Belleville: la belle inconnueKatharina Görig, traduction Alexandre Karp-Senegacnik, publié le 15.05.2009
« Belle et vile.» Le petit graffiti noir sur la Place Fréhel décrit brièvement et de manière concise les atouts mais aussi les aspects plus miteux du quartier parisien de Belleville. Qui prend la ligne 11 du métro direction Mairie des Lilas, passe par la station Belleville, le meilleur point de départ pour un petit voyage loin des monuments connus de Paris. Cette petite excursion mène le promeneur aux quatre coins du globe et dans ce quartier populaire il rencontrera de nombreux artistes. Prêt pour un petit voyage dans le temps ?
Nous sommes au milieu du 19e siècle. Dans cette partie de la ville la population ouvrière n'arrête pas d'augmenter Après la proclamation de la troisième République française en 1870 et la fin de la guerre franco-allemande de 1870/1871, les Parisiens restent sur les barricades et se battent pour la liberté républicaine. Lorsque le gouvernement fuit à Versailles, la garde nationale de Belleville et celle de Montmartre s'installent au centre de Paris Très vite le conseil de la Commune se constitue. Cependant, quatre mois plus tard, les Versaillais reviennent à Paris pour mettre fin à la Commune. Les résistants sont emprisonnés ou exécutés. Fin mai, pendant la semaine sanglante, l'armée versaillaise encercle d'abord les Buttes Chaumont, des petites collines dans le nord-est de Paris, puis le cimetière du Père Lachaise. Après la chute de la dernière barricade le 28 mai 1871 des résistants sont exécutés le long d'un mur. Encore aujourd'hui on peut trouver ce mur qu'on appelle Mur des fédérés, au cimetière du Père Lachaise.
Depuis on arrive des quatre coins du monde et on se partage le quartier. Beaucoup de ces immigrants ont dû fuir la violence dans leur pays, ainsi au début du 20e siècle beaucoup d'Arméniens, de Juifs d'origine allemande et d'Espagnols, qui ont fui la dictature de Franco, se sont installés à Belleville. En 1960 des Juifs d'Afrique du Nord immigrent de Tunisie et d'Algérie, 20 ans plus tard arrivent d'autres Maghrébins, d'autres suivent venus, d'Afrique subsaharienne et d'Asie. C'est pourquoi il n'est pas étonnant de trouver ensemble sur ce petit espace mosquées, églises catholiques, synagogues et communautés sikhs. Faire ses emplettes à Belleville permet de repartir avec la viande Halal de boucheries arabes, le vin de riz chinois de la petite épicerie chinoise d'à côté ou la Baklava venant du Proche-Orient accompagnée du thé à la menthe fraîche.  |  | |
Mais Belleville est aussi célèbre pour ses artistes. Dans la rue de Belleville on trouve par exemple une plaque commémorative évoquant la chanteuse Édith Giovanna Gassion, plus connue sous le nom d'Edith Piaf. Selon l'inscription, le « moineau de Paris » serait venu au monde le 19 décembre 1915 sur le seuil de la maison située au numéro 72. Née dans une grande pauvreté, Piaf était dès l'âge de dix ans obligée de gagner sa vie en chantant dans la rue Plus tard elle a bouleversé le monde entier avec sa voix sublime et des chansons comme La vie la rose en (1945) et Non, je ne regrette rien (1960). L'ancien appartement de la chanteuse à Ménilmontant a été transformé en Musée Edith Piaf et héberge les souvenirs les plus variés allant des lettres et sculptures jusqu'au costume de scène de la star.
Aujourd'hui entre les HLM et d'autres simples immeubles d'habitation se cachent d'innombrables petits ateliers dans lesquels on peut s'arrêter et regarder les artistes au travail. Ainsi l'Union Les ateliers d'Artistes de Belleville rassemble pas loin de 200 artistes qui produisent sculptures, peintures à l'huile, estampes, céramiques ou des œuvres avec d'autres matériaux. Une fois par an, à la mi-mai, ils invitent à une journée portes ouvertes pour donner la possibilité aux visiteurs de rencontrer les artistes de Belleville et leurs oeuvres.
Si on demande aux habitants de Belleville la particularité du quartier, la réponse est qu'on s'y sent à l'aise très rapidement. Cela tient à l'atmosphère, aux gens simples et aux petites ruelles. Mais avant tout, Belleville serait, selon eux, un endroit très convivial.
Pour en savoir plus :
Dominique Détune und Claudine Hourcadette: Paris Promenades dans Belleville et Ménilmontant. Editions Bonneton, Paris, 2007.
Le chansonnier Yves Montand chantait déjà la magie et l'idylle mais aussi les différents aspects du quartier dans Rue d'Belleville:
Le plus heureux des jours
Et ma première idylle
C'est toi Belleville
Malgré tes murs qui penchent
Malgré tes vieux pavés
T'es belle comme un dimanche
Tu m'fais rêver. | |
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Mise en bouche franco-allemande Larissa Beutin et Anne-Laure Edoh, traduction Britta Nelskamp, publié le 01.01.2009
Pour savoir comment préparer un poisson, réussir un délicieux clafoutis aux poires ou connaître d'autres recettes intéressantes, vous êtes les bienvenus au cours de cuisine d'Erik Krouters. Un groupe franco-allemand intéressé par la cuisine française et les échanges culturels se retrouve avec lui, une fois par mois, dans la cafétéria de l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ).
Les premiers invités sont déjà sur place. Au début, ils s'observent timidement. Au bout de quelques minutes, cependant, des groupes se forment et discutent : « Tu parles français ou allemand ? », les deux langues se mêlent. « On se connaît du dernier cours de cuisine avec Erik ? » : un petit groupe d'habitués se retrouve. Peu à peu, l'ambiance se détend. Nous regardons le menu du jour : en entrée, des tomates farcies froides et du beurre aux herbes, comme plat principal un poisson en papillote accompagné d'une julienne de légumes et comme dessert un clafoutis aux poires. « Hmm lecker ! », ça nous met l'eau à la bouche. Heureusement, Erik ne tarde pas à nous inviter à entrer dans l'immense cuisine. Quelle cuisine ! Très grande et bien équipée, elle fait rêver tous les cuisiniers. Il y a un plan de travail pour chaque mets. Sur les tables se trouvent la recette, les ingrédients de toutes les couleurs et les outils de travail. Chacun peut choisir son poste. Entre le sucré et le salé le choix est difficile ! Avec Erik, il y a tant de choses à apprendre.
Notre choix se porte sur l'entrée : « on ne peut pas la rater » pensons-nous. Nous commençons par bien lire la recette, soigneusement présentée en français et en allemand.  |  | |
C'est parti pour le découpage de poivrons et d'oignons, l'autre tâche est de vider les tomates ; à première vue cela semble un jeu d'enfant, mais tout à coup Erik arrive : »Was machst du da ? Hast du die Paprika gewaschen? (« Qu'est-ce que tu fabriques ? As-tu lavé les poivrons ? ») Du musst viel kleinere Stücke schneiden!« (« Il faut les couper en plus petits morceaux »). Eh bien, un peu de rigueur ça ne fait pas de mal, surtout quand on ne comprend pas tout ce qu'il dit. Ne parlant pas un seul mot de français, à part « bon appétit’ », il explique pourtant la cuisine française : drôle d'échange culturel. Le reste de la préparation se déroule tranquillement. Erik montre comment mélanger le beurre et les herbes avec vivacité et conviction, comment découper minutieusement le poisson en filet, et la meilleure façon de réussir un délicieux clafoutis aux poires. De bonnes odeurs commencent à se propager. Ça sent la Provence, la mer et les vacances. En passant devant les différents plans de travail, nous sommes tentées de goûter le beurre aux herbes, la pâte du clafoutis, un petit bout de poire… La farce de nos tomates attire aussi quelques convives, qui s'arrêtent pour goûter une cuillerée, ou bien deux. Ils ont l'air ravi. En ce qui nous concerne, nous sommes convaincues d'avoir réussi notre tâche : « Miam, comme c'est bon ! »
Nous fignolons l'entrée pendant que les autres mettent le poisson et les légumes en papillotes et sortent le clafoutis du four : « Toutes ces bonnes odeurs dans la cuisine ! ». Un jeune apprenti, venu soutenir Erik, se presse d'aller chercher le vin dans la cave, et tout le monde se met à table.  |  | |
Nous discutons avec nos voisins en français et en allemand. « Bon Appétit ! Tchin Tchin ! Guten Appetit ! Prost ! » Nous commençons à déguster l'entrée et le beurre aux herbes accompagnés de baguette. Soudain, les Français écarquillent les yeux. « Mais qu'est que tu fais ? » s'écrient-ils. « Tu mélanges le bon vin avec de l'eau ? » La jeune Allemande devient toute rouge. Les conversations tournent alors autour des différences culinaires françaises et allemandes. Un autre Allemand se demande comment manger les papillotes : doit-on verser le contenu dans l'assiette ou laisser simplement le poisson et les légumes dans leur emballage ? Il observe discrètement les autres, mais il est encore plus troublé : une jeune Française verse le contenu dans son assiette, alors que les autres mangent directement dans la papillote. « C'est vraiment une culture bizarre » - il commence à savourer le plat. La table est envahie par un mélange de « miam », de « Hmm », de rires et de voix. Une atmosphère chaleureuse et conviviale règne dans la salle. À l'arrivée du gâteau, les Français se réjouissent. Une Allemande y renonce : pour elle, ce n'est pas un dessert. C'est beaucoup trop lourd après un repas. Normalement, en Allemagne le gâteau se mange l'après-midi avec le café. Encore une différence culinaire. En revanche, les autres Allemands du groupe laissent de côté cette habitude allemande et se jettent sur ce délicieux clafoutis. Après tout, il faut s'ouvrir aux autres cultures. Les participants au cours de cuisine sont comblés et rassasiés. « Quelle bonne soirée ! ». À part quelques légères différences, les habitudes culinaires des deux côtés du Rhin ne semblent pas si éloignées l'une de l'autre.
Pour en savoir plus sur les cours de cuisine, n'hésitez pas à vous renseigner sur le site de l'info-café Berlin-Paris de l'OFAJ (www.jugendtreff-berlin-paris.de). 
Berlin-Paris, état des lieux photographique Britta Nelskamp, traduction Laetitia Roy, publié le 01.09.2008
Au départ : une surface grise.
Soudain des patins à glace traversent l'image. Des gens sur une patinoire. Une petite fille tombe, se relève et repart. Puis l'image se fige, au bout de 30 secondes exactement.
Ce n'est là qu'une des 60 séquences vidéo que Matthias Schäfer a tournées à Paris et à Berlin et qu'il nomme les « photos de 30 secondes ». Ces photos animées qui ont vu le jour dans le cadre du séminaire « Permis de construire » à l'EHESS, l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, ont fait l'objet de l'exposition Berlin-Paris. Historien d'art et photographe, Matthias Schäfer est originaire d'Allemagne mais vit à Paris depuis 15 ans. Il a réalisé le projet de procéder à une sorte d'état des lieux photographique des deux villes et l'a complété avec des courts métrages, qui, bout-à-bout, font partie intégrante de l'exposition en tant qu'installation vidéo. Les « photos de 30 secondes » présentent une richesse de facettes que l'on retrouve dans la diversité des thèmes – « Passants », « Vitesse », « Lieux à l'abandon ». Des patineurs, un métro ou l'agitation nocturne dans une station-service, Matthias Schäfer a figé des impressions du quotidien en se laissant lui-même surprendre par le résultat.
rencontres.de : Avez-vous recherché des scènes spécifiques pour vos « images » ? Matthias Schäfer : J'ai essayé d'illustrer des thèmes généraux : la foule, le vide, les traces de l'homme, les traces du temps. En fait je n'avais pas vraiment l'impression de chercher quelque chose. C'était plutôt comme si je faisais confiance à un lieu et que les différentes situations apparaissaient d'elles-mêmes. Evidemment tout cela est très subjectif, car il est impossible de photographier ou de « filmer » de manière neutre.
Ce qui est fascinant dans ce processus, c'est que la caméra offre un cadre immobile comme celui de la photo, et là une scène vivante s'anime un court instant. Souvent, au début de la vidéo, le spectateur ne sait ni ce qu'il voit ni où il se trouve. Puis peu à peu l'énigme se résout: l'environnement devient visible. Des gens entrent soudain dans la photo, pour ensuite la quitter. Après 30 secondes de «pose », la question reste ouverte quant à la suite de la scène. Contrairement à la photo, ce qui, au départ, est hors du champ de vision, fait finalement partie de l'image en entrant en mouvement dans le champ de la caméra.
rencontres.de : Comment réagissaient les gens qui, bien malgré eux, devenaient subitement les protagonistes de vos vidéos ? Matthias Schäfer : Bizarrement, les gens qui se retrouvaient dans le cadre des « photos de 30 secondes » n'ont manifesté aucune réaction. Alors que l'enregistrement durait bien plus longtemps que pour une photo « normale », donc au moins 30 secondes sans que je ne bouge. Ils pensaient peut-être que je me positionnais et que j'attendais qu'ils soient passés. C'était très surprenant d'autant que, à l'inverse, des gens venaient me voir et se montraient nerveux lorsque je prenais de simples photos de la ville et de l'architecture, comme des vues de rues, des coins de maisons, des portes, des fenêtres, des objets etc…
Le son est également un élément qui distingue les « photos de 30 secondes » des photos habituelles. Il transforme ainsi un enregistrement statique en scène vivante. Si par exemple, au départ, le spectateur entend seulement un bruit qu'il peut difficilement reconnaître, la scène sonore est identifiée à la fin : le bruit provient d'un métro, qui passe sous un tunnel. Un son qui caractérise la vie des grandes villes au quotidien, mais dont le citadin ne perçoit plus d'ordinaire.
Ce n'est pas seulement par le résultat de la méthode d'enregistrement que l'artiste s'est laissé surprendre : Berlin aussi était nouveau pour lui. Tandis que Paris est un lieu familier pour Matthias Schäfer, Berlin représentait un « espace inexploré » qu'il s'agissait d'apprivoiser et de conquérir. Un vrai défi pour quelqu'un qui a des liens forts, à la fois avec la France et avec l'Allemagne et qui, en tant qu'étranger, porte un regard très spécial sur les deux villes.
rencontres.de : Pouvez-vous nous décrire comment vous avez procédé pour choisir les lieux qui devaient devenir l'objet de vos images ? Matthias Schäfer : J'ai cherché, entre autres, à capter des scènes contenant une certaine tension. Pendant ce laps de temps il se joue une petite histoire, plus ou moins dramatique ou bien drôle, mais quoi qu'il arrive, un extrait de vie. En plus de ces « tranches de vie », il y a aussi des scènes qui fonctionnent comme des éléments totalement indépendants, comme une petite histoire qui se déroule en 30 secondes, avec un début et une fin.
Il a ainsi collectionné des tranches de vie et capté ce qui semblait insignifiant, mais dont la tension devenait visible seulement de par l'enregistrement inhabituel : le motif d'un tapis, un sac de provisions dans une foule, des traces dans la neige… A partir d'une mission à l'origine purement photographique dans le but de constituer une banque de données de photos, il a créé un voyage poétique à travers deux villes fascinantes.
rencontres.de : En quoi se distinguait pour vous le travail à Berlin et à Paris ?
Matthias Schäfer : J'ai essayé de traiter les deux villes de manière aussi équitable que possible et de rechercher des deux côtés un grand nombre de quartiers. Les premiers jours, je me rendais aux points de départ à pied, puis je prenais le métro. Pendant ces deux semaines j'étais à pied la plupart du temps. Je me suis beaucoup promené, là où mes pas me menaient, au hasard, dans l'inconnu. Surtout à Berlin. Le plan de la ville me servait à connaître mes positions géographiques à certains moments. En ce qui concerne Paris, où je suis chez moi depuis plus de dix ans, le processus a été différent : je savais d'avance dans quel quartier et dans quelle atmosphère j'allais me retrouver.
Le voyage photographique qu'a entrepris Matthias Schäfer à Berlin et à Paris est ainsi une manière totalement inédite de découvrir les deux métropoles. Pour avoir une première impression du concept et pouvoir ressentir la tension des vidéos, il est possible d'aller jeter un œil sur le site internet du Collectif OOB (www.collectif-oob.com), où l’État des lieux Berlin-Paris est mis en ligne chaque semaine depuis début février. 
Guignol a 200 ans – l'emblème de Lyon fête son anniversaireMaren Zäske, traduction Moïra Berger, publié le 15.05.2008
Qui a déjà visité Lyon et s'est promené dans le vieux Lyon n'aura pas manqué de voir la petite marionnette devenue pratiquement incontournable pour l'image de la ville. Petits et grands se délectent de ses histoires jouées dans de nombreux théâtres de la ville et, en été, aussi dans le parc de la Tête d'Or, très aimé des Lyonnais. Cette année, Guignol fête son 200e anniversaire.
Laurent Mourguet vint au monde en 1769 dans une famille de canuts, ces ouvriers qui tissent la soie. Il a grandi dans un milieu modeste dans le quartier ouvrier de Lyon. La Révolution française transforma radicalement la situation des canuts et Mourguet fut obligé de gagner sa vie en accomplissant les travaux les plus divers, entre autres en tant qu'arracheur de dents. Il faisait danser des marionnettes pour racoler les clients et peut-être pour les distraire de leur douleur. Ce genre de divertissement, importé à l'origine d'Italie, était à la mode au xviiie siècle, si bien que Mourguet fit du jeu de marionnettes sa profession. Il fit par hasard la connaissance du violoniste Lambert Thomas Landré, avec lequel il collabora quelque temps. Lors des représentations, Landré donnait la réplique à la marionnette Polichinelle, jouée par Mourguet, et se chargeait en même temps de l'accompagnement musical. Le duo se produisit longtemps mais dut finalement se séparer. La consommation excessive d'alcool de Landré força Mourguet à changer de partenaire. Comme le public se désintéressait de plus en plus des marionnettes traditionnelles, il créa une marionnette qui rappelait beaucoup Landré par son nez rouge d'alcoolique. Gnafron était né. Le personnage plut aux spectateurs et Mourguet inventa une autre marionnette, le légendaire Guignol, qui avait les mêmes traits que son créateur et se transmit longtemps de génération en génération. Cette version de la genèse de Guignol et son ami Gnafron est surtout défendue par les livres de vulgarisation sur la marionnette de Lyon. Un survol des études historiques montre cependant que nombre d'informations qu'on peut lire sur Guignol s'appuient en partie sur des suppositions. Sur l'époque de ses premiers passages sur scène rien n'a été transmis par écrit. Il n'est donc pas possible de prouver l'histoire de son invention par Mourguet. Mais cette version de sa genèse acquis un statut officiel, quand un monument fut inauguré en son honneur le 21 avril 1912 sur la place du Doyenné dans le Ve arrondissement de Lyon. Même la date de naissance de Guignol ne fut fixée, qu'au début du xxe siècle, à l'année 1808. Si l'on en croit les journaux lyonnais, l'annonce du centième anniversaire de la poupée n'était a priori qu'une réaction à la presse parisienne, qui célébrait déjà Guignol alors qu'à Lyon, il patientait encore dans la poussière d'une malle. Ce hasard rappela toutefois aux gens la force symbolique du personnage et mena à la fondation, le 9 janvier 1913, de la Société des amis de Guignol, dont le nom changea en 1947 pour devenir la Société des amis de Lyon et de Guignol.
Aujourd'hui encore, on n'est pas certain de la date à laquelle Guignol a vraiment vu le jour. Dans la littérature, la thèse de la fin du xviiie siècle est avancée, mais aussi la date de 1820. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que Guignol n'était au début de sa carrière pas un spectacle pour enfants. Bien au contraire, Guignol gagnait le cœur des petites gens lors de ses représentations dans les caves de bars et de cabarets. Les apparitions sur scène avaient à l'époque pour objectif d'attirer la clientèle, de la divertir et de la fidéliser. Les marionnettistes se servaient des intrigues de pièces connues et les embellissaient au gré de leur fantaisie, l'improvisation jouant un rôle important. En outre, on mettait les spectacles à profit pour divulguer des informations qui parvenaient en ville avec les bateliers passant par la Saône ou le Rhône. Guignol parlait alors encore avec l'accent des Lyonnais de souche, les canuts. À l'époque, le jeu avec la langue était un critère de qualité important et une des raisons pour lesquelles le monde des canuts était aussi fortement attaché à Guignol. À ce moment-là, il était déjà décrit comme un personnage mythique qui représentait le « bon » Lyonnais. Un esprit vivant et critique s'abritait derrière son apparence simple, avec un cœur plein de sincérité et de probité. Dans ses pièces, Guignol défendait les petites gens, dénonçait impudemment l'injustice sociale et critiquait avec humour les bourgeois ainsi que les autorités régionales et nationales. Le public local pouvait vite s'identifier à ses manières naturelles, simples et directes. L'ambiance régnant dans ce qu'on a appelé les « cafés-théâtres à la Guignol », qui étaient fréquentés en majorité par des ouvriers, est décrite comme grivoise, détendue et libre jusqu'à en être salace. Raison suffisante pour le préfet du département du Rhône de réglementer ce « jeu sale » qui compromettait, à ses yeux, la moralité et les bonnes mœurs, par l'arrêté du 5 novembre 1852. Dès lors, toutes les pièces devaient être soumises par écrit à la préfecture et recevoir son assentiment avant la représentation. Aucune modification ne pouvait intervenir ensuite. On doit à cette censure la transmission des premiers témoignages écrits des pièces jouées.
Plus tard vint la publication des pièces de théâtre avec Guignol dans le rôle principal. Le magistrat Jean-Baptiste Onofrio (1814-1892), amateur de linguistique et de théâtre de marionnettes, fut le premier à publier, en 1865, une collection de 20 pièces portant le titre Théâtre lyonnais de Guignol. Il apporta ainsi une contribution importante à la préservation de cette tradition populaire locale. Onofrio allait voir les représentations en cachette, à cause de la mauvaise réputation des cafés-théâtres à la Guignol, et choisissait avec circonspection dans le répertoire des petites comédies et des histoires morales. Il réécrivait ensuite les pièces en bon français de sorte qu'elles soient présentables et publiables. Guignol devint ainsi un représentant de l'éducation morale. À partir de 1870, la célèbre marionnette s'imposa lentement dans toutes les couches sociales et surtout dans les chambres d'enfants de la bourgeoisie. Au début du xxe siècle, Guignol devint finalement une attraction touristique. L'époque des cafés-théâtres à la Guignol comme lieu de divertissement quotidien pour la classe ouvrière était ainsi révolue. Le succès de Guignol en tant que prototype du « bon Lyonnais » eut cependant aussi ses effets pervers, car les Français s'en servir au xixe siècle et au début du xxe siècle à tous les niveaux de la vie sociale, politique et commerciale. La publication de maintes autres pièces de Guignol entraîna la création de deux camps : d'un côté les défenseurs du Guignol traditionnel, qui comptaient parmi eux les membres de la Société des amis de Guignol dont faisaient partie les membres de la famille Mourguet, de l'autre côté ceux qu'ils appelaient les « traîtres », les défenseurs d'un Guignol « plus moderne ». Les « traîtres » aspiraient à des innovations en bannissant des pièces les plaisanteries osées et légères ainsi que la langue des canuts. Ils voulaient adapter le théâtre de marionnettes aux événements de l'époque et atteindre ainsi le plus vaste public possible.
Aujourd'hui sont proposées toutes les formes possibles du théâtre de Guignol : des pièces écrites dans un style moderne ainsi que des classiques en lyonnais traditionnel ‑ et même le vocabulaire à la mode dans la banlieue lyonnaise s'intègre au vocabulaire de Guignol. En ce moment, on a l'occasion de découvrir Guignol et sa ville natale. Pour son anniversaire, une multitude de manifestations intéressantes ont lieu autour du thème de la marionnette.
Vous trouvez le calendrier des manifestations et d'autres informations :
dans un dossier de culture.lyon.fr:
www.culture.lyon.fr
dans un dossier de la bibliothèque municipale de Lyon :
www.pointsdactu.org
sur le site Internet de la Société des amis de Lyon et de Guignol :
www.amisdeguignol.free.fr
Sources :
Pierre-Yves Saunier, , « De la poupée de bois à l'emblème territorial : Guignol de Lyon » in Le Monde alpin et rhodanien, 3e / 4e trimestres 1993, p. 57-88.
Jean-Paul Tabey, , Guignol, marionnette lyonnaise, éditions Alan Sutton, Saint-Cyr-sur-Loire, 2005
Les protagonistes |  | |
Malgré tous les changements historiques, la constellation des personnages est toujours restée la même. Guignol apparaît toujours en compagnie de Gnafron, deux caractères qui se complètent l'un l'autre. Le premier se lance avec une naïvité juvénile dans le combat pour défendre les plus faibles et se sert à cet effet volontiers de son bâton. Il se retrouve alors à chaque fois opposé à la loi, incarnée par le juge Bailli. Le gendarme exécute les décisions de ce dernier sans réfléchir, ce qui finit généralement en bagarres légendaires. Gnafron est, au contraire, plus âgé et plus calme. Il ne peut cependant pas se séparer de sa bouteille de Beaujolais et adore faire la fête avec Guignol. Ce comportement offusque Madelon, la femme de Guignol, et elle essaie inlassablement de le ramener à la raison. Elle a le caractère mordant d'une « râleuse ». D'autres personnages décrochent au besoin un rôle. Toinon incarne, par exemple, des rôles de femmes impétueuses ou l'épouse de Gnafron. Louison, une jeune et aimable demoiselle, joue la fille de Guignol ou du gendarme. |

Edition spéciale franco-allemandePersonne n'est parfaitCéline Moison et 13 membres de la rédaction, publié le 22.01.2008
Non, Goethe n'est pas un dieu, le prénom Salah n'est pas un gros mot, et le plus petit doigt de la main ne mange pas de noisettes au fond du jardin. Apprendre une langue, cela signifie aussi faire des fautes, se casser la figure de temps en temps, puis se relever et repartir, plus fort, à l'assaut de la langue étrangère. Certaines erreurs nous marquent plus que d'autres, parce qu'elles ont été faites en public, parce qu'elles nous ont gratifiés de la plus belle honte de notre vie ou tout simplement parce qu'on a bien fait rigoler la galerie. Alors, pour remettre ça, les membres de la rédaction de rencontres.de ont accepté de répondre à la question suivante : Te souviens-tu de ta plus belle faute en français (pour les germanophones) ? Et de ta plus belle faute en allemand (pour les francophones) ? Nina Reichow, 29 ans, Allemande, Erfurt Lors d’un cours magistral d’histoire en France, le professeur utilisa une fois le terme « saints », pourtant le sujet n’avait rien de religieux, car traitant de la description d’un tableau de peinture. Je ne comprenais rien du tout, jusqu’à ce que mon voisin, sourire en coin, m’explique que le mot saint avait un homonyme : sein(s).
Elisa Erkelenz, 20 ans, Allemande, Bonn Ma pire faute en français, je l’ai commise lors d’un cours de lettres en France. Cela faisait à peine deux semaines que j’étais là-bas lorsque le professeur me demanda si je connaissais Goethe. Du fait de sa prononciation française, j’ai compris « gueude » ce que j’ai interprété comme signifiant « Gott » en allemand, donc Dieu, et lui ai répondu un peu interloquée que je n’étais pas particulièrement croyante.
Emilie Heimburger, 27 ans, Française, Braunschweig À côté de mes inévitables Gürtel (« ceinture ») ou Gurgel (« gorge ») au lieu de Gurke (« concombre »), un soir chez des amis allemands, je me suis découvert un nouveau faux ami. À la question : « Willst du einen Tee ? », j’ai répondu que je souhaitais plutôt « eine Infusion ». Mines incrédules : Ils sont fous, ces Français ! Après vérification, Infusion est bien dans le dictionnaire allemand, mais est bien loin d’avoir les effets apaisants de la tisane : l’Infusion allemande signifie perfusion et cherche plutôt à donner un coup de fouet. À la réflexion, j’ai eu de la chance qu’ils ne m’expédient pas directement à l’hôpital ou du moins dans un asile de fous.
Kristina Köhler, 26 ans, Allemande, Weimar L’étrange étranger Après mon bac, je suis partie passer une année à Bruxelles en tant que jeune fille au pair. J’y ai rencontré un Belge dont je suis tombée follement amoureuse et avec qui j’ai été pendant longtemps. À notre premier rendez-vous, mes hormones ont dû me jouer un mauvais tour car, voulant lui dire qu’il avait un physique typiquement « pas allemand » , donc d’étranger, je lui dis « Tu as l’air étrange. » La remarque sur sa nationalité, déjà en soi complètement superflue, se transforma en sus en un commentaire blessant. Il le prit avec humour et me pardonna aussi mes autres erreurs pendant les semaines qui suivirent, notamment la confusion entre « blague » et « bague » ou bien encore « château » et « chapeau ». Christoph Sanders, 22 ans, Allemand, Tübingen Lors d'un atelier franco-allemand proposé par l'OFAJ à Lyon, des animations linguistiques faisaient aussi partie du programme. Il s'agissait de renforcer les connaissances en allemand et en français des personnes présentes en s'amusant. Chaque groupe devait préparer un petit jeu et y faire participer les autres. Nous voulions enseigner aux autres groupes le nom des dix doigts de la main dans les deux langues. Présentant notre jeu, je commençai par le petit doigt et dis : « écureuil » au lieu d'« auriculaire ». S'ensuivit un grand fou rire général sur mon petit doigt devenu écureuil…
Moïra Berger, 29 ans, Française, Hamburg J'ai mis du temps à réaliser qu'il existait une différence entre Brüste (« les seins ») et Bürste (« la brosse »). Vous imaginez alors l'expression de surprise et d'amusement que je vis sur le visage de mon ami lorsque je lui demandai : « Peux-tu me donner les seins, je voudrais nettoyer mes chaussures ? » ou bien encore : « J'ai acheté de nouveaux seins pour faire la vaisselle. » Et aujourd'hui encore, bien que j'aie déjà fait la faute au moins un millier de fois, il me faut encore y réfléchir à deux fois quand je cherche les seins, euh la brosse, pardon, pour me coiffer.
Sophie Rudolph, 29 ans, Allemande, Berlin Une de mes connaissances travaillait en tant qu'assistante d'allemand dans un lycée français. Un de ses élèves était un petit Marocain qui s'appelait Salah. Elle avait mal compris son prénom et lorsque celui-ci leva le doigt pour répondre, elle lui donna la parole en l'appelant « Saloh ». Le jeune élève était visiblement choqué, se sentant discriminé et vexé, ce qu'elle ne comprit tout d'abord pas ; elle répéta encore une fois « Saloh ». La classe commença à s'agiter. Une élève se leva alors, tira l'assistante à la manche et lui dit : « Mais Madame, c'est vulgaire. »
Céline Moison, 30 ans, Française, Hambourg « Klaus, ça veut dire quoi ‘Stunt’ ? – Ce mot n'existe pas. – Bah si, stunt, je l'ai sous mes yeux dans ce texte allemand à traduire. – Hein ? Impossible, c'est pas de l'allemand. – Mais si, c'est marqué là. Un Stunt-Mann ! » Éclats de rire dans toute la pièce : stuntman est un mot anglais, signifie « cascadeur » et pour mes amis allemands surtout une occasion supplémentaire de bien rire à mes dépens !
Christiane Lötsch, 27 ans, Allemande, Berlin Lorsque j'étais en troisième au Lycée français, nous avions un professeur de français incroyablement sévère, M. Würtz, qui, dans les dictées, nous retirait un point par faute d'orthographe et deux par faute de grammaire. Ce qui avait pour conséquence que certains recevaient des notes insensées du genre -5/20. Lorsque M. Würtz rendait les dictées, toute la classe tremblait, d'autant plus qu'il gratifiait chaque copie d'un commentaire. Quand ce fut mon tour, il dit : « Et Christiane a eu le bonbon », ce qui me fit naturellement très plaisir, car je n'avais entendu que « bonbon » et pensais avoir une bonne note. Malheureusement, je n'avais pas saisi l'ironie de la phrase. Je la compris en découvrant ma note : 0,05/20.
Céline Maurice, 31 ans, Française, Hambourg Au début de ma vie en Allemagne, j'ai travaillé à l'accueil d'une école de langues. Qui dit accueil, dit téléphone... Panique linguistique de chaque instant ! Le plus dur était de réussir à noter les noms de mes correspondants. Parce que quand je demandais à la personne au bout du fil de me donner son nom et qu'il répondait Samuel Theodor Emil Friedrich Anton Nordpol, je tâchais d'écrire bien proprement cette avalanche de prénoms en trouvant que Nordpol, tout de même, c'est poétique comme nom de famille... Mais ça faisait beaucoup trop de prénoms pour pouvoir les écrire tous ! Heureusement, quelqu'un finit par m'expliquer cet étrange système, typiquement allemand, pour épeler les noms de manière codée... Un petit récapitulatif ? A: Anton, B: Berta, C: Cäsar, D: Dora, E: Emil, F: Friedrich, G: Gustav, H: Heinrich, I: Ida, J: Julius, K: Kaufmann, L: Ludwig, M: Martha, N: Nordpol, O: Otto, P: Paula, Q: Quelle, R: Richard, S: Samuel, SCH: Schule, T: Theodor, U: Ulrich, V: Viktor, W: Wilhelm, X: Xanthippe, Y: Ypsilon, Z: Zacharias, Ä: Ärger, Ö: Ökonom, Ü: Übermut
Manuela Wolter, 25 ans, Allemande, Berlin Lorsqu'à l'âge de 19 ans, je partis à Paris en tant que jeune fille au pair et que la mère de ma famille d'accueil me demanda comment cela se passait avec ses deux fils, je lui répondis fièrement : « C'est superbe, ils me baisent tout le temps. » La mère quitta la pièce, l'air choqué. Un ami français m'expliqua ensuite, après un fou rire qui l'empêcha de parler pendant un bon moment, que la faute en était à mon cours de français : nous y apprenons encore le vocabulaire de Molière au lieu d'être préparé au langage de tous les jours. Saskia Schuster, 26 ans, Allemande, Berlin Avec une amie, nous nous sommes rendues une fois dans un magasin de photos, rue Saint-Lazare. Je voulais récupérer des photos que j’y avais fait développer. À l’intérieur, au comptoir, se trouvait une autre cliente avant nous. Une seconde vendeuse apparut du fond du magasin et me demanda : « Vous êtes ensemble ? », question que je niai vivement, ayant compris « Vous êtes enceinte ? » Avais-je grossi à tel point que les gens pensaient que j’étais enceinte ? Me fallait-il faire plus de sport ? Et pourquoi cette vendeuse me posait-elle ce genre de question, les femmes enceintes n’auraient-elles pas le droit de venir chercher leurs photos ? Ces réflexions furent interrompues par mon amie qui me demandait un peu agacée ce qu’il me prenait de nier être là avec elle dans le magasin. C’est seulement là que je compris ce que voulait dire la vendeuse. Le rouge aux joues, je m’excusai auprès de mon amie et demandai mes photos à la vendeuse.
Ariane Kujawski, 21 ans, Française, Dresde Ma pire faute en allemand c’était l’an dernier lorsque, parlant de cette fusillade qui a eu lieu près de Cologne, j’ai demandé à mes colocataires de Leipzig s’ils avaient déjà entendu parler de « ce fou qui a chié sur tout le monde dans une école ». Évidemment, je voulais dire « qui a tiré sur tout le monde »... mais entre « schiessen » et « scheissen », ma langue a dérapé... au grand plaisir de tous mes colocataires !
Juliane Seifert, 26 ans, Allemande, Berlin Lorsque j’étais en onzième (équivalent de la seconde, ndlt), j’ai participé à un échange scolaire avec la France. Alors que j’étais partie faire les courses avec la mère de ma famille d’accueil, mon bras se mit tout à coup à me démanger terriblement. Un moustique m’avait fait cadeau d’une assez grosse piqûre. Tandis que je restai un instant sur place afin de l’inspecter plus soigneusement, ma mère d'acceuil me demanda ce que j’avais. Je répondis : « J’ai été piquée par une moustache. » Il me fallut un certain temps avant de comprendre la raison de son fou rire : j’avais confondu moustache et moustique ! 
Allemagne, tes abréviations, une belle salade de lettres !Nina Reichow, traduction Pauline Guigou, publié le 15.11.2007
Pourquoi éprouvons-nous, Allemands, le besoin irrépressible de tout abréger ? Est-ce par peur de mal orthographier les noms compliqués d'institutions, les titres de vente ou les dernières innovations techniques ? Ou peut-être que finalement, nous ne sommes pas des amoureux du détail ? « Un bref exposé vaut mieux que de longs discours », voilà ce que prône non par hasard la sagesse populaire. BSP, DFB et BFA, GEZ, MdB et dpa… la liste des abréviations plus ou moins usitées pourrait s'allonger à l'infini. Qui peut encore y voir clair ? Et si nous-mêmes, natifs, avons des difficultés à décoder ce langage crypté, qu'en est-il donc pour un étranger ?
Le phénomène des abréviations n'est pas nouveau. En 1999, les Fantastischen Vier sortent le titre MfG (mit freundlichen Grüßen, en français : sincères salutations, ndlt). En quelques strophes, le groupe de hip-hop ont rassemblé plus de 80 abréviations, un symbole de la fièvre abréviatrice allemande. Le déferlement depuis lors fulgurant des formules abrégées ne serait-il qu'une impression ? Non, le Duden en témoigne. L'édition spéciale de l'ouvrage de référence allemand sur les abréviations ne cesse de s'épaissir. A l'heure actuelle, le dictionnaire recense environ 50 000 abréviations et mots raccourcis. Sous le terme « abréviation », il faut comprendre des formes seulement écrites comme Hbf. ou Dr., tandis que « mots raccourcis » désigne selon le dictionnaire les formes utilisées à l'écrit comme à l'oral, tels Uni pour « Universität » ou GmbH pour « Gesellschaft mit beschränkter Haftung » (en français : SARL : société à responsabilité limitée).
Rien qu'entre la quatrième et l'actuelle cinquième édition, pas moins de 10 000 articles ont été ajoutés. Même si les articles supprimés ne sont pas pris en compte, il s'agit tout de même d'une augmentation considérable pour une période de six ans.
Aujourd'hui, on rencontre partout des abréviations originales uniquement justifiées par le souci de mettre des dénominations compliquées au goût du plus grand nombre. Ces acronymes, mots formés à partir des premières lettres ou syllabes, se révèlent des plus efficaces dans les médias. Ils s'imprègnent facilement dans la mémoire et on peut les taper rapidement sur le clavier de l'ordinateur ou du téléphone portable. Il en est ainsi de l'abréviation OLAF, aussi employée en allemand. Il ne s'agit pas là du voisin sympa mais de l'Office européen de Lutte Anti-Fraude. De même pour ver.di. Qui aimerait y voir un compositeur italien fait fausse route et aura du mal à faire le rapprochement avec le sigle de l'association des syndicats des prestataires (»Vereinten Dienstleistungsgewerkschaft«).
Si l'on jette un coup d'œil dans le journal ou sur le programme de télévision, on y trouve inévitablement des abréviations telles que DSDS (Deutschland sucht den Superstar) ou GZSZ (Gute Zeiten, schlechte Zeiten). Entre-temps, les producteurs de séries TV ont compris que les médias les utilisaient avec autant d'enthousiasme que leurs fans. Il paraît même que le titre du sitcom « Alles nur aus Liebe » aurait été rejeté à cause de son acronyme malpropre et remplacé par « Verliebt in Berlin » (cette série est actuellement diffusée en France sous le titre « Le destin de Lisa », ndlt). La surabondance des abréviations ne facilite pas toujours la communication. Au contraire, elle caricature le principe économique de concision lorsque des abréviations énigmatiques et ambivalentes requièrent des explications complexes afin d'éviter toute méprise. Il existe des ouvrages adaptés pour qui souhaite s'y retrouver dans cette jungle abréviatrice. Les dictionnaires du langage SMS occupent désormais le marché de l'édition et ne sont pas uniquement destinés à venir en aide aux mères anxieuses qui cherchent à comprendre ce que leur rejeton essaie de communiquer par texto. L'enthousiasme abréviateur se voit pour la première fois refroidi lorsqu'on reçoit une invitation contenant la formule raccourcie peu engageante u.A.w.g. Cette abréviation est au moins aussi dissuasive que sa forme complète est formelle : « Um Antwort wird gebeten » (en français : Prière de répondre). L'une comme l'autre devraient davantage faire fuire les invités que les attirer. Tout aussi peu avenantes sont les annonces immobilières abrégées. Le novice devrait tout d'abord se renseigner auprès d'amis habitués à déménager, afin d'éviter que la recherche d'une petite chambre d'étudiant ne se change en visite d'appartement à acheter parce qu'il n'a pas tout de suite identifié le sigle ETW comme « Eigentumswohnung » (logement en copropriété). En Allemagne, juste après l'emménagement arrive en général une sommation de paiement de la GEZ. En effet, vous pouvez être sûr que la « Gebühreneinzugszentrale der öffentlich-rechtlichen Rundfunkanstalten in der Bundesrepublik Deutschland » (Centre d'encaissement des redevances radiophoniques et télévisuelles de la République fédérale allemande) ne manquera pas d'enregistrer votre nouvelle adresse.
Même l'Allemagne a bénéficié pendant plusieurs décennies non pas d'une mais de deux abréviations. A l'Ouest, la République fédérale d'Allemagne se nommait déjà RFA, tandis qu'à l'Est, personne ou presque ne se donnait la peine de parler de la République démocratique allemande, raccourcie en RDA. Les années de séparation en deux Etats ont aussi marqué la langue. Ainsi, en RDA, le OdF-Tag était une journée consacrée aux victimes du fascisme (Opfer des Faschismus). Certains noms de rues étaient aussi abrégés dans l'usage quotidien, par exemple KMA pour « Karl-Marx-Allee ». De nombreux défis attendent donc le Français en séjour en Allemagne. A l'inverse, certains étrangers arrivant en France ont autant de mal à s'y retrouver. Ici, une catégorie de Français est parvenue à devancer la folie allemande de l'abréviation : les étudiants. Les cours vont à toute vitesse et l'étudiant allemand, s'il n'est pas sténographe, aura du mal à prendre des notes. Les condisciples français tiennent le tempo avec des abréviations très efficaces. Une fois le système compris, c'est un jeu d'enfant, affirment ceux qui le maîtrisent déjà. Les terminaisons superflues et les voyelles sont tout bonnement supprimées ou raccourcies. Ainsi, « pour » est contracté en « pr », « sur » devient « sr » et « constitution » « constitut°». Ce codage présente un avantage considérable : Les étudiants Erasmus ne risquent pas de copier !
Mais revenons à l'Allemagne : En 2004, le MoMA (le « Museum of Modern Art » new-yorkais) était en résidence à Berlin – ici aussi, une abréviation qui, grâce à sa grande médiatisation, s'est gravée dans la mémoire de toute une nation. Seule l'abréviation « Fußball-WM » (Coupe du monde de football), qui s'est ancrée comme le grand événement sportif de 2006, l'a détrônée en termes de diffusion. Nous sommes à présent en 2007, et reste à attendre ce que nous retiendrons du sommet du G8. Sur ce, « MfG » et « c.u. » à la prochaine WM !
Dessin de Sibylle Möller
Pour en savoir plus :
Duden – Das Wörterbuch der Abkürzungen, Bibliographisches Institut, 5., vollständig überarb. u. erw. Auflage, ISBN 13 978-3-411-05015-4, 9,95 € [D]
Das SMS-Buch der Abkürzungen, Eichborn, ISBN 978-3-8218-2261-7, 4,99 € [D]
PC- & IT-Abkürzungen von A-Z kompetent erläutert, dtv, ISBN 978-3-423-50250-4, 6 € [D]
Pour trouver le texte de la chanson MfG des Fantastischen Vier: www.letssingit.com 
Le Moleskine : un petit carnet noir qui a plus d'un tour dans ses pagesAlexandra Friedmann, traduction Alba Chouillou, ublié le 15.05.2007
À peine installé confortablement dans son fauteuil préféré, les doigts posés résolument sur le clavier, que l'on sent notre esprit gagné par un grand vide. Car la créativité requiert le mouvement. C'est sûrement aussi la raison pour laquelle mes meilleures idées me viennent toujours quand je suis ailleurs et à chaque fois dans des endroits où il n'y a jamais rien pour écrire. Or, j'ai arrêté de chercher frénétiquement papier et stylo quand j'ai tenu pour la première fois un Moleskine tout neuf dans mes mains. À première vue, un mince carnet noir qui ne paie pas de mine, mais il devait révolutionner ma façon d'écrire.
Curieuse de découvrir sa vie intérieure, j'ouvrais précautionneusement l'élastique qui tenait fermé le petit carnet. Les pages blanches et immaculées exerçaient une étrange attraction sur moi, comme si elles réclamaient à grands cris l'encre de mon stylo. Derrière je découvrais une pochette intérieure contenant une notice qui me contait la fabuleuse histoire de mon futur compagnon de route.
« Le Moleskine est le légendaire carnet de notes des artistes et intellectuels européens des deux siècles derniers », dévoilait la fiche. Je n'étais donc pas la seule à être tombée sous le charme de ce petit cahier. On dit qu'Ernest Hemingway l'utilisait déjà pour écrire ses manuscrits. « J'étais assis dans un coin à la Closerie des Lilas, le soleil de l'après-midi caressait mon épaule, et j'écrivais dans mon carnet de notes », se rappelait Hemingway.
Vincent van Gogh se servait du Moleskine comme carnet pour ses croquis. « Mon carnet de notes est la preuve que j'essaie de saisir les choses dans l'instant », avait-il l'habitude de dire. L'écrivain Luis Sepúlveda considérait le Moleskine comme un objet très particulier : « Assis sur un tonneau de vin, le visage tourné vers la mer, dans le Sud lointain, je prends des notes dans un authentique Moleskine, une pièce de musée que Bruce m'a donnée spécialement pour le voyage. » Sepúlveda désigne par Bruce l'écrivain et globe-trotter anglais Bruce Chatwin, qui, avant chaque voyage, achetait, dans une papeterie parisienne de la rue de l'Ancienne Comédie, un monceau de ces petits carnets fabriqués à Tours. Dans son roman Le chant des pistes, il a baptisé ses petits compagnons de voyages si pratiques « les carnets moleskines ». Ce nom, Chatwin le tira de l'enveloppe caractéristique du carnet, faite en cuire Moleskine : une matière plastique imperméable, noire, dont le nom anglais mole skin signifie « peau de taupe ». Chatwin a écrit des descriptions détaillées de ses carnets préférés, les rendant célèbres parmi leurs semblables.
Mais quand Chatwin voulut commander cent exemplaires avant un voyage en Australie en 1986, la vendeuse lui apprit une terrible nouvelle : le propriétaire de l'entreprise familiale de Tours venait de mourir. Et cela signifiait aussi provisoirement la mort de ses chers Moleskines.
Et pourtant, plus de dix ans après sa disparition, je le tenais dans mes mains. Ce miracle, je le devais à l'entreprise italienne Modo&Modo qui s'était procuré le brevet du nom Moleskine et avait remis le carnet de notes sur le marché à la fin des années 90. L'idée a fait son chemin. Le nouveau Moleskine, créé d'après les descriptions de Chatwin, existe aujourd'hui dans de multiples variantes : blanc classique, ligné, quadrillé, comme cahier de notes et même en modèle bande dessinée. Soi-disant compagnon des plus grands écrivains et artistes du siècle dernier, le Moleskine est devenu un symbole international de la création artistique.
La pointe de mon stylo glissait, aussi légère qu'une plume, sur les pages souples qui se remplissaient plus vite que prévu, et le Moleskine devint aussi mon fidèle compagnon. Je fus particulièrement contente d'apprendre qu'un fonds privé de la Société Générale avait racheté en août 2006 les droits de production de ce carnet légendaire. On pourrait presque dire que le Moleskine, après un long voyage, est rentré dans son pays natal, la France.
Mon Moleskine est déjà à moitié rempli, et je ne peux que donner raison à Bruce Chatwin : « Perdre mon passeport, c'était le cadet de mes soucis ; perdre un carnet de notes, c'était une catastrophe ».
Sources : www.modoemodo.it, www.wikipedia.org
MoleskineLe Moleskine, petit carnet qui se distingue par un élastique vertical retenant ses pages et une petite poche à l'intérieur de la quatrième de couverture, n'a pas seulement charmé Chatwin et ses confrères. Il semble être aujourd'hui revenu à la mode. Le Moleskine d'origine mesurait environ 9x14cm, était garni de papier blanc au toucher soyeux et relié de cuir dit Moleskine (mole skin : « peau de taupe »), une étoffe de coton teinte en noir et imperméable.
Le Moleskine était commercialisé par de petites manufactures françaises à des papeteries parisiennes. À la fin, il était fabriqué par une entreprise familiale de Tours, qui cessa cependant la production en 1989. Après dix ans d’interruption, l'entreprise milanaise MODO&MODO se procura en 1998 le brevet d'appellation Moleskine et remit le petit carnet sur le marché. De l'original, l'entreprise a conservé la petite poche intérieure, bien pratique, et le petit élastique, mais la reliure caractéristique a été remplacée par un autre matériau en similicuir. Glissé à l'intérieur, un petit carton informe l'acquéreur sur l'histoire du Moleskine, compagnon légendaire des écrivains et dessinateurs des siècles passés. Aujourd'hui encore, le Moleskine séduit par son apparence traditionnellement sobre mais est maintenant également disponible dans d'autres couleurs discrètes. L'intérieur a par contre subi une petite révolution : à côté des traditionnelles variantes de papier blanc, à lignes ou à carreaux, d'autres versions plus fantaisistes ont fait leur apparition : papier aquarelle, storyboard pour bandes dessinées ou carnet de notes destiné à la création musicale. Même les aspirations du journaliste moderne se voient comblées, avec des carnets de notes créés exprès pour cette profession et qui, à la différence des autres Moleskines, s'ouvrent à la verticale. La dernière invention est tout à fait dans la mouvance du nomadisme actuel : les Moleskines City Notebooks, disponibles pour de nombreuses capitales, à savoir Berlin, Londres, Paris, Prague ou Rome. Ces « guides de voyages à écrire soi-même » contiennent des plans de villes détaillés et des pages supplémentaires très pratiques, qui incitent le voyageur à constituer un fonds d'archives personnelles sur la ville.
Le culte de plus en plus important dont le Moleskine fait l'objet et la demande de plus en plus grande de ces carnets de notes fonctionnels a conduit d'autres entreprises à fabriquer de petits cahiers semblables. C'est ainsi que la société florentine Ciak propose un carnet de notes de nature identique, dont le design ne se différencie du Moleskine légendaire que par un petit détail : l'élastique n'est pas vertical, mais horizontal. L'intérieur comme les matériaux utilisés semblent en revanche presque identiques. Il n'y manque même pas le petit carton glissé à l'intérieur, sur lequel Ciak fait l'éloge de son petit cahier comme « le symbole des écrivains et voyageurs d’aujourd’hui ». L'entreprise Paperblanks a quant à elle remplacé l'élastique par une fermeture aimantée. La gamme de modèles qu'elle propose est large et se caractérise par des designs luxueux. Quels que soient les modèles et variantes du Moleskine, une chose leur est commune : la catégorie de prix. Pour retrouver le plaisir que Chatwin avait d'écrire, on doit quand même mettre la main au porte-monnaie et se délester, selon le format et le modèle, de 10 à 30 euros. |

La Journée franco-allemande, qu'est-ce que c'est ?Céline Moison, publié le 22.01.2007
C'est à l'occasion de la célébration du 40e anniversaire de la signature du Traité de l'Élysée en 2003 que Jacques Chirac et Gerhard Schröder, à l'époque chancelier allemand, inscrivirent une nouvelle date dans les calendriers franco-allemands : la Journée franco-allemande, le 22 janvier. Cette journée a pour objectif de renforcer la coopération franco-allemande et d'encourager les jeunes à apprendre la langue du pays voisin. Elle est l'occasion pour les établissements d'enseignement secondaire, mais aussi pour les grands acteurs du monde franco-allemand tels que l'OFAJ, les Instituts français ou bien encore les Instituts Goethe, d'informer les collégiens et lycéens sur les nombreuses possibilités d'échange et de rencontres permettant d'apprendre la langue de l’autre ou de travailler en France ou en Allemagne. La Journée franco-allemande a lieu sous de multiples formes et s'appuie chaque année sur un thème particulier, fixé par les gouvernements. Le thème de 2007 est en France « L'Allemagne, un pays à redécouvrir », en Allemagne « La France, un pays à redécouvrir » (« Frankreich: neu entdecken »). À cette occasion, les écoles sont invitées à organiser des rencontres franco-allemandes dans le cadre desquelles des institutions franco-allemandes et des entreprises peuvent intervenir et fournir des informations sur les nombreuses possibilités d'échanges entre les deux pays. Ainsi le 22 janvier, à peine inscrit sur nos calendriers, se révèle d'ores et déjà générateur de réseaux transversaux et multidisciplinaires, de rencontres enrichissantes entre jeunes, renforçant le rapprochement des deux nations; tout à fait dans l'esprit du Traité de l'Élysée…
Le Traité de l'ÉlyséeLe Traité de l'Élysée fut signé le 22 janvier 1963 au Palais de l'Élysée entre le président français de l'époque, Général De Gaulle, et le chancelier allemand Konrad Adenauer. Le Traité avait comme objectif majeur la réconciliation de la France et de l'Allemagne après une longue période de guerre et d'inimitié et marqua le début de coopérations binationales, d'échanges scolaires, de jumelages de villes entre les deux pays. Il est aujourd'hui l'un des plus grands symboles de l'amitié franco-allemande. |

Un ami pour jouer aux boulesRomy Straßenburg, traduction Anne Mimault, publié le 01.11.2006
Il y a trois ans et demi, un jeune Parisien eut l'idée de s'installer à Berlin et d'y créer une association pour la culture française. Il voulait ainsi importer un bout de son pays natal dans la capitale allemande. Romy Straßenburg a rendu visite à Yoann Kaplan chez l'Ami bouliste.
Le quartier de Prenzlauer Berg est une des zones d'habitation les plus appréciées des jeunes Berlinois. Cela n'a pas échappé à la communauté française de Berlin, de sorte que s'est implanté ici ces dernières années un solide cercle de personnes de nationalité en partie ou entièrement française. À leurs côtés, un nombre non négligeable d'Allemands francophiles qui se sentent attachés à la culture et à la langue françaises. Tous ont trouvé un deuxième foyer à l'extrémité nord de la Dunckerstraße. C'est là que se cache l'Ami bouliste de Berlin, une association dont le mot « convivialité » décrit au mieux le concept, même si elle est officiellement enregistrée comme « Association pour la promotion de la culture française dans le quartier ». Le meilleur ami du jeu de boules et responsable de l'Ami bouliste est un trentenaire, Yoann, venu il y a trois ans de la banlieue parisienne à Berlin. Au début, l'idée était d'ouvrir dans la capitale allemande un bar rappelant les cafés-terrasses parisiens et d'offrir une atmosphère familiale. Et en effet, les éléments décoratifs du local actuel proviennent en majeure partie de France : cendriers, carafes d'eau, et surtout l'enseigne rouge des buralistes témoignent de l'amour du détail du gérant.  |  | |
Pourtant, l'Ami n'est pas un bar, mais une association. Ce que cela signifie ? Pour Yoann, le jeu de boules (en été), une cuisine traditionnelle (les jeudis) ainsi que de la musique et des films français. Chaque mercredi, il projette gratuitement un film français avec des sous-titres allemands. Le choix des films témoigne de la prédilection du maître des lieux pour le nouveau cinéma français, mais les invités expriment également, à l'occasion, leurs souhaits pour la programmation hebdomadaire.
Les autres jours d'ouverture, la culture française est mise à l'honneur autour d'un verre de pastis. Parfois, des événements particuliers, comme la Coupe du Monde de football, trouvent aussi leur place dans la maison et les habitués se réunissent pour chanter en chœur la Marseillaise et scander « allez les Bleus ». Ainsi s'exprime à l'étranger une envie de voyage et une pointe de nostalgie de la « douce France ».
C'est ainsi que l'Ami bouliste, ou ABB, est pour les Français une réunion de famille et pour les Allemands une visite dans une famille d'accueil sympathique. Mais avant tout, le projet est un exemple d'engagement personnel dans le quartier. C'est pour l'instant encore une curiosité, puisqu'à une centaine de mètres de là, sur la très chic Helmholtzplatz ou sur la Kastanienallee, le citadin tendance jouit des avantages du quartier branché : sushi, cocktails, coffee to go, etc. Mais ce qui importe le plus à Yoann, ce n'est pas d'être dans le vent, il préfère largement créer un lieu où, même hors de la mère patrie, on retrouve un morceau de France.
Ami bouliste de Berlin Dunckerstr. 62 Ouvert mardi, mercredi et vendredi 16.00 www.labb.info
InterviewInterview de rencontres avec le président de l'Ami bouliste de Berlin, Yoann Kaplan
Que signifie le nom Ami bouliste ?
Nous avions mille idées de noms : il devait refléter le cliché qu'ont les Allemands des Français, mais aussi rendre curieux. C'est ainsi que nous avons eu l'idée du jeu de boules, que nous ne connaissons nous mêmes quasiment pas. Mais bon, cela ne sonnait pas mal et accolé au mot “ami”, il prenait au bout du compte une connotation positive. Mais en France, la plupart de mes amis se moquent de ce nom, car pour eux, il sonne bizarre.
Quelle est selon toi la mission de l'Ami?
Je ne me vois pas comme le représentant d'un projet franco-allemand. L'Ami doit être un lieu qui offre aux Français – mais également aux autres – la possibilité de se rencontrer et de passer un bon moment ensemble. Bien sûr, beaucoup de gens ne viennent pas par hasard ils se connaissent déjà ou ont entendu parler de l'Ami par des amis. Depuis sa création, il y a toujours eu des hauts et des bas. Pendant la Coupe du Monde, c'était fantastique – nous avons regardé les matchs et souffert tous ensemble avec la France.
Comment trouves-tu la vie à Berlin par rapport à celle de Paris ?
Pour moi, à Berlin, c'est comme si c'était tous les jours dimanche... Paris, c'est lundi matin, à sept heures. À Berlin, on peut se sentir comme à la campagne ; il y a de l'espace et on n'est pas étouffé par le monde. C'est vraiment comme une petite île – le coût et le rythme de la vie sont indubitablement plus décontractés. Pourtant, je ne pense pas mourir à Berlin, mais peut-être pas non plus à Paris. 
Un plaidoyer en faveur de la soupeLe festival de la soupe à Berlin
de Britta Nelskamp, traduction Marie Lesage, publié le 15.09.2006
Pour la deuxième fois déjà et avec le même succès, la fête de la soupe s'est déroulée à Berlin les 2 et 3 septembre 2005. Environ 25 000 invités étaient venus avec la ferme intention de se faire régaler – de soupe, naturellement – par près de 80 cuisiniers . Et tout cela entièrement gratuitement grâce aux nombreux sponsors et organisateurs de la fête de la soupe, le réseau Wrangelnetz et le Centre artistique et culturel international pour la jeunesse, Schlesische 27.
Les coups de mains de nombreux bénévoles, d'artistes et de musiciens, venus pour certains de France et de Pologne, ont aussi contribué à la réussite de la fête. Pendant que, dans les marmites, ça bouillonnait encore, les visiteurs pouvaient se divertir des manières les plus diverses dans le quartier de Kreuzberg. Du reggae ou de la musique pop, de la danse ou du pantomime – il y en avait pour tous les goûts, sur différentes scènes. L'événement principal de la fête de la soupe a cependant été le concours de soupe, au cours duquel un jury a distingué la meilleure soupe. Ce jury était constitué de onze jurés, dont des membres de l'association S27, des personnalités politiques et des commerçants du quartier. Chaque cordon-bleu peut participer au concours de soupe –du cuisinier occasionnel au professionnel. En septembre dernier, c'est une soupe fromage-poireaux qui a remporté la première place. La soupe de lentilles ainsi que la soupe thaï aux courgettes ont aussi soulevé l'enthousiasme. Leurs créateurs sont ainsi arrivés deuxième et troisième. Ainsi, non seulement de grands classiques gastronomiques allemands, mais aussi des innovations exotiques, comme la soupe curry-banane, ont pris place parmi les spécialités primées. Les visiteurs curieux pouvaient assister à la préparation des plats, et, à la grande joie de tous, de nombreuses dégustations étaient offertes. Jusque tard dans la nuit, les visiteurs de joyeuse humeur se déplacèrent entre les tables dressées dans la rue pour goûter à toutes les délicieuses créations. Cuisiner et manger ensemble en signe d'hospitalité et de bonnes relations de voisinage semblait une évidence. Comme pour souligner l'ambiance, le mot d'ordre de la fête de la soupe était : « la soupe ne connaît pas de frontières ». Les relations de voisinage se trouvent également à l'origine de la fête de la soupe, puisque l'idée vient de France. A Lille se déroule tous les ans depuis 2001 un festival de la soupe, La Louche d'Or. Il se limitait à l'origine à un petit nombre de participants. Mais la réputation de l'événement, au départ confidentiel, s'est étendue, et l'odeur appétissante de la soupe a franchi depuis longtemps les frontières de la ville et du pays, ce qui a permis au festival d'acquérir une envergure internationale.
Même si cette année, la fête de la soupe ne peut malheureusement pas avoir lieu faute de sponsors, ouvrons nous d'ores et déjà l'appétit avec une soupe exotique à la banane et au curry en vue d'une année culinaire en 2007. Sur ce, bon appétit !
Lectures conseillées et photos: www.fete-de-la-soupe.de
Soupe au curry et à la banane1 oignon 1 gousse d'ail 1–3 cuillerées à soupe de curry en poudre 30 g de beurre 40 g de farine 3 bananes mûres 1 litre de bouillon de poule 100 ml de crème fleurette 1 cuillerée à soupe de pistaches finement hachées
Hacher les oignons et l'ail et faire fondre dans le beurre. Ajouter le curry et laisser dorer brièvement. Puis ajouter la farine tamisée, laisser cuire encore un peu et arroser peu à peu avec le bouillon de poule. Couper les bananes en tranches, ajouter 2 bananes dans la soupe, laisser le tout cuire 10 minutes. Puis passer au moulin et rectifier l'assaisonnement avec le sel et le curry. Ajouter la troisième banane. Mélanger la crème fleurette à la préparation et saupoudrer de pistaches.
Bon appétit ! |

Les supermarchés français – quelle aventure!Britta Nelskamp, traduction: Mélanie Julien, publié le 01.12.2006
« Je vais vite fait acheter du lait » était en général impossible. Pour cela, mon supermarché préféré était bien trop loin. Alors, au programme du week-end : sortie hors de la ville, direction le paradis de la consommation. Au début, je suis allée de surprise en surprise. Incroyable : un magasin dans lequel on peut passer des heures à flâner entre des étagères interminables et l'étonnement de voir tout ce qu'on peut acheter dans un seul endroit. A côté des produits alimentaires, on trouve également des livres, des CD, des vélos, des machines à laver, de la vaisselle … et ce, sur une surface bien plus grande que celle d'un supermarché allemand traditionnel. C'est donc avec enthousiasme que je me mets à la recherche des produits inscrits sur ma liste des courses – et d'autres qui n'y sont pas, autant que ce je peux porter, tant qu'à faire …
Je reste une éternité en admiration devant l'offre de gâteaux et chocolats – n'ont-ils pas l'air d'être plus appétissants qu'en Allemagne ? Combien de temps me faudra-t-il pour pouvoir tout goûter? Est-ce qu'après je pourrai encore rentrer dans mon jean ? Zut ! Au diable la mauvaise conscience ! Mais l'euphorie du début laisse rapidement la place à une approche plus pragmatique : Quel est mon budget ? De quoi ai-je besoin ? Comment faire mes courses en moins de deux heures ? Après m'être frayée un chemin assez rapidement à travers le rayon fruits et légumes, le rayon produits frais me fait prendre un retard considérable sur mon planning. Plus de 30 mètres de produits laitiers – évidemment sans compter le rayon fromages qui prend à lui tout seul autant de place – ne sont pas faciles à couvrir rapidement. Après une demi-heure et les pieds quasiment frigorifiés, j'ai enfin trouvé le yaourt de mes rêves : goût « gâteau à la pomme ». Les parfums tels que réglisse ou menthe me laissent assez perplexe, est-ce que quelqu'un en a vraiment déjà mangé? Mon porte-monnaie trouve finalement lui aussi le prix abordable, car après de longues hésitations, je me suis décidée pour le lot extra grand en « format familial » en promotion. Ce format semble également être une des particularités des grandes surfaces françaises. Je prévoyais de rattraper le temps perdu sur mon planning au rayon cosmétique. Que nenni ! En pensant ne pas pouvoir faire d'erreur, je saisis le premier shampoing qui sentait bon. Ou plutôt, ce que je pensais être un shampoing. Et bien j'ai eu tort. Une fois de retour chez moi, j'ai essayé de savoir si on pouvait se laver les cheveux avec une lotion pour le corps. Non? Vraiment pas? Dommage.
Je décide donc de regarder attentivement les inscriptions sur les étiquettes, la prochaine fois. J'ai besoin de levure en poudre. Equipée de mon dictionnaire bilingue, je me mets alors à la recherche d'ingrédients pour pâtisserie. Mais ce n'est pas si simple. Finalement, je trouve ce que je cherche dans le dernier recoin de l'hypermarché. Mais le choix est très réduit. Les Français n'aiment-ils pas faire de la pâtisserie ? A nouveau je me trouve confrontée à un problème, de langue cette fois. Et mon dictionnaire ne peut pas m'aider. Il n'indique qu'une seule traduction pour Backpulver (levure chimique) et Hefe (levure de bière) : levure. Je n'ai pas besoin d'expliquer qu'il y a un monde entre les deux. Et ça, les Français devraient le savoir aussi, n'est-ce pas ? Après m'être arraché les cheveux, je risque un essai. Il semble que j'ai plus de chance qu’avec le shampoing, cette fois – du moins ce que j’achète ressemble à de la levure chimique. A partir de ce moment-là, je décide de laisser mon dictionnaire à la maison. De retour en Allemagne, je n'ai plus besoin de craindre que mon gâteau ait le goût de levure de bière mais, quand même, cette expérience unique des courses dans un hypermarché me manque. Et j'aurais très bien pu m'habituer au yaourt au gâteau à la pomme. 
Aigre-douce Allemagne Jean-François Renault, publié le 15.10.2006
Dans ce pays, si proche et parfois si étrange, « sucré » veut aussi dire « mignon ». Vous imaginez ça : « Le petit dernier de la voisine, comme il est sucré ! »
Et comme si cela ne suffisait pas à décourager les bonnes volontés, à démoraliser les derniers Mohicans qui cherchent encore à apprendre la langue de Goethe, « acide » signifie par la même occasion « de mauvaise humeur »…
Alors, me demanderez-vous, s'il y a, chez ces gens là, du sucre en quantité, partout et jusque dans le pâté de foie (en fait : la saucisse de foie), la moutarde, les petits pois, le riz au lait* et la vinaigrette, s'agit-il d'un péché mignon ?
A vrai dire, je n'en sais rien. D'autant que, pour moi, sudiste égaré depuis la guerre froide dans les forêts de bouleaux du Brandebourg, le sucre, c'est quelque chose d'extraordinaire, et qui plus est, de naturel. C'est du miel au bon goût de fleurs, n'importe quel authentique fruit mûr, ou - sommet de la perfection - de la canne à sucre fraîchement pressée. A défaut, le sucre roux non raffiné fait aussi l'affaire.
Mais, outre-Rhin, le miel disparaît en général dans le Tee qui n'est très souvent lui-même rien d'autre qu'une tisane à base d'herbes et de fleurs séchées.
On s'y délecte de fruits à peine sortis de l'école, encore verts, et pas seulement derrière les oreilles**, qui craquent sous la dent et exhalent des effluves de forêt vierge, d'enfer vert. La pomme anglaise « Granny Smith » est le modèle incontournable que l'on cherche à atteindre avec bananes, abricots, poires et autres kiwis.
Les seuls fruits mangés à maturité sont les baies rouges du jardin : groseilles, cassis, guignes, dégustées avec une bonne dose de … sucre, évidemment. Espérons que le dentiste sera mignon. Et de bonne humeur !
Le sucre de canne reste l'apanage des écolos et autres exotiques du commerce équitable. D'ailleurs ce n'est pas un hasard si l'ingénieur chimiste qui a inventé le procédé industriel d'extraction du sucre de betterave était Allemand. Le sucre blanc, raffiné, n'est-il pas beaucoup plus sucré que le sucre roux ?
Après tout, peut-être ne sommes-nous qu'une fois de plus les victimes inconscientes et innocentes d'une évolution historique qui nous poursuit comme si elle était passée dans nos gènes : les Allemands ne se sont pas battus pour les « Îles à sucre » comme l'ont fait Français et Britanniques pendant des siècles.
Le sucre se boit aussi en grande quantité dans le café. Le café, parlons-en : ici, on préfère – sans le savoir, l'étiquette indiquant tout au plus qu'il s'agit de « cerises mûries au soleil… » - les meilleurs crus d'arabica des hauts plateaux d'Amérique latine, des Caraïbes ou d'Afrique orientale. On traite ces haricots sélectionnés (allez donc savoir pourquoi, en allemand, cerises et grains sont tous des fayots) d'une manière bien particulière, et même unique au monde, appelée « German blend » par les Chinois, qui consiste à les torréfier longuement à basse température, afin de conserver vitamines et … acides. Une cuisson à petit feu aux antipodes de l'électrochoc à qui l'on doit l'espresso.
Nous n'insisterons pas sur le fait, qu'une fois avalé, le sucre se transforme très vite en acide. Nos papilles gustatives ont déjà fort à faire avec l'interculturel. Pas la peine d'en rajouter avec Mendeleïev. Mais au risque de passer pour un provocateur, nous affirmons haut et fort que même non sucré, l'acide est la base de l'alimentation germanique. Cette aigreur disparaît le plus souvent lors de la traduction en français. L'inoffensif mot « choucroute », par exemple, auquel vous associez peut-être et même sans doute des souvenirs agréables, n'est que la transposition très édulcorée (!) du mot allemand « Sauerkraut » (soit : « aigre chou » ou « chou acide »). La Sauerkraut est d'ailleurs sucrée et non cuite au Riesling comme la Surkrut alsacienne.
Par égard à votre patience et parce que je n'ai pas envie de me fâcher - en plus - avec tous les Slaves, de Cottbus à Vladivostok, je ferais semblant d'ignorer les ineffables tortures infligées aux cornichons, betteraves rouges… jetés en pleine fleur de l'âge dans une solution de vinaigre sucrée. Du « vin aigre », c'est du vin de mauvaise humeur ? Mais non, d'ailleurs le vinaigre allemand le plus répandu, « Essigessenz »***, est de l'acide acétique industriel coupé d'eau.
Le sucre, on en met aussi une bonne dose dans le vin de Moselle pour le rendre plus gentil. Souvent, ça lui monte à la tête et il en devient méchant. Ne vous inquiétez pas, ce genre de vin est surtout destiné à l'exportation vers des contrées dont nous tairons les noms. Et c'est un excellent support de la vente de cachets d'acide acétylsalicylique, autre grande invention culinaire des bords du Rhin.
Plus intéressant, car personne n'est épargné, pas même le touriste de passage : les inévitables bulles de gaz carbonique (en allemand : « acide charbonique ») sans lesquelles la bière, le « Sprudel » (eau minérale gazéifiée) et même le « Sekt » (vin mousseux) ne seraient pas ce qu'ils sont. Le coca non plus, mais c'est une autre histoire. Aujourd'hui, il n'est pas question des inventions de pharmaciens émigrés.
Sucre et acide. Il ne manque plus que de la sauce tomate et on a du ketchup. Le « Kachiap », spécialité originaire de Malaisie, très en vogue de l'Allgäu à la Frise, du Rhin à l'Oder. A peine quitté les plaines de Lorraine et vous voilà déjà dans l'antichambre de l'Asie.
Alors qu'en conclure ? Que si nos illustres et mignons voisins d'outre-Rhin font souvent la gueule, c'est la faute à leur régime acidulé ? Ce n'est pas prouvé scientifiquement. Mais, si j'ai un conseil à vous donner, faites comme les Allemands : neutralisez vos repas en vous gorgeant de patates ou, mieux, allez manger chez l'Italien ou l'Indien du coin. Et si, en plus, vous faites partie de cette « majorité de Français souffrant de reflux gastriques » dont parle Le Monde, alors, pour parer à toute éventualité, n'oubliez pas votre boîte de bicarbonate de soude.
* le riz au lait : il s'agit d'une masse gélatineuse de petits grains de riz à laquelle on rajoute une montagne de sucre blanc et une colline de cannelle en poudre. Se mange comme plat principal, à la maison comme à la cantine, de préférence en été. **« encore vert derrière les oreilles », c'est ce qu'on dit outre-Rhin d'un être immature *** Ce même délice, dans ce cas à base de brut de la mer du nord, a remplacé depuis longtemps le vinaigre de malt artisanal et confère toute sa modernité au « Fish'n Chips » britannique.
(Extrait de Petites histoires franco-allemandes – Tout sur la culture gastronomique allemande, écrit à Panketal & Berlin, mai 2004, VO en français) 
Bière ou vin. Finale au supermarché. Charlotte Noblet et Dominik Rapp , traduction de Virginie Gorzerino, publié le 01.06.2006
Elle met dans son chariot deux caisses de bière. Elle, c'est Charlotte, buveuse de bière. Il est devant le rayon vin du supermarché et est plongé dans l'étude d'une étiquette de vin. Lui, c'est Dominique, amateur de vin.
Charlotte: T'as besoin d'encore longtemps ? Je peux pas passer.
Dominique: Vous êtes française ?
Charlotte: Oui, pourquoi ?
Dominik: Le Château Cardinal Villemaurine, Saint-Émilion, 1991, il est plutôt fruité ou charnu ?
Charlotte: Pas la moindre idée, mauviette. Je bois pas de vin.
Dominik: Comment ? Mais vous êtes pourtant française.
Charlotte: Oui, et alors? T'es allemand toi, et t'achètes pas de bière.
Dominik: Ah ! la bière. La bière c'est juste pour se saouler. Le vin, ça se déguste.
Charlotte: N'importe quoi. Le vin, c'est un truc de frimeur. Tu l'achètes pour ton cercle d'œnologie ou quoi ?
Dominik: Mon quoi ? Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
Charlotte: Les rencontres hebdomadaires en soirée où des frimeurs en puissance en habits du dimanche se gargarisent avec leur super vin. Ils sont obligés de débattre sur le vin parce qu'il ne se passe sinon rien d'excitant dans leur vie. Il y en a de trois catégories : le petit nouveau qui ne sait que sourire, l'amateur moyen qui lui sait sourire et exposer des trucs super importants sur le vin rouge, et l'expert qui sait sourire, exposer des trucs super importants sur le vin rouge et sait en plus quel verre on doit utiliser.
Dominik: …
Charlotte: Tu fais partie de quelle catégorie ?
Dominik: Oh, achetez donc votre bibine et disparaissez s'il vous plaît. Cela m'est bien trop primitif.
Charlotte: Eh bien alors, laisse-moi passer, Monsieur l'arrogant.
Dominik: Pourquoi ? Votre cercle d'habitués est-il déjà en train d'attendre le ravitaillement ?
Charlotte: C'est le bouquet ça. J'ai pas de cercle d'habitués. Ce soir, il y a le match Dortmund/Schalke.
Dominik: Et c'est une raison suffisante pour réduire à néant deux caisses de bière ?
Charlotte: T’y connais rien. En tout cas, à moi mes deux caisses de bière, elles me coûteront autant qu'à toi ta bouteille de 3/4 de litre.
Dominik: De toute façon, je ne vais pas encore la boire. Elle va d'abord passer quelques temps dans ma cave à température idéale. Votre boisson est imbuvable après la date de péremption. La mienne augmente sa saveur avec le temps. Ce qui m'importe, c'est la qualité, pas la quantité.
Charlotte: Ok, un à zéro. Je dois aussi aller plus souvent aux toilettes parce que je bois plus. Mais toi, tu bois ton vin seulement parce que tu crois que c'est bon pour le cœur. Ceci dit, tu ne peux même pas trinquer chaleureusement avec ton meilleur pote.
Dominik: Au moins, je n'ai pas de bedaine.
Charlotte: Ça veut dire quoi, ça, que je suis grosse, espèce de taré ?
Dominik: Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Mais c'est somme toute l'effet qu'a une consommation excessive de bière.
Charlotte: Et à cause du vin, tu vas te retrouver avec de jolies poignées d’amour*
Dominik: Des poignées d'amour ?
Charlotte: Vous les Allemands, une fois de plus, vous n'avez pas même un mot pour ça. Les poignées d'amour*, ce sont les bourrelets de graisse sur tes hanches (droite et gauche). On peut s'y accrocher comme aux poignées de mes caisses de bière.
Dominik: …
Charlotte: Et maintenant, file donc au rayon fromage. J'ai ma télé qui m'attend et je veux pas rater le coup d'envoi.
Dominik: Et vous, n'avez-vous pas oublié votre Bierschinken ?
Charlotte: Non, je vais encore passer l'acheter chez le charcutier. Celle d'ici est vendue sous vide, j'aime pas ça.
Dominik: Au moins, fidèle à la tradition. Comme je vois, vous ne buvez pas non plus votre bière dans des bouteilles en plastique.
Charlotte: T'es fou ou quoi ? Ça serait comme boire ton vin dans des gobelets en plastique.
Dominik: Sûrement pas. Jamais. Ou alors j'en serais déjà à mélanger vin rouge et eau gazeuse.
Charlotte: Et moi à mélanger bière et jus de banane.
Dominik: Eh bien, bonne soirée alors.
Charlotte: Ouais, à toi aussi vieille chaussette.
Comme on peut le voir, les relations franco-allemandes sont également mises à l'épreuve au rayon boissons alcoolisées d'un supermarché. Charlotte et Dominik nous l'ont prouvé : malgré de grandes différences, un échange culturel est toujours possible.
Dominik: A votre santé*
Charlotte: Oui ! A la tienne.
* en français dans le texte 
La Fête des Vendanges Vera Schernus, traduction: Cécile Dardillac, publié le 01.03.2005
Paris, 18ème arrondissement : un groupe d'environ 1500 personnes en costumes traditionnels démarre quartier de la mairie et se rend tout en chantant et dansant avec entrain jusqu'en haut du Sacré Cœur pour y déguster ensuite quelques bonnes gorgées du vin récolté sur la butte Montmartre. Badauds, touristes mais aussi de nombreux Parisiens s'arrêtent pour apprécier le spectacle ou pour s'y joindre. Ni la pluie incessante, ni les mauvaises nouvelles qui se répandent depuis peu au sujet de l'industrie du vin ne sauraient apparemment gâcher leur dégustation du vin montmartrois et la joyeuse fête célébrée en son honneur.
Chaque année, le premier week-end d'octobre, à l'occasion des vendanges montmartroises, une grande fête a lieu sur la plus haute butte de la capitale française : c'est la Fête des Vendanges. Trois jours durant, le cru rare et de longue tradition qui pousse sur un petit terrain au nord du Sacré-Cœur est célébré en musique, par des danses et sur un marché coloré autour de la place du Tertre.
Au dixième siècle déjà, des moines cultivaient du vin sur cette colline, qui à l'époque s'étendait encore jusqu'aux portes de la ville. Celui-ci jouit d'une excellente renommée jusqu'au 18ème siècle. A l'époque, les trois quarts de Montmartre étaient recouverts de vignoble ; chaque année, le monarque recevait en cadeau plus de 1000 litres de vin, rouge et blanc. Mais au cours du 19ème siècle, la situation changea ; le sol s'était épuisé et la vigne avait vieilli. « Le vin s'était transformé en vinaigre, plus personne ne pouvait le boire », explique Jean-Marc Tarrit, Président d'honneur du Musée de Montmartre. Ce n'est qu'au 20ème siècle, dans les années 30, qu'on replanta de jeunes ceps de vigne sur la butte et que le vin regagna remarquablement en qualité. Depuis cette époque on célèbre la Fête des Vendanges. La fête organisée autour du raisin fraîchement récolté est chaque année parrainée par des célébrités de la vie culturelle française. En 2004, le comédien Fabrice Lucchini et la présentatrice Isabelle Giordano ont escorté la Fête. Enfant de Montmartre, Lucchini a visiblement endossé le rôle d'ambassadeur du vin avec aisance. « En étant le parrain de cette Fête, je suis heureux de pouvoir aider mon quartier, car grâce à de tels événements Montmartre reste populaire », dit-il, un verre de vin rouge à la main.
Or, la Fête ne profite pas qu'au quartier. Les bénéfices de la vente du vin vont à des organismes rattachés à la mairie du 18ème arrondissement qui aident des personnes défavorisées. En 2004, ce sont surtout les personnes âgées du quartier qui ont bénéficié des recettes réalisées pendant et après la Fête. À Noël, les nécessiteux ont même été invités à partager un menu de fête au restaurant. Tous les établissements montmartrois, sans exception, ont pris part à cette action et les ont volontiers accueillis sous leur toit pour qu'ils puissent y boire et manger.
Rares sont pourtant ceux qui ont eu l'occasion de boire une « vraie » gorgée du vin montmartrois. Ceci s'explique surtout par une production qui reste modeste. Tous les ans, en effet, seulement quelque mille bouteilles sont mises en vente. À 40 euros l'unité, ce vin de tradition séculaire n'offre pas le meilleur rapport qualité-prix dans sa catégorie. Pourtant, la cuvée de l'année précédente a été vendue avec succès aux amateurs de vin, alors même que les chiffres de vente communiqués par les vignerons français étaient alarmants. À en croire leurs craintes, personne n'aurait dû vraiment s'intéresser à ces bouteilles. Selon un article de l'édition en ligne du Spiegel d'octobre 2004, la consommation de vin des Français a diminué de façon drastique, la surproduction a clairement fait chuter le prix des bouteilles. Il ne faut pas non plus oublier que la concurrence exercée par les vins produits sur d'autres continents est devenue très forte.
Les participants de la Fête des Vendanges ne semblaient guère se préoccuper de ces problèmes. Une fois le défilé terminé, ils chantèrent, dansèrent et burent encore jusqu'à une heure avancée de la nuit. La prochaine Fête devrait être encore plus importante. « Nous allons créer un Festival Montmartrois de Musique qui aura lieu en même temps que les vendanges et qui permettra à des jeunes groupes de musique française de jouer au centre de Paris», explique Thibaud Houdinière, attaché de presse de la Fête des Vendanges. À la vôtre !
Pour plus d'informations, notamment sur la prochaine Fête des Vendanges : www.fetedesvendangesdemontmartre.com
La viticulture en FranceMaren Zäske, traduction: Virginie Gorzerino, publié le 01.03.2005
La viticulture est en France une tradition de longue date. Viticulture et production viticole ont probablement fait leur apparition un siècle av. J.-C. dans le sud de la France. Les premiers pieds de vigne ont été importés d'Egypte et du Caucase. Leur culture s'est ensuite progressivement étendue à l'ensemble des régions de la France actuelle. La réputation du pays en matière de vins n’est plus à faire. Ancestrale et toujours actuelle, elle n’est pas seulement due – comme on a trop souvent tendance à le croire – aux moines bourguignons du Moyen-Âge, mais également aux plantations réussies des Romains autour de Bordeaux. Les marins et marchands hollandais ont, pour leur part, largement contribué au succès mondial de la fameuse boisson française. La France compte aujourd'hui près d'un million d'hectares de vignes, et jouit d'une longue tradition viticole marquée par une forte diversité régionale. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles l'Hexagone est l'un des pays viticoles les plus importants au monde. Dans chacune des quatorze grandes régions viticoles françaises sont produits des vins aux arômes locaux spécifiques résultant de la particularité des climats et des sols de chaque région. Le commerce du vin n'a pourtant pas toujours été couronné de succès. La surproduction, de nouveau d'actualité, qui avait déjà posé problème au 18ème siècle, en est un exemple. Mais c'est sans aucun doute l'arrivée du phylloxéra, venu d'Amérique, qui fut l'une des plus grandes catastrophes auxquelles les viticulteurs durent faire face. La production viticole européenne fut alors entièrement touchée par ce fléau. Ce parasite qui s'attaque aux racines des pieds de vigne a détruit, ne serait-ce qu'en France, 2 millions et demi d'hectares.
Après la guerre, la priorité fut donnée à la consommation de masse, au détriment de la qualité. Les vins étaient sans consistance, sans arôme et sans couleur. Grâce aux avancées technologiques et aux recherches dans le domaine de la biologie et de la chimie, la fabrication du vin a connu un nouvel essor dans les années soixante, ce qui lui a permis de retrouver une certaine qualité. Dix ans plus tard, les adversaires de la manipulation de la Nature par l'Homme sont montés au créneau et ont lancé le mouvement des « vignerons bio ». Ces derniers firent dès lors une croix sur l'usage préventif d'insecticides et autres moyens de protection des plantes et s'interdirent toute utilisation de produits chimiques. Le vin français a énormément souffert des méthodes des nouveaux pays producteurs de vin (Australie, Afrique du Sud, Amérique du Sud et Californie) qui consistent à produire en grandes quantités un vin aux fortes notes boisées (dues aux copeaux déposés dans les barriques, méthode interdite en France). Et comme si cela ne suffisait pas, les exportations françaises ont chuté ces trois dernières années, marquant un recul de 11%. La baisse de consommation de vin par les Français eux-mêmes pose également problème. D'après un sondage réalisé par l'Office National Interprofessionnel des Vins sur un échantillon représentatif de la population, près de la moitié des Français, en âge de consommer de l’alcool, trinquait en 1980 une ou plusieurs fois par jour. Aujourd'hui ce n’est plus qu'un quart des sondés qui se reconnaît dans ce comportement.
Sources: www.onivins.fr |

Oktobre en septembreNicolas Roche, publié le 01.09.2004
Lorsqu'on m'a proposé d'aller à l'Oktoberfest de Munich, j'ai été tout de suite emballé ! « C'est génial, je ne connais pas encore et en plus, j'ai toujours rien de prévu pour octobre ! » On m'a alors, heureusement, vite expliqué que contrairement à ce que son nom laisse penser, l'Oktoberfest a lieu durant la deuxième moitié de septembre… C'est un malentendu courant, qui démontre bien le caractère très particulier, presque mythique, de la fête allemande la plus connue à l'étranger : sa notoriété est telle que le mythe prend en effet parfois le pas sur la réalité, et on ne sait plus très bien dénouer le vrai du faux parmi les histoires qui circulent à son propos. Ma curiosité était piquée au vif, j’ai donc décidé d'aller enquêter sur le terrain, pour enfin savoir !
Tout d'abord, avant même d'arriver sur place, face à ma tête de Français qui ne comprend pas pourquoi il est écrit sur les brochures qu'on m'a données que la fête s'arrête à 22h30, on m'informe gentiment que les « soirées » à la fête de la bière peuvent commencer très tôt (dès neuf heures du matin le week-end !), et qu'il est donc préférable pour le maintien de l'ordre public que les hordes saoules rentrent chez elles à une heure raisonnable… Ça s'annonce bien !
A peine arrivé sur place, une première constatation s'impose : c'est aussi énorme qu'on le dit ! Des tentes, toutes plus gigantesques les unes que les autres, s'étalent à perte de vue. Fabi, mon hôte, m'apprend que quotidiennement 1,2 millions de visiteurs se pressent sur la Wiesn (c'est le nom donné à l'Oktoberfest par les habitués)… Au moins, on ne devrait pas manquer de compagnie !
Nous nous rendons dans l'un de ces temples de la bière, la tente Hacker, afin de rejoindre des amis bavarois. Les 10.000 places assises sont déjà prises depuis bien longtemps, et même les allées sont pleines à craquer. On doit vraiment jouer des épaules et des coudes pour se frayer un chemin jusqu’au point de rendez-vous. Et là, surprise, je fais la connaissance de personnes portant les fameux Dirndl et Lederhose. En venant, j'avais déjà observé que certaines personnes, et notamment beaucoup de jeunes, portaient ces célèbres vêtements traditionnels, moi qui pensais qu’on ne les trouvait plus que sur les cartes postales. Je décide donc d'enquêter pour déterminer si, vraiment, tous les Bavarois portent encore ces costumes !
En attendant d'obtenir une réponse à cette question fondamentale, nous réussissons à obtenir notre première bière… après presque une heure de combat acharné !
Les serveuses sont nos premières adversaires : impossible de se faire servir si on n'est pas assis ! Viennent ensuite les gens qui occupent les bancs, et qui prennent un malin plaisir à nous envoyer généreusement de grands coups de coudes, histoire de bien nous faire comprendre que nous gênons !
Il n'y a qu'une seule technique : trouver un bout de banc libre, poser une fesse dessus, et là, miracle, on a enfin le droit d'être servis… juste avant de perdre l'équilibre ! Mais qu'il est bon ce premier Maß lorsqu'il arrive enfin ! Car cela aussi c'est vrai : à l'Oktoberfest, il est impensable (voire impossible) de boire une bière de moins d'un litre ; qu'importe, il fait tellement chaud et on l'a tellement attendue que finalement, elle passe toute seule. De plus, ce breuvage a toujours un effet magique sur la qualité de mon allemand : mon enquête sur les Lederhosen progresse maintenant à pas de géant. Dans la salle, grâce aux bons soins d'un orchestre traditionnel qui enchaîne les Schlager, tout le monde se met progressivement debout sur les bancs et en se balançant, reprend en cœur les standards allemands. Pendant ce temps, les serveuses continuent leurs allers-retours pour approvisionner les tables. Avec 8 à 10 Maß calés entre bras et poitrine, elles sont vraiment impressionnantes. Dire que je les trouvais désagréables au début, maintenant je suis admiratif !
Une histoire (effrayante) que m'avaient racontée plusieurs amis français me revient alors brusquement à l'esprit : une rigole d'urine s'écoulerait sous les tables pour éviter aux buveurs attablés d’avoir à se lever. Avec un peu d'inquiétude, j'inspecte le dessous de notre table et … ouf ! rien de tel à signaler, nous avons échappé au pire.
Finalement, après quelques verres supplémentaires, un changement de tente et de nombreux témoignages recueillis, je parviens enfin à y voir plus clair dans les traditions vestimentaires de l'Oktoberfest. Qui porte encore ces costumes et pourquoi ? J'ai pu identifier quatre groupes bien différents, chacun ayant son point de vue sur la question :
• les « traditionalistes » bavarois : fiers de leur histoire, ils paradent dans de superbes costumes.
• les idéologues contestataires : eux essayent de me démontrer que Munich n'est pas la Bavière (la première vote SPD, la seconde CSU) et que, par conséquent, porter un tel symbole bavarois serait comme renier ses propres convictions.
• les pragmatiques : ils sont plus intéressés par la fête que par la tradition, et voient souvent l'Oktoberfest comme un carnaval où tout le monde aurait le même costume !
• les relativistes : ils tentent de me convaincre que de toute façon, il y a plus de touristes, notamment japonais, que de Bavarois qui portent ces habits, et que ça ne veut donc plus rien dire… Je n'ai cependant pas pu le vérifier dans la pratique : tous les « costumés » avec qui j'ai eu la chance de parler étaient… bavarois ! A la fin de la journée, j'avais pu valider ou infirmer la plupart des histoires que l'on m'avait racontées, et je dois dire que la réalité est pour une fois plus sympathique que le mythe : les gens ont en effet tendance à accentuer démesurément le caractère excessif de la Wiesn.
Je suis cependant rentré à Berlin avec une grande déception : nulle part je n'ai trouvé les fontaines de bière contre lesquelles ma grand-mère m'avait mis en garde …
Photos de Nicolas Roche 
« Passe-moi le pain … »Marie Lesage, publié le 01.09.2004
Si vous vous êtes déjà promené dans les rues d'une ville en France, vous connaissez certainement cette odeur alléchante et caractéristique du bon pain cuit et le plaisir d'acheter une baguette dorée, encore chaude que l'on peut déguster en rentrant chez soi. Emblème de la gastronomie française et de la vie parisienne, la baguette de pain est devenue un élément symbolique et caricatural du Français, traditionnellement accompagnée du béret basque et de la bouteille de rouge qui tache. Mais la baguette, c'est beaucoup plus que ça.
Elle apparut dans les boulangeries françaises après la révolution industrielle. En effet, ce pain éphémère doit être consommé dans la journée. Il était donc acheté principalement par des citadins ayant une boulangerie à proximité de leur domicile et pouvant s'y rendre chaque jour. Elle fut d'abord considérée comme un « pain de fantaisie » à une époque où les Français consommaient principalement du pain de campagne, à la mie grise et copieuse, qui pouvait se conserver plusieurs jours. La baguette et son cousin le « pain parisien » aux proportions légèrement plus grandes, sont donc des pains citadins en opposition au « pain de campagne » que l'on trouve encore dans les boulangeries sous forme de miches. La baguette se différencie totalement de ces gros pains. De proportion modeste, elle ne pèse que 200 à 250 grammes et devint au cours du 20e siècle, l'étalon de la consommation quotidienne de pain des Français, puisqu'elle est conçue pour être mangée le jour même. Pour les célibataires ou les inconditionnels de la dégustation solitaire, il existe même des demi-baguettes. Produit alimentaire de première nécessité, sur lequel se mesure le coût de la vie, son prix a été longtemps réglementé.
Une bonne baguette obéit à une préparation minutieuse et à un rituel quasiment religieux. Une loi a même été votée qui restreint l'appellation « boulangerie » aux artisans qui fabriquent et pétrissent leur pain eux-mêmes et n'ont pas recours à des pâtons congelés. Le gouvernement estime que 3000 à 5000 établissements ont ainsi été obligés d'abandonner le label « boulangerie ». On reconnaît une baguette congelée et industrielle à sa consistance. La mie en est très blanche et les bulles d'air sont régulières et petites. La croûte a une couleur claire et le dessous de la baguette est quadrillé. La baguette artisanale doit être pétrie et roulée à la main, pour façonner un pain long et mince, strié de cinq grignes, sortes de croisillons tracés au couteau sur le dessus de la baguette avant que le pain ne soit enfourné. On l'aime plus ou moins dorée. Mais la croûte doit toujours être mince, croustillante et délicatement dorée. La mie doit être couleur crème et trouée de bulles d’air irrégulières et avoir un léger goût de noisette.
Il n'y a pas de règles pour la déguster, nature sortant du four, emparez vous du croûton croustillant. Un autre incontournable si vous vous arrêtez dans un bistrot pour un casse-croûte : le jambon beurre, fabriqué selon la tradition, avec de la baguette fraîche, une épaisse couche de beurre et une tranche de jambon cuit au torchon. Vous pouvez également la tremper dans un café au lait le matin au petit déjeuner, assortie d'une épaisse couche de confiture. Il existe mille et une façons de déguster la baguette…Alors bon appétit.
Le Guide des boulangeries de Paris, Augustin Paluel-Marmont, Michel de Rovira, Editions de l'If. Ce livre recense près de 180 boulangeries à Paris, notées de 1 à 3 étoiles en catégories viennoiseries, pain, servie et décor.Cherchez le pain, Steven L. Kaplan, Editions Plon. Il présente les 100 meilleures boulangeries de Paris et leur attribue des épis.Annette Vollrathson
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Recette de la baguetteIngrédients •500 grammes de farine type 55 si possible •1 sachet de 7 grammes de levure de boulanger (ou 15 grammes de levure fraîche, à acheter en supermarché ou magasin spécialisé) •30 centilitres d'eau + 2 cuillerées à soupe d'eau tiède •10 grammes de sel
Préparer la levure dans un bol avec 2 cuillerées à soupe d'eau tiède et laisser reposer 10 minutes. Verser la farine dans un récipient ou sur un plan de travail et y faire un puits. Verser l'eau tiède, le sel et la levure à l'intérieur du puits et mélanger les ingrédients en faisant tomber la farine au centre petit à petit. La farine doit être complètement absorbée. Pétrir alors la pâte jusqu'à obtention d'une boule compacte. Mettre la boule dans un saladier couvert d'un linge humide et laisser lever pendant une heure et demie dans une pièce à 25°C environ. Remettre alors la pâte sur le plan fariné et pétrir de nouveau pendant cinq minutes pour obtenir une boule lisse. Former deux gros pâtons ou quatre petits. Les déposer sur une plaque huilée et farinée, et couvrir d'un linge humide, pour laisser reposer une heure. Préchauffer le four à 230°C et y déposer un plat rempli d'eau. Dessiner des croix au couteau sur chaque pâton. Lorsque le four est chaud, insérer la plaque avec les pâtons et laisser cuire quinze à vingt minutes. Bon appétit !
Vous trouverez cette recette et beaucoup d'autres sur le site www.lamarmite.com |
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