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La nouvelle Trabant – un come-back très remarqué

Sylvie Lagnous, paru le 1.1.2010

Courageuse et opiniâtre, elle ne doute de rien. Bravant les aléas de l'histoire, la voilà qui repointe le bout de son nez sur la scène de Francfort après avoir fait peau neuve. Autrefois peinturlurée en jaune moutarde, vert olive et, pour finir, dans un rose bonbon très pimpant, elle se présente aujourd'hui dans une robe bleue toute neuve, une ligne revisitée, et opère un virage au vert. 

Elle ? C'est la Trabant, affectueusement appelée « Trabi » par les Allemands de l'Est. En 2009 elle a fêté son grand retour au Salon de l'automobile de Francfort sous la forme d'un prototype électrique NewTrabi nT et elle a fait une apparition très remarquée. 

La petite voiture des mauvais jours
Son histoire commence en 1957. L'usine de VEB Sachsenring Automobilwerke à Zwickau, en Saxe, secteur sous domination soviétique, lance alors la construction d'un petit modèle automobile basique, grand public, la P50, qui devait répondre à plusieurs impératifs : quatre places, pas chère, peu d'entretien et une bonne longévité. Elle est animée par un moteur deux temps qui développe moins de vingt chevaux, monté transversalement, une configuration avant-gardiste, n'en déplaise aux concepteurs de la Mini, née plus tard, qui en revendiquent la paternité. Livrable en quatre versions: familiale, berline, cabriolet et tout terrain, destinée aux forces armées. Elle évolue sensiblement en 1963 et, en 1964, elle est restylée en P601, modèle qui restera inchangé jusqu'en 1994 mais ses jours d'ores et déjà sont comptés ! 

Vingt ans se sont écoulés depuis la chute du Mur de Berlin, le Rideau de fer est tombé, l'Allemagne de l'Est a disparu, tout cela appartient au passé, mais elle, elle roule encore malgré son petit moulin qui pue l'huile brûlée à plein nez et ses nuages de fumée pestilentielle au démarrage. Et que dire de sa carrosserie de boîte à savons, de «carton à courses» assez inesthétique, témoignant de la pénurie de matériaux d'une époque et…bien exiguë pour les grands gabarits. Ingénieuse, pourtant, logique et audacieuse, elle l'est, cette petite bagnole sympathique mais aussi… assez pathétique! Construite, faillite économique oblige, en Duroplast, savant mélange de fibres de coton enrobées de résine synthétique, elle n'offre guère plus de sécurité qu'un cercueil ambulant. Ajoutons à cela une mécanique rudimentaire! Elle roule pourtant, les jours de bon vent, à 90 km en vitesse de pointe ! Ne parlons pas des « pet…pet…pet » de son moteur bicylindre deux temps, véritable innovation pour l'époque, ni de son confort de tape-cul monté sur roues. La petite bagnole est malheureusement très polluante et énergivore, compte tenu de ses modestes prestations. Il a même fallu, à la fin de la guerre froide, inoculer des bactéries aux carcasses abandonnées dans les casses pour les désintégrer. Ajoutons que la mécanique, pour aussi géniale qu'elle soit, vieillit souvent bien mal. 

Et malgré tous ces gros défauts, cette petite voiture des jours sombres, qui a essuyé au fil des années pas mal de quolibets et suscité des sourires amusés, incarnait le rêve des Allemands de l'Est de pouvoir se déplacer en RDA et dans les pays du bloc Est. Avoir une Trabant, c'était le signe d'une certaine réussite, avant la Chute du Mur. Bien-sûr, il fallait s'armer d'une patience infinie quand on en commandait une : il fallait parfois attendre une dizaine d'années avant qu'elle n'arrive et la payer comptant à la commande. Elle était tout ce à quoi les Allemands de l'Est pouvaient prétendre à l'époque. Elle peut même se targuer d'avoir défié le paradoxe qu'une voiture d'occasion était à l'époque plus chère qu'une neuve !

Un symbole de l'Ostalgie
Il  reste aujourd'hui quelque 500.000 heureux propriétaires de Trabi en Allemagne, les autres se sont hâtés, après la Chute du Mur, de se débarrasser de leur caisse, symbole d'un passé douloureux. Mais certains Allemands de l'Est comprennent alors que la Réunification allemande ne se passera pas sans difficultés. Survient la nostalgie, le besoin de se réapproprier l'identité est-allemande. Vers la fin des années 90, tout ce qui peut rappeler l'Allemagne de l'Est connaît un regain d'intérêt: disques, meubles au design marqué, séries télévisées, autant de témoins d'une époque. Cette petite voiture « de l'autre côté du mur » est devenue, au lendemain de la Réunification, un objet emblématique de curiosité et de collection. Après l'arrêt de la chaîne de production, en avril 1991, sur un ultime exemplaire rose bonbon, naît le mythe de la Trabi, entretenu par des passionnés et des nostalgiques qui se sont regroupés en associations et amicales, s'échangeant des pièces de rechange, organisant des rencontres et des soirées de conducteurs. C'est ainsi que la « petite voiture en papier mâché renforcé de résine » (Encyclopédie illustrée de l'automobile) est devenue un objet d'identification pour les inconditionnels de l'Ostalgie, tout comme la Coccinelle est devenue l'emblème de l'Ouest. Des sites lui sont consacrés sur la toile, on peut même la louer pour convoler en justes noces. Symbole suprême, le passage à l'Ouest de la petite voiture pétaradante à la Porte de Brandebourg le 9 novembre 1989  a été immortalisé par un cliché qui a fait le tour du monde !

Elle resssuscite en Trabi nT
Elle fait de nouveau l'actualité en remontant sur scène cette année au Salon de l'automobile de Francfort, dans une version moderne et électrique, la NewTrabi nT. Il s'agit d'un prototype à la ligne entièrement revisitée et allongée qui ne rappelle que d'assez loin le modèle original: elle en a gardé les deux gros yeux-phares - à peine retouchés - et la ligne cubique - qui arbore toutefois des rondeurs flatteuses. Mais la ressemblance s'arrête là ! L'ancienne Trabant et sa sobriété de confort étaient nées de l'histoire d'une époque, d'un peuple et d'un pays. Celle-là n'en est que le pâle reflet, elle n'a plus le charme de la Trabi d'antan aux relents surannés. C'est une voiture qui n'a plus rien de populaire, son prix non plus ! Mais elle répond aux canons écologiques de l'année.

L'idée de ressusciter la Trabant vingt ans après la chute du Mur émane du fabricant de jouets Herpa, détenteur des droits d'utilisation et de construction de l'automobile. Il est assisté par le designer Poschwatta et de l'équipementier IndiKar. Le succès remporté par les Trabant miniatures a incité la société à présenter le modèle modernisé. Si tout se passe bien et que la recherche d'investisseurs se révèle fructueuse, la Trabant nouvelle version pourrait prendre la route en 2012, tout comme les autres électriques annoncées. Mais les initiateurs du projet, qui jouent la carte de la mobilité durable, déplorent le peu d'enthousiasme du gouvernement pour le projet.

Ce come-back est-il une belle occasion pour attirer le chaland ? Un moyen d'instrumentaliser la nostalgie pour l'ex RDA ? On peut douter que le nouveau visage de la Belle fasse l'unanimité en dépit de son prix prohibitif. Encore faudrait-il que des investisseurs soient désireux de faire renaître cette voiture issue de temps troublés et se manifestent pour la commercialiser! En tout cas, elle est très attendue, cette nouvelle Trabi : 90% des personnes interrogées se sont déclarées favorables à son retour.



Développement personnel et tremplin professionnel

Kerstin Neuroth, traduction Sylvie Lagnous et Andrea Razafintsalama, publie le 01.10.2009

Il ne s'est pas contenté d'une seule
culture : après des études en Roumanie, Otto Theodor Iancu a passé son doctorat en Allemagne, avant d'exercer en France. Il a acquis des expériences dans les deux pays et souhaite que d'autres aient la même opportunité. Il s'engage donc depuis des années dans la coopération franco-allemande entre les universités. Cet ancien étudiant en physique, ingénieur et docteur dirige depuis 1996, en qualité de professeur de technique, mécanique et étude des matériaux, le cursus de technologie des transports pour ingénieurs, conjointement créé par l'Université de Karlsruhe – technique et économie (HsKA) et l'École Nationale Supérieure des Mécaniques et des Microtechniques de Besançon (ENSMM). Il a été nommé vice-président de l'Université franco-allemande (UFA) et président du Forum Franco-Allemand en mai 2009. Dans l'interview qu'il a accordée à rencontres.de, M. Iancu fait part de ses expériences et invite les étudiants en sciences de l’ingénieur à voir, eux aussi, un peu plus loin que le bout de leur nez.

Professeur Iancu, vous avez étudié à Bucarest et avez été promu docteur à Karlsruhe. Quand avez-vous commencé à vous intéresser à la coopération franco-allemande?

Au lycée, le français était déjà ma première langue étrangère. Après mes études, j'ai exercé en France comme industriel pour RWE, en coopérant à un projet européen piloté par EDF (Électricité de France) à Lyon. J'ai donc été en contact direct avec la France, sa mentalité et son économie.

Par quoi avez-vous été particulièrement intéressé ?

Ce fut une très belle expérience pour moi. Je me suis senti très à l'aise en France, même pour parler français. De nombreuses expériences se sont ajoutées à ce que j'avais appris en Allemagne. La complémentarité des deux mentalités m'est apparue bénéfique. J'ai trouvé très agréable de travailler tour à tour dans les deux pays. C'est pour cette raison que j'ai continué sur cette lancée en passant de l'économie à l'université. Un nouveau cursus, axé dès le début sur un enseignement franco-allemand, s'est ouvert à Karlsruhe. J'ai demandé le poste et accepté la nomination.

A votre avis, quelles sont les différences et les points communs majeurs entre la formation des ingénieurs en Allemagne et celle en France?

Il s'agit dans notre cas d'un type particulier de coopération. Il faut avoir à l'esprit que la HsKA est une grande école spécialisée et que son enseignement est donc très axé sur la pratique. L'école de Besançon est, en revanche, une Grande École où l’on recrute après une classe préparatoire et elle cible donc son enseignement sur la théorie. Il n'a pas été facile d’harmoniser ces deux systèmes.

Quel enseignement essentiel ces écoles supérieures ont-elles tiré l'une de l'autre?

Très bonne question. Besançon a d'une part appris qu'il faut inclure davantage la pratique. Aucun semestre de pratique ou stage n'était auparavant prévu. Les étudiants ne sont allés en entreprise que pour de brèves périodes durant les vacances semestrielles. Maintenant, l'ENSMM a introduit un stage de six mois qui s'inspire de notre modèle. A Besançon, auparavant, le stage de fin d'études avait par ailleurs essentiellement lieu dans les laboratoires de recherche de l’ENSMM même. Chez nous, à Karlsruhe, plus de 90 % des étudiants allaient dans des entreprises industrielles pour préparer leurs diplômes de fin d'études. Grâce à l'échange, nos étudiants aussi font maintenant leurs travaux de fin d'études dans la recherche et les étudiants français font les leurs dans l'industrie. Un enrichissement mutuel.

Peut-on constater des différences entre les étudiants qui sont restés à Karlsruhe pendant leurs études et ceux qui sont allés en France?

Oui, c'est flagrant. Tout d'abord, un séjour à l'étranger favorise le développement personnel. C'est très net chez les étudiants qui sont allés en France. Lorsqu'ils reviennent au bout de deux ans, ils ont une vision beaucoup ouverte du monde. Ils ne s'intéressent plus uniquement à leur discipline mais aussi de plus en plus aux relations humaines et à l'environnement social. Ils ont par ailleurs découvert un autre système et empruntent souvent des voies peu classiques pour des diplômés des Fachhochschulen (écoles supérieures spécialisées).

Dans quelle mesure les parcours professionnels ont-ils évolué en ce qui concerne l’expérience franco-allemande ?

Pour nos étudiants, le diplôme français était, par-rapport au diplôme délivré par les Fachhochschulen classiques, plus avantageux puisqu'il correspond à cinq années d’études tout comme pour un étudiant en université. Ils peuvent donc accéder directement au doctorat. Mais ce diplôme change le profil professionnel dans l'absolu. De nombreuses entreprises offrent à nos diplômés disposant de la mention franco-allemand un salaire plus élevé. On leur accorde plus de responsabilités par exemple en tant que chargé de projet, chef de groupe ou de département. Ils obtiennent également des postes de manager.

Vous avez évoqué l’expérience positive qui consiste à vivre au sein d’une culture étrangère. Pensez-vous que cette expérience soit également transposable au-delà du contexte franco-allemand ?

Tout à fait. Le personnel qualifié disposant du diplôme franco-allemand est, de manière générale, prêt à aller dans d'autres pays. Je vous cite par exemple le cas d'une personne que je connais et qui est partie en Chine en tant que chargé de projet. Cela veut dire que lorsque l'on se rend dans un autre pays, il y a une porte qui s'ouvre et l’on est plus facilement disposé à se rendre dans d'autres pays.

Est-il important pour vous que la coopération franco-allemande entre écoles supérieures soit élargie ?

Oui, il s'agit là d'un point très important pour moi. Nous disposons déjà de programmes pour lesquels la France et l'Allemagne coopèrent avec un pays tiers. Du point de vue de la langue et de l'organisation, il y a naturellement des efforts à faire. C'est beaucoup demander aux étudiants que de les confronter à trop de langues différentes. Pour les cours, nous nous limitons donc à l’usage du français et de l'allemand, à l'exception de l'anglais, nécessaire aujourd'hui. Il est difficilement concevable d'y ajouter encore une autre langue, telle que le roumain, le polonais ou le russe. Je peux en revanche tout à fait m'imaginer, qu'un nombre de plus en plus important d'étudiants étrangers viennent suivre nos cursus.

Avez-vous un projet de ce que vous souhaitez réaliser en tant que vice-président de l’UFA ?

Nous sommes en perpétuelle consultation avec la Présidence et la Direction. Notre projet, c'est que l'Université franco-allemande croisse encore au cours des dix prochaines années. Nous ne pouvons actuellement pas répondre à la forte demande. Nous souhaitons ouvrir plus de cursus, améliorer le réseau des doctorants entre eux et ouvrir ce réseau de recherche aux étudiants venant d'autres pays.

L'interview a été réalisée par Kerstin Neuroth.



Danger de mort ou efficacité ? Petit code de la route interculturel pour piétons

Irina Mützelburg, traduction Céline Maurice, paru le 15.06.2009

Le réseau routier français a bien mauvaise réputation auprès des touristes allemands. Nombre d'entre eux concluent, après des vacances en France : « Les Français conduisent comme des fous et traversent la rue comme ils veulent. » Reproches justifiés ou incompréhension culturelle ? Il existe en tout cas plusieurs possibilités de se sortir plus ou moins sûrement et rapidement des villes françaises. 

Leçon 1 : un « petit bonhomme » rouge n'est pas, pour les piétons français, une raison pour ne pas traverser
En Allemagne, quand on traverse la rue alors que le signal pour piétons est rouge, on récolte généralement des regards désapprobateurs des autres passants ; un tel « révolutionnaire » est même parfois remis à sa place par les autres. Il arrive aussi aux policiers de se tenir aux croisements pour faire des remontrances au « traverseurs au rouge », soulignant au besoin leur tirade par une amende. 

Les Français, au contraire, paraissent plutôt voir d'un mauvais œil que quelqu'un ne traverse pas au rouge alors qu'aucune voiture n'est en vue ou que celles-ci sont arrêtées. Le piéton patient et sage est considéré de manière fort critique par ses concitoyens. Seules excuses sont acceptées : la personne en question est perdue dans ses pensées, transporte quelque chose d'au moins aussi encombrant qu'un piano, ou ne se déplace, du fait de son âge, qu'à un rythme d'escargot.

Ce comportement est toutefois moins téméraire que ce que beaucoup d'Allemands pensent au premier coup d'œil. Le passant français moyen regarde attentivement à gauche puis à droite et observe les conducteurs arrêtés. L'un d'eux semble-t-il avoir pour hobby de renverser les piétons ? Dans ce cas, même un Français préfère laisser la priorité à la voiture. Mais en général, le piéton français finit par traverser la chaussée d’un pas décidé.

Leçon 2 : en France, un passage pour piétons n'indique pas que la voie est libre
Les piétons allemands sont habitués à ce que leur simple présence devant un passage qui leur est destiné fasse automatiquement s'arrêter les voitures. D'après le code de la route allemand, les conducteurs sont obligés de laisser la priorité aux piétons. Ce comportement est très surprenant pour les Français. Ils savent bien avant de commencer les cours à l'auto-école qu'une voiture ne doit s'arrêter devant un passage piéton qu'à des conditions bien précises. « Mais que doit-on faire pour pouvoir franchir un passage pour piétons ? », demande alors l'Allemand, perplexe. « Être engagé », lui répond-on. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

En théorie, il suffit pour le piéton d'avoir fait un pas sur la chaussée. En pratique, l'explication est plus subtile que cela. Suffit-il d'avoir posé un pied au bas du trottoir ? Peut-on, après une telle préparation, lancer un regard plein d'espoir à la voiture qui arrive et attendre d'elle qu'elle s'arrête ? La réponse est non. Dans la pratique, « s'engager » sur la chaussée signifie traverser la rue d'un pas énergique. Les Allemands craintifs remarquent alors souvent qu'on ne peut pas savoir à l'avance si le conducteur freinera. On se déplacerait donc quasi au petit bonheur la chance, dans l'espoir que le conducteur français considère la démarche du piéton comme suffisamment « engagée ». Mais contrairement à toutes ces craintes, le système français fonctionne très bien. Il est donc recommandé à un piéton en France de traverser rapidement, tout en ne perdant pas de vue les conducteurs. En général, ceux-ci cèdent alors le passage sans difficulté.

Les Allemands sont-ils trop obéissants ou les Français trop sauvages ?
Le cliché des Allemands qui traversent la rue exclusivement quand le feu pour piétons est vert et qui attendent obstinément, même lorsque la rue est vide, de recevoir une autorisation pour se déplacer, marque profondément l'image du pays à l'étranger. L'Allemand qui, fidèle aux règles et sans penser par lui-même, fait le pied de grue dans une rue vide, semble confirmer le stéréotype du sujet asservi à la toute-puissance de l'Autorité.

Mais en France, de plus en plus de mesures sont prises pour dompter le comportement des Français sur la route. Le International Road Traffic and Accident Database (IRTAD) recense certes ces dernières années un nombre comparable d'infractions au code de la route en Allemagne et en France. Cependant, si l'on rapport cela au nombre d'habitants plus élevés, il y a en Allemagne moins de morts sur les routes. Inspirée par ces chiffres élevés, la mairie de Nancy, par exemple, s'efforce de faire perdre aux habitants leur manie de dépasser la vitesse limitée. Dans de nombreuses rues, des lampes rouges clignotent quand un véhicule est trop rapide. On verra bien si les Français se laissent impressionner par une loupiotte rouge !



Contre l'oubli

Une interview réalisée par Thomas Körbel, traduction Alba Chouillou, publié le 01.10.2008

Pierre Monnet* est un Franco-Allemand modèle. Né à Montreuil deux mois après la signature du Traité de l'Élysée par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle, il est aujourd'hui étroitement lié aux deux pays, dans sa vie privée comme professionnelle. Spécialiste reconnu de l'Allemagne parmi les historiens, il a notamment enseigné l'histoire médiévale à Francfort, Göttingen et Paris. Il est président du Forum franco-allemand (FFA) qui se tient à Strasbourg ainsi que vice-président de l'Université franco-allemande (UFA). À partir de 2009, il prendra ses fonctions comme président de l'UFA. Il a confié ses objectifs à rencontres.de.

M. Monnet, depuis des années, vous êtes actif dans le milieu franco-allemand. Que vous évoque spontanément le thème de l'Allemagne ?

Cela m'évoque un pays qui, en Europe, est à la fois le plus différent et le plus complémentaire de la France. Ce qui m'intéresse dans mon travail, ce n'est pas de trouver des points communs ou de chercher à homogénéiser les choses. Ce serait terriblement ennuyeux. Il est bien plus passionnant de travailler sur les différences afin qu'elles engendrent un enrichissement. En disant cela, je pense par exemple à certaines différences dans les modèles territoriaux, politiques et sociaux. Cela fait toujours du bien aux Français de savoir qu'il n'y a pas que le modèle français qui existe, son modèle étatique et centralisateur, mais que l'Europe connaît aussi d'autres traditions, comme celle du fédéralisme.

Vous avez vécu dix ans en Allemagne, y avez étudié et travaillé. Comment cela a-t-il commencé ?

Tout a commencé quand j'ai écrit mon mémoire de Magister sur l'histoire allemande du bas Moyen Âge. J'ai commencé par faire un long séjour à Stuttgart – parce que je l'avais voulu. A l'époque, il n'y avait pas encore de cursus intégrés et structurés. Je trouvais cela dommage, et je me réjouis d'autant plus aujourd'hui du fait que nous ayons pu mettre en place de telles structures avec l'UFA.

C'est donc comme ça que vous avez commencé une carrière franco-allemande fulgurante. Est-ce un parcours habituel ?

Souvent, quand vous parlez avec des gens du milieu franco-allemand, vous vous rendez compte que le premier pas est toujours un peu compliqué. Il faut savoir oser. Mais, une fois qu'on l'a fait, on reste d'autant plus longtemps. J'ai épousé une Allemande, et mes enfants sont bilingues. Cette sorte de  « polissage » est un parcours très habituel pour de nombreuses personnes.

En tant que futur président de l'UFA, vous allez être en charge d'une mission qui constitue, historiquement parlant, quelque chose d’unique dans les relations franco-allemandes. Doit-on être historien pour comprendre cette fonction dans toute sa dimension et pour pouvoir l'occuper ?

J'ai la conviction que, sans l'Histoire, il est très difficile de comprendre les choses, spécialement entre la France et l'Allemagne. Ce qui me préoccupe, c'est qu'aujourd’hui, après une phase de réconciliation et de relations privilégiées entre les deux pays, nous avons affaire à une certaine indifférence. Il faut faire très attention, car cette indifférence peut survenir à partir du moment où deux choses essentielles tombent dans l'oubli : la langue et l'histoire.

D'où vient cet oubli ?

Du changement de générations. Pour certains, le franco-allemand est aujourd'hui passé de mode. Pour les jeunes, la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction ne sont plus que virtuelles. Les souvenirs de famille s'estompent, car peu de gens, aujourd'hui, ont vécu la guerre. En plus de cela, une génération qui n’a même pas connu la RDA évolue maintenant dans les universités allemandes. C’est une situation nouvelle pour l'Allemagne. On a vu en Yougoslavie ce qui pouvait se passer quand on ne maintient pas vivant le souvenir des horreurs qui se sont déroulées en Europe autrefois. L'Europe est vraiment un théâtre passionnant, mais sa diversité est aussi très dangereuse. 45 États, plus de 70 langues, cinq régions – on doit faire très attention aux dérives. C'est pour cela que ce noyau historique et bilatéral est d'autant plus important. Je ne comprends pas comment on peut ignorer sa modernité.

Pourquoi vous engagez-vous dans le milieu franco-allemand ?

Parce que je crois que c'est un milieu qui a de l'avenir, parce que je suis un Européen convaincu, et parce que je pense que le couple franco-allemand est incontournable dans le processus européen. Vu de l'extérieur, on peut sûrement trouver cela un peu réducteur. Mais, au sein de l'Europe, cela reste la relation la plus passionnante qui existe. Attention, je ne veux pas dire par là que la relation entre Français et Italiens n'est pas intéressante.

Le 1er janvier 2009, vous serez président de l'UFA. Comment en arrive-t-on là ?

En fait, on doit poser sa candidature, comme pour tous les autres postes. Au bout du compte, les 160 établissements d’enseignement supérieur membres de l'UFA élisent ensemble le président.

On doit donc déjà s'être fait un nom.

Oui. Mais, afin d'avoir la légitimité nécessaire pour parler d'égal à égal avec les établissements d'enseignement supérieur, on doit avoir fait une carrière académique. Pour ces postes, seuls des professeurs d'université entrent en compte, pas des managers. Certes, il est préférable que la personne possède des qualités managériales, parce qu'il est question de stratégies, de grosses sommes d'argent. Mais, sans légitimité scientifique, ce n'est pas possible.

M. Leonhard, que vous remplacerez l'année prochaine, est déjà président de l'Université de Mannheim. L'UFA est-elle pour vous une sorte de tremplin professionnel ?

C'est envisageable, d'autant que ces deux dernières années, les présidents, mais aussi d'autres collaborateurs, ont reçu de plus en plus d'offres de postes élevés. Il est certain que l'UFA peut représenter un tremplin, mais, au final, cela dépend de ce que chacun veut faire de sa carrière – qu'il veuille retourner à la recherche ou se réorienter pour faire de la politique de l'enseignement supérieur.

Et vous-même, quelle carrière envisagez-vous ?

Je ne sais pas encore si je me présenterai à un deuxième mandat après celui-ci, ou si je retournerai à l'enseignement et à la recherche. Mais une chose est sûre : si je retourne à la recherche, ce sera toujours dans le franco-allemand. On parle souvent d'un paysage scientifique européen. Mais en disant cela, on ne pense qu'aux diplômes et aux étudiants. La prochaine étape sera la qualification des chercheurs et des enseignants, car eux aussi doivent être experts tout en prenant en compte la mobilité et l'interculturalité. Sinon, nous courons le danger que, à l'avenir, les étudiants soient plus souvent bilingues, plus interculturels et plus mobiles que les professeurs, ce qui représenterait un fossé dangereux. On devrait peut-être penser à de nouvelles solutions, par exemple des instituts franco-allemands ou des chaires franco-allemandes.

Les collèges de doctorants binationaux sont une première étape, et vous êtes déjà actif dans ce domaine.

Oui, j'ai déjà fondé un collège entre l'Université Humboldt de Berlin et mon propre institut de recherches. Depuis trois ans, cela fonctionne très bien. Nous avons maintenant 20 doctorants, et à l'UFA 30 collèges du même genre. Nos partenaires institutionnels, la Deutsche Forschungsgemeinschaft et le CNRS, se montrent très intéressés. Mon objectif stratégique est de donner à l'UFA une place importante au niveau de la formation des doctorants.

Quels sont vos autres objectifs pour la présidence de l'UFA ?

Tout d'abord, nous voulons doubler le nombre d'étudiants dans les dix ans à venir, c'est-à-dire arriver à 10 000 étudiants. Je crois que nous en sommes capables ; et le marché du travail peut y faire face. En second lieu, il est urgent d'augmenter l'aide à la mobilité. Pour l'instant, elle s'élève à 250 euros par mois. Il est grand temps de l'augmenter à 300 euros pour rester compétitif. Avec environ 5 000 étudiants, cela se chiffre en millions. Mais les deux pays mènent actuellement une politique engagée en ce qui concerne l'enseignement supérieur. Cela m'étonnerait qu'on ne puisse pas trouver deux ou trois millions d'euros pour l'UFA, à supposer que le franco-allemand représente encore une priorité pour les deux pays. Autrement, il faudrait justifier ce choix, je suis ouvert à ce dialogue, et nous devrions réfléchir à un éventuel partage du financement entre le public et le privé. Troisièmement, nous devons nous demander si l'UFA devrait aller vers la trilatéralisation. On pourrait par exemple penser à un élargissement des cursus à d'autres pays germanophones et francophones, comme l'Autriche, la Suisse, le Luxembourg et la Belgique. Ou développer parallèlement un thème particulier au sein de l'UFA, en se demandant dans quels domaines on pourrait créer de nouveaux cursus, par exemple celui des nanotechnologies.

Vous déplorez déjà depuis quelque temps la situation financière un peu difficile de l'UFA. Le fait qu'elle ne soit pas assez financée est-il le signe d'un manque d'intérêt pour l'UFA de la part des gouvernements concernés ?

C'est la question la plus importante, et nous la reposerons sans cesse. Je pense que l'intérêt est là, parfois inconsciemment, peut-être. Nous devons donc continuer à montrer que l'UFA est encore attractive, et notre mission consiste à formuler les raisons de cette attractivité. Je n'attends pas que les ministères me convainquent. C'est moi qui dois agir, en m'appuyant sur des résultats et des idées. Mais il faut au moins que nous sachions si le franco-allemand est encore une priorité.

Monsieur Monnet, après toutes ces années passées à être actif dans le milieu franco-allemand, où vous sentez-vous le plus chez vous ?

Dans ma famille, avec mes enfants franco-allemands et ma femme allemande. En plus de cela, il est toujours plus  intéressant pour un Français de travailler en Allemagne sur une longue période.

* Parallèlement à son engagement au sein de l'UFA, Pierre Monnet enseigne l'histoire médiévale à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris.

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Quatre roues sous un parapluie

Odile Zeller, publié le 15.09.2008

La 2CV fête ses 60 ans, retraitée après 41 ans de bons et loyaux services, elle fut des années durant la voiture chérie des Français.

La « deuche », symbole d'une époque, évoque les pique-niques en bord de route, les escapades, où les passagers, debout  à l'arrière, cheveux au vent, hurlaient leur joie de vivre. Elle passe partout, défie les routes de campagne et rentre victorieuse de raids en Afrique ou en Asie.

« Quatre roues sous un parapluie » : cette boutade définit la « Très Petite Voiture » (TPV), commercialisée en tant que 2CV. Conçue en 1935, développée avec un cahier des charges extrêmement précis : quatre places assises, 50 kg de bagages, 2CV fiscaux, 60 km/h, boîte à trois vitesses, facile d'entretien, quatre à cinq litres aux 100 kilomètres. La première sera immatriculée en 1938, la CV fêterait donc ses 70 ans, mais la production en grande série ne démarrera qu’en 1948 du fait de la guerre. Les trois modèles, sauvés de justesse, passeront les années d'occupation cachés dans les greniers Citroën de la Ferté-Vidame et dans les sous-sols du bureau d'étude, rue du Théâtre.

Les débuts sont lents, les spécialistes critiquent la «  boîte à sardines », «  le vilain petit canard » et dénigrent l'absence de démarreur électrique et le confort spartiate. Le public, en revanche, l'adopte très vite : c'est la petite voiture robuste et bon marché des années d'après-guerre. Elle permet à tous d'accéder à la liberté et de profiter des congés payés ! Du fait de la forte demande, les délais de livraison atteindront de trois à cinq ans et la 2CV sera à cette époque plus chère d'occasion que neuve, parce qu'il n'y a pas de délai. En 1952, les PTT l'adoptent pour la distribution du courrier dans les campagnes. Les médecins de campagne, les prêtres, les agriculteurs, les familles modestes constituent le cœur de sa clientèle. Son prix de revient annuel frise les 1 000 francs de l'époque. Dans les années 60, elle coûte deux fois moins cher que sa concurrente allemande, la Coccinelle.

Le constructeur Citroën améliore le modèle au fil des années : démarreur électrique, abandon des portes dites « suicides » qui s'ouvraient d'avant en arrière,  amélioration du clignotant.

Avec ses surnoms, « deuche » « deudeuche », « deux pattes », « titine », la 2CV devient mythique. Grise, sans le moindre luxe, elle se dandine et affiche vaillamment un look drolatique. Citroën en vendra 5 millions d'exemplaires et Laurent Fabius, Premier ministre français de 1984 à 1986, appuiera sa renommée en roulant en 2CV Charleston dans les rues de Paris, essayant de lui garantir une ultime survie.

Voiture culte, véhicule pour tous, elle a bien sûr ses petits défauts : la bâche du toit goutte en cas de fortes pluies, le manque d'étanchéité rend le chauffage très problématique en période de gel. La demi-fenêtre relevée qui permet l'été de bavarder ou de prendre l'air frais réserve quelques surprises : elle reste parfois bloquée ou tombe même brutalement sur la main d'un passager imprudent. La deuche peut par contre transporter un panier d'œufs sans casse à travers un champ labouré – et le conducteur garder son chapeau.

Sa forte personnalité lui vaut les feux de la rampe et le rôle de vedette dans de nombreux films. La scène de désintégration d'une 2CV avec Louis de Funès et Bourvil dans Le Corniaud est restée dans les annales du cinéma, nécessitant 350 boulons électriques. De Funès dans Le Gendarme de Saint-Tropez et même James Bond ont roulé en 2CV!

Ses concurrentes, la Coccinelle et la Fiat 500, lui disputent son aura de diva. Ce trio de stars continue sa carrière grâce à des fan-clubs dans le monde entier. La Fiat et la Coccinelle, elles, ont des petites sœurs qui, avec la même silhouette et une technologie rénovée, ont repris la route. Peut-on penser que la Twingo est, à sa manière, une nouvelle 2CV ?

Pour fêter cette voiture légendaire et tout un art de vivre : rendez-vous à la Cité des Sciences et de l'Industrie, à Paris, jusqu’au 30 novembre 2008.



Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es

Isabel Hummel, traduction Magali Girault, publié le 15.07.2008

Aujourd'hui encore, c'est dans les assiettes que l'on trouve les plus beaux clichés : quand le Français pense à la cuisine allemande, il a en tête l'image d'une grande assiette fumante sur laquelle s'entassent saucisses, choucroute, purée de pommes de terre, quenelles et escalope viennoise. Quant aux Allemands, ils imaginent les tables françaises recouvertes d'escargots, de cuisses de grenouille, de baguettes, de fromage et de vin. Si on en croit l'expression « dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es », l'Allemand serait gras et modeste  tandis que le Français serait maigre et extravagant. Mais le temps qui passe, les nouveaux rythmes de vie, sans oublier la mondialisation ont influencé les habitudes alimentaires nationales.

Bien des choses se sont uniformisées. La tendance à manger des plats rapides à préparer, ce qu'on appelle le « Convenient Food », a envahi la France et l'Allemagne. Mais les différences entre les pays et les régions perdurent malgré tout.

Entre tradition et modernité
Pour des raisons purement géographiques, la cuisine allemande est plus consistante que la cuisine française. La situation septentrionale du pays poussa les habitants à cuisiner en hiver des plats particulièrement nourrissants. Aujourd'hui encore, les Allemands continuent d'apprécier les accompagnements bourratifs. Mais le pays est partagé en deux : au Nord règne la pomme de terre, au Sud les « Knödel », « Spätzle » et autres sortes de pâtes.

À l'est  du Rhin, les restaurants traditionnels sont cependant devenus très rares. Les Allemands sont les plus grands voyageurs du monde et en matière de cuisine aussi, ils apprécient les contrées exotiques. La Bavière, seule région à être restée conservatrice, continue à servir des Weißwürste (saucisse typiquement bavaroise) et des Schweinshaxen (jarret de porc).

La France quant à elle aime la tradition. Que ce soit à la campagne ou en ville, il est très facile de trouver un restaurant traditionnel, et ceux-ci sont toujours bien remplis. Mais il est cependant rare de trouver escargots et cuisses de grenouille sur la carte. La cuisine française classique est simple : un œuf mayonnaise en entrée, une viande en plat principal et une compote de fruits en dessert, voici le repas français traditionnel.

Des ingrédients 100% bio ?
De manière générale, les Français attachent beaucoup d'importance à un bon repas et sont prêts à dépenser un peu plus d'argent dans ce but, tandis que les Allemands privilégient les grosses portions et les petits prix. Quand le budget devient serré outre-Rhin, on commence par économiser sur les produits alimentaires.

De ce point de vue, le boom des produits biologiques observé ces dernières années en Allemagne peut sembler paradoxal. Même les chaînes de supermarchés Aldi et Lidl s’y sont mises. Cette mode peut s'expliquer par la conscience écologique très développée chez les Allemands ainsi que par les scandales récents autour de la qualité des légumes et de la viande, qui ont renforcé la méfiance des consommateurs. Le succès des produits bio a également contribué à faire évoluer l'image de la clientèle écolo. Si on associait autrefois le terme « bio » aux sandales Birkenstock, aux marginaux et aux hippies, les producteurs actuels misent aujourd'hui sur une stratégie marketing jeune et branchée. Ils ont compris que l'œil du consommateur joue un rôle décisif lors de l'achat. La jeune génération en particulier se laisse séduire par les produits au packaging attrayant.

Des boissons pour un monde meilleur
Le marché des boissons en particulier a beaucoup évolué. La Bionade, une limonade fabriquée à partir d'ingrédients 100 % biologiques, est le leader dans ce domaine. C'est une petite brasserie de Basse-Franconie qui l'a inventée. Pendant longtemps, cette limonade servie dans des bouteilles de bière ne se vendait absolument pas. Puis le public branché des grandes villes, comme Berlin et Hambourg, a commencé à s'y intéresser. Aujourd'hui, on peut acheter la Bionade dans tous les supermarchés du pays, et même chez McDonald's. La « boisson officielle d’un monde meilleur » (c'est le slogan choisi par la marque) a contribué à l'entrée des boissons bio sur le marché allemand.

Aujourd'hui, la tendance évolue vers le produit bio parfait. Tandis qu'hier la peau ridée des fruits et légumes était le gage du label écologique, les clients choisissent maintenant les produits selon la devise : bio à l'intérieur, mais pas à l'extérieur.

En France, la demande en matière de produits écologiques reste, en comparaison, minime. Dans les supemarchés, les labels bio sont cachés dans les recoins les plus reculés. La raison de ce phénomène peut s’expliquer par la confiance spontanée des Français envers leurs produits alimentaires. Ils partent du principe que la marchandise proposée est fraîche et de qualité.

Le « Supermarkt » allemand n'est pas notre supermarché
En France, s'il y a un produit dont on attend particulièrement qu'il soit de bonne qualité, c'est bien le fromage. Les Français sont fiers de la diversité proposée et Charles de Gaulle, légèrement ironique, a un jour dit qu'il était impossible de gouverner un pays qui propose plus de 365 sortes de fromages différents. Les étalages des fromagers ne proposent certes pas un si large choix, mais c'est suffisant pour plonger le visiteur allemand dans l'embarras. L'inévitable rayon fruits de mer, où certains crustacés gigotent encore, est lui aussi très dépaysant. Et l'offre en matière de produits laitiers est impressionnante en comparaison de l'Allemagne.

Outre-Rhin, c'est le rayon musli qui étonne les Français. Tandis qu'en France, le petit-déjeuner est assez spartiate : un simple bol de chocolat ou de café suffit avec éventuellement un croissant, il est souvent considéré en Allemagne comme le « repas le plus important de la journée ». Toute la famille se retrouve pour se régaler pendant plusieurs heures, surtout le week-end.

Le plaisir de manger ensemble
La mentalité américaine de la vente à emporter envahit certes les pays européens, mais les repas pris ensemble restent très appréciés des deux côtés du Rhin. En France, le fait de partager joue un rôle important. Un seul plat est servi et tout le monde en mange. Si l'on n'aime pas l'un des ingrédients ou si l'on est végétarien, cela peut poser problème. En général, on ne fait pas non plus d'exception pour les enfants. L'idée principale est simple : le repas est symbole de communauté et ne doit pas exprimer de différence entre les individus.

En Allemagne, selon une étude portant sur les habitudes alimentaires en Europe parue en décembre 2002, ce sont souvent les plus jeunes qui déterminent les menus de la famille. Ils ont beaucoup d'influence sur les repas et mangent souvent des plats préparés spécialement pour eux.

En France, on mange souvent deux repas chauds par jour tandis qu'en Allemagne, de manière générale, seul le repas du midi est servi chaud. Selon une étude de l'Institut de recherche socio-écologique (ISOE), le repas du soir traditionnel allemand est, aujourd'hui encore, composé de quelques tranches de pain, de jambon, de fromage, avec parfois un peu de légumes.

La gastronomie traditionnelle – quo vadis ?
Les nouveaux modes de vie ou le travail ne permettent plus de manger toujours ensemble. Et cette réalité semble inquiéter le gouvernement au sujet de la gastronomie française. En mars, lors du Salon de l'agriculture, Nicolas Sarkozy annonça même son intention de présenter la candidature de la cuisine française à l'Unesco pour qu'elle soit reconnue Patrimoine mondial. Par ailleurs, on peut lire en bas de chaque affiche et de chaque spot télévisé pour les produits alimentaires industriels une phrase écrite en gros rappelant aux Français la nécessité de manger au moins cinq fruits et légumes par jour, de consommer les sucreries avec modération et de pratiquer une activité physique. Afin de montrer l'exemple, Nicolas Sarkozy se laissa prendre en photo lors de son jogging. L'Allemagne attend toujours les conseils diététiques d'Angela Merkel, mais la ministre de la famille, Ursula von der Leyen, sillonne le pays avec des campagnes d'information pour une alimentation plus équilibrée. Il est urgent que les choses changent rapidement : d'après le dernier rapport de l'International Association for the Study of Obesity (IASO), l'Allemagne est le pays européen où le poids des habitants est le plus élevé.

En savoir plus

Campagne nationale du gouvernement français pour la santé :www.mangerbouger.fr

Interview de Claude Fischler et Estelle Masson, auteurs du livre MANGER. Français, Européens et Américains face à l'alimentation :
www.lemangeur-ocha.com

Étude sur les habitudes alimentaires : www.isoe.de

« Les pros du bio » (documentaire produit par la SWR et diffusé dans le cadre de l'émission passe-partout ): www.passe-partout.de

Martin Ktynek : « Deutsche sind die dicksten Europäer » (Süddeutsche Zeitung, 18.04.2007 ): www.sueddeutsche.de



Qu'est-ce que le 14 juillet en 2008 ?

Larissa Beutin, Anne-Laure Edoh et Céline Moison, publié le 14.07.2008

La fête nationale française commémore la prise de la Bastille, un événement phare de la Révolution et par-là même une date majeure de l'Histoire française. Plus de 200 ans plus tard, les descendants des bonnets phrygiens ont chacun leur façon de fêter – ou de ne pas fêter – ce rendez-vous national. Défilé militaire, fête foraine, feux d'artifice, fête villageoise, la perception de cette date est multiple. Ces douze témoignages de Français vivant en métropole ou en Allemagne et d'Allemands vivant en France tracent un profil diversifié et très personnel du 14 juillet et de sa signification.

Nathalie Valdenaire, 27 ans, Française résidant à Paris
Le 14 juillet est l'occasion de se retrouver entre amis autour d'un bon dîner, en général dans un restaurant de la capitale. Puis, le temps de se joindre au feu d'artifice, d'apprécier un moment magique, plein de lumière. La soirée se termine souvent sur les Champs-Élysées où la population est dans un esprit de fête, de joie. C'est l'occasion d'échanger avec des étrangers notre amour pour le cœur de la France : Paris ! 

Sophie Antunès, 36 ans, Française résidant à Bar-Le-Duc
Pour moi, le 14 juillet, c'est avant tout des souvenirs d'enfance, car je n'ai pas vraiment la fibre patriotique... Comme dit la chanson de Brassens : « Le jour du 14 juillet, je reste dans mon lit douillet, la musique qui marche au pas, ça ne me regarde pas. » Quand j'étais petite, on passait toutes les fêtes nationales en famille à l'Ile de Ré. On regardait le feu d'artifice dans le port de Saint-Martin, un lampion dans une main, une glace dans l'autre. Et après, on allait au bal, nous étions toutes contentes de veiller un petit peu plus longtemps ma sœur et moi. Aujourd'hui, avec mon pompier de mari, le 14 juillet, je suis souvent seule avec les enfants, et mon mari est au bal ! 

Fabrice Poulain-Lemasson, 40 ans, Français résidant à Berlin
Le 14 juillet c'est la liberté de l'Homme. C'est responsabiliser le peuple. Ce fut un changement politique, la naissance de la République. Le 14 juillet, c'est la fraternité et l'égalité. Malheureusement, de nos jours, ce sont des termes qui ont perdu une partie de leur valeur. La fête nationale, c'est surtout le bal des pompiers. Et pour moi c'est le seul jour de l'année où je mange dans un resto français à Berlin.

Géraldine Delrue, 24 ans, Française résidant à Lille
Le 14 juillet, je fais la fête avec mes amis. Nous nous retrouvons, nous mangeons tous ensemble le soir et ensuite, nous allons voir le feu d'artifice. Pour moi, le 14 juillet, c'est la fête nationale française, une commémoration de la prise de la Bastille.

Alain Moison, 54 ans, Français résidant à
Nantes

Le 14 juillet était dans ma jeunesse (vers 1965-1970) le jour où la France était à l'honneur car deux grands événements avaient lieu le même jour à Paris sur les Champs-Élysées : le défilé militaire le matin et, l'après-midi, l'arrivée du Tour de France cycliste avec mon champion de l'époque, Anquetil. Je suivais avec avidité cette journée à la radio.

Moïra Berger, 30 ans, Française résidant à Hambourg
N’étant ni patriote ni portée sur les commémorations nationales, le 14 juillet n’a toujours eu d’attrait pour moi qu’en sa qualité de jour férié. Comme je vis maintenant à Hambourg, je n’aurais rien contre si le 14 juillet était aussi un jour férié en Allemagne ! Et le 3 octobre [fête nationale allemande, ndlr] est pour moi un jour férié comme les autres. 

Heike Huntebrinker, 33 ans, Allemande résidant à Strasbourg
Le 14 juillet signifie pour moi le début du grand départ en vacances entre le 14 juillet et le 15 août. Tous les Français partent en vacances en même temps. Pendant ces quatre semaines, les bureaux sont vides. Quelques entreprises ferment même complètement. Mes interlocuteurs allemands ne comprennent pas que pendant cette période, personne ici n'est joignable ! 

Ludivine Ferry, 21 ans, Française résidant à Fürth (Allemagne) 
Ce jour de fête nationale a très longtemps bercé mes années d'enfance. Chaque année, c'était le même rituel ; mon père allumait la télévision tôt le matin pour regarder les reportages de TF1 sur l'armée et ensuite nous avions le droit à la retransmission du célèbre défilé sur les Champs-Élysées. La musique militaire envahissait alors toute la maison. Un repas chez Mamie était très souvent de mise. Les femmes à préparer le repas et les hommes à voir défiler les petits soldats. Avec ma petite sœur, nous attendions impatiemment le feu d'artifice le soir, car nous avions le droit à une barbe à papa et un tour de manège. Nous aimions aussi regarder les gens au bal. Je qualifierais le 14 Juillet pour moi d'une journée où le profond ennui du défilé militaire se mêle à la magie du feu d'artifice, mais la fleur de la ferveur patriotique ne semble pas avoir germé en moi. 

Madeleine Méziane, 78 ans, Française résidant à Beaumont de Lomagne
Quand j'étais petite fille, il y avait des grandes fêtes dans la rue pour le 14 juillet. Les enfants participaient à des jeux. Nous faisions des courses en sac ou des ‘Mât de Cocagne’. Il fallait monter sur un tronc pour décrocher un lot. Ce n'était pas évident car le tronc était plein de savon. Il y avait un autre jeu drôle où il fallait taper sur des pots qui étaient accrochés en l'air. Celui qui cassait un pot pouvait avoir la chance qu'un cadeau en sorte et tombe sur lui, mais il pouvait également avoir le malheur que de l'eau sorte du pot ou de la suie ou du plâtre en poudre.  

Christoph Hermle, 20 ans, double nationalité française et allemande, résidant dans le Cantal
Pour moi, il existe en fait deux fêtes nationales : le 14 juillet et le 3 octobre pour l'Allemagne. Ces deux jours sont naturellement très importants, mais je pense que  le 3 octobre est un jour férié plus important. On se sent plus concerné car la réunification n'est pas si loin que ça. Par contre la signification du 14 juillet semble à travers les siècles s'affaiblir. 

Lydia Beutin, 55 ans, Paris, Française résidant à Berlin
Je vis à Berlin depuis 25 ans, et pourtant je fête plutôt le 14 juillet que le 3 octobre. Je pense que c'est surtout parce que, comme je vis à l'étranger depuis si longtemps, je me sens d'autant plus attachée à mon pays d'origine. J'essaie de créer un lien fort avec la France. Je me sens plus Française en Allemagne qu'en France. En France, je suis une Française parmi des millions. En Allemagne, je suis quelque chose de particulier. 

Carl Belin, jeune Français résidant à Berlin
Le matin du 14 juillet, je fais un grand petit-déjeuner avec ma famille avec beaucoup de plats que nous ne mangeons pas souvent. À midi, nous prenons l'apéro et invitons d'autres familles françaises pour regarder ensemble le défilé à la télé. Le soir a lieu un grand dîner et nous n'allons pas au lit avant trois heures du matin.



Mai 1968 - Commémoration des soulèvements étudiants à Paris et à Berlin

Alain Le Treut, publié le 01.05.2008

C'était en 1968 : toute une génération, issue du baby-boom, déclenche des mouvements sociaux à travers le monde. Tout en étant extrêmement hétérogène en terme de revendications, elle témoigne un peu partout du même esprit contestataire. Ces évènements vont  bouleverser l'identité culturelle de la jeunesse européenne, et marquer un tournant dans les mentalités et dans les mœurs. 

Le Quartier Latin, centre historique de la capitale française, s'est rapidement imposé en symbole majeur avec ses barricades, ses slogans, ses rues dépavées et ses affrontements avec les forces de l'ordre.  Y a t-il ici matière à commémoration ?

Le moins qu'on puisse dire est que le mai 68 français a déjà fait vendre beaucoup de papier. Outre la vingtaine d'ouvrages sur ce thème parus ces derniers mois, toute la sphère médiatique française remue actuellement ses vieux tiroirs, et  rappelle dans ses chroniques les principaux protagonistes des différents mouvements. Même Paris-Match a rassemblé récemment plusieurs anciens soixante-huitards le temps d'une séance photos.

Mais au-delà de cet engouement éditorial, la France en fait bien peu pour l'anniversaire de cette révolte estudiantine : aucun événement « officiel » ne s’y consacre spécialement. On peut ici se rappeler que le candidat à la présidentielle qui prônait il y a un an « la liquidation de l'héritage de 1968 » siège aujourd'hui à l’Elysée. Provocation pour provocation, Daniel Cohn-Bendit, figure charismatique des révoltes, considère que l'actuel Président français est un authentique soixante-huitard : «Jouir sans entrave, c'est ce qu'il fait» déclarait t-il dans l'émission Riposte de France 5. Plus sérieusement, il souligne que les Sarkozy constituent une illustration de l'éclatement des structures familiales.

À l'heure où l'on se souvient dans la presse du début du « Mouvement du 22 mars », le campus de Nanterre où tout a démarré apparaît comme un « non lieu de mémoire », pour reprendre les termes d'un étudiant d'aujourd’hui, qui s'est exprimé dans le quotidien Libération. Celle qui fut alors surnommée Nanterre la rouge semble bel et bien oubliée dans l'esprit des jeunes qui la fréquentent désormais.

Le champ est donc laissé libre aux organismes indépendants et aux associations qui offrent une programmation alternative. On peut trouver les principaux évènements grâce au site www.mai-68.fr par exemple, où ils sont répertoriés. L'aide des visiteurs est sollicitée pour compléter la liste.

Rappelons que l'agitation des milieux étudiants a été relativement maîtrisée en France, où aucun décès n'a été à déploré. Il n'en va pas de même ailleurs en Europe. Outre le « Printemps de Prague » en Tchécoslovaquie ou l'occupation de l'Université de Rome en Italie, des révoltes se sont également organisées à Berlin Ouest autour de Rudi Dutschke. Lorsque le 2 juin 1967 l'étudiant Benno Ohnesorg fut abattu dans une manifestation pacifique, l'activisme étudiant se développa rapidement, et ce malgré une presse largement défavorable.

L'exposition « Brennpunkt Berlin » réalisée par la Bundeszentrale für politische Bildung et ouverte jusqu'au 31 mai 2008 en plein cœur de l'ancien quartier étudiant de Charlottenburg,  rappelle que le vent de révolte y a fortement soufflé malgré l'hostilité des journaux allemands. À travers coupures de presse, photos, films, musiques, affiches mais aussi objets d’époque – dont un véhicule de police exposé sur la Hardenbergstraße – cette exposition gratuite retrace avec une documentation très riche le contexte social et culturel de l'année 1968 à Berlin Ouest.  D'ailleurs, l'Amerika Haus qui l'accueille avait alors été prise pour cible. On peut voir dans l'exposition des images d'opposants à la guerre du Vietnam en train d'y décrocher la bannière étoilée.

L'Allemagne a donc,  contrairement à la France, largement institutionnalisé cette commémoration. Cela peut toutefois s'expliquer par le poids de ses martyrs : Benno Ohnesorg est mort suite à une bavure policière, quant à Rudi Dutschke, il décèdera des séquelles de l'attentat dont il a été victime.

De son côté, la France reste marquée de manière indélébile par les photos de Raymond Depardon, d'Henri Cartier-Bresson, ou de Gilles Caron qui font en ce moment l'objet de multiples expositions. Mais au-delà de ces images, il est regrettable que la mémoire de 1968 ne fasse pas l'objet en France d'une programmation culturelle plus dense, surtout parce qu'il s'agit d'évènements qui, vus de l'Allemagne, sont considérés comme des faits majeurs de l'Histoire contemporaine.

Pour en savoir plus :

www.paris.diplo.de

www.mai-68.fr

www.bpb.de

baron.phpnet.us

www.france5.fr

www.liberation.fr

Et pour revoir les photos marquantes de l’agence Magmum :

www.brownsoundclothing.com



Une place au soleil

Ariane Kujawski, publié le 15.02.2008

La protection de l'environnement devient un phénomène mondial, observé et analysé de toutes parts. À l'heure où la tendance est à l'alarme générale, certains fuient devant l'ampleur de la tâche tandis que d'autres s'engagent : Florian Miller, 25 ans, est l'un de ces étudiants qui n'attendent pas pour agir. Dynamique, ouvert et passionné par les questions environnementales, il a décidé l'an dernier de participer aux activités du groupe UniSolar.

Fondé en novembre 2006 par un groupe d'étudiants de l’université de Leipzig, UniSolar est un projet visant à équiper les toits des bâtiments de l’université en panneaux solaires. Grâce au soutien de diverses institutions partenaires (entre autres Uni Leipzig, Naturstiftung David ou Studentenwerk Leipzig ), le groupe a pu se développer, se structurer et poser sa candidature auprès de concours et autres prix encourageant ce genre d’initiatives, comme le prix Agenda 21 Leipzig, remporté par UniSolar en 2006.

Le groupe a fêté le 22 juin 2007 son premier succès officiel : l'installation des panneaux solaires sur le toit de l'un des principaux bâtiments de l’université de Leipzig, le Geisteswissenschaftliches Zentrum (GWZ − centre de sciences humaines).

Un tel résultat n'est pas passé inaperçu : c'est ainsi qu’UniSolar Leipzig a attiré l'attention d'autres étudiants, et a pu aider à la création d'UniSolar Berlin et UniSolar Karlsruhe, qui évoluent sur place sur le même modèle avec les moyens dont ils disposent.

Au-delà des progrès concrets réalisés grâce à cette initiative, UniSolar tente, avec différentes campagnes, de sensibiliser le public aux changements climatiques ainsi qu'à la protection de l'environnement. « Nous voulons d’abord encourager une certaine prise de conscience dans les universités, chez les étudiants comme au sein des institutions même, explique Florian Miller. Les facs pourraient s'engager beaucoup plus dans la protection de l'environnement. Nous sommes là pour leur faire comprendre qu'elles ont tout à y gagner − financièrement, en économisant sur les frais d'électricité, mais aussi en ce qui concerne leur réputation ». À l'heure où certaines universités souffrent de la concurrence qui se joue entre elles, un engagement « écologique » pourrait devenir un véritable atout et rendre un établissement plus attrayant pour les futurs étudiants.

L'université se place au cœur du projet UniSolar. Elle forme les futurs chercheurs et rassemble une part importante des recherches scientifiques, notamment dans le domaine de l'énergie solaire. Mais son statut dans la société lui donne aussi les moyens d'assumer le rôle de modèle dans le domaine de la protection de l'environnement : c'est un lieu public qui accueille plusieurs générations et où les découvertes, le savoir et l'échange font partie intégrante du quotidien. Quoi de mieux pour faire parler d'un sujet de société ?

Parler et faire parler du projet, informer : un défi qui n'effraie pas Florian. Étudiant en études théâtrales et sciences de la culture, il a dû lui-même prendre connaissance des aspects techniques du projet avant de se lancer dans l'aventure. Le site Internet du groupe constitue une base de données très complète et régulièrement actualisée, nombreux sont les affiches et prospectus distribués, et le panneau installé devant le GWZ indique aux passants l'économie d'énergie réalisée grâce aux panneaux solaires. Chiffres, pancartes, panneaux : tout est fait pour informer et intéresser étudiants, professeurs et personnel de l'université.

Mais tout cela n'est qu'un début. Les membres d'UniSolar aimeraient pouvoir développer leur groupe localement, mais aussi lancer différentes campagnes de sensibilisation dans d’autres universités allemandes pour, à terme, mettre sur pied un réseau national dont l'influence serait plus importante.

C'est l'engagement personnel de Florian et de ses amis qui a permis à UniSolar de prendre son essor et d'avoir des objectifs plus ambitieux. Un engagement exemplaire qui a pour but de faire évoluer les mentalités dans le bon sens en matière de protection de l’environnement. Un engagement dont bénéficie le groupe, mais aussi les institutions qui en sont partenaires.

En attendant, il reste à Leipzig bien d'autres toits appartenant à l'université qui pourraient eux aussi être couverts de panneaux solaires ; le premier objectif du groupe est de les repérer et de les équiper, pour ainsi faire de l'université de Leipzig un établissement modèle en Allemagne. Et pour qu'à leur tour d'autres universités allemandes trouvent, elles aussi, leur place au soleil...

Pour en savoir plus : www.unisolar-leipzig.de



Edition spéciale Journée franco-allemande - 22 janvier 2008

Rétrospective 2007

Juliane Seifert, traduction Céline Maurice, publié le 22.01.2008

Janvier

1.1. Pour l’Allemagne, l’année 2007 commence par la prise de la présidence du Conseil de l’Europe pour six mois et du G8 pour un an. Le thème le plus important de la politique intérieure en ce début d’année est le passage de la TVA de 16 à 19 %, en vigueur le 1er janvier. Avec cette hausse, la TVA en Allemagne atteint presque le niveau de celui de la France (19,6 %).

L’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne, également en date du 1er janvier, provoque, du fait du retard de développement de ces deux nouveaux États membres, une âpre controverse des deux côtés du Rhin.

Le 22 janvier meurt le prêtre des pauvres, Henri Antoine Grouès, connu sous le nom de l’Abbé Pierre, à l’âge de 94 ans. Le fondateur de l’organisation de bienfaisance Emmaüs, devenu célèbre grâce à un lancinant appel au secours radiophonique pour les sans-abri lors d’une vague de froid pendant l’hiver 1954, fait partie des personnalités françaises les plus aimées. Sa mort provoque une grande tristesse et un nouveau débat sur l’inégalité sociale en France.

Février

20.2. Airbus présente son plan de redressement « Power 8 ». Afin de réduire les coûts, 10 000 employés doivent être licenciés et six sites en France, Allemagne et Grande-Bretagne fermés. La décision déclenche de vives protestations, non seulement chez les employés concernés mais aussi du côté politique. Les gouvernements français et allemand sont très impliqués dans le conflit. On en arrive à des accusations de protectionnisme et à du mécontentement en haut lieu.

Le 25 février, le drame sur la Stasi La Vie des autres du réalisateur Florian Henckel von Donnersmarck est récompensé à Los Angeles par l’Oscar du meilleur film non-anglophone.

Mars

Le 5 mars, la Loi sur le droit au logement opposable ou DALO est votée en France.

Jean Baudrillard, philosophe et sociologue français, meurt le 6 mars à l’âge de 77 ans. Le critique et théoricien postmoderne devint célèbre avant tout par sa critique de la consommation et ses écrits de théorie médiatique dans lesquels il soutient la thèse selon laquelle le monde fictionnel simulé par les médias finit par devenir une « hyperréalité » qui supplante de plus en plus le monde réel.

Le 9 mars, la Grande Coalition décide de relever l’âge de la retraite en Allemagne à 67 ans. Le même jour, les chefs d’États et de gouvernements de l’UE se mettent d’accord à Bruxelles sur des objectifs communs obligatoires de protection du climat concernant la baisse des émissions de dioxyde de carbone et le développement des énergies renouvelables. Dans ce cadre, la question de l’énergie atomique ramène toujours à de violents débats entre la France et l’Allemagne.

Le 23 mars, l’ourson polaire Knut né au Jardin zoologique de Berlin le 5 décembre 2006 est présenté officiellement au public par le ministre allemand de l’Environnement Sigmar Gabriel. Près de 5 000 journalistes locaux et de l’étranger sont présents. « Knuddel-Knut » (« Knut-Câlin ») fait par la suite les gros titres pendant des mois et apparaît même en mai 2007 avec l’acteur américain Leonardo Di Caprio en couverture de l’édition internationale du magazine Vanity Fair.

25.3. Le cinquantième anniversaire des Traités de Rome, fondateurs de l’Union européenne, est assombri par la crise institutionnelle européenne et par les différences de points de vue des États membres, entre autres au sujet de l’entrée de la Turquie dans l’union.

Avril

Le 3 avril, le TGV établit un nouveau record mondial lors d’un test avec une vitesse de 574,8 km/h.

11.4. Le plongeur en apnée français Loïc Leferme meurt à l’âge de 36 ans en tentant d’établit un nouveau record.

Le candidat du parti conservateur UMP Nicolas Sarkozy remporte le premier tour de l’élection présidentielle françaises le 22 avril avec 31,18 % des voix.

Mai

Le 6 mai, Nicolas Sarkozy est élu au second tour nouveau Président de la République française devant la socialiste Ségolène Royal avec 53,06 % des voix.

Juin

Du 6 au 8 juin se déroule à Heiligendamm le Sommet du G8. Les chefs d’États et de gouvernements présents, venus des sept nations les plus industrialisées et de Russie, s’accordent sur une stratégie globale de protection du climat, laquelle est cependant considérée trop vague par les organisations écologistes.

16.6. Le paysage politique allemand se modifie du fait de l’union du Parti de Gauche et du WASG en un nouveau parti, « Die Linke » (La Gauche).

À la suite de problèmes de fonctionnement le 28 juin, les centrales nucléaires de Krümmel et de Brunsbüttel dans le Schleswig-Holstein sont arrêtées. L’incident provoque en Allemagne de nouveaux débats sur la sécurité de l’énergie atomique.

Juillet

7-29.7. Le Tour de France est assombri par de nombreux cas de dopage. Après un contrôle positif dans l’équipe Telekom, les chaînes publiques allemandes ARD et ZDF interrompent entièrement la retransmission de la course cycliste. Les médias parlent d’un « tour de farce ».

Le 15 juillet, le système de location de vélo Vélib est inauguré à Paris.

Le 22 juillet, l’acteur allemand Ulrich Mühe, devenu célèbre internationalement grâce à son rôle dans La Vie des autres, meurt à 54 ans des suites d’un cancer.

Août

Le marché américain de l’hypothèque est dans une crise durable. Le 9 août, la Banque centrale européenne et d’autres banques d’émission de monnaie débloquent à court terme plus de 100 milliards d’euros pour aider à surmonter les difficultés de liquidité. La crise continue cependant à mener à une baisse mondiale des cours qui, début 2008, n’est toujours pas résolue. Les économies française et allemande sont touchées.

Septembre

12.9. La France durcit sa loi sur l’immigration. Le regroupement familial doit être limité par des tests ADN.

Le 22 septembre meurt le mime strasbourgeois mondialement connu Marcel Marceau, à l’âge de 84 ans.

Le 24 septembre, le philosophe social français André Gorz (84 ans) et sa femme gravement malade Dorine (83 ans) se donnent la mort ensemble. Le compagnon de route de longue date de Jean-Paul Sartre et cofondateur du magazine d’information Le Nouvel Observateur était un représentant éminent de l’écologie politique et s’engageait fermement pour l’idée d’un revenu de base inconditionnel.

30.9. L’équipe de football féminine allemande gagne la Coupe du monde à Shanghai grâce à un score de 2 à 0 face au Brésil. Les footballeuses conservent ainsi leur titre de 2003 et entrent dans l’histoire sportive.

Octobre

En France, plusieurs dirigeants d’EADS sont inculpés pour délit d’initié. Le scandale qui en résulte touche aussi l’ancien chef du gouvernement Dominique de Villepin, qui aurait autorisé la vente des parts.

5.10. Les premières grèves ont lieu dans le cadre du conflit sur les tarifs opposant le syndicat des conducteurs de locomotives GDL et la Deutsche Bahn. Le trafic régional en Allemagne est paralysé trois heures durant. Les conducteurs exigent une convention collective propre et une augmentation de salaire à deux chiffres.

10.10. À Paris ouvre le musée français de l’immigration, dont le nom officiel est Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI).

18.10. Après des semaines de bruits de couloir, le Palais de l’Élysée annonce le divorce de Nicolas et Cécilia Sarkozy. Nicolas Sarkozy devient ainsi le premier président français célibataire.

Novembre

2.11. Dans le conflit sur les conventions collectives opposant la Deutsche Bahn et le syndicat des conducteurs de locomotives (GDL), de nouvelles grèves ont lieu suite à une décision de tribunal en faveur des conducteurs. Cette fois, les trains de marchandises et le trafic national sont également concernés. Le trafic est paralysé pendant deux jours.

13.11. Le politicien du SPD Franz Müntefering annonce sa démission du poste de vice-chancelier et de ministre fédéral du Travail, afin de mieux pouvoir prendre soin de sa femme, atteinte d’un cancer. Olaf Scholz, jusqu’à présent dirigeant du groupe SPD au Bundestag, devient nouveau ministre du Travail et le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier reprend le poste de vice-chancelier.

Du 14 au 22 novembre, la SNCF et la RATP paralysent le trafic ferroviaire complet pendant une semaine pour protester contre la modification des régimes spéciaux de retraite dans le service public. Le 23 novembre, les grèves sont interrompues par l’entrée en négociation des syndicats, des entreprises de transport et du Gouvernement.

21.11. Une plainte est déposée contre l’ancien Président français Jacques Chirac pour détournements de fonds publics pendant son mandat de maire de Paris. Le procès contre un ancien chef de l’État est une première dans l’histoire de la France.

Le 25 novembre, de violents troubles se déroulent à nouveau dans les banlieues parisiennes, après que deux adolescents aient percuté un véhicule de police et soient morts des suites de cet accident. Les images de voitures et d’immeubles en flammes rappellent les troubles de banlieue d’octobre et novembre 2005 qui avaient déclenché de grands débats nationaux sur l’intégration des immigrés et avaient trouvé en Allemagne également une grande résonance médiatique.

Décembre

Du 3 au 14 décembre se déroule sur l’île indonésienne de Bali la Conférence sur le climat de l’ONU. Il s’agit d’établir un successeur à l’accord de Kyoto sur la protection du climat, qui se termine en 2012. La protection du climat est entre-temps devenu, en France comme en Allemagne, un des thèmes centraux du discours public.

Lors d’un discours à Alger le 4 décembre, Nicolas Sarkozy qualifie le système colonial de « profondément injuste ». Pendant sa visite, le chef de l’État français se déclare à nouveau fortement en faveur de la création d’une « Union méditerranéenne ». Une proposition qui récolte en Allemagne et dans l’Union européenne une forte critique.

7.12. La société pour la langue allemande élit Klimakatastrophe (« catastrophe climatique ») mot de l’année 2007.

10.12. L’allemand Peter Grünberg et le Français Albert Fert reçoivent à Stockholm le prix Nobel de Physique pour la découverte de la magnétorésistance géante, qui a conduit au développement de disques durs d’ordinateurs. Le prix Nobel de Chimie va également à un scientifique allemand : Gerhard Ertl est décoré pour ses travaux sur les réactions chimiques de surface.

Le 13 décembre, les chefs d’États et de gouvernements de l’Union européenne signent le Traité de Lisbonne. Ce traité de l’UE simplifié doit remplacer la Constitution européenne refusée par la France et les Pays-Bas en 2005 et, après sa ratification par les 27 pays membres, entrer en vigueur le 1er janvier 2009.

25.12. Fin décembre, le Président français Nicolas Sarkozy se montre pour la première fois en public avec sa nouvelle compagne. La chanteuse Carla Bruni l’accompagne lors d’un voyage en Égypte. La liaison provoque en France comme en Allemagne un large intérêt des médias.



Dossier Télé

Les visions télé en France et en Allemagne

Isabel Hummel, traduction Claire Köhling, Thomas Anquetin, Verena Bündgen, Pierre Gusz, Sabeth Henkel, Dorte Jansen, Shérif Korodouvou, Alexander Pohlit, Chloé Razbinski, Julia Schaper, Annika Schneider, Sarah Stahl, Damien Thulliez (Université de Marburg / Phillipps-Universität Marburg), publié le 15.12.2007

« Dans 40 ans, la télévision fera partie intégrante de nos murs. Grâce aux nouvelles technologies, nous achèterons bientôt nos téléviseurs au rayon « revêtement mural » des magasins de bricolage ». C'est ainsi que Helmut Thoma, ancien directeur de la chaîne de télévision allemande RTL, décrivit une fois cyniquement l’avenir. Si cette affirmation était certes quelque peu exagérée, il n’en est pas moins vrai que la télévision occupe une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne. De nos jours, Français et Allemands passent en moyenne plus de trois heures par jour devant leur téléviseur. Mais que regarde-t-on exactement des deux côtés du Rhin ? La réponse est surprenante  : il n'y a pas tant de différences.

Dans les deux pays, on distingue entre chaînes publiques et chaînes privées. En Allemagne, la chaîne ARD et ses programmes régionaux (également appelés « troisièmes programmes ») appartiennent au secteur public, tout comme la chaîne ZDF. En France, les chaînes publiques sont France 2, France 3 et France 5. La chaîne culturelle 3sat, exploitée par l’Allemagne en partenariat avec la Suisse et l'Autriche, et le projet franco-allemand ARTE sont aussi financés par des fonds publics. Depuis l'ouverture du marché de la télévision dans les années 80, les prestataires de chaînes de télévision privées se sont multipliés, en France comme en Allemagne. Tandis que, grâce au câble et au satellite, la plupart des Allemands ont accès à une grande variété de programmes, cette mode ne s’est pas imposée en France. La plupart des foyers se contentent encore des six chaînes analogiques, à savoir les chaînes publiques et les deux chaînes privées TF1 et M6. La plupart des foyers capte également la chaîne payante Canal+, mais celle-ci est la plupart du temps cryptée.

Le choix restreint des programmes explique probablement pourquoi ARTE dispose d'un audimat sensiblement plus élevé en France. En Allemagne, la chaîne se perd plus facilement dans la masse des chaînes captables.

En France, la chaîne qui enregistre le taux d’audience le plus élevé est TF1. Les séries américaines, les magazines à sensation, les téléfilms « faits maison » et la retransmission des grands événements sportifs constituent la majeure partie du programme de divertissement. De plus, c'est TF1 qui possède les droits de diffusion de l'émission Qui veut gagner des millions ? présentée par Jean-Pierre Foucault, l'animateur par excellence des grands événements télévisuels. En plus de ses programmes de divertissement, TF1 propose un bulletin d'informations sérieux. Tous les soirs, TF1 et France 2 se disputent le meilleur taux d’audience du journal de 20 heures. À la télévision française, on considère cette émission du soir comme presque sacrée, si bien qu’on l’appelle même familièrement la « grande messe du 20 heures ».

Le grand prêtre incontesté de cette messe du soir est Patrick Poivre d'Arvor, PPDA en abrégé, le présentateur vedette de TF1 qui, en plus de sa carrière télévisuelle, a publié plus de 30 livres. C'est encore lui qui prête son visage à la marionnette qui anime la très appréciée émission de parodie Les Guignols sur Canal +.

Les téléspectateurs allemands qui se demandent depuis toujours pourquoi les longs métrages d'ARTE ne commencent qu'à 20 h 40 trouvent ici la réponse, toute simple : le journal télévisé français durant généralement 40 minutes, les téléspectateurs français ne changent pas de chaîne avant.

Pour le public allemand, il est incompréhensible que les Dictées de Bernard Pivot soient si populaires. Bernard Pivot est une icône de la télévision française, peut-être comparable au mieux à Marcel Reich-Ranicki. C'est lui qui a animé les plus grandes émissions littéraires françaises. Dans les années 80, il a créé avec un linguiste le Championnat de France d’orthographe, devenu par la suite Les Dicos d’or.

Après passé plusieurs étapes sélectives, les candidats peuvent se qualifier pour la finale au cours de laquelle une dictée complexe est lue.

Étonnamment, bien que ne se prêtant vraiment pas à être diffusé à la télévision, ce programme n'en a pas moins été très apprécié des Français. L'ensemble des dictées a ainsi été diffusé, généralement en direct, jusqu’en 2004.

Si l'on compare la France et l’Allemagne, il est surprenant de voir combien de productions allemandes passent à la télévision française. À vrai dire, le téléspectateur allemand connaît seulement la série française Saint-Tropez, tandis qu'en France, on diffuse des séries d’action allemandes comme Le Clown ou Alerte Cobra, mais aussi des séries plus récentes telles que Berlin, Berlin et Ma vie à moi. Actuellement, les jeunes en France sont passionnés par le Destin de Lisa, une série produit par la chaîne privée allemande Sat.1.

Contrairement à la France, le taux d’audience entre les chaînes publiques et privées est équilibré en Allemagne. La diffusion des informations demeure néanmoins la discipline reine des chaînes publiques et le vaisseau amiral du journal du soir est le Tagesschau sur la chaîne ARD. Il commence à 20 heures et sa fin, un quart d'heure plus tard, annonce le prime time de la télévision allemande. Un peu plus tard, le journal thématique (Tagesthemen) donne des informations plus détaillées. Le présenter est une marque de prestige. Le plus célèbre « Mister Tagesthemen » est incontestablement Ulrich Wickert, qui fit ses adieux après 15 ans de métier en août dernier. Wickert terminait chaque émission par les mots suivants : «  […] une agréable soirée et une nuit reposante. » Un jour où il n'eut pas recours à sa formule toute faite, il y eut dit-on par la suite des plaintes de téléspectateurs qui n’avaient pas bien dormi après l'émission.
La série policière Tatort, diffusée sur ARD tous les dimanches après les informations, constitue un rendez-vous fixe dans le programme de télévision allemand. Cette série est particulièrement en vogue, surtout, depuis quelque temps, chez la jeune génération. Dans bien des grandes villes, on se retrouve dans les bars branchés pour la regarder. Elle est généralement suivie par une émission politique. Sabine Christiansen y a présenté dans cette tranche horaire le show portant son nom, devenu le talkshow politique le plus célèbre. Anne Will, ancienne présentatrice du journal télévisé, a pris la succession de Christiansen après son départ en juin 2007.

L'émission de divertissement Wetten, dass… ? (« On parie que... ? ») sur ZDF est une curiosité de la télévision allemande. Elle atteint régulièrement un taux d’audience supérieur à 40%, ce qui en fait l'émission la plus regardée d'Europe.

Nombreuses sont les vedettes nationales et internationales qui, pour se faire de la publicité, se bousculent sur le grand divan du présentateur Thomas Gottschalk, notamment célèbre pour sa longue crinière blonde et ses costumes extravagants.

Le principe de l'émission est simple : des candidats parient qu'ils vont accomplir quelque chose d'extraordinaire ; une des vedettes parraine chacun d'entre eux et exprime son opinion sur l'issue du pari. Quand il se trompe, le parrain a un gage.

Tout comme les chaînes privées françaises, les grandes chaînes privées allemandes telles RTL, Pro Sieben, Sat.1, RTL2 et Vox se sont essentiellement consacrées aux émissions de divertissement. Elles diffusent de grands événements sportifs, des émissions comiques ainsi que des jeux et des quiz télévisés. Pro Sieben importe avec succès de nouvelles séries américaines et RTL, la chaîne privée la plus importante, diffuse la série allemande la plus appréciée Gute Zeiten, schlechte Zeiten – dite GZSZ – et le quiz télévisé Qui veut gagner des millions ?. RTL s'essaie aussi aux émissions d’informations sérieuses avec le journal RTL Aktuell et son présentateur Peter Kloeppel, mais ne peut s'imposer face à l'imposant bulletin d'informations Tagesschau et diffuse donc l'émission plus tôt que son concurrent.

Malgré certaines différences dans le détail, il semble bien que l'on ait des « revêtements muraux » similaires dans les salons allemands et français.

Pour en savoir plus

PPDAs Blog

www.tf1.lci.fr

Les Guignols mit Videoclips

www.programmes.canalplus.fr

Die Tagesschau

www.tagesschau.de


L'Homme en noir

Isabel Hummel,Traduction réalisée par Claire Köhler, Michel Deckert, Patrick Eser, Michael Freiberg, Philippe Gonzalez, Myriam Hernandez, Shérif Korodowou, Lena Schöpe, Frederike Wagner, Charlotte Wellmann de l’Université de Marburg (Philipps-Universität Marburg)

Il y a environ cinq ans, je me suis fixé comme objectif d'améliorer mon français en regardant TV5 avec assiduité. Je m'étais fait cependant une toute autre idée de la télévision française, que j'imaginais excitante et intéressante. J'ai été amèrement déçue. Après qu'un double épisode nocturne du Docteur Sylvestre, la copie plus ou moins conforme du Bergdoktor allemand, m'eut plongée dans un état léthargique, le vacarme provenant des enceintes de mon poste m'a brutalement réveillée. Incroyable mais vrai : il se passait quelque chose à la télévision française. C’est ainsi que je me suis retrouvée sans le savoir à regarder un épisode de ma future émission préférée : Tout le monde en parle de Thierry Ardisson.

En principe, cette émission consiste en un talk-show classique. Un petit groupe d'invités est accueilli par l'animateur Thierry Ardisson, appelé aussi « l'homme en noir » à cause de son costume noir, et par son acolyte Laurent Baffie qui prend surtout la parole pour faire des remarques sarcastiques.

Ce mélange de personnes très différentes donne une dynamique particulière à l'émission et provoque souvent de vives discussions entre les invités, qui mènent parfois à de véritables éclats. Tel fut le cas en 2003 par exemple lorsque, en plein milieu de l'émission, suite à une divergence d’opinion, Arno Klarsfeld jeta son verre d’eau au visage de Robert Ménard, le secrétaire général de Reporters sans frontières.

Ardisson ne mâche pas ses mots en tant que présentateur et c'est sans aucune gêne qu'il questionne parfois ses invités sur leurs préférences sexuelles ou d'autres thèmes personnels. C’est ainsi par exemple qu'il voulait apprendre de l'ancien Premier ministre Michel Rocard si « sucer c'est tromper? ». Ceux qui participent à l'émission d'Ardisson sans faire preuve d’une bonne part d'autodérision ont perdu d’avance.

Tout le monde en parle se déroule au rythme des petits rituels qui jalonnent l'émission. Certains mouvements et certaines phrases sont répétés par Thierry Ardisson lors de chaque émission. Grâce à un petit clavier électronique, il peut - comme Stefan Raab en Allemagne - lancer des phrases cultes ou des jingles.

Chaque invité se voit dans l'obligation de répondre à un petit quiz qui lui est destiné. L'invité doit, dans le cadre de l'interview Mensonge, cacher ses positions personnelles et toujours prétendre le contraire de ce qu'il pense.

Thierry Ardisson est une personnalité marquante du paysage médiatique français. Même s'il n'est plus aussi provocant qu'à ses débuts, il continue de diviser l'opinion. Son style de présentation est perçu par beaucoup comme extrêmement arrogant. Sa réputation a souffert de la publication de son livre Pondichery qui s'est révélé être un plagiat, comme il l'a lui-même reconnu plus tard.

À la suite d'une querelle avec la direction des programmes de France 2, qui voulait l'engager sous contrat d’exclusivité, Ardisson a décidé de quitter Tout le monde en parle. L'émission connut ainsi une fin abrupte. Au Québec, la version de Tout le monde en parle, une copie conforme animée par un autre présentateur, connaît encore un grand succès.

Jusqu'en juin, Thierry Ardisson a présenté son émission 93, Faubourg Saint-Honoré sur Paris Première. Le titre de l'émission fait référence à l'adresse de l'appartement où elle est enregistrée. Le concept est simple. Un certain nombre de personnalités de choix sont invitées à dîner dans l'appartement. Les invités arrivent les uns après les autres et sont tout d'abord accueillis dans la cuisine par Ardisson. La discussion commence au milieu des cuisiniers affairés pendant que les invités dégustent des amuse-gueules. Ensuite, on passe dans la salle à manger où l'on continue à discuter vivement en faisant bonne chaire.

En général, chaque soirée se déroule autour d’un thème précis. Après les élections, Ardisson avait invité quelques-uns des journalistes français les plus célèbres et des correspondants étrangers afin de discuter des résultats autour d'un bon repas et de bonnes bouteilles.

La conception du lieu de l'émission donne aux spectateurs l'impression de se trouver dans l'appartement. Les invités ont un comportement nettement plus naturel que dans les studios de télévision habituels, ils se laissent aller à faire des remarques qu'ils ne feraient pas d'habitude.

Les voisins de l'appartement de tournage ont néanmoins trouvé cela un peu trop intime et ont intenté contre Thierry Ardisson et sa société de production un procès pour nuisances sonores, qu'ils ont toutefois perdu.

Salut les Terriens, une sorte de revue de la semaine avec des invités, est depuis novembre 2006 le nouveau concept de Thierry Ardisson sur Canal +. Elle rappelle un peu Tout le monde en parle, sans atteindre cependant le niveau de divertissement de l'émission disparue.

Ce qui est plaisant lors d’une soirée télé en compagnie de Thierry Ardisson, c'est qu'on ne peut jamais en connaître le déroulement à l'avance. D’autre part, et quoi qu'on puisse lui reprocher, il faut admettre qu'il a toujours su garder son propre style.

Pour en savoir plus

93, Faubourg Saint-Honoré avec des petits clips vidéo

www.paris-premiere.fr

Tout le monde en parle Site de fans de l’émission

www.tlmp.net

Tout le monde en parle au Québéc

www.radio-canada.ca


Les présentateurs français

Patrick Poivre d'Arvoir

* Né le 20 septembre 1947 à Reims dans la Marne

Patrick Poivre d'Arvor (également surnommé PPDA) est l'équivalent français d’Ulrich Wickert. Il présente le journal de 20 heures sur TF1 et occupe la première place de l’échelle de popularité des présentateurs français. En plus de la télévision, PPDA est écrivain et a déjà remporté plusieurs prix littéraires .

Jean-Pierre Foucault

* Né le 23 novembre 1927 à Marseille

L'animateur français par excellence, connu en particulier pour Qui veut gagner des millions ?. Jean-Pierre Foucault est un animateur demandé pour les grandes émissions de divertissement du samedi soir et présente chaque année le concours Miss France.

Claire Chazal

* Née le 1er décembre 1956 à Thiers

Claire Chazal est depuis plus de 15 ans déjà présentatrice du journal du week-end sur TF1, d'où son surnom de « princesse du JT ». Elle présente également le talkshow Je/Nous de Claire sur PinkTV, première chaîne homosexuelle française, cofondée par elle-même.

Michel Drucker

* Né le 12 septembre 1942 à Vire dans le Calvados

Michel Drucker anime depuis 1998 les émissions de divertissement Vivement Dimanche et Vivement dimanche prochain sur France 2 et est particulièrement apprécié d'un public relativement âgé. Animateur expérimenté, il présente aussi d'importants événements télévisés comme la remise des Césars.

Marc-Olivier Fogiel

* Né le 5 juillet 1969 à Neuilly-sur-Seine

Fogiel anima de 2000 à 2006 le célèbre talkshow On ne peut pas plaire à tout le monde sur France 3 puis est parti pour Canal +, où il présente aujourd'hui une émission conçue de manière quasi identique, T’empêches tout le monde de dormir. Bien que ses émissions connaissent un grand succès, Marc-Olivier Fogiel n'est d'après les sondages pas particulièrement apprécié du public : beaucoup le trouvent froid et arrogant.

 

Arthur

* Né le 10 mars 1966 à Casablanca (Maroc)

Arthur, de son vrai nom Jacques Essebag, a animé pendant des années diverses émissions à succès de radio et de télévision. Depuis le rachat en 2001 de sa maison de production Arthur Stéphane Courbit Productions (ASP), il est également vice-président d’Endemol France.

Jean-Luc Delarue

* Né le 24 juin 1964 à Paris

Ça se discute est son talkshow le plus connu. En plus de son activité d'animateur, Delarue est aussi un producteur de télévision couronné de succès. Avec un revenu mensuel de 120 000 euros, il est l'animateur/producteur le mieux rémunéré de la télévision française. Il dirige également deux restaurants à succès, dont un en coopération avec Robert De Niro.

Bernard Pivot

* Né le 5 mai 1935 à Lyon

Bernard Pivot est un phénomène à part dans le monde de la critique littéraire française, pour ainsi dire le Reich-Ranicki français. Il a présenté diverses émissions littéraires et culturelles à la télévision ; cependant, c'est pour la création des Dicos d'or qu'il est le plus connu un concours d'orthographe très apprécié.

Arlette Chabot

* Née le 21 juillet 1951 à Chartres

Depuis 2004, Arlette Chabot dirige la rédaction des informations de France 2. Elle anime sur cette même chaîne le magazine politique À vous de juger. En 2007, elle anima avec Patrick Poivre d’Arvor le débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

David Pujadas

* Né le 2 décembre 1964 à Barcelone (Espagne)

David Pujadas présente depuis 2001 le 20 heures sur France 2. Bien qu'il ait réussi à faire remonter le taux d’audience de la chaîne, il n'a toujours aucune chance contre le journal concurrent de Patrick Poivre d’Arvor sur TF1. Il anime également l'émission Madame, Monsieur, bonsoir sur France 5.


Le dinosaure du late night allemand

Miriam Koruschowitz, traduction Céline Maurice

La même chose depuis douze ans. Ennuyeux ? Pas du tout : peu avant 23 heures, l'orchestre commence à jouer, et c'est sous les applaudissements vigoureux et les sifflements joyeux des spectateurs que Harald Schmidt pénètre sur la scène de télé allemande avec un rictus taquin. Il s'installe à son bureau ; à sa droite, Manuel Andrack, le faire-valoir de l'émission, a déjà pris sa place. Les premiers rires du public ne tardent pas. Que ce soient les petites disputes avec Manuel Andrack à propos des événements du jour ou l'un des éléments bizarres de l’émission – par exemple les légendaires épisodes Playmobil, au cours desquels Schmidt expliqua entre autres le complexe d'œdipe à l'aide de ces figurines –, chez Schmidt, on s'ennuie rarement.

Et dire qu'au début de sa carrière, Harald Schmidt avait caressé l'idée de devenir prêtre. Il se décide pourtant pour une formation à l'École de théâtre de Stuttgart, avant de travailler tout d'abord aux Scènes urbaines (Städtische Bühnen) de Augsburg. En 1984, il commence sa carrière de chansonnier comme membre de l'ensemble politico-littéraire de Düsseldorf Kom(m)ödchen. En même temps, le désir de Schmidt de travailler à la télévision mûrit. En 1990, il réussit sa percée à la télévision grâce à son émission comique Schmidteinander, qu'il anime en compagnie de Herbert Feuerstein. Depuis, ses émissions embellissent la télévision allemande. Mais même alors qu'il s'est déjà établi comme une personnalité de la télévision, il revient toujours à la scène. En 2002, il joue à la Schauspielhaus de Bochum dans En attendant Godot, de Samuel Beckett, et fait en 2004, pendant une « pause créative », une tournée avec un programme de cabaret dans quelques villes allemandes.

Depuis 1995, Harald Schmidt est à l'antenne avec son propre late night show. Les premières années de cette émission établirent le succès de Schmidt à la télévision allemande. Lorsqu'elle est encore diffusée sur Sat.1 sous le titre Die Harald Schmidt Show, elle détone par son mélange, caractéristique chez Schmidt, de charme et de sarcasme mordant. Avec ses blagues provocantes, il brise plus d’une fois des tabous, de manière élégante – il suffit de penser à son commentaire sur les dénommés « Ostalgie-Shows » (jeu de mots sur « nostalgie » et Ost, « Est », en référence à l’ancienne RDA, ndlt). Dans ces émissions était évoquée la vie quotidienne privée en RDA, sans que les conditions politiques ne soient abordées. Harald Schmidt eut donc l'idée de produire un « Nazi-Show » sur le même principe. Tout autre animateur aurait probablement récolté des critiques destructrices. Mais Harald Schmidt y gagne au moins un sourire – ce genre de numéros lui valent son surnom de « Dirty Harry ».

Il est cependant loin de se limiter à une provocation osée à la limite du mauvais goût. Lors de sa participation à l'émission d’information heute-journal, Schmidt convainc ses fans avec une intervention souveraine, soulignée avec humour par une imitation du présentateur d'informations Claus Kleber.

Une émission entre toutes est restée légendaire : celle que Schmidt anima en 2002 en improvisant pendant 60 minutes entièrement en français – malgré sa connaissance limitée de cette langue. Pour cet « acte courageux » avec lequel il fit connaître « au public allemand une heure durant de manière drôle, honnête et distrayante le voisin français », il reçoit l'année suivante le Prix du journalisme franco-allemand. Si l'on jette un œil au taux d'audience du « show en français », on constate que le concept n'a apparemment pas seulement dépassé l'invitée, Barbara Schöneberger, mais aussi le public allemand. En juin, l'émission fut donc rediffusée sur ARTE – cette fois avec des sous-titres. Ce n'est d'ailleurs pas le seul lien avec la France de l'émission : la charmante Française Nathalie Licard, qui travaillait à l'origine comme réceptionniste dans la société de production de Harald Schmidt, est devenue une marque de fabrique de l'émission. On ne la voit pas uniquement, avec son accent français unique, dans des reportages en dehors du studio, mais également dans le studio, où elle est devenue, aux côtés de Manul Andrack, un second faire-valoir.

La décision de Schmidt de ne pas prolonger son contrat avec Sat.1 pour faire une pause créative, qu'il annonça de manière tout à fait inattendue le 8 décembre 2003, constitue une coupure dans sa carrière de late night. Mais il ne peut malgré tout pas abandonner comme ça : il célèbre le come-back de son late night show une année plus tard seulement, sous le nouveau titre Harald Schmidt, sur la chaîne publique ARD. Le concept de l'émission demeure, Manuel Andrack et Nathalie Licard trouvent aussi leur place sur la nouvelle chaîne. Cependant, des éléments appréciés de l'émission disparaissent : la dynamique du show, engendrée par des particularités comme les épisodes Playmobil ou le « show en français », ne peut être recréée. C'est justement la jeune génération de téléspectateurs qui zappe alors sur des émissions plus actives, comme TV Total, avec Stefan Raab, qui rassemble dans son late night show stand-up comedy, jeux, séries, invités et musique à une cadence effrénée. On entend alors de plus en plus souvent que Harald Schmidt a, depuis le changement de chaîne de son émission, l'air fatigué et démotivé. Mais là où Harald Schmidt a toujours une longueur d'avance sur la concurrence, c'est avec son sarcasme sans pareil.

Dans son émission du 1er février 2006, Schmidt commente ainsi le débat de politique intérieure sur la retraite à 67 ans : « Chez ARD, on ne dit pas 67, on dit groupe cible. » On vérifiera un an plus tard à quel point il avait raison. Comme les taux d'audience de l’émission Harald Schmidt des derniers mois ne satisfont aucun directeur des programmes, ARD réagit en décidant d'installer un adversaire aux côtés de Harald Schmidt. Le choix se porte sur l'animateur et acteur Oliver Pocher, âgé de 29 ans. À la télévision allemande, il est particulièrement connu pour son émission Rent a Pocher (« Louez un Pocher »), au cours de laquelle il se met en location pour effectuer des jobs bizarres. Chez ARD, on espère interpeller avec Pocher un public plus jeune et pouvoir donner une nouvelle impulsion à l’émission.

Le 25 octobre 2007, c'est enfin le grand jour : peu avant 23 heures, le groupe commence à jouer, et c’est sous les applaudissements vigoureux et les sifflements joyeux des spectateurs que Harald Schmidt pénètre sur la scène de télé allemande avec un rictus taquin. Mais ce jour-là, on voit beaucoup de visages crispés dans le public. Le trouble de dissipe seulement quand, après 15 minutes, Oliver Pocher entre en scène. Avec un pas de Moonwalk accompagné en toute authenticité du Billie Jean de Michael Jackson, le jeune co-animateur prend sa place près du vieux maître. C'est donc le début de la nouvelle émission Schmidt & Pocher, qui clôt la carrière en solitaire de Schmidt – rafraîchissant et amusant.

La première émission est tout du moins de bon augure. Bien que de nombreux fans aient exprimé par avance leur déception à propos du nouveau format de l'émission, le taux d'audience de l'ancienne émission remonte la pente et le public-cible plus jeune est également atteint. Apparemment, on cherche à retrouver le succès du Harald-Schmidt-Show de Sat.1 : Pocher apporte une légèreté joueuse, le meneur du groupe de Sat.1, Helmut Zerlett, est récupéré et des interludes comme le cabaret médical du Dr. Eckart von Hirschhausen ou la parodie de « Das große Promi-Pilgern » tentent de retrouver l’ancienne dynamique.

La deuxième émission a cependant déjà un tiers de téléspectateurs en moins. Schmidt lui-même parodie la chasse frénétique aux jeunes téléspectateurs en apparaissant déguisé en bébé. Son explication cynique : « Les spectateurs de 12 ou 13 ans ne nous suffisent pas, nous voulons toucher les nourrissons. » La vraie question est de savoir d'où vient le manque d’intérêt des téléspectateurs. Le partage du public entre « mon public » et « ton public » ne soulève en tout cas qu'un enthousiasme limité. Un « notre public » doit encore se développer, mais peut-être moins du côté des téléspectateurs que de celui des présentateurs. Reste à voir si le dinosaure de la télé allemande fera un compromis pour le jeune Pocher.

Pour en savoir plus

La page officielle de Schmidt & Pocher :

www.haraldschmidt.t-online.de

Infos sur Schmidt & Pocher :

www.wdr.de

Infos sur Harald Schmidt et liens utiles :

www.schmidt-news.com

À propos du show en français :

www.uebersetzerportal.de

Des représentants célèbres de la culture télévisuelle allemande :

ww.whoswho.de

www.herbertfeuerstein.de

www.hapekerkeling.de


Les présentateurs et émissions allemands les plus connus des 50 dernières années

Dieter Hallervorden

Né le 5 octobre 1935. Animateur, chansonnier et chanteur. Il fonda en 1960 le cabaret berlinois Die Wühlmäuse, dont il est toujours le directeur aujourd'hui. Il put conserver le ton politico-satyrique de son cabaret dans son émission sur ARD Hallervordens Spott-Light. On le connaît également comme participant à des émissions de caméra cachée. Il a été animateur de l'émission d’ARD Verstehen Sie Spaß ? (« Comprenez-vous l’humour ? ») et est aujourd’hui membre de Comedy-Falle (« Comedy-piège »). Pour Verstehen Sie Spaß ?, Hallervorden reçut en 1996 le Telestar, un prédécesseur du Deutscher Fernsehpreis (Prix de la télévision allemande). Par ailleurs, il est détenteur depuis 2005 du prix d'honneur du Prix du cabaret bavarois.

 

Herbert Feuerstein

Né le 15 juin 1937. Ancien rédacteur en chef du magazine satyrique allemand MAD. Ses productions avec Harald Schmidt, comme Pssst et Schmidteinander, sont particulièrement populaires. Cette dernière émission fait figure de précurseur des late night shows de la télévision allemande. Elle fut récompensée en 1994 par le prix Adolf-Grimme et reçut également un Bambi (équivalent des Sept d’Or en France).

Jürgen von der Lippe

 Né le 8 juin 1948. Présentateur, comique, musicien et animateur. Son émission la plus connue est le jeu Geld oder Liebe (« Argent ou amour ? »), qui fut diffusée par ARD pendant douze ans. Dernièrement, il fut particulièrement présent comme animateur de Extreme Activity, un jeu mettant en scène des célébrités de la télévision allemande. Pour ces deux émissions, Jürgen von der Lippe reçut le prix Adolf-Grimme – en 1994 pour Geld oder Liebe ? et en 2007 pour Extreme Activity.

 

Hugo Egon Balder

Né le 22 mars 1950. Il compte parmi les plus grands de la télévision privée. Aujourd'hui, on le connaît principalement pour le jeu Genial Daneben, qui reçut en 2004 le Prix de la télévision allemande dans la catégorie « meilleure émission de divertissement / meilleure animation de divertissement ». D'ailleurs, Schmidt et Balder furent collègues dans les années 80 au Kom(m)ödchen de Düsseldorf.

Thomas Gottschalk

Né le 18 mai 1950. Il se fit connaître à la fin des années 70 et au début des années 80 tout particulièrement avec des émissions de jeux et dans des films de cinéma avec Mike Krüger. Depuis 1986, avec une interruption de deux ans, il anime le jeu Wetten, dass... ? (« On parie que... ? ») qui remporte aussi un grand succès au niveau européen. Dans cette émission, des gens ordinaireslancent des défis spectaculaires. Les célébrités invitées parrainent alors ces défis. En 1999, Wetten, dass... ? reçut le Prix de la télévision allemande pour la meilleure émission.

 

Mike Krüger

Né le 14 décembre 1951. Acteur et comique, il est également connu pour ses talents de chanteur. Tous les lundis, il passe sur Pro Sieben dans sa série hebdomadaire Krügers Woche. Il était bien plus célèbre cependant comme membre permanent de l'émission 7 tage – 7 Köpfe (« 7 Jours – 7 Têtes »), dans laquelle sept célébrités commentaient dans des discussions pleines d'humour les événements quotidiens. En 1998, cette émission reçut un Bambi. Son créateur était Rudi Carrell, que Harald Schmidt décrivit le 23 novembre 2006 dans un interview pour Die Zeit comme un modèle « au format Las Vegas ».

 

Günther Jauch

Né le 13 juin 1956. Une des personnalités les plus appréciées de la télévision allemande. Jauch n'anime pas seulement le magazine de reportage stern-TV mais aussi, depuis 1999, l'émission de quiz à succès Qui veut gagner des millions ?. Pour son travail en tant qu'animateur, Jauch reçut en 2001 un Bambi, l'émission elle-même a été récompensée entre autres par le Prix de la télévision allemande pour la meilleure émission de divertissement en 2000 et 2006.

Hape Kerkeling

Né le 9 décembre 1964. Présentateur, comique et acteur. Il anime les émissions Total normal, Cheese et Darüber lacht die Welt (« Le monde en rit »). Les divers rôles dans lesquels il se glisse régulièrement sont légendaires, comme celui du rédacteur en chef Horst Schlämmer. Hape Kerkeling a reçu deux fois la Caméra d'or, une fois pour Total normal en 1991, une autre en 2005 pour la catégorie « divertissement télévisé ».

Anke Engelke

Née le 21 décembre 1965. Une des rares femmes dans ce domaine d'hommes qu'est la télévision de divertissement. Elle est célèbre pour son émission de sketchs Ladykracher. Quand Harald Schmidt annonça son départ de la chaîne Sat.1, l’émission de Anke, Anke Late Night, fut créée en succession à Schmidt. Malheureusement, le succès ne fut pas au rendez-vous.

Stefan Raab

Né le 20 octobre 1966. L'animateur et musicien est aujourd'hui la personnalité la plus populaire et la plus connue de la télévision allemande. En plus de son émission TV Total, ses émissions innovantes intégrant des jeux, du sport et des événements, le tout avec des célébrités, provoquent un énorme retour de l'audience. En 2004, Raab a reçu la caméra d'or du meilleur animateur comique de télévision. Cette année, son émission de jeu Schlag den Raab (« Bats le Raab ») a été récompensée par le Prix de la télévision allemande dans la catégorie « meilleure émission de divertissement / meilleure animation de divertissement ».



L'Euro-Islam ou la somme d'une équation difficile

Sophie Rudolph, traduction Juliette Rime, publié le 01.09.2008

Allah est-il européen? Qui s'exprime en faveur du concept d'un Euro-Islam devrait répondre à cette question paradoxale par un « oui » mais s'empêtre alors rapidement dans des contradictions. En effet, la vision d'une société multiculturelle paisible sur le sol européen n'a cessé de se fissurer, tout du moins dans la perception publique, depuis l'assassinat du cinéaste néerlandais Theo van Gogh, depuis les attentats terroristes de Madrid et de Londres et, en dernier lieu, depuis l'affaire des caricatures. L'islamisme religieux radical se heurte aux valeurs européennes radicalement séculaires, surtout en France, où la séparation de l'Eglise et de l'Etat est établie légalement depuis 1905.

Sous le mot d’ordre « Euro-Islam », popularisée par le politologue Bassam Tibi enseignant à Göttingen, se cache le vœu pieux que les musulmans vivant en Europe se comportent simplement de la même manière que tous les autres Européens et intègrent la démocratie, les droits de l'Homme et l'égalité entre homme et femme à leur profession de foi. Mais l'Islam n'est pas seulement une religion mais revendique aussi une unité entre vie, croyance, loi et politique. Pris sous cet angle, il n'est donc pas étonnant que de nombreux musulmans comprennent le terme d'« Euro-Islam » comme une attaque contre leur identité islamique et le rejettent.

Le conflit entre sécularisation et religiosité apparaît tout à fait clairement à chaque fois que s'embrase la polémique autour du voile islamique. D'un point de vue « eurocentrique », le voile est rapidement perçu comme symbole de l'oppression de la femme dans l'Islam et devient alors une affaire politique. Pour de nombreuses femmes et jeunes filles, il est cependant synonyme de libre pratique de leur croyance.

Un autre modèle de l'« Euro-Islam » est défendu par l'islamologue natif de Genève, Tariq Ramadan, devenu un modèle pour de nombreux jeunes musulmans vivant en Europe. Il en appelle à la responsabilité collective de la société pour dépasser la méfiance contre le nombre croissant de musulmans en Europe et pour bâtir une confiance mutuelle. La citoyenneté lui semble le moyen d'y parvenir, car dès que l'on obtient la nationalité du pays, on ne fait plus partie d'une minorité. Ramadan met en garde avec insistance contre une islamisation des problèmes sociaux, et la manière dont certains hommes politiques et intellectuels l'ont utilisée en particulier dans le cadre des émeutes dans les banlieues françaises. La société et les citoyens musulmans devraient aller pareillement l'un vers l'autre pour laisser naître un « nous » commun plutôt qu'un « nous contre eux ».

Chez les intellectuels « occidentaux » règnent également des désaccords. L'auteur néerlando-britannique Ian Buruma a publié en septembre 2006 le livre Murder in Amsterdam: The Death of Theo van Gogh and the Limits of Tolerance ; sous forme d'un reportage, il fait s'exprimer tous les protagonistes du dramatique assassinat du cinéaste néerlandais.

Le livre a été tout d'abord commenté par Timothy Garton Ash, journaliste et professeur d'European Studies à Oxford qui lui donnait toute son approbation dans la New York Review of Books, avant que le romancier et essayiste français Pascal Bruckner ne laisse entendre sur la plate-forme littéraire en ligne Perlentaucher et son pendant de langue anglaise signandsight que le multiculturalisme à la Buruma et Ash était un « racisme des antiracistes » étant donné que ceux-ci soulignent l'altérité intangible de l'Islam et refusent ainsi aux musulmans éclairés quasiment le droit de se soustraire à leurs propres traditions.

L'exemple sur lequel s'appuie la critique de Bruckner au sujet du livre de Buruma est l'ancienne députée néerlandaise d’origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali. Elle était liée d'amitié avec Theo van Gogh et avait écrit le script du documentaire Submission. Dans le film, quatre femmes parlent des maltraitances qu'elles ont subies ; sur quatre corps de femmes habillées de vêtements transparents sont inscrites cinq sourates du Coran, légitimant soi-disant la violence faite aux femmes. Après le grand succès estival du film à la télévision néerlandaise, Théo van Gogh, suite à plusieurs menaces de musulmans militants, a été assassiné le 2 novembre 2004. Le meurtrier a accroché au cadavre une lettre de menace destinée à Ayaan Hirsi Ali, sur laquelle on pouvait également lire: « Europe, maintenant c’est ton tour. » Bruckner reproche maintenant à Buruna d'avoir dressé un « portrait » de la dissidente musulmane « ambivalent et suscitant la peur », laquelle doit supporter depuis plusieurs années des menaces de mort répétées et vit depuis quelques temps aux USA, on ignore où.

Il peut paraître douteux de personnaliser d'une telle manière les débats sur l'Islam en Europe. Pour Pascal Bruckner, il ne s'agit en aucun cas d'une décision d'un seul individu pour ou contre la croyance islamique. Il plaide plutôt en faveur d'un « Islam européen éclairé » sur le modèle du laïcisme français, qui pourrait servir de modèle pour les musulmans du monde entier.

Les musulmans laïcs représentés par la Turque Ezhar Cezairli à la conférence islamique allemande convoquée par le ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble, considèrent la religion comme une affaire privée, respectent la loi fondamentale et se positionnent en faveur de l'égalité des droits de l'homme et de la femme. Au préalable, les confédérations islamiques ont exprimé de grandes réserves vis-à-vis de la participation à la conférence de musulmans séculiers portant un regard critique sur l’Islam. L'écrivain turc allemand Feridun Zaimoglu notamment s'est distingué dans les médias par ses invectives contre la féministe, également turque allemande, Necla Kelek et Ezhar Cezairli, auxquelles il reprochait leur hystérie et leur populisme de droite. Il allait même jusqu'à réclamer dernièrement la participation d'une « néo-musulmane » portant le voile de son plein gré. Reprocher publiquement à des femmes telles que Ayaan Hirsi Ali, Necla Kelek et Ezhar Cezairli d'avoir un « problème personnel » ne témoigne pas véritablement d'une image éclairée de l'Homme. Les opinions divergent quant à la place et la façon de vivre sa religion dans la société européenne. Bien que les fidèles de confession musulmane vivant en Europe argumentent de différentes manières, ils sont tout de même les deux à la fois : européens et musulmans. L'équation « Europe + Islam = Euro-Islam » n'en est cependant pas pour autant justifiée.


Tolérance religieuse et société parallèle

Le principe de tolérance religieuse est une idée venant du libéralisme moderne et qui s'est notamment développée en réaction au mouvement de la Réforme et aux guerres de religion qui lui ont succédé en Europe. Les démocraties européennes se fondent sur le principe de l'Etat de droit, qui octroie à chaque individu la plus grande liberté possible. Pour le politologue américain Françis Fukuyama, c'est là que repose le problème fondamental de l'intégration de l'Islam dans la société européenne. Car le libéralisme moderne ne s'est jamais prononcé sur les droits des groupes. Certes, il a été établi que l'Etat n'a pas le droit d'imposer des convictions religieuses mais la question de savoir si la liberté individuelle est compatible avec le maintien de la tradition particulière d’autres groupes, dans ou en dehors de l'Etat, reste sans réponse.

La sociologue turque vivant en Allemagne Necla Kelek, qui étudie les sociétés parallèles à influence islamique, attire l'attention sur l'unité fondamentale dans l'Islam de la conception de l'homme et du monde. La plus haute commission mondiale des musulmans est l'Organisation de la conférence islamique, qui a adopté le 5 Août 1990 au Caire la « déclaration des droits de l'Homme dans l'Islam », signée par 45 ministres des Affaires étrangères. Ce document n'a certes aucun caractère de droit international mais il représente l'attitude globale de l'Islam institutionnalisé par rapport à la déclaration universelle des droits de l'Homme des Nations-Unies.

Dans le préambule, l'accent est posé sur le rôle culturel de l’Oumma islamique, de la communauté des croyants. Dans sa conception fondamentale, l'Islam comporte un Etat universel, dont la seule loi valable est la charia. Le monde est divisé dans la conception islamique en : Dar al-Islam, la maison de l’Islam (les pays musulmans) dans laquelle la paix règne et en Dar al-Kufr (les pays des non-croyants). Les islamistes extrémistes disent que pour le moment il n’y a pas de réel Etat islamique et déclarent ainsi que le monde est en Dar al-Kufr.

Le romancier et professeur de philosophie théorique, suédois Lars Gustafsson, parle d'une « logique de la tolérance », qui reste encore à développer par les futurs philosophes et qu’il formule de façon impressionnante en deux courtes phrases :

« La tolérance de l'intolérance mène à l'intolérance » et « l'intolérance de l'intolérance mène à la tolérance ».

Comme l'incompatibilité de la charia avec les principes des démocraties européennes ne peut pas être tout bonnement ignorée du « dialogue multiculturel », l'individu doit se positionner clairement sur les questions de liberté et de raison et décider s'il veut devenir citoyen d'un Etat ou s'enfermer en tant qu'immigrant dans un ghetto culturel et ethnique.


A lire :

Débats multiculturels sur le site de Perlentaucher (en allemand): www.perlentaucher.de

Conférence islamique allemande : www.bmi.bund.de

L’Islam en France : www.botschaft-frankreich.de

Dossier : dialogue culturel euro-islamique : www.cms.ifa.de



Jeudi noir : Champagne et musique au service de la contestation

Jan Laboranowitsch, traduction Alba Chouillou,^publié le 01.06.2007

Les « go in » et les « sit in », c’est dépassé. Aujourd’hui, une bande de jeunes Parisiens exprime son mécontentement par des « soirées-éclair ». La nouveauté ? Les fêtes ont lieu lors de visites d’appartements à louer. Mais bien moins drôles sont les raisons de l’action de ces étudiants à l’origine de l’initiative Jeudi noir. Car au-delà des confettis lancés, des ballons multicolores et de la musique à plein tube, il s’agit d’une protestation contre un problème sérieux : à Paris, l’urgence immobilière fait grimper les prix à des hauteurs vertigineuses et met particulièrement en difficulté les étudiants et les jeunes salariés.

Studio, 20m2, 6e arrondissement, loyer : 800 euros. Cela pourrait être une annonce de l’hebdomadaire De Particulier à Particulier, en abrégé PAP. Le PAP paraît chaque jeudi, et chaque jeudi les loyers exorbitants désespèrent la plupart de ceux qui cherchent un logement. Car le marché immobilier parisien compte aussi des loyers bien plus élevés que celui mentionné ici – tout simplement impossibles à payer pour beaucoup de jeunes. Attirer l’attention sur ce fait et amener les hommes politiques à agir, tel est le projet d’une poignée d’étudiants qui se sont regroupés à l’automne dernier. Les jeunes Parisiens ont alors nommé leur initiative, d’après le jour de parution du PAP, « Jeudi Noir », en référence au Vendredi Noir de 1929, le krach boursier de New York qui devait mettre en crise l’économie mondiale. C’est sous ce nom que, depuis quelques mois, cette initiative fait les gros titres, dans toute la France et même à l’étranger.

Pas étonnant, car le concept du Jeudi noir est vraiment unique. Le groupe repère une offre particulièrement éhontée, et l’un prend rendez-vous avec le propriétaire pour visiter. Accompagné de quelqu’un, il rencontre ensuite le propriétaire. C’est seulement une fois que les deux personnes soi-disant intéressées sont dans l’appartement que l’un d’eux donne le signal au reste du groupe par téléphone portable et la fête peut commencer. Jusqu’à 30 membres de Jeudi noir se précipitent alors dans l’appartement, habillés de manière extravagante, hurlant et accompagnés de musique à forts décibels. Champagne, ballons, tracts et serpentins font de l’action une fête spontanée inoubliable pour les propriétaires, la plupart du temps complètement dépassés – et qui s’en passeraient naturellement volontiers. Après l’action-surprise, l’appartement est nettoyé comme il faut, la troupe s’en retourne, et, pour le propriétaire, l’apparition s’enfuit aussi vite qu’elle était venue.

Pour attirer le chaland, les membres de Jeudi noir font remarquer sur leur site Internet que participer à leurs actions a trois significations : « On se défoule, on rencontre des gens, et on attire l’attention sur la situation difficile des jeunes par rapport au logement ». Ces difficultés ne concernent pas seulement les loyers élevés. Pour que les loyers soient payés régulièrement, les propriétaires exigent parfois des cautions et des garanties scandaleuses que la plupart des étudiants et des jeunes salariés ne peuvent fournir. Par exemple la preuve que l’on dispose d’un salaire mensuel équivalent à au moins trois fois le loyer. Dans le cas cité ci-dessus, le locataire devrait donc gagner, pour un studio de 20m2, au moins 2400 euros par mois pour convaincre le propriétaire. Et sans contrat de travail à durée indéterminée, les chances de pouvoir louer un appartement sont de toute façon plus que réduites. Le marché immobilier reste ainsi quasiment fermé aux moins de 30 ans.

Leurs fêtes spontanées ont permis aux activistes de Jeudi noir de faire entrer les problèmes urgents du marché immobilier français dans la conscience collective. À côté de nombreux journaux, les chaînes Canal + et France 2 ont elles aussi déjà mentionné les actions du collectif. D’expérience, les hommes politiques s’inquiètent dès que l’intérêt des médias prend une telle ampleur, particulièrement pendant une campagne électorale. C’est ce qui s’est passé début décembre dernier, lorsque Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, a invité cinq membres de Jeudi noir à une table ronde. L’une de ses propositions est la « garantie contre les risques locatifs », une sorte de caution où l’État se porte garant. Avec cette mesure, en situation de crise, les loyers non payés peuvent être remboursés rétroactivement – jusqu’à deux ans après. En outre, le ministre voulait faire construire de nouveaux logements. Avec plus de 400 000 appartements construits chaque année – environ le nombre de constructions engagées l’an dernier – les prix se remettraient sûrement à baisser.

Mais les propositions de M. Borloo ne résoudraient pas le problème urgent du moment, rétorquent les membres de Jeudi noir. Car, même si les prix baissent dans quelques années, la situation reste la même aujourd’hui. En France, on compte déjà deux millions de logements actuellement inhabités, déplore le collectif. Parallèlement à cela, 1,4 millions de Français sont à la recherche d’un logement. Un impôt levé sur les appartements vides a rapporté l’an dernier environ 20 millions d’euros. Une des propositions des jeunes est de doubler cet impôt.

Mais les suggestions de Jeudi noir n’ont eu jusqu’à présent aucun écho politique, et ils poursuivent donc obstinément leur protestation. À la fin de l’année dernière, Jeudi noir, accompagné des groupes Droit au logement et Macaq (Mouvement d’Animation Culturelle et Artistique de Quartier), a occupé un bâtiment vide du deuxième arrondissement. Ils n’auraient pu mieux choisir le lieu de leur Ministère de la crise du logement nouvellement constitué : la guérilla urbaine pour une nouvelle politique du logement s’est installée juste en face de la Bourse. Quelques figures politiques, entre autres Marie-George Buffet, Dominique Voynet et Ségolène Royal, à l’époque candidates à la présidence, ont déjà parlé sur place avec les activistes à propos de la situation immobilière.

Le « ministère » est vite devenu un objet médiatique représentatif du mouvement. Les événements organisés par les squatteurs modernes vont des débats aux concerts en passant par des séminaires et des conférences. Dans une partie de l’immeuble sont logées des familles sans domicile. Après avoir menacé au début de faire évacuer l’immeuble, la Ville de Paris a finalement annoncé vouloir acheter le bâtiment à son propriétaire actuel, la Lyonnaise de Banque. En cas d’urgence, elle fera usage de son droit de préemption pour aménager des logements sociaux au numéro 24 de la rue de la Banque. Pour le « ministère », cela pourrait signifier la fin du siège actuel. Mais aucune raison de s’inquiéter pour l’instant, les négociations entre la banque et la Ville ne sont pas près d’aboutir.

Dans le feu de la campagne électorale, les politiciens français ont fait beaucoup de promesses. À part Jean-Louis Borloo, Ségolène Royal s’était à l’époque aussi exprimée en faveur de la construction de nouveaux logements sociaux et de l’utilisation d’appartements vides. L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin avait exigé un droit au logement opposable. Nous verrons bien ce qu’il advient de ces promesses maintenant que les élections sont passées. Mais une chose est sûre : Jeudi noir et le Ministère de la crise du logement vont continuer leur action. Jusqu’à ce que les choses changent.

Pour en savoir plus :

Site de l’initiative Jeudi noir : www.jeudi-noir.org

Le Ministère de la crise du logement : www.ministeredelacrisedulogement.org

L’organisation Droit au logement : www.globenet.org

Mouvement d’animation culturelle et artistique de quartier : www.macaq.org


Le combat pour des appartements décents à loyer modéré

Felicitas Schwarz

Fanny est Parisienne et elle a 24 ans. La jeune femme gracile a fini ses études en LEA il y a un an et demi. Dès lors à la recherche d'un travail, elle se débrouille avec des petits boulots. Etant donnée sa situation et celle du marché d’immobilier parisien, il lui est difficile d'envisager de se trouver un appartement. Mais les choses n’arrivent jamais comme on le pense. Depuis la fin de l'année dernière, Fanny a malgré tout réussi à s'installer dans une chambre au 24, rue de la banque, en plein cœur de Paris. Tout a commencé lors de l'occupation de cet immeuble de bureaux vacant depuis trois ans, permettant à Fanny de rencontrer les membres du collectif jeudi noir. Les actions lancées par celui-ci, basées sur l'idée de faire la fête dans les appartements à louer afin de protester contre les loyers trop élevés l'ont tout de suite séduite et poussée à rejoindre le groupe.

Quelles sont les raisons de votre engagement au sein du collectif jeudi noir?

Personnellement, j'ai du mal à me loger. Pour l'instant, je n'ai pas de salaire fixe. Je me suis engagée dans le jeudi noir au moment de la construction du Ministère de la crise de logement.

Quel objectif poursuivez-vous en faisant la fête dans des appartements à louer?

Notre but, ce sont des bulles pour faire péter la bulle. Concrètement, nous nous rendons dans des appartements avec une bouteille de mousseux à la main pour le côté « bulle » et nous faisons la fête. Nous voulons montrer qu'il y a un gros problème de spéculation immobilière qui fait que ça devient de plus en plus difficile de se loger dans les grandes villes françaises. Les prix élevés de l’immobilier concerne une grande partie de la société. Les actions de jeudi noir se concentrent sur une partie de la société : des jeunes salariés et étudiants. Même en étant salarié, en ayant par exemple un salaire de 1500 euros net, on se retrouve à devoir consacrer 50% de celui-ci à un loyer qui correspond la plupart du temps à un appartement de 20m2 maximum. Il y a des jeunes qui, tout en étant salariés, sont contraints de vivre finalement comme des étudiants.

Comment se déroulent vos actions ?

Le jeudi, nous achetons le journal De particulier à particulier et cherchons des annonces particulièrement scandaleuses. Nous achetons du mousseux et des cotillons. Nous arrivons un peu déguisés avec de la musique et nous « incrustons » dans la visite pour faire un peu le « bordel », tout en restant respectueux. Nous faisons le ménage, en partant. Nous rnous amusons un quart d'heure et essayons de parler avec le propriétaire. Nous lui demandons s'il ne trouve pas ça scandaleux de louer son 10m2 à 700 euros. Souvent, nous venons avec beaucoup de journalistes.

Comment réagissent les propriétaires ?

Certains rigolent un peu et acceptent de parler avec nous. D'autres peuvent avoir des réactions parfois hystériques. Il est compréhensible qu'ils se sentent un peu agressés, car nous arrivons à trente dans un appartement de 10m2. Deux fois, la police est venue. Mais elle ne peut rien faire parce qu'on ne fait rien de mal. La police à la limite nous dit « oui, en effet c'est vrai, c'est cher ».

Y a-t-il une action qui vous a particulièrement marquée ?

Oui, les premières actions, lorsqu'il est arrivé que la police débarque. Il y a toujours un peu d'adrénaline dans ces cas-là. Mais une de nos meilleures actions a eu lieu il y a quelques semaines : au salon de l'immobilier. Nous étions vraiment nombreux et il y avait beaucoup de journalistes. Nous nous sommes invités dans une conférence sur l'immobilier en Île-de-France. Nous nous faufilés à fur et à mesure devant les tribunes où des agents immobiliers parlaient. Quand ils ont donné la parole au public, nous nous sommes saisis des micros. Les gens dans le public nous ont applaudit, c'était impressionnant. Nous sommes restés une demi-heure devant, en faisant la fête. Le pire c'est que les agents immobiliers sont restés passifs, ils n'avaient pas vraiment d'arguments pour nous contredire.

Pouvez-vous déjà constater des avancées concrètes suite à vos actions ?

Pour l'instant, les réactions de l'opinion publique sont très positives, car c'est un problème qui concerne beaucoup de gens. Mais en termes de résultats concrets, de volontés politiques, les réactions se font plus rares. Nous continuons donc à faire des actions assez régulièrement. Il faut continuer, car il n'y a pas grand-chose de satisfaisant. Il n'y a pas d'avancées concrètes et les prix continuent d'augmenter.

Le premier succès pour vous est d'avoir trouvé une chambre dans l'immeuble occupé, baptisé pour l'occasion Ministère de la crise du logement. Comment se passe la vie dans le squat ?

Ca se passe bien. Nous sommes entre 35 et 40 personnes. Il y a plusieurs artistes, il y a huit familles et nous, quatre de jeudi noir. Mes parents habitent loin de Paris. Pour moi, c'était l'idéal. Je venais de trouver du travail et j'avais un lieu où habiter. Nous avons chacun notre chambre. Nous, nous sommes quatre et habitons dans 120 m2. C'est complètement l'opposé de ce que nous dénonçons. Mais bon, c'est un squat, c'est du provisoire mais il y a l'électricité, il y a l'eau, il y a le chauffage, c'est propre. C'est presque mieux qu'un vrai appartement.

Ne risquez-vous pas d'être expulser ?

Si. Nous sommes actuellement dans une procédure d'expulsion et en attente de relogement. Tout le monde a fait une demande de logement social, notamment les familles qui sont en attente depuis longtemps. Il y a une famille qui a fait sa demande il y a presque dix ans. Le but c'est que tous soient relogés.



Génération P

Sophie Rudolph, traduction Anne Mimault
, publié le 01.03.2007

Au cours de l’année passée, presque tous les médias français et allemands ont publié des témoignages relatant l’expérience d’étudiants, montrant que la plupart d’entre eux n’effectuent plus seulement des stages pendant leurs études mais également après, afin d’améliorer leurs perspectives professionnelles et d’éviter le chômage qui les menace. Un grand nombre de jeunes diplômés qui, à la fin de leurs études, travaillent en tant que stagiaires, se sentent exploités, parce qu’ils n’apprennent plus rien mais travaillent à plein rendement contre une rétribution mince, voire inexistante, et sans garanties sociales. Les stages constituent ainsi pour les employeurs une sorte de marché du travail « test ».

S’agit-il vraiment d’un problème de société, ou bien de destinées individuelles ? Uta Glaubitz, auteur du livre Generation Praktikum (La Génération Stage), admet elle-même sans ambages : « La génération stage n’existe pas en tant que telle. Bien sûr, il y a des stagiaires qualifiés qui sont exploités, mais c’est la minorité. » Son livre n’est donc pas un pamphlet contre les méchants employeurs mais plutôt un manuel sur la manière de tirer au mieux profit d’un stage et dans quels cas il est préférable d’y mettre fin. L’important, selon elle, est surtout de se fixer un but précis, car il ne sert à rien de courir plusieurs lièvres à la fois.

Ce phénomène a été étudié de plus prés par les jeunes chercheurs Dieter Grühn et Heidemarie Hecht pour le compte de la fédération des syndicats allemands (DGB) et de la fondation syndicale Hans-Böckler-Stiftung. Début février a été présentée la première étude importante sur la « génération précaire » en Allemagne et ne présente pas de grande nouveauté pour ceux qui se sentent concernés, mais, pour la première fois, de « vrais » chiffres. Sur les 500 jeunes diplômés de l’Université de Cologne et de l’Université libre de Berlin qui ont été interrogés et qui ont obtenu leur diplôme en mars 2003 (à la fin du semestre d’hiver 2002/03), 37 % ont effectué un stage après leurs études et 19 % n’ont pas été rémunérés. L’étude relativise le scénario catastrophe des stagiaires de longue durée : seulement 4 % des interviewés ont effectué trois stages ou plus après la fin de leurs études.

Malgré tout, les expériences parfois scandaleuses que ces jeunes gens à la recherche du travail de leurs rêves ont vécues offrent à la jeune auteur Nikola Richter déjà suffisamment de matière pour un roman. Dans l’histoire fictive Die Lebenspraktikanten (Les stagiaires à vie), elle trace un portrait de sa propre génération, et n’est pas loin de la vérité. « Dans une période de leur vie où fonder une famille et avoir une couverture sociale font partie de leurs attentes, ils sont confrontés à des jobs incertains, limités dans le temps et mal payés, estime aussi la présidente adjointe du DGB, Ingrid Sehrbrock. Nous ne devons pas accepter que des jeunes gens avec de bonnes formations et prêts à s’engager soient envoyés au casse-pipe comme une armée de réserve à bas prix. »

La difficulté d’entrer dans la vie professionnelle n’est plus, et ce depuis longtemps déjà, le fait de destinées individuelles - voilà ce que démontrent également les initiatives créées par les concernés qui se sont rassemblés afin de rendre publiques leurs préoccupations. L’association allemande représentant les intérêts des jeunes diplômés fairwork e.V. a vu le jour en septembre 2004 à Berlin. Elle s’est fixé comme but de confronter les médias allemands, ainsi que les représentants des classes politiques et économiques, à la situation. Elle pose des exigences concrètes, demandant entre autres pour les stagiaires un salaire minimal correspondant au minimum social perçu par les chômeurs de longue durée, et la limitation de la durée des stages à un maximum de quatre mois. Des récits d’expériences vécues et le « stage-arnaque » du mois sont publiés sur le site Internet www.fairwork-verein.de. Récemment, Frank Schneider, Bettina König et Susanne Rinecker ont sorti un manuel de conseils : Vom Praktikum zum Job (Du stage au boulot), dans lequel les embûches sur le chemin vers une vie professionnelle stable sont largement détaillées. Il est possible d’apprendre ce qu’est un « stage correct » sur le site du syndicat étudiant allemand DGB-Jugend (www.students-at-work.de) ; un guide, Faires Praktikum (Stage correct) y a été développé, et auquel entreprises et stagiaires peuvent s’orienter.

L’initiative française « Génération Précaire » existe depuis septembre 2005 et résulte d’un appel spontané à la grève propagé sur Internet. À partir de là, un réseau de stagiaires protestant contre leurs conditions de travail s’est rapidement développé. En avril 2006, un livre intitulé Sois stage et tais-toi parut, rassemblant des récits d’expériences vécues et proposant des idées de réformes. Une pétition adressée au ministère des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité fut signée par près de 15 000 personnes. Le portail Internet du mouvement (www.generation-precaire.org) propose entre autres des réponses types à donner à des offres de stages outrageuses. Pourtant, la « génération précaire » ne fait pas obligatoirement partie des perdants ; elle obtient beaucoup plus d’attention que les autres groupes défavorisés. Par rapport au haut taux de chômage chez les jeunes sortant des lycées professionnels, la précarité des jeunes diplômés des universités, nettement moins menacés par le chômage de longue durée et la déchéance sociale, apparaît comme un « problème de luxe ».

Trois ans après l’obtention de leur diplôme, « seuls » 4 % des jeunes diplômés interrogés sont encore au chômage. Etudier vaut donc encore le coup. Pour éviter le chômage, beaucoup d’universitaires choisissent de travailler en indépendants comme alternative à une position stable. D’après l’étude du DGB, 16 % des jeunes diplômés travaillent à leur compte. D’un autre côté, cette catégorie présente des revenus particulièrement bas, et beaucoup admettent souffrir de l’insécurité. Seuls 39 % des interrogés ont un CDI en poche trois ans et demi après la fin de leurs études. De ce fait, il n’est pas évident de connaître la durée de la période de transition de beaucoup d’autres.

Se lamenter et se plaindre n’aident en tout cas pas davantage les jeunes diplômés qui doivent s’imposer sur un marché du travail difficile. Les mouvements qui se forment montrent comment, dans une situation apparemment sans issue, il est quand même possible de s’en sortir. Non pas en réclamant une loi contre chaque problème de société, mais en s’informant activement sur ses droits, en apprenant à les exiger et en s’engageant publiquement pour ses intérêts. Pour que le « P » ne soit plus uniquement l’initiale de « Précarité » ou de « Praktikum » mais également celle de « Protestation » et de « Personnalité ».

À lire :

Uta Glaubitz, Generation Praktikum, Heyne Taschenbuch 2006, 192 pages, 7,95 euros (livre pratique)

Nikola Richter, Die Lebenspraktikanten, Fischer Verlag 2006, 189 pages, 8 euros (Roman)

Frank Schneider, Bettina König, Susanne Rinecker, Vom Praktikum zum Job, 1re édition 2006, Rudolf Haufe Verlag, Niederlassung Planegg bei München, 16,80 euros (livre pratique)

Liens:

Allemagne:

www.fairwork-verein.de – Site de l’association de défense des intérêts des jeunes diplômés

www.studentsatwork.org – Étude « génération précaire » à télécharger, Guide »Faires Praktikum« et bien d’autres informations

France:

www.generation-precaire.org – Association représentant les intérêts des stagiaires français

Europe:

www.generation-p.org – ici on trouve un grand nombre d’informations dans plusieurs langues, des documents et des études à télécharger


Les droits des stagiaires en France et en Allemagne

Les stagiaires français, contrairement aux Allemands, sont en général protégés par une convention de stage entre l’entreprise, le stagiaire et l’établissement de formation. En France, un décret dans le cadre de l’article 9 de la loi pour l’égalité des chances fut adopté le 31 août 2006, en grande partie grâce à la mobilisation de « Génération Précaire ». Il définit sans équivoque le fait qu’aucune convention de stage ne peut être signée pour remplacer un employé qui exécuterait une activité « normale », parce que cela correspondrait à un vrai poste. Il existe également la possibilité – rarement utilisée – d’effectuer un stage hors-études, pour lequel, comme en Allemagne, seul un accord tacite entre l’entreprise et le stagiaire sera conclu. Ce décret ne concerne pas ces stages.

Au plus tard depuis le dépôt de la pétition 142, « Promotion de la formation professionnelle complémentaire et des stages : jeunes diplômés » , le 14 juin 2006, auprès du Comité des pétitions du Parlement allemand, le gouvernement ne peut plus éviter de parler du problème. Le ministre du Travail et des Affaires sociales, Franz Müntefering, a déclaré dans son discours du 7 septembre 2006 vouloir prendre des mesures contre le recours à des stagiaires pour occuper de vrais postes de travail et envisager pour cela une modification de la loi pour la formation professionnelle. Depuis, rien n’a été fait, mais le DGB se manifeste de nouveau et prochainement devrait avoir lieu au Bundestag une écoute publique.


L’insertion professionnelle des diplômés d’université …

… en Allemagne

Les chiffres exacts sur le chômage des diplômés d’université est difficile à déterminer. En effet, un grand nombre de jeunes diplômés ne peuvent pas s’inscrire au chômage : n’ayant jamais eu d’activité professionnelle, ils n’ont droit à aucune prestation et n’apparaissent par conséquent pas dans les statistiques.L’étude « génération précaire ? », effectuée par le DGB en coopération avec l’université libre de Berlin et la fondation syndicale Hans-Böckler-Stiftung, propose tout d’abord des données empiriques, mais elle ne peut pas être considérée comme représentative de la république fédérale puisqu’elle ne prend en compte que les diplômés de l’université libre de Berlin et de l’université de Cologne.

Sur 1 800 questionnaires envoyés, 500 ont été remplis. L’étude montre une progression nette ces deux dernières années du nombre de stages à la fin des études. De plus, l’étude montre que sur le marché du travail, certaines catégories de personnes ont plus de mal que d’autres. Cela dépend de la matière étudiée et du profil professionnel, mais les femmes sont également fortement touchées par le développement négatif. 44 % des femmes effectuent un stage à la fin de leurs études contre « seulement » 23 % des hommes. En moyenne, un stage est rémunéré 600 euros, 543 pour les femmes et 741 pour les hommes. Les causes de ces différences ne sont pas exactement étudiées dans le compte-rendu.

Douze mois après la fin de leurs études, 93 % des sondés ont trouvé une première position ou se sont mis à leur compte. Après trois ans et demi, ils ne sont plus que 4 % à être au chômage. Pendant la période qui sépare la fin de leurs études et le sondage, 28 % des jeunes diplômés ont cependant enchaîné différentes phases de vie et de travail : stages, manque d’activité, activité professionnelle.Toutes matières confondues, 90 % des diplômés disent que s’ils pouvaient revenir en arrière, ils étudieraient à nouveau, mais seulement dans 60 % des cas la même matière.

… en France

Les stages « post-études » semblent être moins répandus en France qu’en Allemagne. En revanche, beaucoup d’étudiants repoussent la fin de leurs études ou se réinscrivent à la fac pour pouvoir faire d’autres stages. Cela touche particulièrement les universitaires ; ceux qui quittent les écoles d’ingénieurs ou d’économie trouvent plus rapidement une place.

En 2006, une étude de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) sur la situation professionnelle des diplômés de 2004 montre que deux ans après la fin de leurs études, 76 % des jeunes diplômés d’au moins un bac +4 avaient trouvé un travail et que 10 % recherchaient leur deuxième emploi. En moyenne, les universitaires avaient trouvé un poste en trois mois. La plus part ont avaient effectué plusieurs stages pendant leurs études. Le nombre de CDI chez les ingénieurs est particulièrement élevé (87 %), chez les étudiants en économie plus bas (63 %), mais toujours plus élevé que chez les universitaires (55 %) qui gagnent en moyenne moins que ceux qui sortent des grandes écoles.

Ceux qui ont terminé leurs études en 2005 ont profité en 2006 d’un meilleur marché du travail. Sur 4 000 interviewés par téléphone qui avaient fini leurs études en 2005, 57 % occupaient leur premier poste dans la première année après l’obtention de leur diplôme, 5 % recherchaient leur deuxième poste et 38 % recherchaient une première embauche. Les ingénieurs et les informaticiens sont ceux qui ont trouvé le plus rapidement un poste. Parmi ceux qui cherchaient encore se trouvaient surtout des diplômés en biologie, chimie, physique, droit et sciences humaines.

Chez les diplômés en 2005, là encore chaque stage supplémentaire et chaque expérience professionnelle à côté des études se révélaient bénéfiques pour trouver un premier poste. Ainsi, en France aussi, la tendance est d’effectuer de plus en plus de stages.

Homepage de la fondation Hans-Böckler-Stiftung avec d'autres informations : www.boeckler.de

Les études de l'APEC : www.recruteurs.apec.fr



« Il n’y a pas de mérite à être célèbre »


Entretien avec Ulrich Wickert

Une interview de Manuela Wolter, traduction de Alba Chouillou, publié le 15.12.2006

Le lauréat 2006 du prix d’honneur franco-allemand du journalisme, le « 007 » sulfureux des « Tagesthemen » (journal télévisé d'ARD), a accordé à la rédaction de rencontres.de une interview exclusive à l’hôtel Maritim de Berlin. Il s’entretient avec Manuela Wolter et Johanna Heinen de ses expériences dans le pays voisin, la France, de son métier et de ses projets d’avenir.

À part bien manger et râler tout le temps¹, que vous ont encore appris les Français ?

Les Français m’ont énormément appris. Ce que je trouve admirable chez les Français au quotidien, c’est leur humour pince-sans-rire. Il peut même exister entre des gens qui ne se connaissent pas du tout. Je trouve aussi très agréable la discrétion des Français dans leurs rapports avec les autres. Sur le fond, il y a aussi des choses que j’apprécie, comme le rapport des Français à leur identité collective. Fernand Braudel écrit un livre intitulé L’Identité de la France, alors que nous n’osons même pas parler d’une identité collective, parce qu’il nous est très désagréable de penser à notre passé.

À l’étranger, et plus particulièrement en France, avez-vous été confronté à des réactions d’hostilité à cause de votre nationalité ?

Pour ma part, je n’ai rien vécu de ce genre. Mais je connais des histoires qui vont dans ce sens, comme celle d’un collègue allemand qu’un vendeur en Normandie a refusé de servir à cause de sa nationalité. Et, pendant le procès Barbie², j’ai interviewé beaucoup de gens directement concernés par ces événements. À vrai dire, le contact avec les victimes ne m’était possible que par le biais des avocats. On leur assurait à l’avance que j’étais « quelqu’un de bien ». À cette époque, il est arrivé plusieurs fois que des gens me disent : « Vous êtes le premier Allemand à qui je parle en quarante ans. » Ça laisse songeur.

Votre livre Du bonheur d’être français est un best-seller en Allemagne, la bible des francophiles. Votre livre Comment peut-on être allemand ? a-t-il autant de succès en France ?

Le livre est même utilisé dans les écoles et, qui plus est, on en a tiré une citation pour en faire un sujet d’examen. C’est probablement le seul livre sur le marché français qui montre comment les Allemands luttent avec leur identité. Mais des amis parisiens m’ont dit qu’ils n’aimeraient pas qu’un Français écrive un livre du même genre sur la France. C’était trop critique pour eux.

Ces derniers mois, vous étiez de nouveau très présent dans les médias. Comment arrivez-vous à concilier vie privée et attachement au peuple ?

Mais j’appartiens moi aussi au peuple, je suis un membre du peuple, un Allemand parmi 80 millions. La célébrité ne tient pas au mérite, c’est lié au métier que j’ai choisi. Si je présente régulièrement les Tagesthemen, les gens connaissent évidemment ma tête, mais c’est un travail aussi normal qu’un autre. Les tâches accomplies par un chirurgien engagent bien plus sa responsabilité. Il sauve des vies tout en restant anonyme, dissimulé derrière son masque chirurgical. En soi, être célèbre n’a pas de valeur.

Ici, le lecteur pense automatiquement à la scène avec M. Schröder : vous êtes devant la caméra, vous venez de commencer à tourner une interview avec lui, quand Jacques Chirac passe à côté. Soudain, vous criez « Monsieur le Président » et vous plantez là notre chancelier.

Oui, parce que je pensais que M. Chirac viendrait. Mais il n’est pas venu. À sa place, Bill Clinton est alors passé, et je me suis bien entendu précipité sur lui. Mais ses gardes du corps m’ont empoigné de chaque côté et m’ont tout bonnement écarté.

Et M. Schröder ne l’a pas mal pris ?

Non, pourquoi ? Schröder est quelqu’un de très décontracté. Je viens d’enregistrer trois heures d’interview avec lui hier et avant-hier, nous avons parlé des Entscheidungen (« Décisions », autobiographie politique de Gerhard Schröder, NDLR).

Donc, vous avez déjà lu le livre. Qu’en pensez-vous ?

Pour moi, il s’agit d’un livre important sur le plan politique, car il y fait preuve de beaucoup d’autocritique. Dans la biographie d’Helmut Kohl, je n’ai pas remarqué d’autocritique sous cette forme. Entscheidungen est un livre important, car M. Schröder y reconnaît les erreurs commises par le gouvernement. Et en même temps, il est quand même indulgent envers des personnes pour lesquelles il devrait être autrement disposé. Mais c’est en raison de son actualité brûlante que ce livre est particulièrement passionnant : l’agenda 2010 est toujours valable. On sait aussi qu’il marche relativement bien, et les conséquences du 11 septembre continuent également à faire partie du débat quotidien.

Globe-trotter, vous avez passé de nombreuses années en France et aux États-Unis. Comment voyez-vous les relations et les désaccords récurrents entre les deux pays?

Il y a un socle inébranlable de compréhension mutuelle entre l’Amérique et la France. C’est lié à l’histoire : les Français ont combattu les Britanniques aux côtés des insurgés. Le général français Lafayette les a aidés à accéder à l’indépendance. Il en résulte un fort consensus de base. Pour les Américains, la France est le refuge de la culture européenne. Des histoires comme celle du changement du nom des « French Fries » en « Freedom Fries » ne sont que des différends passagers.

Votre métier exige de nombreux déménagements et séjours à l’étranger. Comment parvenez-vous à concilier carrière et vie privée?

En tant que journaliste, on renonce à beaucoup de choses. Mais si vous êtes journaliste jusqu’au bout des ongles et que la rédaction vous dit : « Vous allez partir en Guadeloupe le 26 décembre pour assister au sommet entre l’Allemagne, la France, l’Angleterre et les États-Unis » alors que vous aviez en fait prévu d’aller skier en famille, vous partez quand même là-bas en vous réjouissant de pouvoir couvrir une histoire aussi passionnante. Et votre famille accepte cette décision, parce qu’elle s’est aussi faite à cette vie et qu’elle sait combien c’est important pour vous.

Quel est le pays qui vous a le plus marqué ?

Le Tibet. C’est le Tibet qui m’a le plus marqué, parce que c’était un pays encore très médiéval. J’y étais en 79, quand les touristes n’avaient pas encore le droit d’y aller, et c’était carrément le Moyen-Âge – incroyable. Ce qui était fascinant, c’était la nature, mais aussi une religiosité que l’on ne peut même plus imaginer chez nous.

Et où vous sentez-vous chez vous ?

Ici, à Berlin. Oui, j’aimerais bien habiter ici. Mais il y a plusieurs endroits où je me sens chez moi : à part Berlin, il y a Paris et Hambourg. À New York aussi, je me sens chez moi. En fait, je mène une vie de bohémien.

Vous avez dit que c’était « un hasard » qui vous avait mené au magazine politique Monitor.

Oui, tout à fait. Pour gagner de l’argent après mes études, j’ai commencé à écrire des documentaires pour les programmes de la radio « Hessischer Rundfunk ». C’est alors qu’un camarade de la fac de Bonn m’a dit : « Il faut que tu fasses de la télévision. On fait un programme pour les étudiants, et il y a beaucoup plus d’argent à gagner. » Après quelques entretiens, j’ai finalement atterri au Monitor. Le directeur de l’époque au m’a parlé d’envoyer deux équipes en Finlande et en Égypte. Je lui ai dit que j’étais déjà allé en Égypte quand j’étais étudiant. Il m’a alors demandé si j’avais du temps la semaine suivante. Et finalement, comme j’étais familier des lieux, il m’a envoyé en Égypte faire le guide à dos de chameau. De retour en Allemagne, le rédacteur, avec qui je m’étais très bien entendu en Égypte, m’a recommandé à d’autres personnes. Lorsqu’il s’est agi, peu de temps après, d’accompagner une équipe à Bruxelles, j’ai pu y aller grâce à ma connaissance du français. C’est à ce hasard que je dois d’être devenu pigiste au Monitor. Et ensuite, c’est là-bas que j’ai vraiment appris le métier.

D’où vous viennent vos idées saugrenues, comme celle du gag avec le Guide de l’emmerdeur, où vous démontrez comment on peut se comporter de façon complètement inappropriée à Paris ?

J’ai sans doute lu quelque chose dans le journal à propos de ce livre, et j’ai pensé que ça ferait une bonne histoire. J’ai chargé une pigiste de lire ce pavé et de choisir les meilleurs cas . C’est vraiment beaucoup de travail. J’ai regardé les articles sélectionnés et ai commencé à écrire un scénario. Ensuite, l’organisation a commencé : trouver des établissements qui s’y prêtent, diriger les gens pour qu’ils rouspètent bien. Ce genre de commentaires ne durent que deux minutes mais donnent énormément de travail, parce que la préparation est conséquente, étant donné que tout est mis en scène. Ensuite, il faut le monter pour obtenir un tempo un poil plus rapide que celui du spectateur.

En tant que lauréat de nombreuses distinctions, comment définissez-vous le journalisme de qualité ?

Le journalisme de qualité exige un grand souci de précision. En ce moment, je déteste ceux qui critiquent le livre de Gerhard Schröder sans même l’avoir lu, par exemple sur 3sat. Ou bien la discussion à propos du livre de Günter Grass : beaucoup de journalistes ont écrit des articles sur ce livre sans l’avoir vraiment étudié. Ils se sont contentés de hurler avec les loups. Pour moi, c’est un exemple de mauvais journalisme. Au contraire, le bon journalisme signifie aussi à mon avis qu’il faut préserver la dignité des gens à propos desquels on écrit. Le journalisme de qualité se distingue également en ce qu’il touche le spectateur, le lecteur ou l’auditeur. Il ne faut pas que le compte-rendu soit sec, car un bon journaliste doit aussi savoir transmettre quelque chose.

La thématique chargée d’histoire de votre roman policier Der Richter aus Paris (« Le Juge de Paris ») témoigne de recherches approfondies. Combien de temps avez-vous consacré à la phase préparatoire du livre ?

Chaque livre nécessite d’attacher beaucoup d’importance aux détails. Mais je suis journaliste, et je trouve passionnant d’apprendre des choses en lisant et d’en tirer parti. J’aime moi-même lire des livres, notamment des romans policiers, dont je sais que les informations sont exactes. Rien que pour  Der Richter aus Paris, j’ai réuni énormément d’informations. Dans le livre, il est aussi question de l’histoire de la guerre entre la France et l’Indochine, et c’est une histoire vraie. J’ai toujours voulu écrire un roman policier. Mon idée d’origine était que le personnage principal se donne une autre identité. Finalement, je suis tombé sur ces documents à propos du Français qui a dirigé le camp des prisonniers du Nord Viêt Nam. J’ai alors continué mes recherches, et il y a effectivement un rapport là-dessus dans un Paris Match de 1954. Ce rapport, que je cite d’ailleurs dans mon livre, contient des photos de rescapés du camp de travail. Sur ces photos, ceux qui ont vingt ans ont l’air d’en avoir soixante, ils sont décharnés, ont des cheveux blancs poussés prématurément. Conséquences du traumatisme. C’est là que j’ai pensé « Cette histoire va avoir du succès », et que j’ai commencé à construire l’histoire.

Avez-vous un livre préféré ?

On ne peut pas vraiment dire comme ça. Après tout, il sort sans cesse de nouveaux livres sur le marché. Cela dit, il y a différentes catégories de livres : d’un côté, il y a les livres comme Le Choix de Sophie de William Styron, où une mère doit, dans un camp de concentration, décider lequel de ses deux enfants doit mourir. Je ne crois pas que je relirai ce livre un jour. Mais son sujet et son intensité dramatique m’ont tellement influencé que je ne pourrai jamais l’oublier. Par contre, Henri IV, le roman en deux parties de Heinrich Mann, deux volumes de presque mille pages chacun me fascine toujours autant. À vingt années d’écart, je l’ai lu deux fois : la première fois, j’ai appris beaucoup de choses sur l’histoire de France. Ensuite, quand Elke Heidenreich m’a invité dans son émission, c’est cette œuvre que j’ai voulu présenter. En la relisant, j’ai découvert encore d’autres aspects intéressants. C’est une œuvre qui enrichit et qui fascine.

Qu’avez-vous ressenti la dernière fois que vous avez présenté les Tagesthemen ?

La dernière émission fut évidemment quelque chose de très particulier : en soi, c’était une émission comme toutes les autres, sauf que j’avais préparé quelques phrases à lire à la fin en guise de conclusion. Je savais aussi que des gens m’attendaient devant le studio, prêts à entrer, tout à la fin, avec un bouquet de fleurs. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas, et qui m’a fait d’autant plus plaisir, ce fut les remerciements personnels du ministre des Affaires étrangères, M. Steinmeier.

Et saviez-vous déjà, à ce moment-là, que « l’aventure ne s’arrêtait pas là » ?

Oui, parce que la première émission littéraire avec Günter Grass avait déjà eu lieu, et que je voulais continuer dans ce sens. En ce moment, j’écris d’ailleurs moi-même un nouveau livre. J’espère que je l’aurai fini à Noël. Et puis le juge s’est à nouveau manifesté. Nous travaillons sur un cas… ça pourrait bien devenir passionnant. Je crois qu’il va venir en Allemagne. (Le juge est Jacques Ricou, le personnage principal des romans policiers de M. Wickert, NDLR)

Est-ce que vous pourriez nous révéler le sujet du livre ?

L’affaire Leuna. Maiscela prendra encore sûrement deux ans d’ici à la publication.

(26 octobre 2006)

¹ Allusion au Le guide de l'emmerdeur de Thierry Crosson et Jean-Christophe Florentin.

² Suite à l’entrée des troupes allemandes dans la zone Sud sous Vichy en novembre 1942, Klaus Barbie est nommé chef de la Gestapo à Lyon. Ses cruelles méthodes de torture et les déportations qu’il a ordonnées impitoyablement l’ont fait entrer dans l’Histoire sous le nom du « bourreau de Lyon ».

Remerciements à Tobias Lill qui a participé à l'élaboration de cette interview.

Quelques aspects originaux de l'interview vous sont présentés sur le site en allemand de rencontres


Portrait

Ulrich Wickert, le globe-trotter

Manuela Wolter, traduction Céline Moison

Né à Tokyo en 1942 d’un père diplomate allemand, Erich Wickert, Ulrich, ainsi que son frère Wolfram, passe ses primes années dans un village idyllique au pied du mont Fuji tandis qu’ailleurs sévit la guerre. La famille déménage bientôt pour Heidelberg, puis Paris, où le jeune Wickert découvre la vie à la française et se lie d’amitié avec la langue de Molière. Cette fréquentation, dès ses jeunes années, d’un environnement interculturel ouvrira la voie à la « vie de bohémien » de Wickert, comme il qualifie lui-même sa vie de l’époque . Ulrich Wickert rédige dès l’âge de quatorze ans un récit sur la Tour Eiffel dont la parution dans le journal régional Rhein-Neckar-Zeitung est la première publication du journaliste en herbe. Wickert occupe aussi une place importante dans la rédaction du journal de son école, mais ses activités journalistiques ne sont au début qu’un simple loisir. À l’époque, il veut devenir diplomate, comme son père. Il étudie alors le droit et les sciences politiques à l’Université Friedrich-Wilhelm de Bonn et à l’Université Wesleyan du Connecticut. Mais il doit bientôt admettre que ce métier est trop rigide et bureaucratique pour lui.

Après avoir passé son premier examen d’État en droit, Wickert débute en 1968 dans les studios d’ARD (première chaîne allemande de télévision et radio) en tant qu’auteur de récits radiophoniques. Enfant de mai 1968, il est pratiquement né avec la passion de remettre en question les principes de la société, et aime mettre à jour les problèmes sociaux. Par un heureux hasard, il intègre en 1969 la rédaction de Monitor, une émission politique télévisée. Ce qui commença par un job d’accompagnateur pour un voyage en Égypte, grâce à sa connaissance du pays, devait bientôt évoluer vers un poste plus stable de rédacteur. En 1977, Ulrich Wickert débute sa carrière de correspondant à l’étranger pour ARD, d’abord à Washington, puis, un an plus tard, à Paris. C’est seulement quatre ans plus tard qu’il obtient le poste de responsable du studio ARD de New York ; il dirige à partir de 1984 le studio parisien. En été 1991, Ulrich Wickert rentre en Allemagne où il endosse la fonction de présentateur dans les studios ARD de Hambourg. Pendant quinze ans, il y fera le bonheur des téléspectateurs allemands avec le journal des Tagesthemen* et son incontournable „…einen angenehmen Abend und eine geruhsame Nacht“ (« …une agréable soirée et une bonne nuit de repos ») à la fin de chaque journal.

Le 31 août 2006, Ulrich Wickert laisse sa place à son successeur Tom Buhrow, mais est encore bien loin de songer à la retraite. Il se consacre donc à sa passion : les livres. Parallèlement à la présentation de l’émission littéraire Wickerts Bücher (ARD), il poursuit aussi son activité d’écrivain. Un coup d’œil à la bibliographie de Wickert suffit pour s’apercevoir qu’il ne se cantonne ni à un sujet, ni à un genre littéraire. De la critique de société aux anecdotes ironiques sur la météo d’ARD en passant par les discussions avec les « puissants » de notre époque, il s’attaque à presque tous les sujets. Son dernier livre Die Wüstenkönigin (« La Reine du désert »), dans lequel le juge d’instruction parisien Jacques Ricou enquête, est paru en été 2005. Ulrich Wickert travaille déjà à l’ébauche de son prochain roman policier qui ne devrait cependant pas paraître avant deux ans.

Figure légendaire de la chaîne ARD, Ulrich Wickert ne s’est pas seulement fait un nom dans le paysage audiovisuel par ses interviews critiques et ses reportages de haute qualité, mais a aussi su divertir ses téléspectateurs par de courts reportages pleins d’humour. C’est par exemple grâce à lui que nous avons appris comment traverser la Place de la Concorde sans se faire écraser (il suffit pour cela d’ignorer les voitures) ou comment gagner la sympathie de son interlocuteur français grâce au Guide de l’emmerdeur. Le recueil de nouvelles plein d’ironie Du Bonheur d’être français est sans aucun doute connu de tout francophile allemand, de même que Alles über Paris (« Tout sur Paris »), une déclaration d’amour à la capitale française parue en 2004. Ulrich Wickert a reçu en 2000 le Prix Adenauer-De Gaulle pour sa contribution à l’amitié franco-allemande et a été fait officier  de la Légion d’honneur en 2005. Cette année, il a en outre  reçu le prix d’honneur du Prix du Journalisme franco-allemand.

Nous attendons maintenant avec impatience de voir quel chemin le modèle de nombreux jeunes journalistes va prendre à l’avenir. Ulrich Wickert nous a d’ores et déjà confié qu’il préparait un nouveau livre sur un sujet d’actualité : l’affaire Leuna. Un thème qui laisse espérer une œuvre palpitante !

* Journal télévisé

Pour en savoir plus:
Ulrich Wickert Homepage
Dossier des Tagesschau
Multimedia Box des Tagesschau

Remerciements à Tobias Lill qui a participé à l'élaboration de ce portrait.

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La liberté de la presse contre le respect de la vie privée

La presse à sensation et les lois sur le respect de la personne en Allemagne et en France

Liv Bahner, traduction Agathe Demartial et Céline Moison, publié le 15.07.2006

Un grand nombre de magazines à sensation, environ 25 revues différentes, se disputent chaque semaine le lectorat allemand. Ces hebdomadaires que l’on appelle en Allemagne la « presse arc-en-ciel » (Regenbogenpresse), en raison de leur présentation bariolée, attirent leurs lecteurs avec des sujets sentimentaux comme des drames amoureux, des récits de haine et de jalousie. Ces magazines, étoffés de photos reflétant la vie quotidienne de la haute aristocratie d’Europe occidentale ou de célébrités du show-business, atteignent des chiffres de vente considérables. De nombreuses personnalités telles que Claudia Schiffer ou Minu Barati, la compagne de l’ancien ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer, sont photographiées dans des situations de vie privée, lors de voyages d’agrément ou en famille.On peut se demander en quelle mesure les personnes connues doivent accepter la publication de photos de leur vie privée, une question que chacun évalue différemment, selon son appréciation personnelle. La limite ne peut être définie qu’en prenant en compte les plus hautes valeurs de la société, d’une part la liberté de la presse, d’autre part le respect de la personne et de sa sphère privée, tout particulièrement le respect de l’image personnelle. Des valeurs appréciées différemment en Allemagne et en France, ce qui conduit à une couverture discordante dans la presse à sensation des deux pays, comme on a pu nettement le constater lors du « jugement Caroline ».

Pour les lecteurs qui s’intéressent aux commérages, ces hebdomadaires sont particulièrement attrayants, surtout quand une personnalité féminine de l’aristocratie européenne, comme Caroline de Hanovre, anciennement Caroline de Monaco, est en couverture. Que ce soit en faisant les courses, à cheval sur la plage, en jouant au tennis avec son époux le Prince Ernst Auguste de Hanovre : la vie privée des membres de la famille princière monégasque a été minutieusement documentée par la presse à sensation dans les années 90, sans leur autorisation. Caroline de Hanovre, se sentant atteinte dans son intimité, saisit, en partie sans succès, les différentes instances juridictionnelles, jusqu’à la Cour constitutionnelle fédérale. Celle-ci rendit un arrêt le 15 décembre 1999, selon lequel les photos « privées » prises de Caroline dans des lieux publics, n’attentaient pas au respect de la personne. Tant qu’une personne se trouve dans un lieu public, elle n’est plus protégée par la loi sur la sphère privée.

En 2003, Caroline de Hanovre se pourvut devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. La princesse incriminait que le droit au respect de la personnalité si rigoureux en France était bafoué par les publications en Allemagne. La Cour Européenne dut alors enquêter afin de décider si les mesures nationales de la juridiction allemande concernant le respect de la sphère privée des personnalités étaient suffisantes. Selon la loi sur les droits d’auteur dans le domaine artistique peut être photographiée sans autorisation préalable toute personne privée représentant une « personnalité absolue de l’histoire contemporaine » et les clichés peuvent être publiés. Parmi les personnes absolues de l’histoire contemporaine comptent les grands hommes de la politique et de l’économie, les artistes et sportifs connus, ainsi que les membres de familles régnantes. Caroline de Hanovre, en tant que membre d’une famille princière européenne, représente donc selon l’interprétation juridique allemande une personne portant un intérêt d’information pour le grand public. Le respect de la sphère privée en cas de publication de photos embarrassantes ne s’applique que si la personne se trouve dans un « endroit isolé ». Par « endroit isolé », la loi n’entend pas seulement l’espace privé du domicile mais aussi les lieux où il apparaît objectivement que la personne publique veut être seule ou qu’elle se comporte dans une situation concrète en sentiment de sécurité d’une manière telle qu’elle ne ferait pas dans un lieu public.

Les juges strasbourgeois ne partagèrent pas l’avis de la Cour constitutionnelle allemande et renvoyèrent dans leur décret du 24 juin 2004 au principe du respect de la vie familiale et de la vie privée (article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme). L’article stipule que les personnalités n’ont pas à se retirer dans un endroit isolé du public pour jouir de la protection juridique sur le respect de la vie privée. Cet arrêt oblige par conséquence la presse à sensation à désormais prouver qu’au moment de la prise du cliché, la personne publique ne se trouvait pas dans un endroit isolé tandis que cette preuve était auparavant à la charge du plaignant. La législation allemande n’accorde pas d’importance à la nationalité de la personne concernée, ni au lieu de prise du cliché, tant que les images sont publiées en Allemagne.

Cette mesure éveilla immédiatement les inquiétudes dans le pays en égard de la liberté de la presse. On craignait que la décision des magistrats européens ait des conséquences graves pour la démocratie et qu’elle conduise à une censure majeure de la presse à sensation. L’ambiance générale dans les rédactions et les maisons d’édition allemandes amenèrent le quotidien allemand FAZ à titrer: « Les juges européens démantèlent la liberté de la presse ».

Vu de France, la réaction allemande au jugement apparaissent exagérées. Matthias Prinz, avocat spécialisé dans les médias, remarque lors d’une interview pour persoenlich.com : « La juridiction française a toujours correspondu à celle que la Cour de justice européenne a énoncée dans son arrêt Caroline ». La différence majeure avec le droit allemand repose dans le fait qu’en France, les photos montrant des personnes célèbres dans un contexte de vie privée ne peuvent être publiées qu’avec leur autorisation expresse. La sœur de Caroline, Stéphanie de Monaco, saisit la justice en 1999 avec succès pour la publication non autorisée de photos par Le Point, qui la montraient au Beach-Club de Monte-Carlo.

Les dédommagements à verser dépendent des circonstances de l’affaire et peuvent donc beaucoup varier. Cependant, les clichés « volés » de personnalités sont aussi autorisés en France s’ils montrent la personne dans l’exercice d’une activité publique ou s’ils sont nécessaires à l’information du public. En 2002, Jean-Paul Belmondo saisit la justice en vain contre le magazine Paris Match qui avait publié des photos de lui sur le chemin de l’hôpital peu après sa crise cardiaque.

L’importance portée en Allemagne au respect de la liberté de la presse s’explique peut-être par le scepticisme basé sur l’histoire du pays qui a connu un régime totalitaire. En France par contre, la législation est plus libérale et l’on accepte mieux la restriction de la liberté de la presse au profit du respect de la personnalité. La différence dans l’équilibre trouvé entre la liberté de la presse et le respect de la personne en Allemagne et en France s’explique en partie par le climat sociopolitique régnant dans les deux pays ainsi que par la dimension et la signification des normes morales, comme la loyauté et l’éthique dans le journalisme, qui semblent être plus importantes en France. La primauté tendancielle du droit au respect de la personne en France se reflète aussi dans la possibilité de régler pénalement les conflits, tandis qu’en Allemagne, on ne pouvait jusqu’en 2004 recourir qu’au droit civil, en faisant valoir des motifs tels que la déclaration contradictoire, l’omission et le droit aux dommages et intérêts. L’attitude du législateur allemand, notamment suite à la décision Caroline, évolue actuellement vers une consolidation du respect de la vie privée sur le modèle français. La presse à sensation, elle, continue de voir sa fonction comme celle d’un livreur d’informations attentif, en dépit des questions de morale et du nombre croissant de plaintes déposées par les célébrités.

Pour en savoir plus

Arrêt de chambre dans l'affaire von Hannover c. Allemagne: www.echr.coe.int

Fotos Magazines de Liv Bahner, Caroline v. Monaco de dpa, J.-P. Belmondo de Projections privées d' Image Patman, Caricature de Bundeszentrale für politische Bildung


Évolution de la protection de la personnalité et du droit à l’image en France et en Allemagne

Protection de la personnalité et droit à l’image en France

1858 : premiers cas de figure de droit au respect de la vie privée Droit à l’image, à « son » image, sur le principe de l’art. 1382 du Code civil

17 juillet 1970: Ajout de l’art 9 du Code civilL’article 9 du Code civil règle expressément le droit au respect de la vie privée

1993 : Complément de l’art. 9 du Code civil par l’ alinéa 9 – 1 Stipulation d’un second droit de la personnalité : la protection pénale par la présomption d’innocence

Avis dominant à l’époque
Protection absolue de l’image, limitée seulement par le « consentement tacite » des personnes publiques montrées dans l’exercice de leurs fonctions.

Avis dominant entre-temps
Confrontation du respect de la vie privée et du besoin d’information du public :Clichés sont autorisés dans la mesure où la nécessité d’information pour le public est donnée ; dans le doute, décision en faveur de la vie privée.

Exemples
Le critère «nécessité d’information pour le public » est donné en cas d’événements privés à valeur particulièrement importante pour l’information du public. (CA Paris du 13.03.1986, Yannick Noah; TGI Nanterre du 3.6.2002, Jean-Paul Belmondo)
Le critère «nécessité d’information pour le public » n’est pas donné en cas d’évènements du quotidien en particulier lors de la pratique de loisirs. (CA Paris du 12.05.1986, Farah Dibah; TGI Nanterre du 10.09.1997, Grimaldi)

Protection de la personnalité et droit à l’image en Allemagne

1898 : Introduction du droit à l’image suite à l’affaire Bismarck : Clichés qui ont été pris contre le gré des enfants du défunt Otto von Bismarck sur son lit de mort.Ce droit à l’image a été introduit par un seul décret pris en première instance, selon une application de la loi analogue aux principes du droit à nom, appliqués par le tribunal d’empire et plus tard normés dans le paragraphe 12 du BGB, le Code civil allemand.

1907 : Introduction de la loi pour la protection des arts (KUG en allemand), plus tard loi des droits d’auteur dans le domaine artistique D’après l’article 22 KUG, les images ne peuvent être diffusées ou exhibées en public qu’avec l’autorisation de la personne photographiée. Dans le doute, l’autorisation est considérée comme valable si l’intéressé a reçu en échange un appointement pour les photos. Quand la personne photographiée décède, l’autorisation de publier est à obtenir pendant une durée de dix ans auprès de ses proches

L’article 23 KUG stipule les exceptions suivantes
(1) Sans l’autorisation nécessaire stipulée par § 22 peuvent être diffusées et exhibées en public :

1. les images issues de l’histoire contemporaine ;

2. les images sur lesquelles apparaissent des personnes uniquement de manière secondaire dans un paysage ou tout autre lieu ;

3. les images de rassemblements, manifestations et d’activités analogues, auxquelles les personnes photographiées ont pris part ;

4. les images non réalisées sur commande soit dans la mesure où leur diffusion ou leur exposition présente un haut caractère artistique.

(2) L’autorisation ne s’applique cependant pas à une diffusion ou exposition outrageant l’intérêt légitime de la personne concernée ou, si décédée, celui de ses proches.

1995 et 1999 : Les arrêts « Caroline »

Interprétation de la Cour fédérale de justice et de la Cour constitutionnelle fédérale :Respect de la vie privée aussi dans un „endroit isolé“ (BGHZ 131, 232 (1995))Protection également à l’encontre des photos montrant les enfants (Bundesverfassungs-gesetz NJW 2000, 1021 (1999))

25 juin 2004 : Jugement de l’Allemagne dans l’affaire Caroline par la Cour européenne des Droits de l’Homme

Principes de la protection de la vie privée et de la vie familiale (Article 8 de la Convention européenne des Droits de l’Homme).Les personnalités n’ont pas à se retirer dans un endroit isolé même dans un contexte public pour jouir du droit au respect de la vie privée. Ainsi, Caroline de Monaco a obtenu gain de cause contre la décision de la Cour constitutionnelle fédérale.

06 août 2004 : entrée en vigueur de l’article 201a du Code pénal allemand

Sanction de la prise de photos portant atteinte à la sphère privée et intime à l’encontre de qui

(1) photographie une autre personne, qui se trouve dans un appartement ou dans un lieu protégé contre les indiscrétions, qui prend des photos sans autorisation ou qui les transmet à un tiers et ainsi attente à on intimité.

(2) De la même manière est sanctionné qui utilise des photos prises dans les conditions décrites à l’alinéa 1 ou qui les met à la disposition d’un tiers.

(3) Qui, consciemment et sans autorisation, met à la disposition d’un tiers les photos d’une autre personne prises avec son autorisation, qui se trouve dans un appartement ou dans un lieu protégé, et ainsi attente à la vie privée de la personne encourt une peine d’emprisonnement jusqu’à un an ou une amende.


La presse à sensation en Allemagne et en France

Allemagne:

Bunte (Editeur: Bunte Entertainment Verlag, Hubert Burda Media)
tirage : 725.036 exemplaires
lecteurs : 4,39 millions

Freizeit Revue (Editeur: Burda Senator Verlag, Hubert Burda Media)
tirage : 1.021.353 exemplaires
lecteurs : 3,47 millions

Gala (Ed.: Gruner+Jahr)
tirage : 359.278 ex.
                                      lecteurs : 1,94 millions

France:

Paris Match (Hachette Filipacchi Associes)
tirage : 731.358 ex.
lecteurs : 4, 536 millions

Voici (Groupe Prisma Presse, Bertelsmann)
tirage : 512.946 ex.
lecteurs : 4,221 millions

Gala (Groupe Prisma Presse, Bertelsmann)
tirage: 324.682 ex.
lecteurs : 2,387 millions

Sources: www.burda.de, www.guj.de, prisma-presse.com, observatoire-medias.info, ojd.com, paris-match.com



Cosmopolitisme, identité nationale et foot : cherchez l'erreur ?

Céline Moison, publié le 01.07.2005

Les rencontres de football comme simple rendez-vous sportifs avec en fond d'écran des hooligans qui se défigurent à coups de canettes de bière ? Ce qui se passe actuellement dans les villes allemandes démontre que, contrairement à ces images, il existe bel et bien un véritable « esprit sportif». Sur fond de Coupe du Monde de football, on assiste à une réelle rencontre des cultures, basée sur le respect mutuel et le partage d'une passion qui surmonte les obstacles linguistiques – mais aussi à l'émergence d'une nouvelle Allemagne. Une Allemagne qui ose porter haut ses couleurs et entonner la « Lied der Deutschen », l'hymne national, et ce pas seulement dans les stades…

Mardi 13 juin, 20:00. La France que j’étais venue encourager en bonne patriote vient de se contenter d’un match nul 0:0 contre la Suisse. J'ai regardé le match dans un beach club hambourgeois, serrée entre des Français, des Suisses, des Brésiliens très en avance pour le match suivant de leur pays contre la Croatie et des Allemands parlant français, anglais et espagnol avec leurs voisins de table. La Coupe du Monde, ça fait réviser ses langues !

En descendant la Reeperbahn pour profiter encore un peu de l'air chaud et de l'ambiance festive de la ville, je vis la Coupe du Monde à chaque pas. Partout, des cars de police. Mais leurs occupants regardent passer les gens. Tout est calme. Tous attendent le match Brésil-Croatie. Dans les rues, les voitures passent, la foule sur les trottoirs est bigarrée : beaucoup sont habillés aux couleurs de leur pays ou du pays qu'ils supportent. Brésil, Pologne, République Tchèque, France, Allemagne, Angleterre. Toutes ces nations dans une seule rue – le monde entier en visite chez des amis, comme le prône le slogan officiel « Die Welt zu Gast bei Freunden », présentant l'Allemagne comme un pays ouvert qui accueille tous ses visiteurs à bras ouverts.

La Coupe du Monde de football comme lieu de rencontre des cultures, quelle idée incongrue. Et c'est pourtant ce que vivent au quotidien Berlin, Hambourg, Stuttgart et les autres villes allemandes envahies de supporters dansant et chantant. Bien plus que les canettes de bière qui inondent les caniveaux et les bagarres inévitables, c'est l'ambiance festive et multiculturelle qui règne sur cet événement. Les colonnes de drapeaux perchés sur les toits des voitures font penser aux grands congrès internationaux où des chefs d'état se retrouvent pour discuter de grandes questions et de graves problèmes. Ici, dans les bars de la Schanze et de la Reeperbahn, ce sont aussi de grandes questions que l'on aborde. Un Ivoirien et un Allemand sur la technique de jeu de la Grande-Bretagne. Comment dit-on comédien en italien quand Totti plonge et simule la faute ? Deux Brésiliens expliquent ce que représente Ronaldo dans leur pays et pourquoi ils ont démissionné pour pouvoir assister à la Coupe du Monde sur place.

Sur fond de fête, c'est pourtant encore un tout autre phénomène qui se dessine : de nombreuses voitures allemandes arborent fièrement le drapeau national, les Allemands portent des tricots, des chaussettes, des casquettes aux couleurs de leur pays, on entonne l'hymne national allemand dans le métro. Une nouvelle expression de l'identité nationale émerge doucement, devant le monde entier, sans que les vieilles peurs d’après-guerre réapparaissent. L'Allemagne, surtout sa nouvelle génération, ose montrer dans le contexte sportif un patriotisme plus affirmé. Le phénomène n'est pas nouveau. Ces dernières décennies ont vu les stades de football se remplir de maillots aux couleurs nationales et des milliers de supporters encourager avec fièvre leurs onze nationaux. Mais cet engouement s'est nettement renforcé cette année à l’occasion d'une Coupe du Monde en Allemagne où ce ne sont plus seulement les supporters « purs et durs » qui agitent le drapeau allemand dans les stades, mais véritablement toute un pays qui s'affirme dans son identité, notamment en tant que nation cosmopolite et hospitalière. Une fois de plus, le football international se révèle fidèle miroir de l'évolution de l'histoire et des mentalités allemandes, comme en 1990, lorsque la RFA remporte à quelques mois de la Réunification la Coupe du Monde de football en Italie sous les cris de joie d'Allemands de toute l'Allemagne. Une symbolique qui serre le cœur, que l'on soit pour l'équipe de Ballack ou pour celle de Zidane.

Quelques mois seulement après la campagne publicitaire « Du bist Deutschland », « L'Allemagne, c'est toi ! », initiée par de grands groupes média, qui, rassemblant des personnalités allemandes de tous les domaines, encourageait la population à prendre son destin en main pour donner une nouvelle dynamique à l'Allemagne, ce sont assez de signes qui montrent que le pays est en pleine évolution. Dans un contexte international et tout particulièrement sur fond d'Union européenne, l'Allemagne redéfinit actuellement son identité nationale et se présente comme une nation plus sûre d'elle, haute en couleurs et ouverte au monde.

La question qui se pose encore est cependant de savoir si les Allemands sauront faire usage à long terme, bien au-delà de l'euphorie de la Coupe du Monde, de ce nouvel élan patriotique. Si l'Allemagne l’emporte le 9 juillet à Berlin, qui sait, le slogan « L'Allemagne, c'est toi » pourrait vite devenir un bien plus positif « L'Allemagne, c'est nous ! ».

Écouter cet article. (2MB)



Sociétés riches, enfants pauvres

Kerstin Gallmeyer, traduction Anne-Solène Rolland, publié le 15.05.2006

Des pays comme l'Allemagne ont trop peu d'enfants. En outre, les conditions dans lesquelles ils grandissent ne sont pas toujours idéales. Ce n'est que récemment que l’opinion publique a pris conscience de ce problème de la pauvreté des enfants dans les pays industriels.

La paupérisation est particulièrement visible dans le cadre des initiatives humanitaires: les Restos du cœur en France, Tafeln en Allemagne, et bien d’autres encore, doivent faire face à une demande croissante de repas chauds et de produits alimentaires même pour les enfants. Le pasteur Wolfgang Glitt de Sarrebruck fait le même constat: « Une partie des parents n’est plus en mesure d'acheter aux enfants des bottes d’hiver» M. Glitt est président de l'association Radio Salü - Wir helfen, résultat de la coopération entre une radio privée de Sarrebruck et les églises. Depuis 2004, l'association collecte des dons pour les enfants pauvres en Sarre, dans le cadre de l'opération Sternenregen - Pluie d'étoiles.

Une étude comparative publiée par l'UNICEF en 2005 sur la pauvreté des enfants dans les pays de l'OCDE révèle des éléments effrayants: la pauvreté des enfants et des adolescents ne cesse d'augmenter dans la majorité des pays industriels L'Allemagne est particulièrement touchée: 1,5 million d'enfants et d'adolescents allemands de moins de 18 ans sont pauvres, soit un enfant sur dix. Dans la capitale, ce sont même 18,5 % des jeunes. La réglementation des indemnités chômage introduite en janvier 2005 par la réforme Hartz IV a contribué à cette augmentation.

Chez le voisin français, la situation n’est guère meilleure: certes, le nombre d’enfants pauvres a légèrement diminué, mais il s’élève encore à 1 million, soit 7,5 % des jeunes Français de moins de 18 ans. L’Union Européenne définit ainsi la pauvreté: est pauvre celui qui doit survivre avec des revenus inférieurs à 60 % du salaire moyen d’un pays. C’est au Danemark et en Finlande que le taux de pauvreté des mineurs (3%) est le moins important, alors qu’il dépasse les 15 % en Grande-Bretagne, au Portugal et en Irlande, les pays les plus touchés. Malgré ces différences sensibles, il est clair que la pauvreté des enfants est un problème européen.

Une stratégie européenne est donc nécessaire : telle est la conclusion de l’association allemande Arbeiterwohlfahrt (« Prospérité des travailleurs ») et de son pendant français « Francas », qui se sont réunis en novembre 2005 autour du thème „Enfance et exclusion en France et en Allemagne“. Le but était de comparer la situation et les stratégies des deux pays dans le domaine de la pauvreté des enfants, et d’apprendre du pays voisin. Ce type d’initiatives devrait aussi avoir lieu au niveau européen : il s’agirait d’une part de mettre en œuvre une politique de lutte contre la pauvreté des enfants à l’échelle de l’Union Européenne, d’autre part de porter un regard par-delà ses frontières. Car chacun peut tirer parti des expériences positives des pays voisins.

La pauvreté touche surtout trois groupes d’enfants : les enfants de familles monoparentales, les enfants d’immigrés et les enfants de chômeurs. A l’ouest du Rhin, d’autres critères entrent en jeu : la pauvreté des enfants est très liée au niveau de formation des parents et à l’âge des enfants, car les prestations sociales françaises s’adressent en premier lieu aux familles qui ont des enfants en bas-âge. En outre, et cela est vrai des deux côtés du Rhin, plus il y a d’enfants dans une famille, plus le risque de pauvreté est élevé.

La pauvreté des enfants a bien des facettes peut avoir des conséquences fatales dans plusieurs domaines. Les effets sur la formation et l’éducation sont particulièrement graves: « La pauvreté nuit aux chances de réussite sociale, et peut stigmatiser certains enfants», explique Christine Fellinger, sociologue à Sarrebruck. La qualité de l’alimentation pâtit également de la pauvreté ; c’est très sensible dans les services pédiatriques des hôpitaux : « Les enfants pauvres sont souvent mal nourris et mal soignés », explique Christina Blume, étudiante en médecine à la clinique pédiatrique du CHU d’Hanovre. Et cette malnutrition peut avoir à son tour des conséquences sur les résultats scolaires. Enfin, les enfants pauvres ne peuvent que rêver de loisirs comme le piano, l’équitation ou les voyages. « Ils sont moins heureux, se sentent plus seuls et sont plus soucieux et anxieux, car le stress et la pression sont élevés dans les familles pauvres ou touchées par le chômage. En outre, les pauvres souffrent de brimades et d’exclusion, parce qu’ils ne peuvent pas suivre le rythme de la société de consommation », soulignait Heinz Hilgers, président de l’Union allemande de protection des enfants, lors d’une déclaration de presse.

C’est pour ces raisons que des actions comme « Pluie d’étoiles » sont les bienvenues : en 2005, elles ont récolté près de 55.000 euros. « Avec cet argent, nous avons entre autre mis sur pieds un projet de cantine gratuite dans une école. Et il y a vraiment la queue », raconte Wolfgang Glitt. Le pasteur a deux objectifs : « Nous voulons avant tout aider les personnes concernées ; mais nous voulons aussi attirer l’attention sur le fait qu’il y des enfants pauvres en Sarre ».En Allemagne, des experts attirent l’attention du public sur ce problème depuis les années 80. Longtemps, ces appels ont été ignorés. Mais entre-temps, les partis politiques inscrivent de plus en plus souvent la lutte contre la pauvreté des enfants à leur programme. De même, les hommes politiques français savent, au moins depuis les émeutes dans les banlieues de l’automne dernier, qu’il faut prendre ce problème au sérieux et le saisir à bras le corps. L’Union allemande de protection des enfants confirme : « Avec une véritable volonté politique, on peut réduire la pauvreté des enfants de manière significative. »


Qu’est-ce que la pauvreté ?

La notion de pauvreté est difficile à cerner, car elle doit être mise en relation avec les données d’une époque et d’une société précises. Il existe donc différentes manières de définir la pauvreté. Aujourd’hui, on distingue le plus souvent entre « pauvreté absolue » et « pauvreté relative ».La Banque Mondiale a élaboré la notion de « pauvreté absolue ». Elle s’applique aux populations qui n’ont pas les moyens de pourvoir à leurs besoins élémentaires : besoins matériels comme la nourriture, l’hygiène ou l’habillement, ou bien immatériels, comme la participation à la vie sociétale d’un pays. Le seuil utilisé par la Banque Mondiale est de 1 $ par jour (rapporté au pouvoir d’achat local). La pauvreté absolue concerne 1,2 milliard de personnes. Si l’on porte le seuil à 2 $, cela fait déjà 2,8 milliards de personnes concernées par ce combat quotidien pour leur survie.Robert McNamara, ancien président de la Banque Mondiale, a ainsi résumé ce concept : « La pauvreté absolue, c’est une vie à la limite extrême de l’existence. Les « pauvres absolus » sont des gens qui luttent pour leur survie, en souffrant de privations et dans un état d’abandon et d’avilissement … qui dépasse notre imagination. »Dans des sociétés prospères comme la France et l’Allemagne, on a recours au concept de « pauvreté relative ». Ce concept est utilisé dans les pays de l’Union Européenne depuis 2001 ; il place le seuil de pauvreté à 50 ou 60% du revenu moyen d’un pays (aussi appelé revenu médian ou revenu équivalent moyen), qui divise la population d’un pays en deux moitiés, l’une disposant de plus, l’autre déposant de moins que cette valeur En 2003, il était de 1.564 euros en Allemagne ; toute personne vivant avec moins de 938 euros (à un taux de 60%) était considérée comme pauvre ou menacée de pauvreté. En France, le seuil de pauvreté était de 650 euros en 2003, selon l’INSEE.


Projets contre la pauvreté des enfants : deux exemples à Sarrebruck

Sarrebruck, quartier „Unteres Malstatt“. Les bénéficiaires des allocations chômage et des aides sociales représentent respectivement 20,7 et 23,8% de la population. Beaucoup sont étrangers. De nombreux enfants vivent avec un seul parent, beaucoup doivent s’en sortir avec les prestations sociales, d’autres subissent fréquemment querelles, changements de partenaire de leur parent, déménagements : tel est le constat de Carsten Freels, directeur du projet modèle « Maison d’enfants Malstatt ». Depuis mai 2003, cette structure est ouverte aux enfants touchés par la pauvreté et à leurs parents. L’action de Freels et de sa collègue Inge Benteyn repose sur trois piliers : un lieu d’accueil qui propose des déjeuners équilibrés, des jeux, du bricolage, des excursions, et une oreille toujours ouverte pour les quelque 35 enfants ; du soutien scolaire, et du conseil familial intensif sur l’éducation ainsi que des aides aux parents pour de nombreuses situations difficiles. Ce dernier élément est particulièrement important aux yeux de Carsten Freels, pédagogue : « Sans travail auprès des parents, il est impossible d’obtenir un résultat avec les enfants ». Enfin, une action de mise en réseau avec les écoles, les médecins et d’autres structures sociales est menée. « Après quelques difficultés de mise en route, nous obtenons les premiers résultats, et observons de vrais succès », nous dit Carsten Freels. Les enfants parlent de leurs expériences positives dans leur famille, et il arrive maintenant que d’autres habitants viennent à la maison des enfants pour y régler leurs problèmes.

Un projet similaire s’est développé dans la Moltkestrasse, dans la vielle ville. Comme l’ « Untere Malstatt », le quartier est considéré depuis longtemps comme défavorisé. Ici, près d’un enfant sur deux est touché par la pauvreté matérielle et ses conséquences. L’action porte en priorité sur les 9-12 ans, pour qui le passage dans la classe supérieure est souvent très problématique. Le projet Moltkestrasse met notamment l’accent sur un travail avec les enfants au sein même du quartier, et basé sur leurs expériences. En même temps, le programme prend en compte l’environnement et les ressources des enfants. Certaines activités sont réservées aux filles ou aux garçons. « Les deux projets sont basées sur des approches différentes, mais poursuivent les mêmes objectifs », explique Marco Meiser, directeur du projet Molktestrasse.Ces deux projets, qui portent le label « projets modèles pour la lutte contre les effets de la pauvreté chez les enfants » et sont financés par le Land, ont été lancés en mai 2003 pour une période de trois ans. Le projet arrive à son terme, mais les collaborateurs espèrent qu’il sera prolongé. Le financement n’en est pour l’instant pas garanti.Mais des projets modèles comme ces deux exemples de Sarrebruck ne sont pas suffisants. « Deux aspects sont absolument indispensables : la généralisation des écoles à temps plein, l’encouragement de leur promotion », indique M. Freels, le responsable du projet. Cela permettrait aux enfants plus pauvres d’avoir de meilleures chances de réussir leur éducation.

 

Appel aux dons :

Œuvres des Diaconesses de la Sarre :mot clé « Modellprojekte Kinderarmut » (« projet pauvreté enfants »)

Compte 71 71 71

banque : 590 920 00, Volksbank Dudweiler

 

Contact:

Malstatt : 00 49 681 947 13 42 (Carsten Freels)

Diaconnesses : 00 49 6821 956 350 (Mme Duvivier)

Alt-Saarbrücken : 00 49 681 5 12 52 (Thomas Hippchen)

 

Pour en savoir plus:

Armuts- und Reichtumsbericht 2004/2005 der Bundesregierung

Erster Kinderbericht der Landeshauptstadt Saarbrücken – 2002 (Hrsg.: Landeshauptstadt Saarbrücken. Sozialdezernat, Amt für Kinder und Jugendliche)

2. Zwischenbericht der beiden Modellprojekte zur Bekämpfung der Auswirkungen von Kinderarmut (Hrsg.: iSPO-Institut Saarbrücken)

www.dksb.de

http://www.francas.asso.fr (colloque AWO – FRANCAS sur « Enfance et pauvreté. Evreux 8-9-10 novembre)

www.insee.fr

www.kinderschutzbund-saarbruecken.de

www.arte-tv.com

www.salue.de

www.unicef.de



Émancipation planifiée

Les femmes d’Allemagne de l’Est avant et après la chute du mur.

Romy Straßenburg, traduction Céline Moison, publié le 01.04.2006

Le lieu du rendez-vous est un appartement d’époque rénové avec goût à Berlin-Est. C’est là que vit Sabine, 53 ans, qui à l’époque de la RDA, était étudiante en mathématiques. Après la chute du mur, Sabine ne s’est vu proposer que des petits boulots sans espoir d’obtenir un CDI correspondant à sa formation. Nous entrons dans l’appartement d’une femme qui vit seule. Une femme qui paraît étonnamment jeune. Une femme de l’Est qui dit ne plus vouloir quinze ans après la Réunification se complaire encore dans le rôle de l’Ossi, l’Allemande de l’Est désavantagée : « Nous avons aujourd’hui atteint une part de normalité, car que tu le veuilles ou non, quinze années, c’est la normalité. » Sabine remarque que chaque Allemand de l’Est a sa propre RDA, qui peut être totalement différente selon les générations, les origines sociales et la région d’où l’on vient. A quoi ressemblait la RDA de Sabine ? « C’était un environnement ouvert et humaniste au sens large, influencé par Berlin et par la famille de mon mari, un cercle d’artistes du théâtre et du cinéma. On y parlait de choses bien différentes. On y lisait d’autres livres auxquels peu avaient accès. Un d’eux apporta une fois un exemplaire du Spiegel. » Tout ne tournait pas seulement autour de la RDA, on savait aussi regarder au-delà des frontières est-allemandes. Dans un environnement intellectuel tel que celui dans lequel Sabine a vécu, les problèmes de société sur lesquels on s’entretenait étaient sans doute similaires à ceux débattus à l’époque à l’Ouest. L’émancipation y était l’un des principaux sujets de discussion, à partir des années soixante-dix. Ce sujet ne se trouvait pourtant pas directement au cœur des débats en RDA : « L’émancipation et le mouvement féministe, j’ai commencé à y réfléchir sérieusement après la chute du Mur, pas à l’époque de la RDA, car pour moi, la question ne se posait pas. Je n’avais pas l’impression d’être traitée différemment des hommes. » L’égalité de la femme dans la société socialiste était un sujet de seconde importance par rapport à la question des classes. La différence entre le capitaliste et l’ouvrier paraissait plus importante que celle entre l’homme et la femme. En fondant la RDA, les responsables politiques ont essayé, du moins formellement, d’établir une nouvelle structure de société basée sur une nouvelle conception des sexes. L’égalité en droits de la femme fut inscrite explicitement dans la constitution et des mesures politiques telles que qualification et aides financières pour les femmes furent fixées. Mais en y regardant de plus près, on se rend compte que les protagonistes du processus d’émancipation étaient tous des hommes ; l’égalité en droits de la femme était un objectif fixé, qu'il leur était donné de réaliser et qui le fut en grande partie. Dans les années quatre-vingt, environ 90% des femmes aptes à travailler avaient un emploi, le réseau d’établissements de garde d’enfants était considéré comme le plus élaboré au monde et plus de la moitié des étudiants était des femmes. La RDA n’était certes pas un paradis, au vu des libertés restreintes des habitants, cependant beaucoup de femmes vivaient et travaillaient dans cette société avec le sentiment d’en être membres à part entière. L’exemple souvent évoqué de nos jours en Allemagne du système social français dans lequel presque tous les enfants entre trois et six ans vont à l’école maternelle sans que leurs mères soient qualifiées de « marâtres » parce qu’elles travaillent à plein temps, était une réalité en RDA.

Pourtant, cela ne signifie pas que la société de la RDA ne faisait aucune différence entre les sexes : « C’était au plus tard une fois devenue mère qu’être femme devenait problématique », confie Sabine, elle-même mère de deux garçons aujourd’hui adultes. « J’ai vécu des choses que je n’aurais pas pensé possibles. Comme cette première question, par exemple, lors d’un entretien d’embauche : « Ah, vous avez un enfant en bas âge. Il tombe sans doute souvent malade, non ? » Le traditionnel stéréotype des rôles de chacun s’est fait ressentir au quotidien : « Parfois, notre émancipation se retournait contre nous car nous ressentions dans la vie de tous les jours encore plus nettement où l’égalité ne fonctionnait pas. » L’égalité absolue des sexes n’existe que sur le papier, car la double charge (travail et famille) n’a disparu que pour un nombre minime de femmes. Le grand changement vint avec la réunification. Sabine se souvient : « J’ai vécu en un an autant d’Histoire que d’autres en une génération. Il faut déjà digérer tout cela, et ce n’est pas si simple. » Pour les femmes est-allemandes, qui avaient progressé sur la voie de l’égalité des sexes, perdre à nouveau leur statut dans le nouvel ordre politique fut tout particulièrement douloureux. Certes, elles avaient gagné la liberté politique, mais avaient en contrepartie perdu une partie de leur indépendance économique. De nos jours, elles dépendent souvent de leur partenaire ; les décisions personnelles doivent être prises en tenant compte du porte-monnaie. « Je m’en rends vraiment compte aujourd’hui lorsque je parle avec des jeunes filles au travail », explique Sabine, qui donne des cours de soutien. « J’entends des choses telles que : bah je n’ai qu’à épouser un homme riche ! Ça me met hors de moi, car ce n’est quand même pas croyable que tout ça (et tout ce en quoi je crois) n’ait servi à rien. Et que la génération à venir retombe dans le modèle de la femme tel que nos mères l’ont connu ». Malgré toutes les difficultés rencontrées, Sabine et la plupart de ses amies sont aujourd’hui fières de leur biographie est-allemande : « je pense, en tant qu’Allemande d’Allemagne, être une femme intéressante, avec une façon de penser et une origine intéressantes. Je pense avoir fait mon bout de chemin à travers ce pays de manière convenable, c’est-à-dire sans passer par l’IM [Informelle Mitarbeiterin, collaboratrice de la STASI, ndlr] et par des complications hallucinantes. Pas toujours heureuse de la société que nous avons, mais heureuse dans ma vie privée. Quand les gens disent : 40 ans d’esclavage et de constante souffrance, je réponds toujours : attendez ! J’ai passé ici les meilleurs moments de ma vie, j’ai aimé, j’ai eu des enfants et des amis, ça a été ma vie… » Que l’Allemagne soit entre-temps gouvernée par une femme de l’Est impressionne peu Sabine : « Angela Merkel n’a jusqu’à présent jamais mis l’accent sur son statut de femme, ni sur son origine est-allemande. Finalement, c’est le mérite qui compte. Et c’est ça, ce que l’émancipation signifie : que seul le mérite compte, que ce soit celui d’un homme ou d’une femme. Le seul message que je peux passer à chacune des femmes de cette planète où qu’elle soit, c’est : sois indépendante ! », dit-elle avec un sourire à la fois franc et assuré. « Fais ton bout de chemin, et tu seras à la même hauteur que les hommes. »

 

Littérature

Engler, Wolfgang: Die Ostdeutschen – Kunde von einem verlorenem Land. Berlin 1999 · Engler, Wolfgang: Die Ostdeutschen als Avantgarde. Berlin 2002

Geißler, Rainer: Geschlechtsspezifische Ungleichheit – Ostdeutsche Frauen. In: Informationen zur politischen Bildung, Heft 269.

Merkel, Ina: ... und Du, Frau an der Werkbank [die DDR in den 50er Jahren]. Berlin 1990

Merkel, Ina: Leitbilder und Lebensweisen von Frauen in der DDR. In: Kocka, J./Kaelbe H./ Zwahr.H.: Sozialgeschichte der DDR, Stuttgart 1994· Schwarz, Gislinde/ Christine Zenner (Hrsg.): Wir wollen mehr als ein »Vaterland«. DDR-Frauen im Aufbruch. Reinbek 1990.

Sachs Anne/Christine Lindecke (Hrsg.): Frauen zwischen Ost und West. Kassel 1991

Katrin Schäfgen/Kerstin Bast Haider u.a.: Erwerbsmuster im Umbruch – Zur Umstrukturierung der Frauenerwerbsarbeit in den neuen Bundesländern

Ostdeutsche Frauen zwischen Verlieren und Gewinnen (Ursula Schröter). In: Hans Bertram, Stefan Hradli, Gerhard Kleinhenz (Hrsg.): Sozialer und demographischer Wandel in den neuen Bundesländern. Opladen 1996

Trappe, Heike : Emanzipation oder Zwang?: Frauen in der DDR zwischen Beruf, Familie und Sozialpolitik. Berlin 1995

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Comment fonctionnait en RDA ...

... la répartition des inscriptions en université ?
L’admission à des études supérieures dépendait des résultats scolaires, des besoins de la société et prenait aussi en compte la structure sociale de la population. Le gouvernement accordait une importance toute particulière à ce que les enfants issus de familles ouvrières ou de cultivateurs puissent étudier. Les candidats envoyaient leurs demandes avant de passer le baccalauréat, ainsi les bacheliers savaient déjà à quelle université et quelles matières ils allaient pouvoir étudier. Les enseignants avaient aussi la possibilité de recommander la candidature de certains élèves tout particulièrement doués. Cependant, les études souhaitées ne correspondaient pas toujours au nombre de places proposées. Mais, en règle générale, l’on essayait de proposer des matières similaires. L’appartenance à des groupes de l’opposition entraînait souvent le refus d’une place en université, de même qu’une attitude « conforme au régime » pouvait renforcer les chances de succès. L’inscription à l’ université était gratuite, comme le prévoyait la constitution de la RDA. L’Etat voulait augmenter tout particulièrement le pourcentage d’étudiantes. Dans les années 80, leur nombre dépassait celui des étudiants masculins. Les étudiants étaient certes certains d’obtenir un emploi à la fin de leurs études, cependant celui-ci ne correspondait pas toujours à leurs qualifications. Il n’était qu’en partie possible de refuser une place d’étudiant ou de changer de cursus. Les études duraient en moyenne quatre à cinq ans, les étudiants quittaient donc en général l’université vers 24 ans pour entrer dans la vie active.

... le marché du travail/ l’économie ?
Selon la constitution de la RDA, tout un chacun avait le droit à un emploi. Le marché du travail, c’est-à-dire l’offre et la demande , était contrôlé artificiellement et dépendait, comme l’ensemble des processus économiques de la RDA, d’une planification et d’une direction centralisées. Le régime socialiste avait déclaré tous les moyens de production comme étant le bien de la société, les entreprises étaient nationalisées, les unités de travail s’appelaient collectivités ou brigades. De cette manière, la RDA ne connaissait officiellement aucun chômage. L’éducation socialiste comprenait son action comme sa contribution à la société socialiste. L’éducation socialiste avait pour objectif de s’engager pour le bien de la société socialiste, ainsi refuser un emploi était rare . La fuite des cerveaux avant la construction du Mur de Berlin avait terriblement handicapé l’économie de la RDA. De plus, elle menait une économie aux objectifs de planification irréalistes qui ne correspondaient pas aux besoins de la population. Cette économie s’écroula peu de temps après le tournant, des conséquences d’une productivité branlante et de la concurrence des pays capitalistes. A l’époque, les produits de la RDA étaient en grande partie importés dans le camp socialiste et l’exportation était aussi générée par les membres du Pacte de Varsovie, de telle manière que l’effondrement du bloc soviétique entraîna la mort définitive de l’économie de la RDA. Jusque-là, on ne pouvait acheter des produits de l’Ouest que dans des magasins appelés Internshops, en petite quantité et à des prix très élevés.

… la garde des enfants?
L’âge moyen de procréation en RDA tournait autour de 23/24 ans, ce qui était très jeune. La garde des enfants était ainsi un sujet de première importance pour le gouvernement, en partie aussi pour permettre aux femmes d’être entièrement intégrées dans la vie active. Le jardin d’enfants et la crèche faisaient partie du domaine d’éducation préscolaire. Ils étaient très courants en RDA et permettaient aux parents de travailler tous les deux. Il y avait des établissements communaux, d’entreprise, coopératifs et religieux. La garde à la journée était la plus répandue. Il existait aussi des jardins d’enfants et des crèches à la semaine, des gardes par tronçons d’année/selon la saison et la prise en charge continue dans des centres. Malgré le nombre élevé d’établissements d’accueil, chaque enfant n’était pas assuré d’obtenir une place, les parents seuls et les familles monoparentales étaient privilégiés. Les crèches acceptaient des enfants âgés de seulement quelques mois et ce jusqu’à l’âge de trois ans, ensuite c’était le jardin d’enfants qui s’occupait de leur éducation. En 1982, environ 91% des enfants entre 3 et 6 ans allaient au jardin d’enfants. Les parents payaient 55 pfennigs par jour. On voulait préparer les enfants à la « vie au sein de la société socialiste de la RDA » et au « développement de leur personnalité socialiste ». Ils apprenaient comment se comporter selon la norme socialiste (application, amour de l’ordre, discipline et docilité) et étaient préparés à l’école par des jeux éducatifs avec des lettres et des chiffres.



Reconnaissance vu la loi ?

Sophie Rudolph, traduction Céline Moison,^publié le 01.02.2006

A l'occasion du Christopher Street Day (CSD) à Berlin, qui l'été dernier a rassemblé environ 400 000 participants autour du thème « A nous de façonner notre Europe », la communauté « queer » est apparue forte et pleine d'assurance. Le mot « queer » vient de l'anglais et recouvre toutes les orientations sexuelles qui se démarquent de la « norme » hétérosexuelle. C'est-à-dire homosexuels et lesbiennes, mais aussi des personnes dites « transgenres », qui n'ont pas encore choisi leur sexe, ou encore des transsexuels qui ont subi une opération de changement de sexe ou qui en prévoient une. Le CSD n'est pas uniquement une place de jeu pour personnages hauts en couleurs, même s'il apparaît facilement comme tel. Le mouvement poursuit clairement des objectifs politiques tels que la protection par la loi contre la discrimination et l'égalité en droits des partenariats homosexuels par rapport aux hétérosexuels. Beaucoup de personnalités de la scène politique telles que Renate Künast et le député Volker Beck du parti allemand des Verts étaient également présents, montrant leur engagement pour l'égalité des droits des couples homosexuels.

De nos jours, l'homosexualité est acceptée par une large partie de la société. Et cela pas seulement depuis que Klaus Wowereit dirige la mairie de Berlin et Bertrand Delanoë celle de Paris, deux hommes dont l'appartenance à un parti de gauche n'est pas le seul point commun, puisqu'ils ont aussi tous les deux rendu publique leur homosexualité. Cependant, tandis que Bertrand Delanoë affirme avec assurance: « Oui, je suis homosexuel », l'égalité des droits des couples homosexuels ne va de soi ni en Allemagne ni en France.

Les couples homosexuels désirant vivre ensemble n'avaient, il y a encore quelques années de cela, aucune possibilité de donner un cadre juridique à leur relation. En 1994, le Parlement européen a rédigé une « résolution sur les droits des homosexuels et des lesbiennes dans la Communauté europénne » afin d'engager les Etats membres à mettre en place des mesures visant l'égalité en droits de tous les citoyens quelle que soit leur orientation sexuelle. L'impulsion est venue du Danemark qui en 1989 fut le premier pays au monde à adopter une loi sur le partenariat enregistré  pour les couples homosexuels, leur donnant les mêmes droits fondamentaux que ceux s'appliquant aux couples mariés, et dont la seule restriction concerne l'adoption.

En France, l'Assemblée nationale a adopté le 13 octobre 1999 le Pacte civil de solidarité (Pacs) après dix ans de débats controversés. Le Pacs octroit aux couples qui ne désirent ou ne peuvent se marier le droit d'inscrire leur partenariat dans le registre civil. Les deux partenaires peuvent décider en majeure partie des accords scellés par le contrat. La législation française a contourné  avec élégance la question d'une réglementation spéciale pour les couples homosexuels grâce à un Pacs ouvert à tous les citoyens. Cela résulte d'une position politique consistant à dire que l'orientation sexuelle des citoyens n'est pas l'affaire de l'Etat, d'où la nécessité de mettre en place un cadre juridique identique pour tous. Seuls les membres directs d'une même famille ne sont pas autorisés à conclure un Pacs. Le gouvernement français a par la même occasion évité une autorisation officielle des partenariats homosexuels ; le Pacs n'est pour ainsi dire qu'une solution de fortune sur la voie d'une égalité véritable.

En Allemagne, le Bundestag a adopté le 16 février 2001 la Loi sur le partenariat enregistré (Lebenspartnerschaftsgesetz – LpartG) qui est entrée en vigueur le 1er août 2001. Cette loi allemande n'est valable que pour les couples homosexuels puisqu'il existe déjà le mariage pour les couples hétérosexuels. Elle ne va cependant pas aussi loin sur de nombreux points que le projet de loi sur le mariage homosexuel lequel avait été refusé par la chambre des Länder.

Ces lois sont en vigueur dans les deux pays depuis maintenant quelques années, et pourtant elles continuent d'être fortement critiquées dans les rangs des conservateurs. De plus, l'Eglise catholique se bat elle aussi contre les partenariats enregistrés. Le Pape Jean-Paul II avait appelé tous les parlementaires catholiques à combattre ces lois avec véhémence dans leur pays. Le Pape Benoît XVI n'a apporté aucun changement sur ce sujet et perpétue les activités de l'Eglise catholique contre l'homosexualité. En décembre 2004, le député UMP Christian Vanneste déclarait devant l'Assemblée nationale : « L'homosexualité est une menace pour la survie de l'humanité. »

En 2001, son homologue allemand Johannes Singhammer du parti CSU avait même porté plainte auprès de la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe contre la loi sur le partenariat enregistré - sans succès. Le jugement de la Cour constitutionnelle, rendu le 17 juillet 2002, réaffirma la compatibilité de la loi avec la Constitution allemande pour mettre fin à la discrimination des communautés homosexuelles.

C'est la question de l'homoparentalité qui provoque le plus de scepticisme, même dans le camp des supporters du mariage homosexuel. Les enfants vivant au sein d'un partenariat homosexuel remettent en question le modèle traditionnel de la cellule familiale père-mère-enfant et engendrent ainsi peurs et préjugés. On ne cesse de sonner le glas du modèle traditionnel de la famille, alors que celle-ci évolue de plus en plus souvent et même chez les couples hétérosexuels vers la forme moderne d'une communauté d'intérêts. Pourtant, la disparition de la cellule familiale est un sujet souvent évoqué dans la discussion autour du droit d'adoption pour les couples homosexuels. Au cœur du débat, le développement personnel de l'enfant et les caractéristiques des parents. En France, le droit de la famille et du mariage n'a pas été touché par le Pacs jusqu'à présent. Des partenaires « pacsés » n'ont donc pas le droit d'adopter ni d'avoir un enfant par insémination artificielle. La version actuelle du Lebenspartnerschaftsgesetz du 12 février 2005 rend l'adoption d'un enfant issu d'une relation précédente possible. Cela signifie que l'un ou l'une a le droit d'adopter un enfant que son ou sa partenaire a eu avec une autre personne. La législation allemande est cependant encore bien loin d'un droit à l'adoption complet.

Le mouvement des homosexuels et lesbiennes en Europe a tout de même déjà fait beaucoup avancer l'acceptation de leur communauté au sein de la société. Aux Pays-Bas, en Belgique mais aussi depuis cette année en Espagne, les couples homosexuels peuvent désormais se marier. Tout gouvernement aime se farder de l'ouverture d'esprit et de la tolérance de sa politique. Mais la législation montre qu'en Allemagne et en France il y aura encore un long chemin à travers les institutions à parcourir pour obtenir l'égalité pour tous les couples quelque soit leur orientation sexuelle.

Pour en savoir plus

Senatsverwaltung für Schule, Jugend und Sport/ Berlin: Fachbereich für gleichgeschlechtliche Lebensweisen

www.frankreich-info.de, Michael Kuss-Setz  »Ehen« für Schwule, Lesben und »Heiratsmuffel« (...) Der neue PACS macht's in Frankreich möglich

Photos de Oliver Elsner www.oliverelsner.de

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Une comparaison du Pacte civil de solidarité (PACS) et de la Loi sur le partenariat enregistré

Pacte Civil de solidarité (Pacs)

Peut être conclu entre des personnes du même sexe ou de sexe différent. Les parents directs n'ont pas le droit au Pacs

Les personnes mariées ou déjà pacsées n'ont pas le droit de conclure d'autres Pacs

Contrairement au mariage, il est conclu par le tribunal d'instance du lieu de résidence.

Avantages et inconvénients du  PACS

Pas de droit à l'adoption par des partenaires pacsés ni à l'adoption d'enfant d'une relation précédente par l'un des partenaires, ni de droit de garde sur les mineurs.

Les couples homosexuels n'ont pas le droit d'avoir un enfant par insémination artificielle.

Impossibilité de porter le même nom de famille.

Les parts d'héritage réservataires ne peuvent être transmises aux partenaires pacsés.

Les contrats de location conclus par l'un des partenaires engagent les deux.

Le partenaire pacsé peut être ajouté à l'assurance obligatoire et recevoir les aides sociales (par exemple aide à la famille, aide au logement...) 

A partir de la troisième année, la déclaration d'impôts peut être faite en commun (depuis 2005 dès la première année)

L'employeur est tenu de prendre en compte les demandes de congés en commun

Journées de congés pour déménagements ainsi que les autres jours libres prévus par la loi pour le mariage s'appliquent aussi pour les partenaires pacsés

Partenariats binationaux

L'un des partenaires peut faire une demande de carte de séjour pour l'autre partenaire.

(Condition : il ou elle-même doit être de nationalité française ou disposer en tant que citoyen de l'Union européenne d'une carte de séjour)

Résiliation du PACS

Moins compliquée et moins chère qu'un divorce

Trois conditions de dissolution du Pacs :

Accord commun (déclaration par écrit auprès du tribunal d'instance par lequel le Pacs a été conclu)

Simple volonté ou mariage de l'un des partenaires (l'autre partenaire est informé par l'huissier)

Décès de l'un des partenaires

Loi sur le partenariat enregistré

Ne peut être conclu qu'entre des personnes du même sexe qui ne sont pas parents directs.

Les personnes mariées ne peuvent faire enregistrer un partenariat avec une autre personne. Il n'est pas autorisé de conclure un partenariat enregistré avec plusieurs personnes.

La compétence administrative est réglée différemment selon les Länder. Les Länder gouvernés par le parti du SPD préfèrent le bureau d'état civil (à l'exception de la Rhénanie-Palatinat où la compétence revient aux administrations du Kreis), en Hesse et en Sarre, ce sont les communes qui désignent l'administration responsable (de l'état civil au bureau des citoyens en passant par le service communal administratif/Ordnungsamt), en Bavière, un partenariat homosexuel ne peut être conclu qu'auprès d'un notaire, en Bade-Wurttemberg, la compétence revient aux conseils généraux

Avantages et inconvénients du  partenariat enregistré

Adoption d'un enfant d'une relation précédente autorisée, toute autre forme d'adoption impossible.

Droit de garde restreint sur l'enfant du partenaire

Insémination artificielle jusqu'à aujourd'hui non autorisée officiellement, seulement en responsabilité propre, c'est-à-dire sans couverture juridique.

Possibilité de porter le même nom de famille (nom de partenariat)

Les partenaires jouissent du même statut que des époux pour les parts d'héritage réservataires

Engagement à la vie commune

Engagement à l'entretien réciproque

Déclaration d'impôts commune impossible

En cas de décès de l'un des partenaires, l'autre reçoit une rente de veuvage

Partenariats binationaux

Le partenariat n'octroie pas le droit à un partenaire d'une autre nationalité d'obtenir la carte de séjour 

Cependant, le bureau d'enregistrement des étrangers prend en compte ce partenariat pour délivrer la carte de séjour, l'existence d'un partenariat enregistré peut s'avérer un avantage puisqu'il tombe alors sous la protection du droit du partenaire

Résiliation du partenariat enregistré

La séparation des partenaires se déroule d'une manière analogue à un divorce

Annulation du partenariat par le biais d'un notaire 

Un partenariat enregistré ne peut être rompu par le mariage de l'un des partenaires

Textes juridiques sur Internet :

Pacs:  http://www.vie-publique.fr

Loi sur le partenariat enregistré : http://dejure.org/gesetze/LPartG



Des familles arc-en-ciel à la recherche d'un quotidien

Sophie Rudolph, traduction de Charlotte Noblet, publié en septembre 2004

Anabel* (35) et Lisa* (27) sont allemandes, Tim (30) vient d’Autriche et Nic (30) est français. Il  a fait ses études en Allemagne. Les deux couples s’entretiennent sur la reconnaissance des « familles arc-en-ciel » (familles avec des parents de même sexe) ainsi que sur les différences entre Allemands et Français concernant les modes de vie alternatifs.

rencontres.de : L’un des points les plus débattus de la loi du partenariat de vie en Allemagne et du PACS en France concerne les enfants de couple homosexuel. Le modèle traditionnel père mère enfant est remis en question.

Anabel : Le plus important pour un enfant, c’est d’être aimé et d’avoir au moins une (encore mieux deux) personne de confiance et de référence.  A mon avis, c’est plus sain pour un enfant de grandir dans une relation harmonieuse que dans une relation brisée, qu’elle soit hétéro ou homo.

Nic : Ce modèle de la famille père mère enfant est tout juste vieux de 150 à 200 ans, auparavant les enfants grandissaient au sein d’une famille élargie. C’est pourquoi, moralement, je trouve que les arguments contre ce modèle familial ne sont pas viables. Mais j’ai l’impression qu’en affirmant qu’il n’y a aucune différence entre une éducation par des parents homo ou hétérosexuels, on n’atteint pas les personnes conservatrices, parce qu’elles ont des idées reçues en tête. Il est donc préférable d’argumenter avec des faits historiques.

Tim : Il y a également eu des enquêtes selon lesquelles les enfants de couple de même sexe sont souvent plus tolérants, plus ouverts. Je trouve ça important, qu’il y ait des réglementations, une loi contre la discrimination, mais ce qu’on peut vraiment faire contre les préjugés, ça je ne sais pas. 

Voyez-vous des différences entre les Allemands, les Français et les Autrichiens dans leurs rapports avec l’homosexualité et les familles arc-en-ciel ?

Tim : Ma mère est toujours d’avis que deux femmes ne devraient pas élever d’enfant ensemble. Mes parents, ainsi que beaucoup d’Autrichiens, ont des idées encore très traditionnelles. Lorsque je suis allé dans la rue en tenant une amie par la main, nous avons été abordés à trois reprises**: un homme nous a demandé si nous voulions le suivre chez lui. Un autre voulait savoir où était la place qui se trouvait juste derrière nous. Et les gens à l’arrêt de taxi nous ont regardé avec de grands yeux et nous ont dévisagé derrière la baie vitrée, carrément bizarre.

Nic : Dans la ville de cent mille habitants dans laquelle j’ai étudié en Allemagne, il n’y avait pratiquement aucun homo affirmé, seulement dans la ville voisine plus grande. Mais les couples lesbiens étaient pour la plupart très offensifs, presque agressifs. Là, c’est vrai que personne ne disait grand chose, mais d’une manière ou d’une autre, on pouvait sentir une certaine hostilité. A Berlin, cela n’intéresse vraiment personne et à Paris c’est d’un côté assez difficile et de l’autre plus facile. Pour une part, les Français sont plus discrets dans leur vie privée, c’est du moins mon expérience, si bien qu’il est sans doute plus difficile de colporter à l’extérieur des affaires politiques qui s’y rapportent. On ne sait ainsi jamais précisément si l’affront vient du fait que la personne est homosexuelle ou parce que quelqu’un étale sa vie privée en public. Une histoire dont je me rappelle : sur le chemin allant à Montmartre, une femme embrassait son amie plutôt intensivement. C’était une rue très animée et les passants ont bien sûr tout vu et ont commencé à ricaner parce que c’était plutôt évident qu’il y avait là quelque chose qui n’était plus vraiment contrôlable. Mais c’était clair qu’ils ricanaient pour cela et non pas parce qu’il s’agissait de deux femmes. Je n’ai encore jamais vu quelque chose comme ça en Allemagne. Ici les gens ignorent la plupart du temps ce genre de chose, soit par politesse soit parce que cela leur est désagréable. Et si jamais ils jettent un coup d’œil, ce n’est pas parce qu’il se passe quelque chose de joli – c’est d’une certaine manière plus détendu en France.

Lisa : Je crois qu’il y a une plus grande différence entre les grandes villes et la campagne qu’entre l’Allemagne et la France sur les modes de vie dits alternatifs. Au sein de ma famille, qui vient d’une petite ville, mon homosexualité est toléré, mais je ressens aussi un certain degré d’incompréhension et surtout de peur de ne pas être accepté de l’entourage, parce que l’homosexualité à la campagne est vraiment moins souvent thématisée tandis que l’homosexualité dans les métropoles comme Berlin ou Paris semble de plus en plus aller de soi. Je ne sais pas si la différence entre l’Allemagne et la France est si importante.

* Tous les noms ont été changés par la rédaction.
** Tim est travesti et est souvent pris pour une femme.

Pour en savoir plus
Forum Lesbienne Gay Bi Trans Hétéro (LGBTH)

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Emeutes: le regard de deux jeunes Marocains sur les banlieues françaises

Bineta Diagne, publié le 15.12.2007

Itri Nhas et Amine Benjelloun sont marocains. Ils ont grandi à Casablanca où ils ont suivi la majeure partie de leur scolarité dans un lycée français. C'est avec ce double bagage culturel qu'ils décident de partir seuls dans le sud de la France pour y poursuivre leurs études supérieures. Eloignés de leurs familles, ils mènent une vie étudiante « à la française » depuis environ cinq ans. Amine a d'abord étudié deux ans à Montpellier où il obtient un D.E.U.G. de Médiation culturelle et de communication. Il poursuit son parcours en communication à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence. Quant à son compagnon de route, il intègre l'Ecole Supérieure de Commerce de Toulouse.

En cinq ans, tous deux se sont forgé une vision critique de ces deux sociétés.

rencontres.de : Le 27 octobre 2005, deux mineurs en fuite devant la police meurent électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois. Cet incident est le point de départ de vives tensions entre jeunes et forces de l'ordre. Parmi les insurgés, beaucoup d'enfants issus de familles immigrées. En vertu de l'état d'urgence, le gouvernement a prolongé le couvre-feu de trois mois dans une quarantaine de communes. Comment jugez-vous la gestion de la crise par les autorités ?

Amine : La gestion de cette crise est très difficile pour les autorités. Ce n'est pas évident : il faut trouver un équilibre entre répression et dialogue. Ce gouvernement cherche avant tout à réprimer. Je ne sais pas si c'est la bonne solution.

Le couvre-feu est probablement une bonne chose car il va calmer le jeu : les parents seront obligés de restreindre les sorties de leurs enfants. Mais je conçois aussi que de ce fait, ces jeunes peuvent se sentir encore plus humiliés.

Itri : Je crains que l'interdit pousse les gens encore plus à enfreindre les règles. Beaucoup accusent les dérapages verbaux de Nicolas Sarkozy : à mon avis, il parlait surtout d'une catégorie particulière de jeunes de banlieue. Mais ce n'était peut-être pas un terme à employer. Quand vous dites « racaille », tous les jeunes se sentent visés, qu'ils soient racaille ou pas. Et ils auraient pu mieux gérer l'accident qui a touché les deux jeunes tués en avouant les torts de la police. Là je pense qu'il y a des policiers qui font bien leur boulot et d'autres qui abusent de leur pouvoir. Et c'est précisément ce qui peut pousser les jeunes vers cette violence. Je comprends leur réaction, mais ne l'approuve pas, même si c'est pour eux le seul moyen qu'ils voient pour se faire entendre.

Amine : Le problème se situe au niveau de la politique du Ministère de l'Intérieur. Il ne maîtrise pas du tout la crise. Il faut revenir au calme, donc il faut trouver un moyen plus approprié pour calmer ces jeunes. Mais cela prendra du temps.

Certains médias américains vont jusqu'à parler « d'émeutes musulmanes » : est-ce aussi le cas au Maroc ? Les violences urbaines donnent-elles l'occasion de critiquer la France ?

Amine : Au Maroc, on ne s'est pas lancé sur un tel sujet: C'est absolument absurde de parler « d'émeutes musulmanes »; Ce n'est pas une question religieuse. Il ne faut pas verser dans l'amalgame.

Itri : Aux Etats-Unis, c'est davantage de la propagande anti-française qu'autre chose. Au Maroc, les journalistes ont fait une couverture normale de ces événements.

Comment ces émeutes sont-elles perçues au Maroc ?

Amine : Les médias marocains ont largement traité la question. Ils ont repris les informations françaises et relatent aussi chaque incident. Mais ils ont surtout insisté sur l'aspect victime des fauteurs de troubles. Par exemple, ils ont tenté d'expliquer l'ampleur de la discrimination que subissent ces personnes. Les médias font des émissions pour réfléchir à la manière de résorber la crise.

Quelle image des banlieues aviez-vous avant de venir étudier en France ? A-t-elle changé depuis ?

Itri : J'avais déjà une image négative des banlieues : chaque année, je voyais de jeunes Français d'origine maghrébine passer leurs vacances au Maroc. Ils se croyaient tout permis. Alors j'imaginais qu'ils reproduisaient le même comportement en France. Par contre, il ne faut pas mettre dans le même sac les jeunes qui tentent de s'en sortir. En fait, une minorité de jeunes donne une mauvaise image de la banlieue.

Amine : Au Maroc, les jeunes Français d'origine marocaine qui vivent dans les banlieues sont très mal perçus. Ces jeunes ne se sentent pas chez eux en France. Quand ils arrivent au Maroc, ils ont l'espoir de se sentir chez eux. Et ils ne le sont absolument pas. Tout simplement parce que c'est une culture qui leur est également très différente. Ils sont plus français que marocains: leur comportement heurte les mœurs. Notamment, leur goût pour le paraître, les voitures etc.

Personnellement, je n'avais pas forcément une image négative. Ma vision est restée la même. Les banlieues, pour moi, n'ont pas de grandes perspectives d'avenir. Ces gens vivent dans des endroits corrects par rapport à ce qu'on a au Maroc. Mais c'est relatif : leur point de comparaison, à eux, c'est les autres résidences et quartiers plus « propres » qui se trouvent en dehors des banlieues.

Itri : Je pars du principe qu'il s'agit surtout d'une question d'éducation. Chez ces jeunes, la racine du problème se trouve en partie dans les lacunes d'éducation de leurs parents. A l'inverse, d'autres jeunes de banlieues ont réussi s'en sortir grâce à l'éducation rigoureuse que leur famille et l'école leur ont inculquée.

Amine : Incriminer les parents est réducteur. Il faut créer un cadre favorable à l'éducation de leurs enfants. Les adolescents sont perdus entre une école qui les prend à peine en charge et des parents qui ne parlent pas toujours français.

Les émeutes s'expliquent donc en partie par un dysfonctionnement du système éducatif. Qu'en est-il au Maroc ? Comment jugez-vous le système par rapport à la France ?

Amine : On ne peut pas mettre ces deux systèmes scolaires sur le même plan. Le système éducatif marocain cumule tellement d'inconvénients… Au Maroc, il n'y a pas de prise en charge des jeunes en difficultés. Ce domaine est totalement délaissé par les pouvoirs publics. Au contraire, en France, le gouvernement a crée des zones d'éducation prioritaire. Et même si une partie des jeunes n'accède pas à un enseignement de qualité, cela ne concerne qu'une partie de la population. A l'inverse, au Maroc, c'est l'ensemble du système qui est en panne : les programmes des écoles publiques sont souvent médiocres.

Itri : Les seules écoles fiables, ce sont les écoles privées. Amine et moi avons eu la chance d'avoir suivi notre scolarité dans des établissements sérieux (au lycée Lyautey de Casablanca). Le niveau y est élevé : je l'ai constaté à mon arrivée en France. J'ai pu facilement suivre le rythme universitaire français. Et ça, je le dois à cet enseignement.

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Qu'est-ce qu'une Z.E.P. ?

Réseaux et Zones d'éducation prioritaire (R.E.P. et Z.E.P.)

Face à la persistance des difficultés des jeunes dans les milieux défavorisés, le Ministère de l'éducation nationale a crée en 1982 les zones d'éducation prioritaire. Ce dispositif a été créé par Alain Savary. Les Z.E.P. s'appliquent surtout dans les collèges et lycées. Ils disposent d'un programme spécifique et de ressources supplémentaires afin de mettre en œuvre leurs objectifs. Des indemnités annuelles de 1 100 euros sont versées aux enseignants.Depuis 1999, le réseau d'éducation prioritaire (R.E.P.) complète ce dispsitif. Dans les R.E.P., des moyens supplémentaires sont accordés. Mais les enseignants ne reçoivent pas d'indemnités.21,4 % de collégiens et environ 18 % d'écoliers sont concernés par l'éducation prioritaire (Z.E.P. et R.E.P.), contre respectivement 10 % et 8,3 % dans les Z.E.P. en 1982. A elle seule, l'académie de Créteil (Seine-Saint Denis, Val-de- Marne et Seine-et-Marne),  compte 776 établissements placés en Z.E.P.

Centre de ressources sur l'éducation prioritaire  www.ac-creteil.fr/zeprep/indic_mode.html



Bunker et Beaujolais – Sur les hauteurs de Spicheren près de Sarrebruck

Claas Peters, traduction Virginie Gorzerino, publié le 01.11.2005

Lorsqu'on se promène sur les hauteurs de Spicheren près de Sarrebruck, là où le chemin se poursuit  dans la forêt, on aperçoit immédiatement  sur sa gauche le premier char. Puis, un bunker apparaît sur notre  droite, à demi enfoui, à demi affaissé dans le sol. On découvre, au fur et à mesure, d'autres  bunkers, des meurtrières vides et un épais mur gris en béton. Et c'est peut-être là que nous saisit un certain sentiment, juste au moment où on se surprend à chercher sur les murs des traces de tirs. Ce sentiment est un mélange d'effroi et de honte, honte d'avoir parlé si gaiement il y a quelques instants d'un « bunker de commandement. » Parce qu'il est facile d'oublier, on aimerait bien d'ailleurs, surtout lors de la fête du Beaujolais nouveau sur la place du marché de Sarrebruck, lors des journées franco-allemandes du théâtre, lors des soirées chanson, ou lors d'un trajet en Saarbahn au-delà de la toute proche frontière française, que l'histoire commune a été écrite par des guerres.

En 1870, au début de la guerre franco-allemande, Sarrebruck est brièvement occupée par les troupes françaises, avant qu'une bataille décisive, gagnée par les troupes prussiennes éclate sur les hauteurs de Spicheren. Après la première guerre mondiale, la Sarre bénéficie d'un statut particulier. Le franc devient la seule monnaie valable, et comme les anciennes mines prussiennes de la Sarre passent à la France en guise de réparations, l'Etat français devient pour un temps le premier employeur de la Sarre. En tout, ce sont  près de 60% de l'industrie qui se retrouvent entre les mains d'actionnaires français.

Cette situation va perdurer pendant 15 ans, jusqu'à ce que le 13 janvier 1935 soit organisé un référendum pour savoir si la Sarre doit soit garder son statut particulier, soit devenir française, soit être rattachée au Reich. La campagne électorale est marquée par une propagande nationale massive (« Qui est infidèle à sa patrie, est infidèle à Dieu », « Mère allemande – revenons à toi »), et les Sarrois finissent par voter à 90,4% pour le rattachement à l'Allemagne d’Hitler, malgré la dictature alors au pouvoir en Allemagne. Le 1er mars, jour du rattachement officiel, Adolf Hitler se rend à Sarrebruck et fait organiser des festivités sur la place de la mairie.

10 ans plus tard, quasiment jour pour jour, alors que 60% de la surface habitable, 40% des bâtiments officiels et la moitié des ponts ont été bombardés, la deuxième guerre mondiale se termine pour la Sarre le 21 mars par l'occupation des  forces armées américaines, et le 3 octobre, c'est Charles de Gaulle qui est fêté sur la place de la mairie. La Sarre devient zone d'occupation française, mais obtient en 1948 un statut autonome, qui reste toutefois fortement marqué par la présence française. Et, alors que la jeune République Fédérale d'Allemagne est en train de vivre ce qu'on a appelé « le miracle de Berne », les Sarrois se remettent doucement de leur défaite en football contre l'équipe nationale allemande qui a entraîné leur élimination des qualifications. Peu de temps après, les Sarrois se décident de nouveau pour un rattachement de la Sarre à la République Fédérale d'Allemagne, qui devient définitif le 1er janvier 1957.

De la ligne Siegfried au Cora
Même si les étroites relations entre la Sarre et la France sont la conséquence d'une histoire sanglante, on peut percevoir aujourd'hui en Sarre la fierté et la satisfaction d'être le Land le plus français d'Allemagne. Les années durant lesquelles la Sarre a joué un rôle particulier entre la France et l'Allemagne ont conduit à ce qu'en Sarre, plus que dans les autres Länder, on se sente avant tout sarrois, et comme tel plus français que dans le reste de l'Allemagne. Bien entendu, cette vision de soi-même est souvent accompagnée de stéréotypes et de clichés, du type vin rouge et baguette, grand choix de fromages, de légumes et de poissons au supermarché Cora. D'un autre côté, cela permet aussi de voir comme une évidence ces files de voitures se diriger vers la France le 3 octobre, et l'invasion du  centre ville de Sarrebruck par des voitures françaises le jour de la fête nationale française. Et pour une fois, on traverse la frontière Sarre/Lorraine aussi naturellement que la frontière Sarre/Palatinat.

Et sur les hauteurs de Spicheren? Après une longue promenade, alors qu'on est déjà presque revenu au parking, on rencontre soudain, sur le bas-côté du chemin, assis sur des troncs d'arbres, trois jeunes Allemands, à mi-chemin entre informaticiens et fans de jeux de rôle à en juger par leur apparence, qui boivent une bière tout en regardant un livre que tient sur ses genoux celui du milieu. Le titre apparaît en caractères rouges : La ligne Siegfried. Là, il est  très probablement questions des positions militaires et d'artillerie - tout compte fait, mieux vaut encore aller au Cora vêtu d’un béret basque pour acheter son fromage, son vin rouge et sa baguette.

Photos de Claas Peters

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Femmes modernes, modèles anciens

Christiane Lötsch, traduction de Virginie Gorzerino et de Charlotte Noblet

Ou comment l'arrivée des enfants dans la vie d'une femme active met en évidence les différences entre la France et l'Allemagne

L’archétype de la femme française, c’est Julie Delpy qui l’a incarné dernièrement dans le film « Before Sunset » (à sortir prochainement en France). Ses jambes interminables la promènent dans le Paris pittoresque en compagnie d’Ethan Hawke, vêtue d’un pull-over nid d’abeilles flottant au vent. Le soleil printanier se reflète dans ses cheveux et son rire retentit dans les rues étroites. Elle paraît si fragile et gracile qu'on peine à l’imaginer exerçant un métier aussi éprouvant que la protection de l'environnement,  ou ayant pour compagnon un ancien photographe de guerre. Son pendant allemand, Franka Potente, la Lola aux cheveux rouges, ne peut que rêver de ces balades romantiques dans les rues de Paris. Sur fond de musique rythmée, l’Allemande se lance dans une course contre la montre à travers Berlin afin de se procurer de l’argent pour sauver la vie de son petit ami.

La séduisante elfe française face à l’énergique femme allemande. Ainsi sont représentées les femmes de nos deux pays, tout du moins dans le  septième art.

Dans le monde réel, la vie des femmes françaises et allemandes a évolué de façon quasi similaire depuis 1968. « La remise en question radicale des structures patriarcales traditionnelles et le désir d’émancipation des femmes ont bouleversé les relations entre les deux sexes. », écrit Mechthild Veil dans « Kinderbetreuung in Europa » (La garde d’enfants en Europe).

Trente-six ans après ces bouleversements, le « foyer à deux salaires » s’est en effet largement imposé comme modèle – du moins tant que le couple n’a pas d’enfant. Une femme moderne ne peut toutefois réaliser ses désirs personnels que selon la compatibilité entre famille et activité professionnelle. La politique familiale menée par l’Etat est à ce sujet déterminante, et rend le quotidien des femmes en France incomparable à celui des femmes en Allemagne.

Par rapport aux autres pays européens, la France dispose de la plus grande diversité de modes de garde des enfants en âge préscolaire, qu’ils soient publics ou privés. La politique de la famille est en France une affaire d’Etat, ce qui explique la confiance générale dans les institutions publiques. Quelques mois seulement après leur naissance, les enfants peuvent déjà être accueillis en crèche, et à partir de l’âge de trois ans, ils peuvent entrer à l’école maternelle, qui est gratuite. Même si celle-ci n’est pas obligatoire, elle accueille 99% des petits Français âgés de trois à six ans. A la différence de l’Allemagne, ces deux structures sont ouvertes toute la journée, ce qui permet aux deux parents de travailler à temps plein.

Le rôle de l’Etat comme éducateur est largement reconnu par la société française, car celle-ci voit dans les enfants d’aujourd’hui les citoyens de demain. Ainsi s’explique certainement la moyenne de deux à trois enfants par famille française. Vie professionnelle et vie de famille sont conciliables avec un peu d’organisation. Une mère française peut ainsi reprendre son travail six mois après la naissance de son enfant sans pour autant être considérée comme une « mauvaise mère », irresponsable ou carriériste.

En Allemagne de l’ouest particulièrement, un tel comportement est en revanche sévèrement jugé : les mères essuient de nombreux reproches dès qu’elles font garder leurs enfants en bas âge. Contrairement à la France où l’on encourage l’intégration rapide des enfants à la vie sociale, il semble qu’en Allemagne, on préfère les en tenir éloignés le plus longtemps possible – par souci de protection ? Le congé parental allemand peut durer jusqu’à trois ans. En raison des faibles indemnités perçues pendant cette période, c’est en général le partenaire percevant le salaire le plus élevé qui continue d’exercer son activité professionnelle, et il s’agit aujourd’hui encore, à quelques exceptions près, de l’homme. C’est donc à la mère que revient le rôle d'initier les enfants aux règles de la vie sociale, alors qu’en France, ils les apprendraient à l’école maternelle par la vie en communauté.

En raison de la divergence de ses systèmes politiques passés, l’Allemagne ne dispose d’aucun modèle cohérent pour les femmes désirant allier activité professionnelle et vie familiale. La société est divisée entre le souhait est-allemand de développer un système public de garde d’enfants, et le désir des Länder de l'ouest d’augmenter les aides financières destinées à payer les garderies en grande partie privées. Une bonne partie de l’argent public allemand est, il est vrai, destiné à soutenir financièrement la famille, ce qui n’encourage cependant pas le développement d’une culture de garderie publique d’enfants. Et même si le chancelier allemand Gerhard Schröder en répète l’importance dans son programme-cadre Agenda 2010, le retour des mères à la vie professionnelle n’est pas pour autant simplifié. A quoi bon une augmentation des allocations familiales si on ne peut confier son enfant à une école maternelle par manque de places disponibles, ce qui oblige alors soit à cesser son activité professionnelle, soit à investir une partie considérable de son salaire dans la garde privée d’enfants ? Au final, ce sont les garderies d’entreprises, les nourrices indépendantes et les membres de la famille qui s’occupent des petits.

La question de la garderie joue un rôle crucial dans l’intégration des femmes sur le marché du travail. La plupart des femmes choisissent leur métier en fonction de sa compatibilité avec une vie de famille. Ce qui a pour conséquence une forte concentration de femmes dans un petit nombre de secteurs qui non seulement comptent parmi les moins rémunérateurs mais sont en plus ceux n’offrant que des perspectives de carrières limitées.

Grâce à une aide plus ciblée, les Françaises sont deux fois plus nombreuses que les Allemandes à occuper des postes de direction, même si elles n’occupent que 20% de ces postes. En Allemagne, on a observé ces dernières années un renversement de situation : de peur de perdre leur emploi, 40% des jeunes femmes diplômées de l’université décidaient de ne pas avoir d’enfants.

Il semble donc que Julie Delpy sous ses airs d’elfe séduisante sera en mesure de gérer à la fois une future vie familiale à quatre ainsi qu’une vie professionnelle palpitante dans la défense de l’environnement. Ce sera plus difficile pour la trépidante Lola, dans l’éventualité où celle-ci se déciderait à devenir mère de famille.



De notre première édition – juin 2004

Turcs en Allemagne, Nord-africains en France : deux modèles d’intégration différents de la minorité musulmane

Mélodie Beaujeu, publié en jun 2004

Sans doute avez-vous déjà eu l’occasion de vous promener à travers le quartier de Kreuzberg qui, avec son Landwehrkanal, son marché turc et ses innombrables vendeurs de döners-kebabs mérite bien son nom de « petit Istanbul de Berlin ». Comparés aux Algériens habitant Sarcelles ou Saint-Denis, banlieues ignorées de la bouillonnante capitale française, les Turcs semblent former à Kreuzberg une véritable communauté au cœur de Berlin. Doit-on pour autant en déduire que le modèle d’intégration français devrait s’inspirer d’un modèle allemand visiblement plus réussi ? Ne nous laissons pas aller à un "europtimisme" inconsidéré. Le caractère exemplaire du modèle allemand n’est pas si évident malgré l’exotisme de Kreuzberg et quand bien même il le serait, il n’est pas du tout sûr qu’un modèle d’intégration soit ainsi transposable. Commençons donc par examiner le modèle d’intégration allemand et plus précisément l’intégration des Turcs en Allemagne. Ainsi, peut-on vraiment affirmer que les Turcs sont intégrés à la société allemande seulement parce que ceux-ci entretiennent visiblement une vie culturelle intense ?

L’augmentation significative du nombre d’entrepreneurs turcs ces dernières années – il serait passé de 22000 en 1985 à 55000 en 2000, selon une étude du Centre de recherche sur la Turquie intitulée La force économique des travailleurs indépendants turcs,  joue certes en faveur de l’intégration. Néanmoins, la part de ces entrepreneurs sur l’ensemble de la population turque vivant en Allemagne demeure assez faible.

Au regard des taux élevés de chômage – 20,2% de la population active des Turcs vivant en Allemagne – et de non-qualification, qui concerne 58,3% des jeunes Turcs entre 15 et 18 ans, soit cinq fois plus que de jeunes Allemands (selon l’étude Données et faits sur la situation des étrangers publiée par la Déléguée du gouvernement fédérale aux migrations, aux réfugiés et à l’intégration en février de l’année dernière), l’hypothèse selon laquelle la population turque serait particulièrement bien intégrée au sein de la société allemande est contestable. A cela s’ajoute que, selon le représentant du centre de recherche sur la Turquie à Berlin, Ali Yumusak : « les Turcs et les Allemands vivent dans deux mondes séparés. » Les chiffres parlent d’eux même. En effet si l’on en croit les chiffres donnés par Emmanuel Todd dans son ouvrage Le destin des immigrés le nombre de mariages entre turcs et allemands est largement inférieur au nombre de mariages entre algériens et français. Ainsi parmi les naissances de père turc, la proportion d’enfants ayant une mère allemande passe de 1% à 4,4 % entre 1975 ET 1990 alors que parmi les naissances de père algérien, la proportion de ceux qui ont une mère française passe de 12,5 à 19,5 % dans la même période.  Exogamie féminine : parmi les naissances de mère turque, la proportion d’enfants ayant un père allemand passe de 0,5 % en 1975 à 1,2 % en 1990 alors que pour les naissances de mère algérienne, la proportion d’enfants dont le père n’est pas algérien ou dont la mère est célibataire passe de 6,2% en 1975 à 27,5% en 1990.  La question est dès lors posée : peut-on réellement parler d’intégration lorsque deux communautés vivent côte à côte sans entretenir de relations l’une avec l’autre ? Ainsi, concernant les Turcs en Allemagne et les Algériens en France, il ne s’agit pas de différencier un modèle d’intégration réussi à un modèle qui le serait moins, mais de pointer dans les deux cas les dysfonctionnements sociaux, car jusqu’à présent, une véritable intégration ne s’est produite dans aucun des deux pays.

L’histoire des deux minorités présente pourtant certaines similitudes : les premières importantes vagues d’immigrés Turcs en Allemagne et Algériens en France affluèrent dans les années 60 afin de couvrir les besoins de main-d’œuvre des industries d’Europe de l’ouest. La plupart des immigrants comptaient travailler quelques années, juste le temps nécessaire à la constitution d’un petit pécule qui leur permettrait de commencer une vie nouvelle au « pays ». Il en fut pourtant tout autrement. Ni les licenciements massifs dans leur pays d´accueil, ni les troubles politiques dans leur pays d’origine ne pouvaient en effet être prévus. A cause des licenciements, le petit pécule ne put être rassemblé, et suite aux troubles politiques, ils restèrent momentanément à l’étranger, où leurs familles affluèrent dès le milieu des années 70. En héritage de cette époque demeure pour les immigrés le mythe du « retour au pays » et, du côté allemand, l’image générale des immigrés Turcs ainsi que du côté français l’image des Algériens, bien que beaucoup moins prononcé, comme « hôtes temporaires ».

Les points communs manifestes ne doivent pour autant pas nous faire oublier une différence majeure : depuis 1918, l’Allemagne n’est plus une puissance coloniale. Ainsi, l’Allemagne et la Turquie ne sont pas liées du point de vue historique ou culturel  comme peuvent l’être un ancien pays colonial et l’une de ses colonies ; ce qui est particulièrement évident dans le cas de la France et de l’Algérie. De ce point de vue, le processus d’intégration des Algériens en France peut être considéré comme bien plus difficile et plus douloureux que celui des Turcs en Allemagne. Contrairement à ces derniers, les Algériens, ressortissants d’un ancien département français, avaient en effet le choix entre renoncer à leur nationalité d’origine pour devenir Français ou se considérer comme éternels étrangers. Au nom des principes républicains, l’intégration signifie aujourd’hui en France assimilation. Récemment, la vivacité des débats portant sur le port du voile a témoigné de cette « crispation » particulière à la France. Là encore, cet aspect important, dont nous pouvons aujourd’hui encore observer les traces au sein de la société française, ne suffit pas pour autant à faire de l’Allemagne un modèle d’intégration pour la France.

Les relations germano-turques sont en effet historiquement marquées par une indifférence relative. Sur ce point, on est frappé par ce qui apparaît comme un paradoxe : en dépit du fait que l’Allemagne, avec une part de population d’immigrés de 8,9%, ce qui en fait l’un des plus grands pays d’accueil en Europe, les hommes politiques conservateurs ont prétendu durant des années que « la République fédérale n’était pas un pays d’immigration ». Cette affirmation qui nie manifestement les faits, est à interpréter de deux manières : étant donné que les Turcs sont venus en Allemagne pour travailler, leur présence et celle de leurs familles, résulte de leur propre choix et n’est donc pas à prendre en charge par les autorités du pays d’accueil. Selon le second argument, l’immigration de travailleurs peu signifiante à l’échelle de l’histoire allemande jouerait un rôle mineur dans la formation de la conscience collective allemande. Autrement dit, et en référence aux remarques précédentes, le fait que les relations entre Allemands et Turcs ne soient pas chargées affectivement comme elles l’étaient et le sont encore entre Français et Algériens tient lieu d’argument pour justifier leur indifférence sociale et politique à l’égard des Turcs vivant en Allemagne. Du fait des événements de la deuxième guerre mondiale, la question de l’intégration des immigrants originaires des pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne, a toujours été considérée en RFA comme prioritaire. A ceci s’ajoutait la réunification de l’Allemagne en 1989/1990, l’événement historique que Ali Yumusak considère comme la fin du processus d’intégration des Turcs au sein de la société allemande.

A travers la forte concurrence sur le marché du travail qui survient sur le territoire de l’ex-RDA après la réunification, la chute du mur a représenté aux yeux de beaucoup d’Allemands de l’Est inquiets pour leur propre sort une invitation pour les Turcs à quitter l’Allemagne. Cela conduisit malheureusement à un trop grand nombre d’agressions xénophobes.

Nos deux grands modèles d’intégration européens, assimilateur dans un cas, et caractérisé par une relative indifférence dans l’autre, ne semblent au final pas très réjouissants. A cela s’ajoute ces dernières années une poussée islamiste et anti-islamiste au sein de chaque pays, qui est en partie imputable à la politique des Etats-Unis en en Irak et au conflit israélo-palestinien et en partie à l’angoisse contres des attentats terroristes du groupe islamiste Al-Quaida.

D’autre part, l’hypothétique modèle d’intégration européen parait relativement abstrait, compte tenu du poids important des traditions nationales. On a cependant assisté ces dernières années à de nombreuses initiatives qui sont loin d’être insignifiantes. A côté de divers centres culturels et d’associations, on trouve d’intéressantes initiatives personnelles, à l’image de l’émission de Kaya Yanar, « Was guckst Du ? » (« Qu’est-ce que tu regardes ? »), qui rencontre un grand succès chez les Turcs comme chez les Allemands. Le principe n’est pas difficile à comprendre : il s’agit de faire rire les gens autour du thème difficile : « la vie dans la diversité culturelle ». Ainsi l’auteur turc met en scène – avec beaucoup d’autodérision – les traits typiques de ses compatriotes vivant en Allemagne. A travers sketches et imitations, le présentateur ne porte pas atteinte aux identités, mais caricature avec bienveillance les comportements caractéristiques et joue avec les nationalités.

Sur le plan économique, on précisera d’abord que les Turcs n’ont pas que des döners à offrir à l’Allemagne. Il est tout aussi faux de prétendre que les Turcs ne vendent qu’aux Turcs. Au contraire, selon une étude de la fondation « Centre d’études turques » intitulée La force économique des travailleurs indépendants turcs publiée en juillet 2003, la plupart des commerçants turcs (48% d’entre eux) servent principalement des clients allemands. Cela signifie que les entrepreneurs turcs ne cherchent pas seulement à assurer leur propre existence, mais qu’ils participent de manière significative à la vie économique du pays. Notons également que de nombreux entrepreneurs turcs n’investissent pas seulement en Allemagne, mais aussi dans leur pays natal. Ils ne se contentent par conséquent pas d’être bien adaptés au marché allemand, mais ils forment aussi un véritable pont entre les deux pays. De ce point de vue, l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne renforcerait certainement les relations économiques entres les deux pays.

Cette influence de l’intégration de la Turquie sur celle des Turcs en Allemagne serait aussi vraisemblablement significative au niveau politique. Si la Turquie compte parmi les membres de l’Union européenne, il est probable que la participation des Turcs à la vie politique allemande et la prise en considération de ceux-ci par le personnel politique augmentera. Des déclarations récentes de plusieurs élus allemands, comme celles de l’ex-secrétaire général du SPD, Olaf Scholz, vont d’ailleurs dans ce sens.

Comme on l’a déjà évoqué il s’agit bien, concernant les Algériens en France et les Turcs en Allemagne, de deux groupes distincts au sein de deux modèles différents et la polysémie du terme « intégration » ne doit pas, à cet égard, être négligée. Ainsi, les politiques d’intégration doivent naturellement être ajustées en fonction des réalités de chaque pays, et l’Allemagne ne peut en aucun cas valoir comme modèle pour la France. Cependant, comme nous l’avons observé, l’intégration de la Turquie dans l’Europe pourrait améliorer la compréhension réciproque entre Turcs et Allemands. Cette intégration pourrait également influencer positivement les relations pour d’autres communautés musulmanes et non musulmanes en Europe. Je privilégierais alors dans le contexte du débat sur l’adhésion de la Turquie à l’UE le terme de « perspective européenne » à celui de « modèle d’intégration européen », dans la mesure où le processus d’intégration ne peut, en raison des particularités et différences nationales, que difficilement se réaliser.

Photos Mosquée Berlin de Alexander Augsten

 

 

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