'ai découvert beaucoup d'autres régions de France, comme par exemple la Bretagne ou le pays Basque qui sont magnifiques. Mais, Paris reste la ville avec laquelle je me sens le plus lié.

 

Bibilographie

François Mitterrand, De l'Allemagne, de la France. Odile Jacob, Paris, 1996.

Edition allemande: François Mitterrand, Über Deutschland. Insel, Frankfurt, 1996.

François Mitterrand, Georges-Marc Benamou, Mémoires interrompus. Odile Jacob, Paris 1996

Edition allemande: François Mitterrand, Freiheit ist wie die Luft zum Atmen. Insel Frankfurt 1997.

Photo de Camille Michel, ARTE G.E.I.E.

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Profession correspondant à l'étranger – « … c'est presque comme dans les services diplomatiques. »

Alexandra Delvenakiotis, traduction Véronique Cartelet, publié le 12.2004

Alexandra Delvenakiotis a rencontré pour le journal rencontres.de le correspondant de la ZDF à Paris, Stephan Merseburger, et la correspondante à Paris et chef du studio ARD, Marion von Haaren afin de parler du métier de correspondant. Eric Wishart, rédacteur en chef de l'Agence France Presse, a donné un aperçu captivant du quotidien d'une agence d'information opérant à l'échelle internationale.

Correspondant à l'étranger est une profession de rêve. Beaucoup le pensent et se disputent de convoités stages et diverses formules de volontariat dans l'espoir de pouvoir peut-être travailler un jour comme journaliste à l’étranger. L’image de la profession de correspondant à l’étranger est cependant encore aujourd’hui déformée par les clichés et fait s’interroger sur la façon dont elle s’exerce réellement sur le terrain.

« A la télévision, c’est presque comme dans les services diplomatiques : le journaliste n’a pas à décider lui-même où il doit se rendre, d’autres le font pour lui », commente Stephan Merseburger, correspondant au studio de la ZDF à Paris depuis mars 2003. Né à Bruxelles en 1964, fils de Peter Merseburger, célèbre journaliste de télévision et correspondant du Spiegel, un hebdomadaire allemand, et d’une Française, il a trouvé petit à petit de plus en plus de plaisir au travail journalistique. « Lorsque je collaborais dans le cadre de mes études politiques à l’université de Hambourg au journal intitulé « Frankreich Akzente » dont il fallait s’occuper aussi bien de la partie création, que de la mise en page et du financement, je n’avais pas encore du tout le désir de gagner ma vie plus tard comme correspondant à l’étranger. Je pouvais certes tout à fait m’imaginer travailler en France, mais c’est simplement quelque chose qui ne peut pas se planifier. »

L’Institut de Sciences Politiques Otto Suhr à Berlin lui donna ensuite la possibilité de suivre des études de sciences politiques à la Sorbonne à Paris. Après un long stage à la télévision et une collaboration en free-lance, Stephan Merseburger s’est vite rendu compte que l’obligation faite aux journalistes de télévision de « faire court » et de rendre des contenus compliqués accessibles en en atténuant la complexité n’était pas fait pour lui déplaire. Avant d’exercer sa profession à Paris, il a été à partir de 1998 rédacteur au département des affaires étrangères de la ZDF et a souvent travaillé dans les studios à l’étranger : entre autres à Londres, à Washington D.C. et Tel Aviv. « Etre envoyé à l’étranger lorsque vous travaillez pour la télévision est une chance que beaucoup n’ont pas. L’expérience et le savoir-faire pèsent beaucoup dans la balance. Il faut non seulement maîtriser les délais mais aussi les différentes formes d’information : reportage, documentaire ou brève. L’amour ou l’intérêt que l’on porte à un pays particulier passe plutôt au second plan. »

La maîtrise de langues étrangères est cependant un atout incontestable dans la préparation de son installation à l’étranger. « Grâce à l’anglais, parlé dans le monde entier, Londres ou Washington ne posent pas de problème. Il n’en va pas de même dans la guerre de propagande que se mènent Israéliens et Palestiniens. Le correspondant à Tel Aviv ou Jérusalem est content de pouvoir trouver des journaux en anglais comme le "Jerusalem Post". » Merseburger considère les langues comme très importantes mais pas déterminantes pour réussir à être envoyé comme journaliste à l’étranger. Après tout, il ne s’agit pas d’envoyer des « linguistes » dans les régions en crise. Beaucoup plus importantes sont des qualités comme la rapidité, la précision, et en plus d’un certain talent d’organisation le savoir-faire technique pour transmettre les informations à la rédaction.

Marion von Haaren, la chef du studio ARD à Paris, est aussi directement confrontée aux fausses représentations que se font les jeunes journalistes de cette profession par les questions journalières qu'ils lui posent. « L'image de la profession de correspondant à l'étranger est souvent truffée de clichés. Nous connaissons aussi la routine quotidienne, la frustration et le problème du choix des thèmes à traiter. Nous faisons ici une à deux heures de programme par mois. Même si la France est le pays voisin et un de nos plus gros partenaires économiques, l'Allemagne continue de s'intéresser plutôt au marché anglo-saxon. Ce qui est particulièrement intéressant en France, c'est cette façon différente, malgré des règles politiques de base assez semblables aux nôtres, d'aborder les problèmes de nature politique ou sociale. » Pour Marion von Haaren c'est cet aspect qui l'a décidée à sauter le pas.

Après une expérience de vingt ans dans son propre pays, la question essentielle n'était pas tant de savoir où travailler ensuite mais « Comment sont abordés certains problèmes dans les autres pays européens ? » Pour Marion von Haaren c'est une question qui ne concerne pas seulement les journalistes mais tous ceux qui souhaitent travailler à l'étranger. « Ceux qui veulent aujourd'hui travailler hors d'Allemagne doivent trouver d'autres voies. Vu comme le marché est bouché, je conseille aux nouveaux-venus sur le marché du travail de chercher d'autres domaines professionnels. » La clé du succès réside dans ses centres d'intérêt et ses domaines de prédilection. Pour Marion von Haaren, des domaines comme les sciences naturelles ou les sciences humaines peuvent être intéressants à exploiter mais ce qui compte surtout c'est de cesser de penser que la profession de journaliste et encore plus celle de correspondant à l'étranger est synonyme de glamour et de reconnaissance sociale. Les jeunes gens qui ne s'accrochent pas à des clichés ou des images et restent ouverts à d'autres choix professionnels s'épargnent dans le doute bien des déceptions.



Profession de rêve : correspondant à l'étranger?

Alexandra Delvenakiotis traduction  Véronique Cartelet

Entretien entre rencontres.de et Eric Wishart, chef rédacteur de l'Agence France Presse (AFP), sur la profession de correspondant à l'étranger 

rencontres.de : Monsieur Wishart, l'AFP compte parmi les agences mondiales d'information comme Reuters et Associated Press. Vous êtes responsable de l'ensemble du travail rédactionnel de l'AFP. Vous êtes venu à Paris après avoir travaillé dix ans pour la presse britannique. Comme correspondant pour le Moyen-Orient, vous avez travaillé à Nicosie, puis à Hongkong et êtes devenu en 1999 le premier rédacteur en chef non français de l'AFP. Vous êtes responsable d'un réseau de 2000 journalistes qui travaillent en six langues différentes. Expliquez-moi ce qu'est pour vous un « correspondant à l'étranger ».

Eric Wishart : Nos correspondants changent de pays tous les cinq ans. Le correspondant garde de cette façon les yeux ouverts et la distance nécessaire par rapport à la civilisation étrangère. Mais il y a aussi des différences dans ce secteur professionnel. Si vous vous représentez le correspondant à l'étranger comme un loup solitaire sans attache parcourant le monde pour témoigner, je suis obligé de vous décevoir. Nous avons aussi parmi nos collaborateurs des journalistes avec famille et certains qui ne souhaitent absolument pas travailler hors de leur pays.

J'ai encore du mal à me défaire de mon image du correspondant. Comment cela se passe par exemple concrètement en Irak ?

Environ 100 volontaires se sont manifestés, décidés à aller en Irak pour y faire des reportages ou pour travailler pour notre service photo. Ce n'est certes pas sans danger, c'est pourquoi ces reporters de guerre ont d'abord suivi une formation aux premiers secours pour pouvoir travailler dans des conditions extrêmes et sauver leur vie dans le pire des cas.

Vous prenez dans de tels moments les décisions qui s'imposent. Qu'est-ce qui pousse un reporter à aller dans les pays où font rage la guerre et la terreur ? Est-ce l'envie absolue d'être au coeur de l'événement ?

Non, ce qui attire tout d'abord le journaliste, c'est l'histoire qu';il va pouvoir raconter. Ce n'est pas l'envie d'aventure, pas le sentiment de prendre part à l'histoire contemporaine. Je dirais que la motivation, c'est l'histoire, qui peut faire avancer quelqu'un.

Quels sont les pays préférés de la plupart des correspondants ? Y-a-t-il de nets favoris ?

Si j'en juge par ma propre expérience, les impressions recueillies dans les pays européens finissent par se ressembler après quelque temps. C'est différent en ce qui concerne les pays asiatiques. Des choses incroyables y sont encore à découvrir. Les journalistes réclament surtout l'Afrique du Sud et les pays arabes. Mais quelque soit le pays, l'amour pour son travail de journaliste doit être le même car c'est la seule façon de garantir le sérieux et l'indépendance des reportages.

 

Photos de Alexandra Delvenakiotis


Métier: correspondant à l'étranger

Mira Manck, traduction Anne-Solène Rolland

Champ d'action :

Les correspondants à l'étranger travaillent pour la presse, la radio, la télévision et les agences de presse. Ils travaillent à l'étranger pour une rédaction de leur pays d'origine, comme journalistes sous contrat ou comme journalistes indépendants. Leur tâche consiste à informer, éclairer et divertir le public sur la région concernée et sur ce qui s'y passe. Le plus souvent ils s'occupent d'une région déterminée ou d'un pays où ils séjournent pour longtemps. La mission dans un pays donné est limitée à un maximum de cinq à sept ans, afin de garantir le maintien d'un lien avec la rédaction d'origine. Les journalistes et les reporters doivent bien sûr s'accommoder du risque accru de leur mission dans un pays étranger, surtout lorsqu'il s'agit d'une région en crise ou lorsque la liberté de penser et celle de la presse ne sont pas garanties. Le correspondant à l'étranger doit toujours être prêt à être rappelé par son commanditaire. Il doit savoir surmonter le décalage horaire et les problèmes techniques.

Conditions :

En règle générale, pour être admis à travailler comme correspondant à l'étranger, il faut avoir été formé dans une école de journalisme, ou bien avoir un diplôme en journalisme ainsi que de l'expérience professionnelle, et avoir effectué un volontariat (un volontaire, en Allemagne, est employé par une structure pour compléter sa formation ; il perçoit une petite rémunération). Il est indispensable d'avoir de très bonnes connaissances linguistiques ainsi que de solides notions de la politique et de la culture de la région concernée. Des compétences techniques, par exemple en matière de montage et de retransmission, sont exigées. Pour de nombreuses missions, forme et résistance physiques sont aussi particulièrement requises.

 

 

Extra

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