Guido Westerwelle : un ministre qui dérange ?Nicolas Escach, publié le 01.06.2010
Guido Westerwelle, cinq mois à peine après son arrivée au gouvernement, concentre déjà les critiques de la plupart de la classe politique allemande et de l’opinion publique. Il est qualifié d‘« âne » par l’ancien secrétaire général de la CDU, Heiner Geissler, de « braillard » par Claudia Roth, secrétaire général des verts et d‘« incendiaire » par le président actuel du SPD, Sigmar Gabriel. Président du FDP (parti libéral-démocrate) depuis 2001, Guido Westerwelle avait réussi en octobre 2009 à obtenir un score historique de 14,6% aux élections fédérales (soit 4,7 points de plus qu’en 2005) et 93 sièges. Il avait ainsi formé une coalition noire-jaune avec les conservateurs. Le 28 octobre 2009, il est nommé ministre des affaires étrangères et vice-chancelier (remplaçant ainsi Frank-Walter Steinmeyer) dans le second cabinet d’Angela Merkel. Cette dernière avait alors qualifié le FDP de « partenaire de rêve ».
Depuis octobre 2009, les sondages ne semblent pourtant plus aussi favorables à Guido Westerwelle. Le parti n’est plus crédité que de 9% de cote de popularité. La coalition CDU-CSU/FDP n’aurait plus la majorité des suffrages si l’élection fédérale avait lieu aujourd’hui. 2/3 des Allemands estiment même que les critiques adressées à Guido Westerwelle sont méritées. Comment expliquer que cette personnalité, au cœur de la machine médiatique de l’élection fédérale de 2009, couvrant il y a quelques mois encore la couverture de tous les magazines ait pu subir un tel revers ?
La première explication possible à ce changement de cap est que l’élection en elle-même ait été en réalité une trêve dans le rapport difficile de Westerwelle avec l’opinion allemande. Avant d’être un « ministre qui dérange », Guido Westerwelle était un « homme qui dérange ». Ancien cancre, il a suivi une partie de sa scolarité dans une Realschule, voie très peu reconnue en Allemagne. En personnalité du monde politique, il n’hésite pas à transformer ses candidatures aux élections fédérales en shows télévisés : en 2002, il avait participé à une variante allemande du jeu de téléréalité Big Brother et s’était ridiculisé en sillonnant le pays avec un camping-car nommé « Guidomobil » se faisant régulièrement traiter par les médias de « clown ». La manière de concevoir la politique du futur ministre désoriente autant que sa vie privée. En 2004, à l’occasion de l’anniversaire d’Angela Merkel, Guido Westerwelle annonce son homosexualité et sa relation avec Michael Mronz ce qui crée quelques réactions hostiles dans un pays où 2/3 de la population est de confession chrétienne.
Lors de l’élection de 2009, il semble pourtant que le chef du FDP s‘assagisse et donne l’image d‘un parti soucieux de la solidarité sociale.
Il rompt ainsi avec le profil habituel de son électorat : le Mittelstand, ce milieu de patrons d’entreprises, de commerçants, d’entrepreneurs, de représentants des professions libérales lassés que la CDU ne soutienne pas assez ce qui les a promus (le travail) et ces patrons qui haïssent le socialisme et l’omniprésence de l’état.
Face à un SPD privé de guide charismatique et incapable d’adopter une posture d‘opposition du fait de sa participation au gouvernement et qui traine l’héritage des impopulaires Hartz IV, le FDP réalise alors un score historique. Mais Guido Westerwelle est néophyte dans les affaires internationales et son manque d’expérience est évident. Il marche sans cesse à contre-courant préférant un déplacement à Varsovie au traditionnel premier déplacement à Paris.
Très vite, le nouveau ministre est confronté à des affaires de corruption. Son engagement dans la loi sur la baisse de la TVA pour les nuits d’hôtels en novembre est douteux : la campagne du FDP de 2009 avait été largement financée par les lobbies hôteliers. Mais c’est surtout le voyage en Amérique latine de Guido Westerwelle en mars 2010 qui met le feu aux poudres. À cette occasion, il est accompagné de grands industriels allemands comme Thyssen Krupp, Hochtief, Metro, Miele, Celesio, Ferrostahl mais il invite également son compagnon Michael Mronz manager dans l’événementiel, à discuter avec les organisateurs des Jeux olympiques de 2016, ainsi que Ralph Dommermuth, qui avait versé au FDP 48 000 € en 2005.
Ces accusations de corruption et de népotisme sont accompagnées d’une profonde division de la classe politique allemande. Le FDP ne paraît plus en accord avec son compagnon de coalition la CDU-CSU. Guido Westerwelle, à contre-courant, défend la réduction immédiate des impôts au moment où le gouvernement Merkel adopte un amendement constitutionnel qui limitera le déficit budgétaire.
Le FDP cherche à démanteler l’assurance-maladie publique pour promouvoir les caisses privées. Enfin, après l’annonce du ministre de l’Environnement Norbert Röttgen d’une « sortie de l’atome », le FDP soutient la relance de l’énergie nucléaire et de l’industrie électrique.
De plus en plus coupé d’une partie du gouvernement, Guido Westerwelle déchaine les foudres du SPD en critiquant vivement l’excès de « socialisme » des mesures Hartz IV prises par Gérard Schröder en 2005. Le tribunal de Karlsruhe avait en effet rappelé que le système qui a fusionné les allocations chômage et l’aide sociale n’était pas conforme, en l’état, avec la constitution et que les sommes attribuées aux adultes et aux enfants jusqu’à 14 ans ne suffisaient pas pour garantir le droit à une existence digne.
Guido Westerwelle en profite pour déraper, reprochant alors aux débats de se concentrer sur les allocataires et non sur les contribuables qui payent pour eux, assénant que 60% du budget servirait aux prestations sociales.
Il reproche aux chômeurs de gagner plus que de nombreux salariés tout en restant chez eux. Or les électeurs potentiels du FDP, dans un contexte de crise, se perçoivent de plus en plus comme d’éventuels indemnisés. Un Allemand sur quatre seulement associe ces allocations au refus de travailler.
L’image d’un défenseur de la solidarité sociale, qui l’a fait gagner en 2009, s’efface doucement...
Ces remous nationaux ont pris une tournure régionale à l’occasion du vote du 9 Mai 2010 en Rhénanie-Westphalie où la coalition au pouvoir était la même qu’au niveau fédéral. L’alliance CDU-FDP y a perdu la majorité absolue et la chancelière ne peut à présent plus compter sur la majorité des voix au Bundesrat. Le CDU a obtenu le plus mauvais score de toute son histoire dans cette région (34%) alors que le FDP a récolté 6,5% des voix. Au niveau régional, le score du FDP n’a pas accusé de baisse démesurée. Mais au niveau national, le résultat du scrutin obligera Angela Merkel, qui a annoncé que la consolidation du budget devait être la priorité de la coalition, à négocier d’avantage avec le SPD isolant encore un peu plus Guido Westerwelle.
Il semble avoir perdu son statut d’homme providentiel sur lequel reposait le mythe.
Pourtant, il est possible de s’interroger sur la spécificité de la méthode et du discours du FDP dans une Europe où la valeur travail, la politique-spectacle, l’exhibition de la vie privée et l’assise électorale chez les petits entrepreneurs ont été le quatuor gagnant de Sylvio Berlusconi en Italie ou encore de Nicolas Sarkozy en France.
Le FDP n’aurait-il pas introduit en Allemagne une certaine « américanisation » du fait politique? Comme dans les autres pays qui ont suivi cette voie, la gueule de bois succède à l’euphorie des premiers jours et les critiques viennent chasser l’adulation de la veille. Cette révolution politique ne serait-elle pas ce qui dérange le plus chez Westerwelle? Une question semble apparaître en filigrane comme une obsession : est-ce le personnage qui dérange ou la scène dans laquelle il joue? Guido Westerwelle n’est-il pas le signe qu’une autre façon de faire de la politique monte en Europe? Serait-il finalement bien plus conformiste qu’on le croit? 
Qui sauvera la social-démocratie ? Julie Hamann, traduction Emilie Schwartz, publié le 01.01.10
«Notre Parti, le SPD, est dans un état catastrophique.» Le nouveau chef du SPD, Sigmar Gabriel, résume ainsi la défaite cuisante de son parti aux élections législatives du mois de septembre : avec 23% des voix, c'est le plus mauvais score du SPD aux élections dans l’histoire de la République Fédérale. De l’autre côté du Rhin, ce n’est pas mieux : la déclaration du philosophe Bernard-Henri Levy y est encore plus dure : «Le PS est mort. Tout le monde le sait mais personne n'ose le dire.»
Ces deux partis ouvriers à la longue tradition sont en chute libre, leurs électeurs ne leur accordent plus leurs voix. Comment se fait-il qu'à une époque où la justice sociale est une condition incontournable pour résoudre la crise, ces partis sont confrontés à des luttes intestines et des remises en question et ne cessent de chuter au lieu de susciter l'approbation?
Lorsque les premiers résultats sont tombés sur les écrans de Berlin le 27 septembre 2009 à 18h, un grand silence a envahi la nombreuse assistance de la maison Willy-Brandt, le QG du SPD. Avec un recul de plus de 11% =), ce n'était pas seulement la défaite annoncée, mais un vrai fiasco. Après 11 ans au gouvernement, les sociaux-démocrates ont été désavoués et ils doivent maintenant retourner dans l’opposition. A ce moment précis de nombreux sympathisants ont dû avoir une pensée nostalgique pour celui qui a donné son nom au siège du parti. C'est finalement sous Willy Brandt que le SPD a pu célébrer des résultats fabuleux. Depuis il s’en est passé des choses chez les sociaux-démocrates.
Ce fut avant tout une décision prise ces dernières années qui a donné mal au coeur à de nombreux membres du SPD, et pour longtemps : le train de réformes «Agenda 2010» de Gerhard Schröder. En annonçant : «Il nous faudra réduire les dépenses de l’Etat, encourager la libre initiative et réclamer une plus grande contribution de la part de chacun», Gerhard Schröder a remis en cause les fondements de la social-démocratie. Cette politique a entraîné la dissidence d'une grande partie de la gauche du parti et sa fusion avec le PDS (Parti du socialisme démocratique) – le Linkspartei (Parti de gauche) est né.
Pour de nombreux électeurs, ce nouveau parti incarne les valeurs traditionnelles de gauche : solidarité et justice. Il a acquis ainsi une place stable dans le paysage politique allemand. Un affront pour le SPD - d’autant plus que le chef de cette nouvelle tendance politique est précisément Oskar Lafontaine, qui, avec Gerhard Schröder, a porté les sociaux-démocrates au pouvoir. Lafontaine est passé du rôle de chef charismatique des sociaux-démocrates à celui d’adversaire le plus virulent. Ses anciens camarades n’ont toujours pas digéré la volte-face soudaine de l’ancien président du SPD, que Lafontaine explique lui-même ainsi : il ne pouvait plus continuer à soutenir les ouvertures économiques de Schröder. Dans cette nouvelle situation, le SPD se contente de miser jusqu'à présent sur une ligne de partage plutôt que sur une coopération, entraînant ainsi des conflits internes entre les différents courants du parti, mais aussi entre les générations.
Côté conservateur, on s'en prend aussi au dinosaure SPD: ces dernières années, la CDU a de plus en plus repris des thèmes politiques ancrés à gauche : la famille et l'environnement, par exemple la construction de crèches et la promotion des énergies renouvelables.
Ce changement d’orientation ne pose pratiquement aucun problème d’identité à la CDU puisque les thèmes «écologie» et «carrière avec enfants» sont depuis longtemps au cœur de la société. Voter conservateur et acheter «bio» ne sont depuis longtemps plus contradictoires.
Entre la nouvelle gauche et la CDU à visage social-démocrate, le SPD a perdu son identité. Que va-t-il maintenant se passer ? Le politologue Werner J. Patzelt ne voit qu’une seule issue : «Le SPD doit montrer qu’il défend avec conviction tous les objectifs propres au Linkspartei et qu’il est, par-dessus le marché, un parti de gauche ayant l'expérience du pouvoir, un parti fiable, contrairement au Linkspartei.» Et quelle est la situation en France chez le parti frère du SPD? Les deux grands partis sont liés par des relations étroites et des groupes de travail communs, mais ils partagent actuellement aussi leurs mauvais scores aux élections. Même si on ne peut sans doute pas parler de mort du PS, comme le fait BHL, le parti s’est malgré tout installé dans une crise qui dure depuis longtemps déjà. Depuis la défaite de la candidate Ségolène Royal aux élections présidentielles, le Parti Socialiste se fait davantage remarquer par des querelles intestines et des conflits personnels entre les caciques du parti que par une nette politique d’opposition au Président Nicolas Sarkozy. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui manquent : de plus en plus de Français désapprouvent leur Président, à cause de réformes sociales et éducatives mal engagées, des emprunts d’Etat fortement critiqués ou de sa tentative pour hisser son fils à des postes politiques prometteurs.
Lorsque Martine Aubry, de l'aile gauche, n'a devancé l'année dernière à la présidence du parti que d'une courte longueur sa « camarade » Ségolène Royal, les accusations réciproques et les rivalités personnelles ont pris une telle ampleur qu’on avait du mal à croire qu’il s’agissait d'un seul et même parti : les fidèles de Ségolène Royal ont dénoncé des fraudes lors du vote. Il s’agit de postes, de personnalités et aussi de concurrence, celle d’autres partis comme le MoDem (Mouvement Démocrate), dirigé par François Bayrou, et le parti écologique «Les Verts».
Le PS divisé est confronté au même problème que le SPD en Allemagne : ancrage à gauche ou alliance avec les conservateurs ?
Wolfram Vogel, directeur de l’antenne parisienne de l’Institut franco-allemand, ne voit qu'une seule chance pour le PS : «Il ne pourra gagner aux prochaines élections présidentielles de 2012 que s’il réussit à créer un grand parti de coalition comprenant l’ensemble des courants, y compris les libéraux et son aile gauche.» C’est ainsi que le parti au gouvernement, l’UMP, a finalement réussi en 2002 à réunir les différents camps du centre et de la droite pour fonder un parti fort. Si le PS opte pour une stratégie semblable, il est bien possible que le nombre de voix augmente, mais aussi les conflits entre les différents courants au sein du parti.
Mais dans le reste de l’Europe, les partis de gauche modérés font également face à des problèmes similaires à ceux du SPD allemand et du PS français : En Grande-Bretagne, en Italie, en Autriche, aux Pays-Bas – les partis de gauche, autrefois puissants, s'affaiblissent partout. La social-démocratie européenne «n’a pas réussi à développer un discours crédible pour réagir de manière adéquate à la mondialisation et aux angoisses qu'elle a suscitées dans la population» conclut Wolfram Vogel. Ce n'est pas une mince affaire qu'ont à gérer maintenant notamment le SPD et le PS, pour combattre leur déclin, car, en fait, la social-démocratie est la seule à pouvoir se sauver elle-même. «Nous devons redevenir un SPD», c'est par cette formule concise que Sigmar Gabriel présente le défi. Il s'agit maintenant de nourrir cette phrase avec des contenus qui lui font défaut depuis longtemps. 
Mission « Contrôle de la jungle lobbyiste »Sophia Gladen, traduction Andrea Razafintsalama, publié le 01.12.2009
Des informateurs internes, des informations clés, des recherches occultes – ce qui ressemble au script d’un thriller est le quotidien des collaborateurs de l’initiative LobbyControl. Heidi Klein et ses collègues passent à l’action lorsque les hommes politiques et les représentants du monde économique parlementent et signent des accords sans que l’opinion publique en soit informée. Cette jeune femme de 31 ans est membre du comité directeur et membre fondateur de l’initiative dont la tâche – qu’elle qualifie personnellement de « mission » – a pour objectif de « révéler les structures du pouvoir et les stratégies d’influence en Allemagne comme dans l’UE et de proposer des impulsions pour plus de transparence et de contrôle démocratique ».
C’est quasiment en s’appuyant sur une base civile que cette initiative d’utilité publique veut contrôler les lobbyistes et encourager la société civile à l’engagement politique. On pourrait tout aussi bien parler « d'opération démocratie » contre le désintérêt général de la population pour la politique. Heidi Klein veut « continuer d'informer les citoyens et leur ouvrir les yeux sur ce qui se trame à huis clos et, la plupart du temps, à mille lieux de l’intérêt général. » Elle veut éveiller l’intérêt pour la politique et la rendre plus transparente. La tâche n’est pas aisée ! Son adversaire, c'est la jungle des lobbyistes.
« Pour de nombreuses personnes, le lobbying reste une notion abstraite, difficilement compréhensible. » affirme H. Klein. D'où l'importance d'expliquer que les décisions des hommes politiques sont influencées par les syndicats, les associations et les institutions et de montrer exactement comment les lobbyistes imposent leurs intérêts.
Trois des quatre membres du directoire, âgés d’une trentaine d’années, sont diplômés en sciences politiques. Ils sont issus des mouvements sociaux et ont glané des expériences notamment auprès d’Attac et d’organisations en faveur des droits de l’Homme. Ils ont créé l’initiative LobbyControl en 2006 à la suite d’un congrès ayant pour thème central l’ingérence des puissances économiques dans la politique. La première campagne menée sous le slogan « Pas de lobbyistes dans les ministères » a permis à l’initiative de se faire un nom. En amont, le magazine de télévision Monitor a révélé, en 2006, les éléments suivants : trois fonctionnaires sur cinq, employés dans des ministères fédéraux et régionaux, ayant de par leur position, accès à des informations internes et participant à la rédaction de projets de lois, continuaient d’être rémunérés par leur ancien employeur. Grâce à ces « dispositions internes », les entrepreneurs concernés pouvaient donc influencer les décisions et les directives politiques en faveur de leurs propres affaires. Il n’était donc plus question ici de législation indépendante et neutre !
LobbyControl a réagi à cette révélation médiatique par une campagne couronnée de succès : le nombre de « collaborateurs externes » a connu un recul important. Ce coup d’éclat a assuré au petit groupe de défenseurs de la démocratie d’importants alliés au sein du monde politique. Lors des élections au Bundestag de 2009, le SPD, les Verts et Die Linke ont même repris dans leur programme l’exigence posée par LobbyControl - un registre déontologique des lobbys, avec la liste précise des lobbyistes et de leurs mandants politiques, de leurs fonctions et de leurs rémunérations. D'après les partis d’opposition, ce registre devrait être accessible à tous et à tout moment.
L’attention accordée par les principaux partis politiques constitue certes une première victoire partielle, mais la révélation de dysfonctionnements reste un véritable travail de Sisyphe pour LobbyControl. « Il nous faudrait beaucoup plus de collaborateurs pour résoudre d’autres scandales de ce type », déclare Heidi Klein. Malgré ces réserves, contrôleurs de lobby autoproclamés, ils ont réussi, en mai, à informer les citoyens sur l’affaire des relations publiques concernant la Deutsche Bahn. Durant plusieurs mois, LobbyControl a observé les activités de la société ferroviaire allemande pour aboutir au résultat explosif suivant : l’entreprise versait au total près d’1,3 million d’euros pour des contributions médiatiques pré-publiées et positives, des courriers de lecteurs, des entrées dans des forums sur Internet et des sondages d’opinion auprès d’entreprises de relations publiques. L’affaire a fait la une des médias et peu de temps après la révélation de LobbyControl, le directeur marketing de la Deutsche Bahn, Ralf Klein-Bölting, a dû rendre son tablier. Ce scandale montre bien qu’il reste encore fort à faire en matière de lobbying.
Avant les élections du Bundestag, l’initiative a donc battu le rappel sur Internet en présentant une liste de signatures sous le slogan « Qui ? Combien ? Pour qui ? Que ceux qui ne répondent pas passent leur chemin », pour plus de transparence. Les élections sont maintenant passées et LobbyControl souhaite remettre au Bundestag la liste des signataires afin de rappeler le nouveau gouvernement à ses responsabilités. Tel Robin des Bois, le protecteur désintéressé des pauvres, LobbyControl poursuit son combat dans la jungle des lobbyistes – sans flèche ni arc – car son arme la plus précieuse vers des règles contraignantes, c'est Internet.
www.lobbycontrol.de 
« Je crois que tout est défendable »Johanna Rambeau-Bysäth, publié le 20.11.2009
Le lobbying au niveau européen a récemment été l’objet d’un grand débat. L’initiative du commissaire européen Siim Kallas, proposée en 2005, demandait un contrôle beaucoup plus strict de la profession avec l’instauration de règles de transparence. L’EPACA, une association rassemblant des cabinets de lobbying, s’était élevée contre certaines propositions et avait plutôt plaidé pour l’autorégulation. Finalement, la Commission a établi un code de conduite pour les lobbyistes et a mis en ligne en juin 2008 un registre où les lobbyistes sont invités à s’inscrire : ils doivent y déclarer leur identité, les secteurs où ils sont actifs, quelques données financières et quelques données concernant leurs clients. L’inscription est volontaire, ce que déplorent certaines organisations comme Alter EU. A l’occasion du premier anniversaire du registre, nous avons rencontré José Lalloum, président de l’EPACA, qui nous parle de son métier et de ses idées concernant la transparence.
Monsieur Lalloum, vous êtes un vieux briscard dans le domaine du lobbying. Est ce que vous pourriez me donner une définition du lobbying ?
Le lobbying pour moi, c’est faire le lien entre la réalité du terrain et le travail du législateur.
Quand on parle de lobbying, on pense tout de suite au mode de fonctionnement du lobbying américain. Est-ce que vous voyez une grande différence entre le lobbying au niveau fédéral américain et au niveau de l’UE ?
Il y a une différence énorme. Le lobbying américain est fortement lié au financement des campagnes, et c’est même une attente de la part des congressmen américains. Cet aspect là, on ne le retrouve absolument pas au niveau UE, puisque les campagnes électorales ne sont pas financées par les lobbies : le rapport à l’argent n’est pas du tout le même à Bruxelles.
Le lobbying a plutôt mauvaise presse. On pense tout de suite aux grandes multinationales aux intérêts discutables, comme l’industrie du tabac ou de l’armement. Vous avez vous-même refusé de représenter l’industrie du tabac en 1994. Est-ce que vous estimez que tout n’est pas défendable ?
Non, je crois que tout est défendable. Mais il faut le sentir personnellement. Si moi je ne ressens pas la vérité du client comme une vérité défendable, alors je la défendrai mal : c’est pour ça qu’à l’époque, on avait préféré ne pas prendre un certain dossier qui avait trait au tabac. En général, la règle veut que si une société de consultants prend un dossier, elle n’obligera pas l’un de ses consultants individuels à travailler dessus s’il ne le « sent pas ».
Donc vous êtes vraiment libre de refuser le dossier d’un client ?
Oui. Je l’ai fait aussi quand je me suis aperçu, par exemple, que les arguments étaient exagérés. Sur le thème de la directive cosmétique, ça fait déjà neuf ans, une partie intéressée était venue nous voir en nous disant que cette directive allait avoir pour effet de dévaster les champs de lavande de Provence – un argument largement exagéré. Et j’ai refusé, pour une raison d’honnêteté et aussi de crédibilité vis-à-vis du parlementaire. Si ce que je raconte au parlementaire est exagéré, faux, ou s’il a été mis en difficulté lorsqu’il a essayé de défendre notre cas, il risque de garder porte fermée la prochaine fois. Cette question de crédibilité, c’est un peu une démarche de lobbying soutenable. D’une certaine manière, on a une ressource : ce sont nos interlocuteurs dans les institutions européennes ; on veut bâtir avec eux une relation de confiance, en leur donnant une matière sur laquelle ils peuvent travailler et eux-mêmes évoluer en tant que législateurs. On reproche aussi au lobbying de ne laisser aucune chance aux représentants de la société civile face aux entreprises, qui sont les seules à avoir les moyens de se faire entendre. S’agit-il d’une critique justifiée ?
Non. Les consommateurs comme les ONG environnementales ont peut-être moins de moyens financiers et de ressources humaines, mais d’abord ils ont accès à une main d’œuvre gratuite de volontaires idéologiquement liés à leur cause, et puis surtout, ils ont une oreille très attentive de la part de l’opinion publique.
Je pense qu’il y a un équilibre à Bruxelles, entre ceux qui veulent révolutionner ou réformer le système, et les entreprises qui veulent continuer à pérenniser leur activité. Cet équilibre-là, les lobbyistes en font partie. La vision manichéenne du lobbying avec les bons et les méchants, c’est une vision qui est largement dépassée. L’entreprise n’est pas forcément méchante, et les ONG par forcément gentilles. Parmi mes clients, il y a des gens qui font sans doute plus de bien pour l’environnement que certaines ONG environnementales.
Votre profession est également décriée pour son manque de transparence. L’initiative Kallas, proposée en 2005, demandait justement un contrôle beaucoup plus strict de votre profession. L’EPACA s’était élevée contre cette proposition et avait plutôt plaidé pour l’autorégulation.
EPACA a mis en place un code de conduite qui est celui que le Parlement européen utilise aujourd’hui, et qu’on a continué d’affiner. Surtout, on a mis en place un professional practice panel, une sorte de conseil de sages qui peut être saisi lorsqu’il y a une plainte contre l’un des membres de l’EPACA, plainte qui peut émaner de n’importe quelle partie intéressée : individu, parlementaire, ONG…
Lors des discussions avec les services de la Commission on avait insisté sur deux choses. D’abord, on voulait que tout le monde soit logé à la même enseigne : par exemple, il y a beaucoup d’avocats ou de think tanks qui font du lobbying. Deuxièmement, on insistait pour que l’information commerciale à caractère sensible soit protégée. Je ne souhaite pas que mon concurrent sache combien je facture à mon client X ou Y, surtout dans un système qui est organisé sur base volontaire.
J’ai pris l’option de m’enregistrer, parce qu’en tant que chairman d’EPACA je voulais montrer l’exemple, et je voulais montrer aussi que la Commission nous avait entendus.
Est-ce que vous préfèreriez un registre qui soit obligatoire ?
Non. Je crois que le registre conviendrait avec quelques légers ajustements dans sa forme actuelle : il faudrait une carotte et un bâton qui inciteraient les sociétés qui ne le sont pas à s’enregistrer. Par exemple, les membres de la Commission pourraient refuser de se déplacer aux évènements organisés par des lobbyistes non enregistrés. Maintenant, si on nous oblige à donner plus d’informations au niveau financier, il faudra absolument que cela se passe sur base obligatoire.
Pour clôturer, pouvez-vous me donner un exemple où, à votre sens, votre intervention a contribué à améliorer une loi ou un projet de loi ?
Eh bien, oui. Je crois que l’engagement qu’on a eu avec EPACA, le dialogue qu’on a eu avec la Commission et le Parlement, ont permis justement au registre de prendre son envol : au lieu d’avoir environ 1650 inscrits, on en aurait peut-être seulement 300 aujourd’hui.
Et l’exemple inverse ? Où, à votre sens, le lobbying à contribuer à rendre une loi pire encore, pour le consommateur, par exemple ?
Mais on n’a pas besoin de nous pour ça ! Le législateur le fait très bien tout seul. C’est évidemment une boutade, mais vous savez ce que Bismarck a dit : les lois sont comme les saucisses, c'est mieux de ne pas voir leur préparation. C’est vrai que c’est une drôle de bouillie qui se prépare, surtout dans un contexte de codécision à 27 Etats membres, mais le but du lobbyiste c’est justement de faire en sorte que l’acte législatif qui sort des cuisines du législateur européen corresponde mieux à la réalité du terrain. Ce n’est pas une question manichéenne : ce qu’on essaie de faire, et de plus en plus dans le lobbying moderne, c’est de trouver des consensus, des solutions plutôt que des oppositions.
Liens Registre des représentants d’intérêts de la Commission européenne : www.webgate.ec.europa.eu 
Les lobbyistes, sorcières d'aujourd'hui Johanna Rambeau-Bysäth, publié le 15.10.09
Une émission de la chaîne allemande ARD intitulée « Lobbyistes payés dans les ministères fédéraux : comment le gouvernement trompe l'opinion publique », avait fait scandale en 2006. Des lobbyistes payés par les entreprises travaillaient au sein de différents ministères … Des sortes de « fonctionnaires d'apparence » qui aidaient à faire les lois et avaient accès aux documents confidentiels.
Cette affaire et quelques autres entretiennent la méfiance vis à vis du lobbying : dans l'imaginaire collectif, il s'agit de la collusion plus ou moins tenue secrète des groupes industriels et du monde politique, tout se passant au détriment des petites structures et des consommateurs. La réalité est sans doute plus contrastée, mais le lobbying reste entouré d'un épais brouillard : comment fonctionne-t-il concrètement, qui s'en sert, comment est-il régulé, tout cela reste très peu connu. Les lobbyistes, sont-ils de grands méchants loups ou des gentils martyrisés par l'opinion publique ? Impossible de trancher sans un minimum d'informations. Cherchons à en savoir un peu plus sur le lobbying.
Si le lobbying souffre, en France comme en Allemagne, d’une image négative, il est frappant de voir à quel point son fonctionnement et sa régulation divergent d'un côté et de l'autre du Rhin.
Selon Florence Autret, qui a écrit un rapport sur le sujet, la représentation d'intérêts constitue un rouage essentiel de la société allemande. Le modèle rhénan est caractérisé par la participation de groupes structurés et puissants au processus de prise de décision politique, et une culture du consensus permettant de définir ensemble l'intérêt commun. L'Allemagne est d'ailleurs l'un des rares pays en Europe à avoir adopté des règles spécifiques concernant l'enregistrement des lobbyistes.
La France est l'héritière d'une tout autre tradition. Traditionnellement, l'Etat et l'intérêt général ne font qu'un : mythe fondateur où l'Etat serait le seul dépositaire et garant du bien commun. Le lobbying, vu comme l'expression organisée des intérêts particuliers, est donc totalement décrié. Plus même, il est considéré comme inutile : ce sont les organes étatiques qui s'occupent de l'expertise – autrement dit, c'est l’Etat qui va au-devant des intérêts, dont la prise en compte est intégrée à l'appareil étatique, et non l'inverse. Voilà pour l'idéal républicain. Mais en pratique, l'influence passe par des voies qui lui sont propres, c'est-à-dire par les réseaux, surtout ceux des grandes Ecoles où se rencontrent les futurs dirigeants de la nation et de l'entreprise. Mais tout cela change : en juillet 2009, l'Assemblée nationale a pris l'initiative d'encadrer le lobbying.
Comme d'habitude, la France se caractérise par sa position centralisatrice tandis que l'Allemagne organise la prise en compte des intérêts sectoriels. Mais il serait vain de s'en tenir aux seuls cadres nationaux : de fait, avec le transfert de pouvoir en faveur de l'Union européenne, Bruxelles est devenu l'un des hauts lieux du lobbying. Les chiffres sont impressionnants : 16 000 lobbyistes pour 30 000 fonctionnaires européens… Menons l'enquête dans les coulisses bruxelloises.  |  | |
Place du Luxembourg, jeudi, 21h. C'est dans les multiples cafés qui peuplent cette place devant le Parlement européen que se retrouvent les jeunes gens travaillant dans le milieu européen : un beau mélange interculturel où la bière belge coule à flots. La table voisine est occupée par de jeunes Français, tous stagiaires dans des cabinets de lobbying. Pourquoi se sont-ils expatriés dans le plat pays - il y a aussi du lobbying en France, non ? « Le lobbying européen fonctionne beaucoup moins en réseau : ici, ça marche sur la compétence plus que sur le carnet d'adresses, je trouve ça plus intéressant. Il ne s'agit pas seulement de connaître telle ou telle personne haut placée. » L'expertise est présentée partout comme une caractéristique centrale du lobbying européen. Il faut dire que les décideurs européens sont très ouverts aux informations que peuvent leur apporter les lobbyistes : ils manquent de moyens et sont par conséquent très demandeurs de l'expertise apportée par les acteurs concernés. « Je trouve aussi que le lobbying européen est moins secret : les institutions européennes font de gros efforts de transparence, et il y a tellement d'acteurs impliqués qu'une information ne reste jamais secrète très longtemps. L'inconvénient : on est submergé par la masse d'informations, et notre travail est surtout un travail de tri. » Est-ce que ça veut dire que les entreprises, qui ont clairement plus de ressources, sont avantagées ? Apparemment, c'est une critique qu'on leur fait souvent : « Il faut arrêter de croire que tout est soit blanc, soit noir. Chacun essaie de défendre des intérêts légitimes, le but est de concilier tous ces intérêts, pas de les opposer de façon caricaturale. » Bruxelles fonctionnerait selon une logique de concertation : c'est aussi un point qui revient souvent.
Pour Daniel Gueguen, fondateur d'un cabinet de lobbying, les activités des lobbyistes européens s'orientent même vers un système d'alliances transversales, dépassant les clivages sectoriels et réunissant différents acteurs autour d'un projet commun ponctuel. Un vieil exemple : l'affaire des pots catalytiques, destinés à réduire les émissions de gaz carbonique, en 1989. Les constructeurs automobiles allemands, qui maîtrisaient déjà cette technologie et souhaitaient pénaliser, notamment, l'industrie automobile française, s'allièrent avec des associations de consommateurs et des groupes écologistes pour rendre l'usage des pots catalytiques obligatoire au sein de la CEE. Une opération de lobbying parfaitement réussie, alliant les intérêts des consommateurs, de l'industrie et écologistes. Ou, diront certains, comment certains intérêts économiques parviennent à leurs fins sous couvert de protection de l'environnement – mais le résultat est finalement le même.
Comme le montre ce dernier exemple, le lobbying n'est pas le lieu d'une confrontation binaire en noir et blanc. Le problème n'est pas le lobbying en soi, mais l'opacité dans laquelle il s'exerce, qui favorise une image caricaturale et freine le développement d'une régulation adaptée. Car comme le dit si bien Benoît Le Bret, ancien fonctionnaire européen : « s'il faut organiser l'expression libre de tous les intérêts, il faut en revanche refuser la pression des intérêts ».
Les lobbyistesEn anglais, le lobby désigne d’abord l’antichambre ou le couloir ; les lobbyistes étaient les représentants de l’intérêt privé qui attendaient les élus dans le couloir pour exposer le point de vue de leurs mandants. Le lobbying décrirait en fait l’ensemble des actes visant à influencer un organe étatique ou supranational pour qu'il tienne compte des intérêts particuliers. Entreprises, associations professionnelles, syndicats, collectivités territoriales pratiquent le lobbying (aussi appelé affaires publiques ou représentation d’intérêts) pour se faire entendre dans le processus de décision.
Mais d’autres acteurs, qui disent défendre le bien commun et non les intérêts particuliers, ont le même objectif : influencer le processus de décision. Il s’agit des ONG et des think tanks (réservoirs d’idées), qui sont considérés par certains comme des lobbies à part entière. D’ailleurs, LobbyControl, WWF, Amnesty International… se sont inscrites au registre des représentants d’intérêts mis en place par la Commission européenne. Le lobbying serait donc une méthode, un outil visant à influencer les pouvoirs publics.
Quelles sont alors les recettes employées ? Pour influencer les institutions, donc surtout les actes législatifs ou exécutifs qui en émanent, il s’agit avant tout d’en être informé en amont. Il faut toujours être à l’affût, chercher l’information sur le site des institutions ou par le biais du réseau, moyen hors pair de glaner des précisions sur la direction que prend un projet de loi. Cette étape est dénommée la veille. C’est ensuite qu’a lieu l’analyse : évaluer l’impact de l’information sur les intérêts défendus, puis établir une stratégie de lobbying en conséquence. Selon Michel Clamen, auteur d’un manuel sur le lobbying, les ONG préfèreront les stratégies de médiatisation pour mettre le public de leur côté, tandis que les industriels s’adresseront plutôt aux dirigeants en mettant en avant l’impact sur la croissance ou les emplois. Dans tout ce processus, les réseaux – au sein des institutions, des concurrents, de la presse – se révèlent primordiaux. |

À la pêche aux électeursMatthias Bunk, traduction Evelyne Sedlak et Andrea Razafintsalama, publié le 25.09.2009
Stefan Ziller, le candidat des verts, est en retard. Dès qu'il ouvre la porte de la classe du lycée de Marzahn, cent paires d'yeux le fixent, pleins d'espoir. Stefan Ziller, qui incarne la jeune génération en politique, gagne rapidement sa place sur le podium et s'assied à côté des candidats des autres partis de la circonscription 086 de Marzahn-Hellersdorf, secteur oriental de Berlin, une « banlieue difficile » suivant le terme consacré. Pendant l'heure et demie qui suit, les candidats vont devoir affronter les questions des lycéens: salaire minimum, réforme de l'enseignement ou politique environnementale, ces jeunes de 17-18 ans profitent de l'occasion pour sonder "leurs" candidats, qui, confrontés aux questions des adolescents bien préparés, transpirent abondamment.
Cette rencontre est l'une des manifestations de la campagne Wahlgang 09, organisée par la Politikfabrik, une association de Kreuzberg (Berlin) pour la promotion de la communication politique. La Politikfabrik est née en 2002 d'un projet mené par des étudiants de l'Institut Otto Suhr de l'Université Libre de Berlin et a pour objectif d’intéresser les jeunes à la politique.
Tâche ardue car on ne trouve dans aucune autre classe d'âge autant d'abstentionnistes que parmi les 18-25 ans. Moins de 70% d'entre eux ont voté lors des élections législatives de 2005. A titre de comparaison, la participation moyenne était à cette occasion de 77,3 %. Elle est traditionnellement encore plus faible lors des élections régionales et municipales.
De nombreux facteurs expliquent ce désintérêt : la méfiance générale à l'égard de la politique et de ses représentants, le sentiment de ne pouvoir de toute façon rien changer, et les sempiternelles stratégies de campagne, apparemment dépassées, des partis en place.
De gigantesques affiches arborant des visages d'hommes politiques aux sourires figés et des slogans de plus en plus interchangeables n'incitent plus guère les gens à sortir de chez eux. Les débats de société, notamment chez les jeunes, se sont déplacés ces dernières années vers Internet et se déroulent aujourd'hui de plus en plus souvent dans des réseaux en ligne comme Facebook ou StudiVZ. De nombreux hommes politiques ont pourtant raté le coche. Seul le parti Pirates, créé en septembre 2006, mise en priorité sur Internet pour impulser la campagne. Il est vrai que tous les candidats soucieux de leur image, même dans les partis en place, ont aujourd'hui leur profil sur Facebook, mais dans l'ensemble, tout cela manque de crédibilité. C'est ici que des initiatives comme Wahlgang entrent en jeu. Leur campagne se fait en toute neutralité et n'est donc pas liée aux programmes électoraux des formations politiques. De plus, leurs membres sont majoritairement des étudiants bénévoles. Les acteurs de cette campagne sont donc aussi plus proches du groupe cible des nouveaux électeurs que ne le sont les élus. « Quand les hommes politiques parlent d'emploi ou de formation, cela semble souvent abstrait et déconnecté de la réalité. » déclare Christine Trumpfheller, l'une des deux responsables du projet. Les campagnes électorales devraient s'adresser aux jeunes par les canaux qui leur sont familiers comme les nouveaux medias et Internet. « Les jeunes électeurs sont souvent sceptiques, ils sont nombreux à avoir le sentiment que les hommes politiques ne font que palabrer et ne changent rien. Nous voulons leur faire comprendre qu'on peut devenir soi-même acteur et mettre la pression pour changer les choses » ajoute Lena Lazaro, la collègue de Trumpfheller.
Pour ce faire, Wahlgang mise sur toute une série d'actions. On trouve sur son site un petit spot réalisé en collaboration avec la Medienakademie de Berlin pour mobiliser les nouveaux électeurs lors de l'élection au Bundestag. Les responsables ont par ailleurs fait paraître un « Wahl-ABC » (b a ba des élections) qui explique clairement les notions-clés de ces élections.
La tournée des écoles représente cependant l'élément clé de la campagne. Le principe est le suivant : dans 40 écoles réparties sur l’ensemble du territoire, Wahlgang organise différentes actions telles que des débats en public avec les candidats directs, des jeux-simulations ou des improvisations. Il est essentiel que ces manifestations soient animées, dans la mesure du possible, par les jeunes eux-mêmes. Wahlgang n’apporte son aide qu'à la préparation et joue un rôle de conseil auprès des élèves.
L'abstentionnisme des jeunes électeurs n'est cependant pas un problème strictement allemand. La France doit, elle aussi, faire face à un taux de participation en régression aux élections. De plus en plus de jeunes Français se disent déçus par la politique. C'est notamment dans les banlieues que les jeunes se sentent délaissés par le personnel politique au pouvoir. Il ne faut donc pas s'étonner que le premier tour des élections présidentielles en 2002 n'ait déplacé que 62 % des électeurs entre 18 et 25 ans vers les urnes. Un bien triste record ! Plusieurs initiatives ont donc tenté d'inverser cette tendance négative lors des élections présidentielles de 2007 en incitant les jeunes à aller voter. Diverses personnalités, le comédien Jamel Debbouze et le rappeur Joey Starr, ont, elles aussi, publiquement appelé les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. Un succès : au printemps 2007, le taux de participation chez les moins de 30 ans était particulièrement élevé. On espère pouvoir atteindre un effet similaire lors de l'élection du Bundestag. Il existe, en tout cas, suffisamment de campagnes de mobilisation des jeunes électeurs puisque de nombreuses autres initiatives cherchent aussi à s'attirer les faveurs de la jeune génération. En France, mais aussi en Allemagne, les responsables misent pour cela sur des visages célèbres. La chaîne de télévision Pro7 met son présentateur vedette Stefan Raab en lice afin qu'il familiarise son public, essentiellement jeune, avec les élections en organisant des tables rondes et un check des jeunes électeurs.
La plate-forme en ligne politik-digital.de a eu une idée similaire et a tourné un spot dans lequel toute une série de stars et de futures stars allemandes appelle à l'abstention. Il ne faut y voir en fait qu'un gag de marketing Les participants ont en effet expliqué, lors d'un deuxième spot, que seule une discussion sur les élections du Bundestag leur importait et qu'il était essentiel que chacun vote.
Les Netzdemokraten mettent un autre concept en œuvre avec la Wechselwähler-WG (la communauté de l’électorat indécis). Six jeunes, femmes et hommes, échangent quotidiennement leurs opinions sur l'élection au Bundestag et en font état dans des vidéos en ligne. N'oublions pas non plus le « Wahl-O-Mat », un programme informatique de la Bundeszentrale für politische Bildung (bpb), destiné à aider les électeurs dans leur choix. Après avoir répondu à 38 questions sur des thèmes politiques, l'utilisateur reçoit une présentation des partis dont le programme lui convient le mieux.
Les indécis de l’élection du 27 septembre devraient tout simplement jeter un œil sur la toile mais attention : les bureaux de vote ferment à 18 heures. Aucun retard ne sera toléré !
Sources/ Pour en savoir plus :
Informations sur l'élection au Bundestag : www.bundeswahlleiter.de
Wahlgang : www.wahlgang.de
La campagne sur Pro7 : www.tvtotal.prosieben.de
Le spot de politik-digital.de : www.youtube.com
Die Wechselwähler-WG (la communauté de l'électorat indécis) : www.wechsel-waehler.de
Le Wahl-O-Mat : www.wahl-o-mat.de
Campagnes de mobilisation en France : www.fdlm.org 
Le cinéma est-il « welcome » à l’Assemblée ?de Emilie Heimburger, publié le 01.09.2009
Il n’y aura pas d’happy end à l’aventure hors écran du film Welcome. L’Assemblée Nationale, à majorité UMP, a rejeté le 5 mai 2009 la proposition de loi socialiste nommée d’après le dernier opus de Philippe Lioret. Une projection spéciale avait même été organisée pour les députés dans l’enceinte du Palais Bourbon.
Dans son long métrage tourné à Calais, où s’entassent les clandestins rêvant d’Angleterre depuis la fermeture du centre de la Croix Rouge de Sangatte en 2002, le réalisateur de Je vais bien, ne t’en fais pas raconte la rencontre entre Simon, un maître-nageur et Bilal, un jeune Kurde irakien déterminé à traverser la Manche à la nage. Mais en faisant monter dans sa voiture l’ami qui n’aurait jamais dû le devenir, en l’invitant à dormir chez lui au lieu de le laisser dans le froid de la « jungle », ce no man’s land où les étrangers bâtissent des abris de fortune, Simon (Vincent Lindon) se met lui aussi dans l’illégalité sans le savoir. Parce qu’il n’abandonne pas Bilal malgré les avertissements, Simon tombe sous le coup de l’article 622-1 du code d’entrée et de séjours des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) selon lequel «toute personne ayant facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France risque actuellement cinq ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende.» Le film illustre, donc, «ce délit de solidarité» que le Parti Socialiste visait à modifier. L’opposition proposait de dépénaliser l’aide solidaire en la dissociant de celle «à titre onéreux» des passeurs.
Pour ses partisans, il s’agissait, aussi, d’être en conformité avec le droit européen. Une directive du 28 novembre 2002, relative à l'aide à l'entrée, au transit et au séjour irréguliers, précise qu’est concerné par des sanctions, «quiconque aide sciemment dans un but lucratif.»
Pour ses détracteurs, comme le ministre de l’immigration, «le délit de solidarité n’existe pas». Sur le site du ministère, Eric Besson répond point par point aux arguments de la partie adverse. La législation française possède déjà ce garde-fou avec l’article 622-4.
« Bien évidemment, on s’est battu contre des murs. Ils n’ont pas supprimé l’article L-622-1. Mais on est quand même passé au Sénat. Et puis il y a eu une grosse mobilisation», positive Sylvie Copyans, secrétaire adjointe de l’association Salam (Soutenons Aidons Agissons pour les Migrants et les Pays en Difficultés), qui a guidé Philippe Lioret à Calais. Welcome, contrairement aux espérances de son réalisateur, n’a pas eu l’influence législative d’Indigènes de Rachid Bouchareb sur l’inégalité de traitement des retraites des anciens combattants de l’Empire Français. Mais le buzz généré a, au moins, le mérite d’amener le thème sur la place publique. «C’est un film qui a été extrêmement bien porté que ce soit par Philippe ou par Vincent Lindon. Quand ils parlent du film, on sent vraiment que ça vient du fond. C’est plus que de la promotion, vraiment plus que ça. Ils portent un combat.»
Grâce au film, à son succès, mais aussi aux polémiques engendrées, le thème des clandestins s’arroge la maîtrise de l’agenda, force les différents acteurs à prendre position et donne plus de visibilité à leurs combats.
Un collectif d’associations comme Emmaüs, la Cimade, le Secours Catholique, a manifesté le 8 avril dernier affirmant avoir «un jour, aidé un sans-papiers en difficulté» et être ainsi coupable de «délit de solidarité».
Le collectif s’inquiète notamment des objectifs fixés au ministre de l’immigration dans sa lettre de mission : 5000 interpellations pour des faits d’aide illicite aux sans-papiers en 2009, qui pourraient viser des bénévoles ou des associations.
Une inquiétude, qui selon le ministre Eric Besson n’a pas lieu d’être. Personne, depuis cinquante ans, n’a jamais été mis en cause pour avoir simplement accompli une action humanitaire. La sortie de «Welcome» a donné lieu à des joutes verbales, par médias interposés, entre le réalisateur et le Ministre de l’Immigration. Philippe Lioret a, en effet, provoqué la colère d’Eric Besson en déclarant, «Oui, tout ça pourrait se passer en 1943 et il pourrait s’agir d’un type qui cache des juifs chez lui et se fait prendre. Sauf que ça se passe aujourd’hui à deux cents kilomètres de Paris.»
Un parallèle que le cinéaste n’est pas le seul à faire. «Juste», «Rafles», un vocabulaire utilisé par Olivier Las Vergnas dans Autopsie d’un sans-papiers , un roman de science fiction sociale déroutant, où l’un des personnages, Otto, cache dans une cave Sirwan, un jeune Kurde iranien. En 2006, Anne Gintzburger dédicaçait Ecoliers, vos papiers, en collaboration avec le Réseau Education Sans Frontières (RESF) aux «Justes qui ont protégé les enfants menacés d’expulsion.»
Le clandestin est un héros tendance. Fort de plus d’un million d’entrées en salle, Welcome est une œuvre emblématique, mais n’est pas un cas isolé. Les fictions autour de ce même thème se multiplient. Sur les écrans : Nulle part terre promise d’Emmanuel Finkiel ou Eden à l’ouest de Costa-Gavras. En librairie : Ulysse from Bagdad d’Eric Emmanuel Schmitt ou Autopsie d’un sans papiers d’Olivier Las Vargnas. Même Plus Belle la Vie, le feuilleton phare de France 3, a développé, une intrigue autour d’une jeune clandestine victime d’un réseau de passeurs. Trois ans après avoir évoqué une lycéenne sans papiers sous le coup d’un avis d’expulsion, à l’époque où la mobilisation du RESF faisait reculer Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur,dans le cas de l’expulsion, en cours d’année, des enfants scolarisés .
L’écrivain, le cinéaste sont les miroirs de leur époque. Ils s’inspirent, chacun avec sa sensibilité, de l’actualité comme d’une toile de fond devant laquelle évoluent leurs personnages, chacun avec leur style. La multiplication des films, des romans ou même des biographies comme Clandestine, le journal d’une enfant sans papiers de Loriane K., aujourd’hui régularisée, est révélatrice de notre société.
La fiction n’est peut-être pas un outil de transformation politique, à proprement parler. Ni Philippe Lioret, ni Eric Emmanuel Schmitt ne proposent de solutions. Mais leurs œuvres ont une fonction politique dans la mesure où ils amènent, par la voie du divertissement, le public à s’interroger.
Pour Sylvie Copyans, «La fiction laisse, certes, place à l’imagination mais part de faits vécus par les associations au jour le jour. Elle permet de toucher un plus large public, différent de celui qui regarde le journal télévisé.»
Quelques mois après la sortie de Welcome, l’émotion suscitée par l’histoire de Bilal n’est pas retombée. D’autres ont entendu le message de Philippe Lioret et prennent le relais. En mai, les magazines satiriques Charlie Hebdo et Siné Hebdo, ont, chacun de leurs côtés, lancé une initiative demandant, à leur tour, l’abrogation de l’article L622-1.
L’intolérable statut de toléréde Emilie Heimburger, publié le 01.09.2009
Comme Saad, le héros du livre d’Eric Emmanuel Schmitt, S.est un Irakien plein d’espoir. Comme Bilal, le héros du film de Philippe Lioret, S. est Kurde, originaire de la région de Mossoul, arrivé mineur en Europe.
Comme Saad et Bilal, S. aurait pu rejoindre Calais, tenter de passer en Angleterre. « C’est sûrement ce que j’aurais fait si j’avais pu. Là-bas, à l’époque, il paraît que l’on pouvait facilement obtenir des papiers, du travail»
En 2003, avant l’intervention américaine, S. quitte son pays, sur l’heure, pour des raisons politiques. Les chemins de l’exil le conduisent finalement en Allemagne.
Si un cinéaste s’inspirait de sa trajectoire, cela donnerait,un court-métrage, tant le jeune homme passe sous silence les nombreuses épreuves traversées. Volonté d’oublier. Peur que ses confidences ne portent préjudice à une situation très incertaine.
En ayant recours à des personnages de fiction, les auteurs surmontent cet obstacle.
S. n’ira pas voir Welcome, ni ne lira Ulysse from Bagdad, dont les sorties sont prévues bientôt en Allemagne. « Je serai trop bouleversé. » Mais il comprend que des destins, comme le sien, intéressent des réalisateurs. « Ca a été très dur. J’ai vu la mort en face, le sang et les cadavres de mes propres yeux, dans ma patrie. Oui, ça pourrait donner un scénario vraiment éprouvant. Ce serait utile, si cela aidait à démontrer que les hommes doivent être heureux dans ce monde au lieu de toujours faire la guerre. »
Par contre, le jeune Kurde ne croit pas que des œuvres culturelles puissent avoir un impact sur le sort des sans papiers. « On peut écrire tout ce que l’on veut dans des livres . Bons ou mauvais, cela reste des mots. Ce ne sont pas les films ou les livres qui font bouger les choses mais les hommes politiques. Ils auront toujours le dernier mot. »
Contrairement à Saad ou Bilal en France, S., en Allemagne, n’est pas vraiment considéré comme un sans-papiers. En décembre 2005, après le rejet de sa demande d’asile, il rejoint quelques 200 000 étrangers dans le « cercle vicieux » des « Geduldeten » (suspension provisoire de l’expulsion). Ce n’est pas un titre de séjour mais une simple attestation de renoncement provisoire à toute mesure mettant fin à son séjour. Officiellement, le jeune Irakien doit quitter l’Allemagne où il ne peut prétendre au statut de réfugié, la chute de Saddam Hussein, survenue entre temps ayant changé la donne. Il ne peut , non plus, faire l’objet d’une mesure d’expulsion, ni bénéficier d’une autorisation de séjour provisoire . « Etre toléré n’a absolument aucune signification. C’est terrible. On ne sait pas ce qui va nous arriver. Aujourd’hui on est ici. Et demain ? » S. vit au rythme du renouvellement de ces autorisations de présence tous les trois mois. Aucune perspective ici sinon cette épée de Damoclès : l’expulsion . « Tant que je n’ai pas reçu un titre de séjour, je ne peux pas faire de projets. » Une situation qui peut durer 1, 10, 20 ans. Sa seule présence est « tolérée » sur un périmètre du territoire allemand. Il est contraint de vivre à la charge d’une société dans laquelle il n’a pas la permission de s’intégrer. Pendant plus de deux ans et demi, S. subsiste avec le minimum de l’aide sociale : 188€, dans le logement assigné par sa commune de rattachement et où l’administration sait le trouver. Une période difficile à vivre.
« Non seulement, tu es prisonnier mais pieds et poings liés. » « Sa prison » est délimitée par les frontières de la Rhénanie du Nord Westphalie, « sa cellule » : une petite chambre dans un foyer vétuste, isolé en pleine campagne.
« C’est même pire qu’en prison. Au moins en prison, tu peux travailler. Normalement, à partir de la deuxième année de « Duldung », c’est permis. En théorie. Dans la pratique, c’est au bon vouloir des fonctionnaires. » Régulièrement, pendant cette période, S. trouve un employeur prêt à le prendre. Chaque fois, le bureau des étrangers appose son veto et l’agence pour l’emploi envoie un candidat « plus conforme » pourvoir la place. Les « tolérés » ne sont pas prioritaires dans l’accès à l’emploi, surtout pour des postes non qualifiés .
Le bureau des étrangers se base sur le fait que ceux-ci ne remplissent pas leur devoir de coopération (§11 BeschVerfVO). En ne présentant pas de documents d’identité, ils sont soupçonnés d’entraver leur retour. Pas de passeport, pas d’expulsion. Les étrangers jouent sur ce facteur pour rester. « Je suis pourtant allé à l’ambassade d’Irak à Berlin afin de prouver que j’étais irakien. »
Bien intégré socialement, cependant, dans son nouveau milieu, S. a vu, depuis un an, sa situation s’améliorer légèrement grâce à la solidarité autour de lui. « Beaucoup d’Allemands m’ont aidé, ont pris des risques pour moi. Grâce à mon ami H.,et à ses relations, j’ai obtenu un permis de travail valable pour tous les emplois. » S. gagne, aujourd’hui, sa vie. Il fait les trois huit dans une firme agro-alimentaire et paye maintenant un loyer pour sa chambre.
Il a, cependant, dû demander une autorisation spéciale de circuler afin de se rendre, uniquement, sur son lieu de travail, dans le Land voisin, car l’assignation à résidence et la limitation des déplacements perdurent.
Une semi-liberté difficile à gérer. « Parfois, je me sens libre, parfois non. Mais si je commence à penser sans cesse à ma situation, je ne me sens pas bien. Pourquoi me délivre-t-on toujours des « Duldung » de trois mois alors que je travaille depuis un an ? Si je dépendais d’un autre Kreis, ce serait peut-être différent ?»
Un sort différent, également, s’il avait appartenu à une autre catégorie de la population irakienne ? En 2008, un tiers des demandeurs d’asile en Allemagne venaient d’Irak. 78% ont vu leur besoin de protection reconnu , d’après les chiffres de l’association Proasyl. Ainsi, en mars 2009, l’Allemagne a accueilli les premiers sur 2500 de ses compatriotes, dans le cadre du programme de réinstallation développé par le Haut Commissariat aux Réfugiés à destination des populations particulièrement vulnérables, comme les Chrétiens d’Irak.
L’espoir de S. pourrait venir d’une mesure politique, telle celle prise en novembre 2006 par les ministres de l’intérieur des 16 Länder. Ils avaient décidé d’accorder un titre de séjour provisoire, qui pourrait devenir permanent fin 2009, à certains étrangers « tolérés ». Parmi les conditions requises : un niveau d’allemand suffisant et un contrat de travail permettant de subvenir à ses besoins. Des conditions que S. n’aurait eu aucun mal à remplir. Seul un critère : être sur le territoire allemand depuis au moins 8 ans pour une personne seule l’avait éliminé d’office.
Des associations, comme Proasyl espèrent profiter de cette super année électorale pour attirer l’attention sur la situation des autres « tolérés » de longue date.
De son côté, l’avocat de S. espère s’appuyer sur ses bulletins de salaire et sa capacité à subvenir à ses besoins pour lui obtenir un titre de séjour provisoire. 
«Nous nous engageons pour une vraie démocratie de l’Union européenne»de Johanna Rambeau-Bysäth, publié le 03.06.2009
Madame Ranke-Cormier, vous êtes la tête de liste de Newropeans en Ile-de-France. Newropeans se présente comme le « premier mouvement transeuropéen » : quelles sont ses forces et ses faiblesses par rapport à un parti plus classique ?
Nous ne nous inscrivons aucunement dans le cadre du paysage politique classique. Newropeans est une force nouvelle qui vient bousculer tous les schémas traditionnels parce qu’elle se place uniquement au niveau européen, sans s’appuyer sur des structures nationales. Newropeans a pour objectif la démocratisation de l’Union européenne : notre force, outre tous ceux qui font le mouvement aujourd’hui, ce sont donc les citoyens européens. Notre faiblesse : les 27 systèmes électoraux différents pour désigner les députés au Parlement européen, qui reflètent non pas les enjeux d’une élection européenne, mais bien les enjeux des batailles politiques nationales.
Comment se mène la campagne d’un mouvement ambitieux mais ne disposant pas des ressources des partis classiques ?
Nous disposons effectivement d’un budget restreint. Nos ressources se limitent aux cotisations des membres et à leurs dons sur des activités ponctuelles. Tout le travail de Newropeans se fait sur la base du seul bénévolat.
C’est difficile, surtout en France, où les conditions tant de présentation de listes, de découpages des circonscriptions électorales, mais surtout de financement sont des obstacles quasi infranchissables pour des petits partis citoyens. Par ailleurs les médias français, très parisianistes, font la censure quasi automatique de tout ce qui pourrait sortir du cercle des « copains ». Ceci étant, notre réussite dépasse largement nos ambitions et nous avons toutes les chances d’avoir des élus au Parlement européen.
Vous êtes franco-allemande et vous avez travaillé 15 ans en tant que juriste dans un cabinet franco-allemand. Comment se passe la coopération franco-allemande au quotidien ?
Franchement, je ne me suis jamais posé la question. Je ne suis pas vraiment très intégrée dans les milieux franco-allemands, ou du moins j’estime que c’est comme dans tous les cercles professionnels, on y croise toujours les mêmes personnes autour des mêmes buffets. Je suis franco-allemande de naissance et je passe aussi facilement d’un pays à un autre, tout comme en Autriche où je suis d’ailleurs bien plus souvent qu’en Allemagne.
Ce qui est certain, c’est qu’il y a eu une prise de conscience : nous autres citoyens européens sommes dans le même bain. Vous retomberez toujours sur les mêmes sujets, que vous discutiez autour d’une table dans votre bistrot ou devant votre bière au Gasthaus.
Outre ce « background » franco-allemand, vous avez une grande expérience en matière de militantisme européen – vous militez depuis 1987. Avez-vous l’impression qu’il existe vraiment une UE des citoyens ?
Il y a 500 millions de citoyens européens, mais il n’existe pas d’Union européenne des citoyens – seulement une UE des élites européennes.
Bien sûr que l’Europe apporte beaucoup à ses citoyens, mais tout se fait dans un manque de transparence total et sans aucune concertation avec les peuples. C’est sûr qu’intervenir sur la taille des douilles des ampoules ne demande pas la concertation des 500 millions de citoyens, par contre, l’affaire du vin rosé démontre toute l’hypocrisie du système – seuls les lobbies ont été consultés. Or on sait que la puissance de ces lobbies repose sur leur poids financier. Tant que cela ne changera pas, l’UE des citoyens ne sera qu’une vague promesse.
Comment expliquez-vous le manque d’intérêt pour ces élections européennes ?
Quand les premiers sondages sont sortis voici 2/3 semaines, tout l’establishment européen, y compris les médias, est tombé des nues. Pour nous, cette désaffection n’est pas du tout surprenante. Vous voudriez que des citoyens qui délaissent déjà les urnes pour des élections nationales s’intéressent davantage à des élections encore plus éloignées de leur champ géographique ? Qui plus est à une élection dont ils savent qu’elle n’aura aucun impact, ni au niveau européen, ni au niveau national, car c’est bien ce que médias et partis politiques ont voulu vendre. Newropeans s’oppose à l’UE telle qu’elle se fait actuellement. Vous rejetez le Traité de Lisbonne, vous critiquez la bureaucratie européenne et les leaders politiques nationaux qui conduisent l’Europe dans le mur. On pourrait vous reprocher de jouer sur des arguments « négatifs », de procéder à des critiques qui ne sont pas constructives, et de proposer des solutions irréalistes.
Oui, c'est-à-dire que nous inversons les rôles. En général, les leaders politiques nationaux reprochent aux citoyens de ne rien comprendre à l’Europe. Le discours qui m’a le plus choquée, fut le discours officiel d’Angela Merkel devant le Parlement européen, à l’occasion de la présidence allemande – un discours empreint de dédain envers les citoyens européens. C’est certain qu’à force d’écarter les citoyens du processus, ils s’y reconnaissent de moins en moins.
Tous les milieux européens sont noyautés par les mêmes réseaux, et il est très difficile aujourd’hui de parler d’une Europe différente sans se faire traiter d’eurosceptique ou d’anti-européen. Comme j’aime à le dire, si je dois être eurosceptique aux côtés de plus de 55 % d’Européens qui ont voté contre la Constitution, alors je veux bien. Les électeurs n’étaient pas contre la Constitution, mais ils refusaient tout simplement de donner un chèque en blanc à une machine dont ils ne tiennent pas les commandes.
Nous refusons tout simplement le processus qui a renié et renie encore le vote des citoyens. Comment comprenez-vous l’acharnement à vouloir faire revoter les Irlandais jusqu’à l’obtention du « oui » ? Comment expliquer que plus de 80 % des députés européens ont en fait déjà validé le traité de Lisbonne en refusant de tenir compte du vote irlandais ?
Il est facile d’appeler de ses vœux la démocratisation de l’UE, mais quelles sont les propositions concrètes de Newropeans ?
La démocratisation passe par des mesures très simples, notamment : la suppression des immunités judiciaires à vie des fonctionnaires européens, l’organisation de référendums transnationaux pour toute modification de traité et tout élargissement (à la double majorité du peuple européen et des pays), le respect de la diversité linguistique, le rapprochement des institutions européennes. Et bien entendu une refonte complète des élections européennes.
Le programme en lui-même repose toujours sur le même principe : la transparence. Les pouvoirs du Parlement européen, qui exerce le contrôle démocratique, doivent être étendus. On peut vouloir une Europe sociale, une Europe libérale, une Europe des nations, mais cela ne pourra pas se faire par le haut, il faut que cela vienne du bas.
La révolution au Parlement européen, ça fait peur, mais c’est ce que nous allons faire. Nous avons déjà ouvert une brèche dans le système institutionnel : Newropeans est le premier parti politique européen, nous avons réussi notre pari malgré toutes les difficultés.
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« C’est comme un chapeau magique »de Boris Kühn, traduction Johanna Rambeau-Bysäth, publié le 03.06.2009
Franziska, tu as 29 ans et si tout se passe comme prévu, tu seras bientôt députée au Parlement européen. Qu’est-ce qui t’a amenée si vite à la politique européenne ?
Cela n’est pas arrivé si vite que cela, en fait ; je me suis toujours intéressée à la politique européenne. J’étais dans un lycée franco-allemand, ensuite j’ai étudié en France, donc pour moi, le point central de l’action politique a toujours été européen. Pour les enjeux de société auxquels je pense que nous devrons faire face, comme la lutte contre le changement climatique ou la crise financière, le cadre européen est tout simplement plus adapté que le seul cadre national. De plus – je sais que cela paraît ringard –, l’UE reste toujours le garant de la paix et de la liberté en Europe. Bien que cela ne soit plus aussi évident pour ceux de ma génération, les gens se tapaient encore dessus il y a à peine 60 ou 70 ans. Il faut sans cesse se battre pour la paix et la liberté. C’est également à travers mon travail pour l’UNIFEM à Bruxelles que j’en suis venue concrètement à la politique européenne. D’abord, j’ai plutôt approché les députés européens en tant que lobbyiste (pour des questions de droits des femmes). Puis je me suis dit un jour : moi aussi je peux le faire, je veux participer.
Par ailleurs, je me suis investie pour le référendum sur la Constitution européenne en France en 2005, j’étais sur les places de marché tous les samedis pendant cinq mois, pas seulement avec les Verts, mais aussi de façon généralement pro-européenne avec la JEF (les Jeunes Européens fédéralistes). Cela m’a marquée.
La déception du référendum « perdu » t’a-t-elle alors incitée à devenir à ton tour active dans la politique européenne ?
Oui ! Parce que je sais qu’il existe des critiques justifiées à l’encontre de l’UE, dans beaucoup de domaines, et que les pro-européens y répondent par une défense de principe.
On emploie des arguments comme « nous avons pourtant baissé les prix des téléphones portables », on énumère « what Europe has done for you », et on dit que tout est formidable, mais on ne prête pas attention aux peurs et aux craintes concrètes des gens. Si, toutefois, on n’arrive pas à sortir de cette défense de principe et à se pencher résolument sur les peurs et critiques diverses, on conduit le projet UE dans le mur.
Que doivent alors faire les hommes politiques européens ?
Mon devoir en tant que femme politique européenne est de critiquer très clairement ce que je ne trouve pas correct, de dire qui porte la responsabilité de choses précises, et ce que je propose à la place.
Prenons l’exemple concret de la politique des réfugiés : quand on laisse les gens se noyer dans la mer ou qu’on transfère les centres d’accueil sur les côtes africaines, c’est choquant. On pourrait réagir en disant : que ceux d’en bas s’en occupent, c’est leur problème, gardons nos belles lois sur l’asile. On n’envoie personne là-bas, on ne participe pas à Frontex, on le supprime.
Mais cela ne résoudrait rien.
Non, ça ne résoudrait rien du tout. C’est un problème européen, les réfugiés ne viennent pas en Italie ou en Espagne, mais dans l’Union, ça leur est souvent égal de se retrouver plus tard en Grèce ou au Luxembourg, ils veulent seulement aller quelque part dans l’UE. Nous ne pouvons donc pas renoncer à une réponse européenne commune, ce serait une erreur, mais nous devons veiller à ce qu’il y ait aussi des possibilités légales d’immigration au niveau européen, par exemple avec un permis de travail européen. D’une façon générale : on peut trouver l’orientation politique mauvaise, mais on ne peut pas pour autant rejeter l’UE en tant que telle.
Oui, exactement. J’utilise toujours cet exemple pour essayer d’expliquer la chose : quand je critique Schäuble et que je dis qu’il faut qu’il s’en aille, je ne veux pas dire qu’il faut supprimer le poste de ministre de l’Intérieur, mais que je veux que Schäuble parte. De la même façon, nous devons dire : il s’agit de la politique d’une certaine majorité au Parlement européen, si vous n’en voulez pas, élisez-en une autre.
Seulement, si on n’est pas content de la politique nationale, on la rattache généralement à des personnes spécifiques, comme Sarkozy ou Merkel, et l’on choisit Steinmeier ou Lafontaine à la place. Est-ce peut-être justement cela qui manque en Europe, des personnalités connues comme figures d’identification ?
Oui. Par exemple, j’ai trouvé très décevant que les sociaux-démocrates n’aient pas réussi à présenter un candidat d’opposition quand les conservateurs ont dit que Barroso restait leur candidat pour la présidence de la Commission. On ne sait pas clairement qui cela sera s’ils obtiennent la majorité.
Est-ce que ce manque de personnalisation pourrait être l’une des raisons pour lesquelles le taux de participation électorale a chuté de plus de 20 % depuis 1979, bien que les compétences et l’importance du Parlement européen ne cessent de s’accroître ?
Je le pense. On ne sait pas à l’avance qui va gouverner. C’est comme un chapeau magique : tu votes pour un parti et c’est eux qui choisissent la personnalité déterminante après coup. C’est quelque chose qu’on n’accepterait jamais ici en Allemagne – voter pour le SPD et ne pas savoir qui serait chancelier, Steinmeier, Beck ou Steinbrück ?
Revenons sur ton séjour dans le pays voisin. Pendant tes études, tu as fait de la politique pour les Verts français.
Oui, j’ai contribué à monter le groupe des Jeunes Verts de Sciences-Po. Ce faisant, j’ai toujours essayé de hisser la chose au niveau franco-allemand. J’ai essayé d’entretenir les liens, de faire passer des informations du parti allemand au parti français, d’organiser des échanges. De cette époque, j’ai aussi gardé beaucoup de contacts avec les jeunes Verts d’alors. Maintenir ce réseau est très important pour moi.
C’est aussi une chose que je ferais de toute façon après l’élection : intensifier les relations avec la France. Je crois aussi que sur beaucoup de thèmes, il est essentiel que l’Allemagne et la France se mettent d’accord et ouvrent un dialogue constructif, y compris sur des thèmes litigieux. Il y a tant de malentendus des deux côtés, par exemple en ce qui concerne un gouvernement économique européen. Les Allemands croient toujours que les Français veulent supprimer la Banque centrale ou en veulent à notre argent. A l’inverse, en France, on pense que les Allemands cherchent à prendre le contrôle de la Banque centrale européenne et par-là à obtenir le pouvoir. Malheureusement, cela s’apparente parfois à un « dialogue de sourds » [en français dans le texte]. J’aimerais participer à l’établissement d’un dialogue constructif là-dessus.
Un mot pour conclure, peut-être en réponse aux eurosceptiques : qu’est-ce que l’UE nous apporte de bien, aujourd’hui et demain ?
Ce que l’UE nous permet, selon moi : elle offre un cadre d’action pour régler les problèmes à venir. Pour le changement climatique ou la crise financière, on a besoin d’un cadre d’action plus étendu que le cadre étatique national, et c’est ce que nous donne l’UE. Ensuite il faut qu’on décide des réponses à apporter à ces problèmes – et cela dépend de qui est élu – mais l’important, c’est que nous trouvions pacifiquement des solutions communes, et l’UE nous offre un cadre pour cela. Franziska Brantner, née en 1979, est candidate au Parlement européen, à la prometteuse 11e position de la liste. Elle a étudié les sciences politiques à Paris et New York et prépare en ce moment son doctorat à l’université de Mannheim. En parallèle, elle travaille à Bruxelles pour l’UNIFEM, l’organisation des Nations Unies pour les droits de la femme, et pour la Fondation Bertelsmann, dans la même ville. Elle a fait de la politique pour les Verts au niveau communal – à Fribourg, Paris et Heidelberg –, ainsi qu’au niveau des länder et à l’échelle nationale. Pour le moment, elle se concentre surtout sur la campagne électorale et sur un bon résultat de son parti le 7 juin. |
Le Parlement européenLe Parlement européen, basé à Strasbourg, représente les citoyens européens. Tout comme la Commission, il a un caractère supranational, c’est-à-dire la capacité d’exprimer une volonté propre en dehors de la volonté des Etats qui constituent l’organisation – à l’inverse du Conseil qui représente le pôle intergouvernemental. Cette institution, de simplement décorative qu’elle était au départ, a pris de plus en plus de pouvoir.
Composition
Le Parlement compte actuellement 785 sièges, mais devrait passer à 750 (plus le Président du Parlement) si le Traité de Lisbonne entre en vigueur. La répartition des sièges entre les pays se fait au prorata de leur taille.
A l’origine, le Parlement européen était composé de parlementaires nationaux désignés pour l’occasion : c’est à partir de 1979 que les députés sont élus au suffrage universel direct selon des modalités qui varient d’un pays à l’autre. C’est le signe de l’évolution d'un électorat national vers un électorat européen.
Les parlementaires, élus pour cinq ans, ne sont pas organisés en groupes nationaux mais en groupes politiques. On dénombre 7 groupes parlementaires dont les deux plus importants sont le Parti Socialiste Européen (PSE) et le Parti Populaire Européen et des Démocrates européens (PPE-DE).
Depuis l’entrée en vigueur du traité de Maastricht, qui a introduit la citoyenneté européenne, on autorise les ressortissants d’un Etat membre résidant dans un autre Etat membre à voter et à se présenter dans leur Etat de résidence.
Fonctions
A la différence des parlements nationaux, le Parlement européen dispose d’un pouvoir législatif très limité. Il a cependant acquis une importance grandissante dans le processus décisionnel communautaire, passant de la consultation à la coopération et enfin à la codécision avec le Conseil dès l’entrée en vigueur du Traité de Maastricht en 1994. Il dispose également d’un pouvoir de contrôle sur la Commission, dont il doit approuver la composition, notamment à travers la motion de censure. Il détient aussi le pouvoir budgétaire et possède une fonction d’interface pour les citoyens : il reçoit les pétitions et nomme un médiateur.
Redigé par: Johanna Rambeau-Bysäth |

« Les chefs d’Etat masculins ne furent pas toujours de premier choix »Sophia Gladen, traduction Johanna Rambeau-Bysäth, publié le 21.05.2009
SPD ou CDU, homme ou femme – lequel de ces critères est déterminant aujourd’hui ? C’est la question que pose l’élection du président fédéral. Gesine Schwan du SPD se présente à nouveau face au président sortant Horst Köhler de la CDU. On avait déjà ardemment débattu de la question homme-femme à l’approche des élections parlementaires de 2005. On peut se demander si l’élection d’Angela Merkel a vraiment constitué une étape supplémentaire pour l’émancipation et l’égalité homme-femme. Cependant, si Gesine Schwan remportait les élections le 23 mai, ce serait la première fois que deux femmes se trouveraient à la tête de l’Allemagne. Mais peut-on seulement concevoir une telle féminisation de la vie politique en Allemagne ? C’est sur ce thème que rencontres.de s’est entretenu avec Dr. Brigitte Rauschenbach, ancienne professeur des sciences politiques vues sous l’angle des relations homme-femme à la Freie Universität de Berlin, et co-éditrice de gender-politik-online.
Madame Dr. Rauschenbach, quelle importance a l’élection du président fédéral au cours de l’année électorale 2009, dans un contexte de crise économique pour la République fédérale d’Allemagne ?
Comme le président allemand, à la différence du président de la République française, exerce, sans être élu au suffrage universel, des fonctions essentiellement représentatives, l’importance de cette élection est plutôt secondaire. Toutefois, un changement de président pourrait envoyer un signal non négligeable et dans cette mesure, pourrait tout de même avoir des conséquences sur les élections parlementaires.
Gesine Schwan se présente de nouveau face à Horst Köhler, qui l’avait battue de justesse aux élections de 2004. Existe-t-il des études scientifiques pour savoir comment réagirait la population allemande à la présence d’une seconde femme (en plus d’Angela Merkel) à la tête du pays ?
Il existe un grand nombre de sondages, d‘après lesquels le président sortant Köhler devance clairement la candidate Gesine Schwan dans les bonnes grâces de la population. Ces sondages traduisent cependant surtout la préférence dont bénéficie le candidat sortant face à celle qui lui dispute sa place, et ne s’expliquent pas forcément par le fait que la challenger soit une femme. En même temps, on peut en déduire que dans un pays avec une culture conservatrice concernant les sexes (toutefois en mutation) la présence de deux femmes à la tête de l’Etat serait ressentie comme une demande politique exagérée. Avant les élections de 2004, le fait qu’une femme soit pressentie pour être la candidate conservatrice avait déjà été perçu comme une menace pour la position d’Angela Merkel. Qu’impliquerait une victoire de Gesine Schwan pour le rôle public de la femme ? Et aussi au niveau de l’avenir politique de l’Allemagne ?
Jusqu’à présent, dans l’élection du président et de la chancelière, il s’agissait uniquement d’imposer une femme face à un homme au poste de chef de l’Etat ou plutôt de chef de gouvernement. Cette fois, l’élection d’une femme au poste de présidente fédérale conduirait à ce que deux femmes caracolent en tête de l’Etat, prenant la place des hommes qui l’occupaient autrefois. On peut s’attendre à ce que cela entraîne un débat important et attire l’attention de l’opinion publique et aussi de l’étranger. Mais ce scénario comprend aussi un risque. Rétrospectivement, les chefs de l’Etat allemand, jusqu’à présent exclusivement de sexe masculin, n’étaient nullement de premier choix. Cependant, l’opinion publique n’a pas attribué les erreurs et les faiblesses des présidents passés à leur sexe. On peut prédire que cela changerait vite si deux femmes se trouvaient à la tête de l’Etat. Si elles s’en sortaient bien, on l’attribuerait à leur personne, si elles s’en sortaient mal, on l’attribuerait à leur sexe. Quoi qu’il en soit, la présence d’une femme au poste de présidente fédérale serait une avancée importante pour la normalisation des rapports démocratiques homme-femme.
La discussion publique autour de Gesine Schwan tourne plus autour de ses positions politiques que de son sexe : est-ce un succès pour l’émancipation et l’égalité des sexes?
Dans l’offensive pour Gesine Schwan en 2004, surtout portée par des femmes, il s’agissait, en plus des compétences personnelles de la candidate, de la qualification d’une FEMME pour le poste politique le plus haut placé. Si la discussion publique, surtout dans le cercle de celles qui soutiennent publiquement Gesine Schwan, fait aujourd’hui abstraction de la question du sexe, cela n’est sans doute pas vraiment dû au progrès de la République fédérale en matière d’égalité des sexes, mais plutôt au fait que la présence de deux femmes à la tête de l’Etat reste un sujet tabou. Pour des raisons tactiques, on renonce donc plutôt à cet argument, afin de ne pas diminuer les chances de Gesine Schwan. C’est seulement s’il était parfaitement normal que des femmes soient à la tête de l’Etat – cet entretien n’aurait alors même plus lieu d’être mené – que la lutte pour l’égalité des sexes – qui a naturellement encore bien d’autres aspects – atteindrait l’un de ses objectifs importants.
Pour en savoir plus:
http://www.gender-politik-online.de/
Boîte infosLe président de la République fédérale d’Allemagne réside officiellement à Berlin, au château de Bellevue. Ses fonctions sont déterminées au chapitre V de la Constitution.
Désignation
Le président fédéral est désigné par un collège électoral, l’Assemblée fédérale ou Bundesversammlung, qui regroupe l’ensemble des députés du Bundestag et un nombre égal de personnes désignées par les représentants des
parlements des Länder. Il est élu pour 5 ans et rééligible une seule fois.
Fonctions
Le président fédéral a essentiellement un rôle représentatif. Chacun de ses actes doit être contresigné par le chancelier fédéral ou par le ministre fédéral compétent, ce qui explique son surnom de « notaire fédéral ».
Il représente l’Allemagne sur le plan international, c’est-à-dire qu’il signe les traités et accrédite et reçoit les représentants diplomatiques.
Il promulgue les lois définitivement adoptées et vérifie leur conformité à la Constitution, mais la question de savoir s’il peut refuser de signer une loi qu’il jugerait anticonstitutionnelle est controversée.
Il propose un candidat au poste de Chancelier au Bundestag ; il nomme ensuite le candidat élu et le révoque à la demande du Bundestag. Il nomme et révoque les ministres fédéraux sur proposition du chancelier fédéral. Il nomme et révoque aussi les juges fédéraux, les fonctionnaires fédéraux, les officiers et les sous-officiers.
Il peut exercer le droit de grâce dans des cas particuliers.
Il peut ordonner la dissolution du Bundestag si celui-ci échoue par trois fois à élire un chancelier fédéral à la majorité absolue ou rejette une motion de confiance proposée par le chancelier fédéral.
Redigé par: Johanna Rambeau-Bysäth |
Les cinq derniers présidents fédéraux Karl Carstens (1979–1984)Né en 1914 et décédé en 1992, cet avocat entre au service du gouvernement dans les années 1950. Il est élu au Bundestag en 1972 où il devient le président du groupe CDU-CSU alors dans l’opposition, avant d’être élu président fédéral en 1979. Richard von Weizsäcker (1984–1994)Né en 1920, il fut membre du Bundestag de 1969 à 1981 avant de devenir maire-gouverneur de Berlin de 1981 à 1984. Ce membre de la CDU était le seul candidat à se présenter au poste de président fédéral en 1984. Roman Herzog (1994–1999)Né en 1934, ce professeur de droit public et de sciences politiques exerça diverses fonctions politiques avant de devenir président du Tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe en 1987. Membre de la CDU, il fut élu président fédéral en 1994. Johannes Rau (1999–2004)Né en 1931 et décédé en 2006, il fut ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie de 1978 à 1998. Membre du SPD, il fut candidat malheureux au poste de chancelier fédéral en 1987 face à Helmut Kohl. Il se présenta ensuite sans succès au poste de président fédéral en 1994 contre Roman Herzog, avant d’être élu en 1999. Horst Köhler (2004–2009)Né en 1943, il a occupé plusieurs postes aux ministères allemands de l’Économie et des Finances avant de prendre la tête de la Fédération allemande des caisses d’épargne en 1993. Il fut ensuite président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement de 1998 à 2000, puis président du FMI de 2000 à 2004, poste dont il démissionna pour devenir le candidat de la CDU et des libéraux à la présidence fédérale. Il a annoncé sa candidature à un second mandat. 
Les élections européennes : ces inconnuesAndré Glasmacher, traduction Moira Berger, publié le 01.05.2009
Le poulet plumé repose, blafard, les pores dilatés, dans sa barquette de polystyrène blanche, parfaitement emballée sous cellophane. Aucune étiquette n‘indique le lieu de production de la volaille ; aucune étiquette n’indique où les acheteurs peuvent faire une réclamation s’ils soupçonnent la viande d’être avariée. Tel n’est pas le cas avec le « poulet européen » conforme à la défense du consommateur. Il gît, certes tout aussi blanchâtre et peu appétissant, dans sa barquette blanche, mais de nombreuses étiquettes fournissent des informations concernant sa provenance, sa production ou avertissent du danger de la viande périmée. L’acheteur sait donc ici à quoi s’en tenir.
Ces poulets sont exposés depuis avril dans toute l’Europe sur les affiches électorales officielles du Parlement européen, le texte étant adapté à chaque pays. On peut lire sur les panneaux d’affichage en Allemagne : Verbraucher schützen – aber wie ? (« Protéger les consommateurs – mais comment ? »), et en France « Quelles informations sur les étiquettes ? ». Même la langue utilisée sur le logo électoral, une étoile européenne jaune, dessinée à la main, a été adaptée à chaque pays. Le slogan allemand est « Deine Entscheidung » (« Ta décision ») et le slogan français « À vous de choisir ».
C’est avec une campagne de communication concertée de grande ampleur que le Parlement européen veut mettre fin à la baisse du taux de participation aux élections. Depuis les premières élections européennes en 1979, la participation électorale dans l’Union européenne a diminué, passant de 62 % à 45,5 % dernièrement. En Allemagne, seulement 43 % des électeurs se sont déplacés aux urnes en 2004, comme en France où on a atteint tout juste les 43 %. Rien n’indique que la participation électorale sera plus élevée cette année. Selon un sondage mené dans toute l’Europe par l’Eurobaromètre en janvier 2009, seules 26 % des personnes interrogées savaient que des élections européennes auraient lieu en juin. De surcroît, seuls 51 % des interviewés déclaraient faire confiance au Parlement européen.
C’est pourquoi la campagne a dans un premier temps pour objectif d’annoncer la tenue des élections européennes et dans un deuxième temps d’attirer l’attention sur l’importance du Parlement européen. Les électeurs peuvent ainsi décider directement de la direction politique que doit emprunter l’Union européenne et de la façon, par exemple, dont la politique énergétique de l’avenir devra être menée. C’est ainsi que les vice-présidents du Parlement européen, Alejo Vidal-Quadras et Mechtild Rothe, ont résumé les intentions de la campagne, en mars, lors de sa présentation.
15 000 panneaux d’affichage dans 100 villes de l’Union européenne ont pour tâche d’éveiller la conscience politique. Des installations en 3D en plein air de quatre mètres de haut, des cabines multimédia dans lesquelles les électeurs et électrices peuvent se faire filmer en train d’exprimer leur opinion sur différents thèmes, la diffusion de spots à la radio et à la télévision complètent cette campagne d’un coût d’environ 18 millions d’euros conçue par l’agence de publicité allemande Scholz & Friends. La campagne électorale du Parlement européen est néanmoins purement informative. Elle n’a pour rôle que d’attirer l’attention sur les élections et ne fait aucune publicité pour les différents partis. Ils doivent mener leur propre campagne électorale.
Les budgets consacrés à cet effet sont beaucoup plus modestes. En Allemagne, les Verts ont prévu un million d’euros, le FDP (parti libéral allemand) 1,4 million d’euros. En effet, la spécialiste en sciences de la communication Christina Holtz-Bacha note dans l’hebdomadaire allemand Das Parlament (« Le parlement ») que les élections européennes restent ce qu’on appelle des « campagnes low-key » (ndlr : des campagnes low-key sont des campagnes sobres, sans exagération). Les campagnes électorales sont chères et en cette « super » année électorale, les partis allemands économisent plutôt leurs ressources pour l’automne et les élections au Bundestag (Parlement fédéral). Ils se doutaient surtout aussi de ne pas pouvoir mobiliser les électeurs avec des thèmes européens, poursuit Holtz-Bacha. « Beaucoup ne savent pas du tout ce qu’est le Parlement européen ni ce qu’il fait ».  |  | |
Cette ignorance n’est pas nouvelle, pas plus que le mépris du plénum. L’expression « Si tu as un papi, envoie-le en Europe » a même circulé des décennies durant en Allemagne, conformément à l’idée populaire selon laquelle on se débarrasse des hommes ou des femmes chargés de la politique fédérale ou d’un Land devenus encombrants en les mettant au rebut à Bruxelles. Le Parlement européen était considéré comme une instance impuissante, donc superflue. Le Parlement se constitua pour la première fois en 1958 – comme une sorte d’assemblée au sein de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, ancêtre de l’Union européenne actuelle. À cette époque, les députés y étaient délégués par les gouvernements, généralement en tant que représentants des parlements nationaux. À ce titre, ils cumulaient deux mandats et étaient en mesure d’invoquer, au besoin, leur droit de contrôle et leur droit à l’information.
Cette époque est cependant révolue depuis longtemps. Le Parlement européen est désormais un équipier de poids dans le trio de tête européen qu’il forme avec la Commission européenne et le Conseil des ministres des 27 gouvernements de l’Union européenne. Les 785 députés européens se partagent le pouvoir législatif avec le Conseil des ministres et disposent des mêmes droits que ce dernier pour décider du sort de plus de deux tiers des propositions de lois européennes. Dans des domaines comme la politique de l’environnement, les transports, la protection des consommateurs, l’immigration et tous les dossiers relevant du marché unique, le Parlement européen peut accepter, modifier ou rejeter les propositions de lois de la Commission européenne. Les députés refusèrent ainsi en juillet 2005 une proposition de la Commission concernant la brevetabilité d’inventions logicielles, ce qui aurait signifié la fin de nombreux programmes open-source (ndlr : source libre) gratuits.
Compte tenu du fait qu’aujourd’hui déjà, les parlements nationaux ne peuvent plus décider librement car le droit de chacun des États est soumis, pour l’essentiel, au droit européen, il vaut vraiment la peine de faire une petite croix sur le bulletin de vote européen. Et c’est là-dessus, en substance, que mise la campagne électorale européenne, en tentant de mettre en avant la marge de manœuvre dont dispose le Parlement. La campagne est centrée sur des problèmes centraux de société, d’économie et d’écologie au sujet desquels les électeurs peuvent donner le ton. Sont soulevées des questions telles que « Faut-il plus ou moins de sécurité ? », « Quelle ampleur le contrôle exercé sur les marchés financiers doit-elle prendre ? », « L’Europe deviendra-t-elle une forteresse pour se protéger de l’arrivée d’immigrés clandestins ? ».
Ce faisant, le Parlement européen joue sur « l’effet Obama » : le candidat à la présidence américaine était présent sur tous les sites de médias sociaux. Il mobilisa aussi de cette manière surtout les jeunes électeurs et se donna une image in et sexy. Le même procédé est censé fonctionner maintenant pour les élections européennes. MySpace, Facebook ou Flickr doivent rapporter des voix – justement parmi les jeunes électeurs. Le Parlement possède déjà sa propre chaîne de télévision sur Youtube. L’activité du Parlement n’est cependant pas très représentée sur d’autres sites de médias sociaux. Seul le bureau d’informations autrichien du Parlement européen a un compte actif sur Facebook – avec 846 utilisateurs inscrits.
Il existe cependant d’autres comptes sur Facebook en rapport avec le Parlement, créés par des utilisateurs. Deux groupes font par exemple allusion au sempiternel débat, à savoir si le Parlement doit continuer à siéger aussi bien en France qu’en Belgique. Pour le moment, Strasbourg est en tête : le groupe « Pour que le Parlement européen reste à Strasbourg » réunit 1 037 membres, le groupe « Pour que le Parlement Européen reste à Bruxelles » seulement 349. Un autre groupe délivre un message sans ambiguïté : « Fuck the European Parlament ». Il ne rassemble actuellement que 15 utilisateurs. Pour l’instant. Teaser © For the European Parliament BRUNO AMSELLEM/SIGNATURES, 2009 Photo 1 © European Parliament, 2009 Photo 2 © European Parliament, 2009 
La liberté de la presse est-elle en danger ?Christina Boge, traduction Sylvie Lagnous, publié le 01.05.2009
La journée mondiale de la liberté de la presse aura lieu pour la 16e fois, comme chaque année, le 3 mai. Mais à dire vrai, il n’y a guère de quoi faire la fête. Au début de l’année, l’organisation de droits de l’homme Reporters sans frontières a publié un nouveau classement de la liberté de la presse. Surprise : la France occupe seulement la 35e place, derrière la Namibie et le Mali. À la 20e place, l’Allemagne ne fait pas non plus très bonne figure.
Même si la liberté de la presse s’inscrit dans les principes fondamentaux d’une démocratie, les reportages indépendants et les opinions non censurées ne sont pas toujours une évidence.
La légalisation de mesures de mise sur écoute clandestine En Allemagne, la liberté de la presse est ancrée dans la Loi fondamentale, mais la politique tente depuis peu de la mettre à mal : en décembre de l’année dernière, les membres du Bundestag ont voté la loi de l’Office fédéral de la police criminelle. Celle-ci ouvre la voie à des perquisitions secrètes en ligne, aux surveillances de conversations téléphoniques et du courrier électronique. Par ailleurs, l’Office fédéral de la police criminelle peut désormais contraindre les journalistes à révéler les résultats de leurs recherches et les noms de leurs sources. Ces coups de canif dans la liberté de la presse sont violemment contestés. « Les informateurs doivent pouvoir s’adresser confidentiellement aux journalistes (...). Ce n’est qu’à cette condition que les journalistes sont en mesure de faire des investigations et de révéler des irrégularités », déclare Reporters sans frontières, qui critique ces innovations. « Nous protégeons la liberté de la presse », rétorque Wolfgang Schäuble, ministre fédéral de l’Intérieur et initiateur de la loi. Il déclare que la loi sert « seulement et exclusivement à se protéger contre le terrorisme ». Dans une interview au Verein Berliner Journalisten (Association des journalistes berlinois), il justifie ainsi cette assertion : la loi BKA est en adéquation avec la Loi fondamentale. Elle réglemente la protection des journalistes, ainsi que le prévoit le code de procédure pénale. D’autre part, c’est un juge indépendant qui décide, au cas par cas, des possibilités d’action du BKA. Ce dernier procède donc à un examen minutieux avant de solliciter des mesures de mise sur écoute. En dépit des déclarations lénifiantes de Schäuble, de nombreux journalistes sont mal à l’aise.
Politique de parti à la ZDF La tentative du ministre-président de la Hesse, Roland Koch (CDU), de révoquer le rédacteur en chef de la ZDF, Nicolaus Brender, a suscité un nouvel émoi dans le paysage médiatique allemand. Les chaînes publiques allemandes sont dotées d’un organe de surveillance dans lequel siègent aussi des représentants de partis politiques, des syndicats et des églises. Pour la ZDF cet organe de contrôle est constitué majoritairement de sympathisants de la CDU et pourrait donc faire passer la demande de Koch. Markus Schächter, intendant de la ZDF, et un grand nombre de journalistes connus prennent cependant la défense de Brender. Ils font notamment l’éloge de son impartialité. Koch lui oppose l’argument des indices d’audience de la ZDFsoi-disant mauvais. Selon la loi sur la radiodiffusion, ceux-ci sont cependant de moindre importance. La mission des médias de service public est de concevoir un programme de grande qualité et, surtout, indépendant. Claus Kleber, présentateur de « Heute-journal », et d’autres journalistes de la ZDF, ont qualifié cette ingérence politique d’« intervention déterminante dans la liberté d’informer ». L’intendant Schächter a alors ajourné la décision au lendemain des élections parlementaires de l’automne. Les médias en France : marionnettes de Sarkozy ? En France aussi, politique et médias font depuis longtemps bon ménage: Nicolas Sarkozy est souvent critiqué pour ses bonnes relations avec les médias. Martin Bouygues,patron de la célèbre chaîne TF1, fut témoin au premier mariage de Sarkozy. Dans la presse écrite, le président entretient des contacts étroits avec Arnaud Lagardère, l’influent actionnaire du Monde et du Journal du dimanche, et avec Serge Dassaut, propriétaire du Figaro. Nombreux sont ceux qui voient ces amitiés d’un œil critique, puisque Sarkozy pourrait s’en servir pour influencer la couverture médiatique à son profit. On raconte ainsi que le célèbre journaliste Patrick Poivre d’Arvor a perdu l’an passé son poste de présentateur du journal télévisé pour avoir publiquement discrédité Sarkozy.
C’est de façon très officielle que le Président français s’est réservé un droit de codécision renforcé en réformant l’audiovisuel de service public. Depuis janvier de cette année, il peut nommer et révoquer les présidents de la radio et de la télévision. Ce décret n’est pas le seul à mettre en péril la liberté de la presse. Les Reporters sans frontières observent d’un œil inquiet « le nombre élevé de perquisitions dans les rédactions, d’enquêtes contre les médias et d’assignations de journalistes devant les tribunaux ». La France détient, au sein de l’UE, le triste record d’arrestations de rédacteurs dénonçant dans leurs articles des irrégularités en politique.
Ce n’est donc pas uniquement la crise économique qui pousse les journalistes français à « se réfugier » de plus en plus sur Internet : ils peuvent y écrire sans devoir redouter une mise à pied.
L’État élargit son influence sur les médias, l’indépendance journalistique est limitée - mais bien rares sont les Français et les Allemands qui semblent en être conscients. Le 3 mai, les journalistes attireront à nouveau l’attention sur leur situation afin que la liberté de la presse ne soit pas davantage réduite. Le philosophe Albert Camus reconnaissait déjà son importance : « Une presse libre peut être bonne ou mauvaise, mais une presse privée de liberté ne peut être que mauvaise ».
Pour en savoir plus
www.tagesschau.de
www.reporter-ohne-grenzen.de www.unesco.de
www.spiegel.de 
La présidence tchèque européenne : un parcours d’obstaclesIsabel Hummel, traduction Céline Maurice , publié le 15.03.2009
Dès la fin de l’année dernière, il était évident que le cheminement commun la présidence européenne de son pays des Tchèques et de l’Union européenne serait cahoteux. En novembre, une délégation du Parlement européen rendant visite au président Václav Klaus à Prague avait déjà semé le trouble. D’abord, le député franco-allemand Daniel Cohn-Bendit interrogea le président sur ses relations avec le mouvement irlandais Libertas, qui s’oppose au Traité de Lisbonne, puis le président du Parlement Hans-Gert Pöttering lui remit un drapeau européen en le priant de le hisser sur le bâtiment présidentiel. Un véritable affront à cet eurosceptique qui avait annoncé peu avant ne pas souhaiter faire flotter le drapeau européen pendant la durée complète de présidence européenne de son pays. On arriva tout juste à le convaincre de ne pas annuler la rencontre.
Des temps difficiles Durant sa présidence du Conseil, la République tchèque devra faire en sorte que le traité européen soit ratifié par tous les États membres. Une tâche difficile, d’autant que le pays n’a lui-même pas encore approuvé ce traité. Le président Klaus se montre dans ce domaine peu coopératif. Il rencontre d’autres eurosceptiques en Irlande et publie, à temps pour sa présidence du Conseil, un ouvrage intitulé Le Président de la République sur le Traité de Lisbonne, dans lequel il attire l’attention sur les dangers de ce traité qui, selon lui, réduirait la souveraineté de son pays.
Le Premier ministre Mirek Topolánek, qui est pourtant un Européen convaincu, se met lui-même en difficulté lors d’un discours au Parlement de Strasbourg en jugeant le traité « très moyen » et « un peu moins bon » que le précédent Traité de Nice. Ironique certes, comme cela fut expliqué après coup, mais cela nourrit tout de même les doutes sur la présidence tchèque du Conseil. En plus de ce faux pas, Topolánek doit aussi faire face à des difficultés politiques internes. En octobre de l’an dernier, son gouvernement survécut de justesse à une quatrième motion de censure et perdit par la suite tellement de voix aux élections communales que son parti n’a désormais plus de majorité au Parlement. L’entrée en fonction de la présidence du Conseil devait malgré tout être célébrée : on avait pensé à un collage commun, composé par des artistes des 27 pays membres, sur le thème des préjugés en Europe. Cette déclinaison de stéréotypes fut très caricaturale, le gouvernement bulgare en particulier fut choqué : son pays était représenté par des pissotières. Le scandale fut complet lorsqu’on découvrit que le sculpteur auquel on avait confié le projet, David Cerny, avait menti et construit l’œuvre, sans respecter le cahier de charges, avec uniquement deux collègues.
Entre crises internationales et course au pouvoir française Un mauvais départ pour le petit pays, qui prend une difficile succession : la France avait, durant sa présidence, fait bouger beaucoup de choses, même si ses tentatives n’avaient pas toutes été couronnées de succès. Il n’est apparemment pas question d’imiter le dynamique président Sarkozy – le programme tchèque est beaucoup moins ambitieux, ce qui, vu le moindre poids politique du pays, est compréhensible. Nicolas Sarkozy, en attendant, semble avoir du mal à accepter la fin de sa présidence du Conseil européen. Lors de la récente phase intensive de la crise au Proche-Orient, il rendit visite à divers chefs d’État pour négocier (un rôle qui aurait en fait dû échoir au pays président, la République tchèque), et convoqua une rencontre des pays européens au sujet de la crise financière.
Mais même sans l’intervention du président français, la République tchèque a fort à faire : la crise financière requiert une direction forte, le conflit au Proche-Orient comme celui sur le gaz entre la Russie et l’Ukraine nécessitent aussi un intermédiaire. La guerre de Géorgie, qui n’est pas encore éclaircie, complète le tout. Débuts de solution et nouveaux départs La République tchèque a eu la main heureuse en établissant avant son entrée en fonction trois thèmes prioritaires : économie, énergie et relations extérieures – des sujets qui correspondent tous exactement aux crises actuelles. Contre la crise économique, la République tchèque veut soutenir les petites et moyennes entreprises. La compétitivité de l’Europe et la confiance des consommateurs doivent être améliorées et le chômage diminué. On souhaite continuer à libéraliser le secteur agricole et à étendre la liberté de circulation des employés. Ce dernier point va rencontrer la résistance de la plupart des États ouest-européens, qui viennent tout juste de prolonger de trois ans les limitations du marché du travail pour les Roumains et les Bulgares. « L’Europe sans frontières » – le slogan de la présidence européenne – ne sera pas instaurée sans difficultés. Les tentatives protectionnistes de certains États, soucieux de leur économie nationale, posent là aussi des problèmes. Nicolas Sarkozy a récemment énervé le gouvernement tchèque en réfléchissant à interdire aux constructeurs automobiles français toute production dans les pays de l’Est de l’Europe.
Des négociations avec des partenaires de l’UE sont aussi à l’ordre du jour. L’Union européenne espère, avec Barack Obama à la tête des États-Unis, redéfinir les relations transatlantiques.
La querelle au sujet des livraisons de gaz entre la Russie et l’Ukraine a fait de la sécurité énergétique un thème important pour l’Europe. Il est prévu, pour moins dépendre à l’avenir de la Russie comme gros fournisseur d’énergie, de développer le marché énergétique intérieur à l’UE, d’utiliser de nouvelles ressources et d’élargir géographiquement l’approvisionnement.
En mai, au sommet UE-Russie, un nouvel accord de partenariat doit être conclu, garantissant ainsi les livraisons d’énergie. Un thème très actuel lors des négociations avec la Russie : malgré les protestations de la Russie, la République tchèque et la Pologne ont conclu en été 2008 un accord avec les États-Unis sur le stationnement d’un centre américain de radar avec missiles d’interception La Russie a qualifié de menace le stationnement de telles installations. Les États-Unis, en revanche, justifient cette mesure en évoquant la menace de missiles iraniens. Le traité sur le bouclier de protection antimissile n’a toutefois pas encore été ratifié par les Parlements. La République tchèque veut à tout prix empêcher un veto russe à ce sujet et a exigé lors de la conférence de sûreté de Munich que l’OTAN ne donne pas à la Russie de droits supplémentaires. Avec la présidence tchèque, le sommet approchant pourrait donc bien devenir une partie de poker.
Les États des Balkans sont également inscrits à l’agenda. La République tchèque soutient une ouverture de l’Union européenne à ces États, les pays-membres plus anciens voient cela avec scepticisme. Un sommet UE-Balkans est tout de même prévu.
La République tchèque a aussi beaucoup de travail en perspective dans ses propres rangs : la ratification du Traité de Lisbonne a encore été repoussée. Le président Klaus n’a certes pas d’influence politique réelle, mais c’est lui qui doit signer le traité – ce à quoi il n’est jusqu’ici pas encore près.
La République tchèque a donc un programme chargé pour les prochains mois. On ne doit donc peut-être pas trop en vouloir au Premier Ministre Topolánek s’il répond, quand on lui demande ce qu’il attend avec le plus d’impatience dans le cadre de cette présidence : « Le 30 juin ».
Pour en savoir plus :
www.polixea-portal.de
www.euractiv.com
Boîte infosRépublique tchèque
La République tchèque a environ 10 millions d’habitants, appartenant pour la plupart à l’Église romaine catholique. Le pays est membre de l’Union européenne depuis la 1er mais 2004 et occupe pour la première fois, du 1er janvier au 30 juin 2009, la présidence du Conseil européen.
Histoire de l’État :
Le 28 octobre 1918 est fondée la République tchécoslovaque. Après la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste remporte les élections nationales en 1946 et développe tant son pouvoir qu’en 1948, il peut modifier la Constitution et modeler le pays à la manière de l’Union soviétique. Le 16 juin 1960, cela est rendu encore plus clair par la modification du nom du pays en République socialiste tchécoslovaque (ČSSR). Ce n’est qu’en 1989, suite à la « Révolution de velours » (non violente), que les structures gouvernementales soviétiques sont supprimées. Des partis indépendants sont fondés et le 29 mars 1990 a lieu un deuxième changement de nom : République fédérale tchécoslovaque (ČSFR). Les premières élections libres ont lieu en juin 1990. Comme on ne parvient toutefois pas à s’entendre sur un modèle étatique commun, la ČSFR disparaît le 1er janvier 1993 et deux États indépendants apparaissent : la République tchèque et la Slovaquie.
Politique :
La République tchèque est une démocratie parlementaire avec un Parlement à deux chambres. Le chef de l’État est Václav Klaus (réélu pour cinq ans en mars 2008). Le Premier Ministre Mirek Topolánek de l’ODS (démocrates bourgeois) dirige un cabinet de coalition constitué des conservateurs de l’ODS, des chrétiens démocrates (KDU-ČSL) et des Verts. Pour s’assurer de la majorité au Parlement, il doit en plus s’appuyer sur des indépendants.
Le ministre des Affaires étrangères est Karel Schwarzenberg. |

Sarkozy président de l’UE, nouvel espoir de la coopération franco-allemande ?Basile Ridard, publié le 15.09.2008
« Angela et moi, on fait un couple harmonieux. » Le 1er mai dernier, Sarkozy a prononcé un discours aussi enflammé qu’improvisé lors de la remise du prix Charlemagne à la chancelière pour son engagement européen. Déclaration suivie de quelques rires à peine masqués de l’auditoire. Au regard de l’année écoulée sous la présidence Sarkozy, les relations franco-allemandes ont en effet été plus souvent tumultueuses qu’amoureuses. Décalage de style, de ton et de discours entre les deux dirigeants… Mais ce 1er mai, le président Sarkozy avait à cœur de relancer la coopération franco-allemande, à deux mois du début de la présidence française du Conseil européen. Il sait qu’il devra compter sur les Allemands pour mettre en route ses projets de réforme pour l’Europe. Et qu’importe si cela doit passer par un vibrant hommage à la chancelière Merkel et une description de la relation franco-allemande quelque peu romancée…
Bien sûr, le moteur franco-allemand a enregistré quelques succès l’année passée, et non des moindres. Le plus important reste l’accord de 2007 sur le traité européen de Lisbonne, qui devrait entrer en application le 1er janvier 2009. Ratifié par la plupart des pays européens par voie parlementaire, il a été refusé par l'Irlande lors d'un référendum irlandais en juin dernier. Ce serait alors une situation cauchemardesque pour le président français, qui verrait s’assombrir l’avenir de « son » traité.
Fin juin 2007, il s'était en effet attribué la réussite du succès des négociations sur le « traité simplifié ». Il avait ainsi heurté les Allemands et leur chancelière, qui avaient été les véritables meneurs de ces négociations difficiles. Un « couac » parmi d’autres dans la communication du tandem Merkel-Sarkozy. L’annulation du sommet prévu début 2008 entre les deux pays a une nouvelle fois révélé la période de troubles traversée par le couple franco-allemand.
Alors que présager de l’avenir ? Sera-t-il plus radieux que l’année écoulée ? On peut en douter, même si le 1er mai dernier, le président français a montré sa volonté de changer. On ne demande qu’à le croire. Mais les sujets de frictions restent nombreux.
Le projet français, très ambitieux, est constitué de quatre grandes priorités : le développement d’une politique concertée sur l’immigration, le renforcement de l’Europe de la Défense, la mise en place d’une nouvelle politique sur l’énergie et le développement durable, et enfin une réévaluation complète de la politique agricole commune. Un programme aussi chargé a imposé un sérieux travail en amont. Mais toute préparation, aussi bonne soit-elle, ne peut éluder tous les problèmes et questions qui vont inévitablement surgir au fil des discussions sur les réformes envisagées… Le président Sarkozy veut ainsi créer une véritable politique de l'immigration européenne, idée largement partagée par l'Allemagne. Les deux pays sont confrontés à une immigration clandestine assez importante. Tous deux souhaitent s'inscrire dans une logique durable d'un contrôle plus rationnel des flux migratoires.
La France veut augmenter le budget et étendre l'influence de l'Europe de la défense. Mais cela n'efface pas les craintes de certains partenaires européens, qui s'inquiètent des penchants atlantistes de « Sarkozy l'Américain », à l'heure où l'Europe de la défense doit devenir plus indépendante.
Le président français souhaite également développer et axer la politique de l'énergie européenne dans une perspective de développement durable. La France a depuis longtemps trouvé son arme contre le changement climatique, l'énergie nucléaire, et tient à la promouvoir au sein de l'Europe. Mais ce sujet fait l'objet de vives tensions. Cela s'oppose en effet à la conception allemande, avec la fermeture de la dernière centrale prévue pour 2020. C'est désormais au gouvernement français de reprendre les discussions sur la libéralisation du secteur de l'énergie pour parvenir coûte que coûte à un compromis. La France a également l'intention de réduire l'émission des gaz à effet de serre émis par la circulation automobile. Avec les Allemands, producteurs de grosses berlines, un début d’accord a été obtenu sur ce point, mais cela reste un sujet épineux qui devra être clarifié.
Un changement de la PAC (politique agricole commune ; voir à ce propos l'article de Boris Kühn « Entre subvention et solidarité – la politique agricole européenne en mutation » dans notre édition du 15 juillet 2008), dont la France est le premier pays bénéficiaire, est également à l’ordre du jour. La PAC représente encore une grosse part du budget européen et a toujours été un sujet très sensible. A l’heure d'une crise alimentaire mondiale sans précédent, l'Allemagne et de nombreux autres pays européens tiennent vraiment à une réforme radicale à ce sujet.
Enfin, la création d'une Union méditerranéenne, projet particulièrement ambitieux, reste un parcours semé d'embûches. La France a déjà dû revoir ses positions à la baisse, sous la pression de l'Allemagne. La chancelière Merkel craint en effet qu'une telle union puisse mettre à mal l'unité de l'UE, et exclure potentiellement les pays non méditerranéens. Le gouvernement français se résout désormais à parler d'une « Union pour la Méditerranée », créée le 13 juillet dernier à Paris. Mais le scepticisme allemand persiste et risque de donner encore du fil à retordre à la présidence française sur ce projet.
Ces réformes d'envergure seront difficiles à faire adopter et se trouveront inévitablement confrontées à l'opinion européenne. L'expérience actuelle de la popularité de Nicolas Sarkozy en France, qui n'en finit pas de baisser au fur et à mesure des réformes successives, n'augure rien de bon… Néanmoins, avec l'appui et la confiance des principaux partenaires européens, le président peut espérer aller jusqu'au bout de ce qu'il compte faire. Une confiance et une légitimité indispensables pour traverser les nombreux écueils qui l'attendent. Encore faudra-t-il conserver d'excellentes relations avec le voisin allemand, et garder le sens du compromis. La clef du succès de la présidence française est à chercher au cœur des relations franco-allemandes… 
Die Linke et la nouvelle donne politique allemandeSébastien Vannier, publié le 01.06.2008
Die Linke est certes une formation très jeune mais a déjà un passé à prendre en compte pour comprendre son identité. Ce parti est le résultat de la fusion en juin 2007 de deux groupes politiques : le PDS (Partei des Demokratischen Sozialismus) et la WASG (Wahlalternative Arbeit und Soziale Gerechtigkeit). Le premier est issu directement de la SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), parti au pouvoir en ex-Allemagne de l'Est et resté fortement ancré dans cette partie de l'Allemagne après la chute du Mur. Cet héritage d'un régime autoritaire pèse toujours sur Die Linke puisque c'est l'un des arguments principaux des partis traditionnels pour ne pas s'allier avec eux. La WASG est un mouvement composé de syndicalistes, d'altermondialistes et de déçus du SPD, principalement suite aux réformes entreprises par l'ex-chancelier Gerhard Schröder. La figure de proue de la WASG n'était rien de moindre que l'ancien président du SPD et ancien ministre, Oskar Lafontaine.
Lors des élections parlementaires de 2005, les deux groupes WASG et PDS ont effectué un premier rapprochement en fondant un groupe parlementaire commun au Bundestag. Avec un succès certain, puisque celui-ci compte désormais 53 députés, devenant ainsi le quatrième groupe au niveau national, devant les Verts mais derrière le FDP. Oskar Lafontaine est devenu président de ce groupe au côté de l'autre personnalité marquante du groupe, Gregor Gysi, ancien avocat en RDA. Au printemps 2007, les militants du PDS, bien enraciné à l'Est, et du WASG, plutôt implanté à l'Ouest, ont approuvé largement la fusion des deux groupes, donnant ainsi naissance le 16 juin 2007 à un nouveau parti : Die Linke. Des invités de toute l'Europe étaient présents lors de ce congrès fondateur, notamment les Français Jean-Luc Mélenchon et Clémentine Autain. Le premier objectif de Die Linke a été ensuite de réussir son implantation dans les Länder de l'Ouest en obtenant lors des élections régionales les 5% nécessaires à l'entrée au parlement d'un Land. Mission complètement réussie puisque, après Brême l'année dernière, Die Linke a dépassé ce score lors des scrutins de Hesse (5,1%), Basse-Saxe (7,1%) et Hambourg (6,7%) ces dernières semaines. Un succès évident pour ce jeune parti qui devient incontournable dans le débat politique puisqu’il est désormais présent dans dix Länder sur seize.
Dans l'Est du pays, Die Linke (à l'époque encore sous l'étiquette du PDS) obtient déjà des scores à deux chiffres : 28% dans le Brandenbourg, 26,1% en Thuringe, 24,1% en Saxe-Anhalt ou 23,6% en Saxe. Ce succès s'explique par le fait que le PDS, puis Die Linke, ont clairement défendu les intérêts des Allemands de l'Est qui ont subi dans leurs régions un choc économique à la chute du Mur et ont dû faire face à la concurrence de leurs compatriotes de l'Ouest. Le chômage sévit en masse dans ces régions qui se désertifient peu à peu. De la même façon, le récent succès dans les Länder de l'Ouest s'explique, entre autres, par la conjoncture difficile actuelle. À l'heure où le fossé entre les plus riches et les plus pauvres se creuse et où le pouvoir d'achat, comme en France, est au cœur du débat, de plus en plus d'électeurs sont tentés par le vote Die Linke. Ce parti, par exemple, milite pour l'application d'un salaire minimum, n'hésitant pas dans ce domaine à ériger le cas français en exemple. Le scandale financier qui a dernièrement révélé que certains managers transféraient en secret des fortunes au Liechtenstein pour échapper aux impôts n'a fait qu’attiser la colère de beaucoup d'électeurs. Pourtant, Die Linke reste, pour l’instant du moins, un parti d’opposition, puisque l'État de Berlin est le seul où le SPD, avec son maire Klaus Wowereit, et Die Linke, ont conclu une alliance de gouvernement. Le nouvel objectif sera de marquer les esprits en tentant d’obtenir également ces 5% lors des prochaines élections régionales en Bavière. Celles-ci auront lieu á la fin de l'année et le défi s'annonce de taille pour Die Linke dans ce fief de la CSU. Le passage d'un système de quatre à cinq partis redistribue évidemment les cartes du jeu politique. De manière très concrète, en Hesse et à Hambourg, les alliances traditionnelles, CDU-FDP ou SPD-Grünen ne sont plus en mesure d'obtenir une majorité dans les parlements régionaux. Tous les partis doivent donc revoir leur position, à commencer par le SPD, jusqu’alors très réticent à une coopération avec Die Linke. Si le cas d'Hambourg semble être réglé avec la formation d'une coalition, a priori contre-nature, entre CDU et Grünen, la situation en Hesse est hautement plus compliquée.
Andrea Ypsilanti, candidate du SPD en Hesse, a envisagé, avec le feu vert du président du parti Kurt Beck, de faire passer un gouvernement SPD-Grünen avec les voix de Die Linke, ceux-ci étant prêts à faire ce geste pour faire barrage au candidat CDU, Roland Koch. Mais ce positionnement du SPD et de son président a provoqué un débat houleux au sein même du parti. Ainsi, une député SPD de Hesse a annoncé qu’elle refuserait d’apporter sa voix à une alliance avec Die Linke. Par conséquent, aucune majorité solide n'est encore possible et le cas hessois reste toujours bloqué. Roman Herzog, ancien président fédéral allemand, a même demandé une réflexion sur le système allemand face à ces difficultés pour trouver une majorité, cas qui pourrait probablement se répéter à l'avenir.
L'ascension de Die Linke est évidemment suivie avec beaucoup d'attention en France. Il est très difficile, voire impossible, de trouver un équivalent de ce parti en France tant il est lié à l’histoire du pays et notamment de l'ex-Allemagne de l'Est. Il pourrait se situer, sur l'échiquier politique français, dans l'espace entre la gauche du PS et la LCR. D'ailleurs, le Parti communiste français a présenté ses félicitations à Die Linke à la suite des succès du début d'année. Jean-Luc Mélenchon, ancien ministre délégué socialiste sous Lionel Jospin, décrit les débuts réussis de Die Linke comme « une bouffée de fraîcheur » et pense que ce succès pourrait être transposable en France. 
Pauvre, avec emploiLe débat sur le salaire minimum en Allemagne
Sina Tschacher, traduction Céline Moison, publié le 01.02.2008
En Allemagne, environ 1,25 million de personnes perçoivent malgré un emploi à plein temps un salaire si bas qu'elles touchent en complément l'allocation de solidarité Arbeitslosengeld II (allocation de solidarité prévue par le plan de réforme Hartz IV, réservée aux personnes en capacité de travailler qui n'ont plus droit à l'allocation chômage, ndlt). Et le nombre de ces personnes que l'on appelle en Allemagne « Aufstocker » (du verbe allemand aufstocken : additionner, cumuler, ndlt) augmente, relançant de plus belle le débat sur le salaire minimum dans le pays.
Le parti de gauche Die Linke, le SPD, les Verts ainsi qu'une partie des syndicats réclament un salaire minimum généralisé pour tous les secteurs. Contrairement à la France, l'Allemagne n'a pas encore de salaire minimum général, décrété par la loi et valable pour tous les types de contrat de travail. Il existe tout au plus des salaires minimaux fixés pour certains secteurs et basés sur des conventions tarifaires. Mais ces salaires sont parfois si bas qu'ils ne suffisent pas pour vivre. Ainsi, le salaire dans le groupe tarifaire le plus bas pour un coiffeur en Saxe est d'environ trois euros de l'heure. Avec des semaines de travail de 40 heures, on atteint les 480 euros brut par mois. Selon l'étude publiée fin novembre 2007 par l'Institut de recherches économiques et sociales (WSI) de la Fondation Hans Böckler, proche du monde syndical, le phénomène de tels salaires de pauvreté (« Armutslohn ») n'est ni régional, ni spécifique à certains secteurs : « Actuellement, si l'on ajoute au nombre de personnes percevant un revenu a priori très bas, celles ne pouvant du fait de surendettement à peine dépenser, on arrive à environ un cinquième de la population allemande se trouvant au dessous du seuil de la pauvreté », estime Claus Schäfer, un des auteurs de l’étude.
À l'heure actuelle, 20 des 27 Etats membres de l'Union européenne disposent d'un salaire minimum fixé par la loi. Seuls l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche et les pays scandinaves font exception à la règle. Cette situation s'explique surtout par le rôle joué par l'autonomie tarifaire dans ces pays. Celle-ci prévoit une négociation des salaires entre les employeurs ou leurs représentations et les syndicats de salariés. L'État n'intervient pas dans ces négociations, contrairement au système français selon lequel les partis concernés attendent de l'État qu'il établisse une réglementation. En 2006, pourtant, seuls 57% des salariés en Allemagne de l'Ouest et 41% à l'Est travaillaient dans des entreprises ou exploitations ayant une convention tarifaire. Cependant, l'Etat peut étendre la validité des conventions tarifaires à l'ensemble d'un secteur. Ainsi, même les salariés d'une entreprise sans convention tarifaire travaillant dans le secteur concerné ont eux aussi droit au salaire minimum fixé par la convention tarifaire de leur branche. Ce genre de salaires minimaux existe actuellement dans les secteurs du bâtiment, des artisans couvreurs, du nettoyage industriel, de l'électronique et, au bout de discussions agitées, depuis septembre 2007 aussi pour les facteurs.
Les conséquences concrètes de la mise en place d'un salaire minimum nourrissent des débats très controversés en Allemagne. Les adversaires du salaire minimum, entre autres les chrétiens-démocrates des partis CDU et CSU ainsi que les libéraux du FDP, craignent une perte d'emplois importante. Les partisans de cette réglementation y objectent qu'un salaire minimum assurerait la subsistance et la situation financière des personnes percevant une rémunération faible. Un meilleur revenu renforcerait le pouvoir d'achat, ce qui stimulerait à son tour l'ensemble de l'économie.
Les experts en économie n'ont jusqu'à maintenant pas encore présenté de résultats clairs sur le sujet. Il existe un grand nombre d'études prouvant l'effet négatif du salaire minimum généralisé sur le monde de l'emploi, et un nombre tout aussi important d'études prévoyant l'absence d'effet néfaste, voire une amélioration de la situation économique dans les différents secteurs si le salaire minimum était introduit. Le salaire minimum existe en France depuis déjà 1950 Tandis qu'en Allemagne, le débat va encore bon train, le salaire minimum légal existe en France depuis déjà 1950. Le SMIC ou salaire minimum interprofessionnel de croissance est ajusté à l'augmentation des salaires et des prix depuis une grève en 1968. Il est automatiquement augmenté selon le taux d'inflation dès que celui-ci dépasse les deux pour cent. Au 1er juillet de chaque année, le gouvernement consulte une commission nationale paritaire chargée des négociations tarifaires pour décider du taux d'augmentation du SMIC. La commission est composée de représentants du gouvernement, des syndicats et des patrons. La loi prévoit que le SMIC doit être augmenté d'au moins 50% de la croissance moyenne réelle du pouvoir d'achat dans le pays. Le 1er juillet 2007, il est passé de 8,27 à 8,44 euros de l'heure (brut). Personne en France ne peut légalement percevoir moins que ce tarif horaire, mis à part les moins de 18 ans, les jeunes apprentis, les stagiaires et les personnes handicapées. Environ 3,3 millions de Français (15% des salariés) vivent du SMIC. Il est établi et personne ne remet son existence en question. Cependant, les patrons critiquent l'augmentation automatique du SMIC, qui se fait indépendamment de l'évolution de la productivité de l'entreprise. Le MEDEF (syndicat des patrons) estime que l'augmentation du SMIC, de 20% depuis 2000, a coûté jusqu'à 500 000 emplois. C'est la raison pour laquelle on parle actuellement de fixer le SMIC seulement au taux d'inflation, et non plus à l’augmentation des salaires. Cela signifierait cependant un nouvel accroissement de l'écart entre les petits et les gros salaires. En Allemagne, le sujet du salaire minimum devrait en tout cas jouer un rôle important dans la campagne électorale pour les prochaines élections parlementaires en 2009. 
L’intégration dans l’impasse ? La France et l’Allemagne face à l’immigrationIsabel Hummel, traduction Pauline Guigou, publié le 15.09.2007
Les émeutes en banlieue parisienne l'ont montré: immigration et intégration sont devenues des sujets politiques incontournables. Depuis, beaucoup a été promis et quelques changements ont eu lieu. Comment s'explique la situation actuelle en France et en Allemagne et quelle direction prend-elle?
En Allemagne, le Sommet pour l'intégration en juillet 2007 a débuté par un scandale. Les associations turques ont fait pression pour négocier avec Angela Merkel la nouvelle loi sur l’immigration. Le gouvernement ayant refusé toute discussion, ces associations ont annulé leur participation au sommet.
La Turquie fait partie des premiers pays avec lesquels l'Allemagne a signé dans les années 50-60 des accords de recrutement de travailleurs immigrés et compte aujourd'hui encore la part la plus importante de population émigrée. Lorsque commença le recrutement des travailleurs immigrés, l'Allemagne ne prévoyait d'accorder que des séjours temporaires. A la suite des protestations des employeurs, qui ne voulaient pas recruter continuellement, les autorisations de séjour furent prolongées et les familles commencèrent à rejoindre les pères employés en Allemagne.
Cependant, l'image du travailleur immigré temporaire resta longtemps imprégnée dans la société et la politique, qui prit conscience seulement dans les années 80 que les immigrants s'étaient installés de façon permanente en Allemagne. Cette perception déformée et cette façon de refuser de considérer l'Allemagne comme un pays d'immigration pendant autant de temps sont les facteurs principaux responsables de l’estimation tardive de l'immigration en Allemagne comme étant devenue un enjeu politique.
Avec la restriction de l'immigration, les séjours illégaux en Allemagne se sont multipliés. Bien qu'il n’existe pas de statistiques officielles, d'après les estimations, un demi million voire même un million d'immigrés illégaux vivraient en République fédérale. Etant donné que le gouvernement allemand n'autorise pas de procédure de légalisation, les immigrants ne se voient offrir aucune solution pour sortir de l'illégalité. Actuellement, seul les personnes arrivées légalement en Allemagne, y ayant vécu au moins huit ans et pouvant attester d'une connaissance «suffisante» de la langue et d’une impunité judiciaire, «étant fidèle à la constitution» et subvenant à ses besoins de façon autonome peut prétendre à la naturalisation. Depuis 2005, les immigrés issus de pays n'appartenant pas à l'UE doivent en plus suivre des cours d'intégration.
Si l'Allemagne n'a pas d'antécédents particuliers avec ses pays de recrutement, l'immigration française en revanche est profondément marquée par le passé colonial français. Les ressortissants d'anciennes colonies africaines constituent aujourd'hui encore le plus grand pourcentage d'immigrés. Comme en Allemagne, les années 50-60 furent en France une période de recrutement massif de travailleurs étrangers. Les agitations dans les anciennes colonies et en particulier la guerre d'Algérie renforcèrent l'immigration. Une interruption du recrutement dans les années 70 bloqua certes l'immigration directe, mais l'arrivée en grande partie non réglementée des familles continua à alimenter une immigration constante. En réaction à cela, une politique d'immigration très restrictive fut mise en place au début des années 90, qui se fixait pour objectif l'immigration zéro. C'est seulement en 1997 que le nouveau gouvernement Chirac-Jospin se détourne de cette voie. En 2006, la nouvelle loi sur l'immigration est entrée en vigueur en France. Elle soutient le principe « d’immigration choisie » développé par Nicolas Sarkozy. L'accès au marché du travail français doit être facilité pour les travailleurs hautement qualifiés tandis que l'on s’oppose à l'arrivée de travailleurs non qualifiés. La légalisation automatique d'immigrés vivant depuis plus de dix ans illégalement sur le territoire français a été également abolie. En outre, la nouvelle loi renforce la réglementation du regroupement familial. Les nouveaux arrivants doivent signer un « Contrat d'accueil et d'intégration », par lequel ils s'engagent à apprendre la langue et à respecter la loi françaises. En outre, des mesures sévères doivent empêcher les mariages blancs.
Avec cette loi, sa politique de tolérance zéro durant les soulèvements des banlieues parisiennes et ses déclarations polémiques où il qualifiait les jeunes émeutiers de « racaille », Nicolas Sarkozy s'est affirmé comme homme politique inflexible.
Il peut donc paraître étonnant que sa politique migratoire présente également des aspects libéraux. Ainsi, c'est sous son initiative que la loi sur l'égalité des chances a été appliquée. Celle-ci introduit entre autres le CV anonyme accompagnant les candidatures. Sur celui-ci ne figure ni la photo, ni le nom, ni l'adresse du postulant. Cette mesure tend à améliorer les chances d'intégration sur le marché du travail en empêchant toute discrimination en raison de l'origine ou de la situation sociale du candidat.
Sarkozy est par ailleurs l'initiateur du Conseil français du culte musulman, qui fait fonction de porte-parole auprès de l'Etat français, de représentant des musulmans vivant en France et de centre de formation officiel des imams.
Depuis son élection à la présidence de la République, Sarkozy poursuit sa politique d'immigration sélective. La création d'un ministère de l'Immigration, de l’Intégration, de l'Identité nationale et du Co-développement, qui a déclenché des réactions violentes, représente un premier pas dans cette direction. Ce nouveau ministère a pour mission de s'occuper des sujets inhérents à l'immigration et mieux coordonner la collaboration entre les différents ministères responsables des différents aspects de l'immigration. Les organisations des droits de l'Homme voient dans cette institution une « légalisation de la xénophobie ». Les critiques reprochent à son nom même de suggérer un lien négatif entre immigration et identité nationale et de présenter cette immigration comme une menace pour les valeurs françaises.
Les hommes politiques ont beau faire de l'immigration un thème de campagne sur lequel ils attirent toute l'attention, cela fait longtemps qu'il ne s'agit plus d'une question nationale. Du fait de l'ouverture des frontières à l’intérieur de l'Union européenne, les mouvements migratoires échappent de plus en plus au contrôle de l'Etat. En conséquence, une première base de collaboration européenne en matière d'immigration a été initiée par le traité d'Amsterdam de 1999; le futur traité de l'UE doit également aborder le thème de l'immigration.
Si l'on ne peut encore parler d'une politique unifiée des pays membres en matière d'immigration et de droit d'asile, un retrait progressif de la souveraineté nationale dans ce domaine est néanmoins notable. Wolfgang Schäuble et Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre de l'intérieur, ont proposé à leurs homologues lors du G6 d'octobre 2006 un projet commun en matière d’immigration qui a reçu une large approbation. Il prévoyait un renforcement du contrôle des frontières afin de restreindre l'immigration illégale et la création d'une administration européenne en matière d'asile.
Ces mesures de contrôle doivent permettre d'atteindre une immigration «circulaire», cela signifie que les travailleurs immigrés ne sont autorisés à rester que pour une période limitée. L'initiative franco-allemande escompte que les connaissances acquises dans le pays d'accueil puissent aider à améliorer la situation du pays d’origine et, par là, à réduire en même temps l’émigration. Par le biais de ce projet, les politiques allemande et française de restriction et sélection de l'immigration trouvent un écho au niveau européen. Reste à voir si ces tendances actuelles se traduiront par des directives européennes.
Pour en savoir plus:
www.migration-info.de,
www.migrationinformation.org,
www.weltpolitik.net,
www.bpb.de 
Le nouveau gouvernement françaisCéline Moison, publié le 23.05.2007
Nicolas Sarkozy, élu le 6 mai 2007 président de la République Française avec 53,06% des voix, a pris officiellement la place de Jacques Chirac le 16 mai dernier dans le fauteuil de l'Elysée. Le lendemain, il nommait son Premier ministre: pas de grande surprise, car des deux prétendants et pressentis, Jean-Louis Borloo et François Fillon, ce dernier fut choisi pour Matignon.
Le 18 mai, la composition du gouvernement Fillon a été annoncée. Une sélection à la fois attendue, car on y retrouve tous les grands «proches» de Nicolas Sarkozy à l'heure de la présidentielle tels que Borloo, Bachelot ou Dati, mais aussi originale par l'apparition de noms de l'opposition, notamment ceux de Kouchner (PS) et de Morin (UDF). Sarkozy l'avait dit entre les deux tours, Fillon l'a fait: le nouveau gouvernement se veut «d'ouverture» et compte deux ministres, deux secrétaires d'Etat et un haut-commissaire non UMPistes.
Le gouvernement nouveau est arrivé. Il est composé de huit hommes et sept femmes. Cinq d'entre eux sont ministres pour la première fois. Seuls deux d'entre eux sont énarques.
Autre particularité du gouvernement Fillon: il ne compte que 15 ministres, afin de faciliter selon le nouveau Premier ministre le débat et l'échange d'idées au sein du Conseil des ministres (le gouvernement précédent comptait 31 membres). Un nombre limité malgré un ministère tout frais tout neuf: le ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Co-développement, qui soulève d'ores et déjà de nombreuses critiques à gauche.
Un gouvernement pseudo d'ouverture et d'écoute selon les uns, une véritable volonté de changement selon les autres, François Fillon, et surtout Nicolas Sarkozy, largement à l'origine du grand cru de cette mi-mai, auront fort à faire pour convaincre une opposition et tout un pays curieux de voir si les grandes promesses d’avril seront tenues. La première réaction au nouveau gouvernement devrait arriver plus rapidement que souhaitée avec les législatives les 10 et 17 juin prochains. Le gouvernement Fillon
15 ministres et quatre secrétaires d'Etat
Alain Juppé Ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables
Jean-Louis Borloo Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi
Michèle Alliot-Marie Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités territoriales
Bernard Kouchner Ministre des Affaires étrangères et européennes
Brice Hortefeux Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Co-développement
Rachida Dati Garde des Sceaux, ministre de la Justice
Xavier Bertrand Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité
Xavier Darcos Ministre de l'Education nationale
Valérie Pécresse Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Hervé Morin Ministre de la Défense
Roselyne Bachelot-Narquin Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports
Christine Boutin Ministre du Logement et de la Ville
Christine Lagarde Ministre de l'Agriculture et de la Pêche
Christine Albanel Ministre de la Culture et de la Communication, porte-parole du gouvernement
Eric Woerth Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique
Roger Karoutchi Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement
Eric Besson Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques
Jean-Pierre Jouyet Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des affaires européennes
Dominique Bussereau Secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, chargé des transports
Martin Hirsch Haut commissaire aux solidarités actives
Encadré infosLe président de la République Française Il est le chef de l'Etat et est élu au suffrage universel direct pour cinq ans. Il peut être réélu plusieurs fois. Il nomme le Premier ministre, puis le gouvernement proposé par celui-ci s'il le cautionne. Le président détient beaucoup de pouvoirs. Il préside le Conseil des ministres, peut défaire le Premier ministre de ses fonctions et est aussi commandant en chef des forces armées. Lui seul détient le code de déclenchement du système de défense nucléaire français. Le président peut décréter un referendum et a le droit de dissoudre l’Assemblée nationale (au maximum une fois par an). En cas d'état d'urgence, il peut décider seul des mesures à prendre. En cas de démission ou de décès du président lors de son mandat, c'est le Sénat qui le remplace dans la période de transition.
Le Premier ministre Au sein du système politique semi-présidentiel de la France, le président et le Premier ministre se partagent le pouvoir exécutif. Après sa nomination par le président, le Premier ministre lui propose un gouvernement. Si la proposition convient au président, le gouvernement est nommé. La condition préalable à la nomination d'un Premier ministre est qu'il appartienne au parti qui détient la majorité parlementaire au moment de la nomination. Lorsque le président et le Premier ministre appartiennent à des partis différents, on parle de cohabitation.
Ministre d'Etat Le titre de ministre d'Etat est purement honorifique. Il peut être attribué à plusieurs ministres au sein du même gouvernement comme à aucun. En général, il sert à honorer de manière significative un ministre au regard de sa carrière politique. Dans le gouvernement Fillon, Alain Juppé est le seul ministre d'Etat, ce qui le place directement derrière le Premier ministre. Il peut organiser des réunions interministérielles, pouvoir sinon réservé au Premier ministre.
Secrétaire d'Etat Le secrétaire d'Etat est rattaché au Premier ministre ou à un des autres ministres du gouvernement. Son poste est subordonné à un ministère. |

Dossier Élections PrésidentiellesL'ombre du référendumEmilie Heimburger, publié le 15.04.2007
On ne séduit pas les électeurs français avec l'Europe. Dans la pêche aux voix pour le premier tour de la présidentielle les Sarkozy, Royal et autres Bayrou préfèrent ne pas abuser d'un appât quelque peu indigeste. A qui donner sa voix quand on est un électeur français, partisan de la Construction Européenne ? Déjà, le thème a du mal à s'imposer lors des élections européennes, alors pour les Présidentielles ! Pour preuve, le 17 janvier dernier, les médias étaient plus intéressés par le fait que le couple Royal-Hollande paient l'impôt sur la fortune (ISF) que par l'entretien entre la candidate socialiste et le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, à l'issue du quel elle se prononçait pour un référendum sur un nouveau traité en 2009. Un « noniste » pour trois « ouistes » Dans ce contexte, qui osera défendre haut et fort une thématique qui a soulevé un tel tollé lors du dernier scrutin. (Rappelons que 54.87% des électeurs avaient rejeté, le 29 mai 2005, le Traité Constitutionnel. 30.26% des inscrits ne s'étaient même pas déplacés jusqu'aux urnes). Sûrement pas l'eurodéputé Jean-Marie Le Pen. Du quatuor en tête des sondages : le chef de la droite libérale Nicolas Sarkozy et la socialiste Ségolène Royal et leurs dauphins immédiats le centriste François Bayrou et donc, le candidat de la droite populiste, ce dernier est le seul « noniste ». S'il faisait mieux qu’être présent au second tour, comme en 2002, l’arrivée à l'Elysée du président historique du Front National serait un scénario catastrophe pour l'Europe. Pas de retrait pur et simple de l'Union mais la stratégie du cheval de Troie. Respect du jeu européen certes, mais pour mieux restaurer la souveraineté de la nation (adieu Schengen).
Reste donc les trois candidats du camp du oui : Bayrou, Royal, Sarkozy. Et un mot d'ordre : rassembler. dès le premier tour pour ne pas revivre les péripéties de 2002. Chacun se veut le représentant des Français. Au plus proche de leurs préoccupations. Telle Ségolène Royal avec ses débats participatifs. D'abord écouter ce que veulent ses compatriotes puis le traduire en programme le 11 février dans son discours de Villepinte. Pas certain que l'Europe y recueille une grande place. Plus euro-inquiétant, le ralliement à la présidente de la région Poitou-Charentes du député Arnaud Montebourg, promu l'un de ses porte-parole, et de l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, virulents représentants du non de gauche. Impossible donc de se couper d'avec la moitié de son électorat. Moins les prétendants parlent de l'Europe, mieux ils se portent. Même chez François Bayrou. Lui, l'eurodéputé, partisan d'une Europe fédérale, pour lequel point de salut hors Union. Convaincu que l'échelon national ne suffit plus à peser dans le monde. Même le président de l’UDF se fait discret sur son créneau de prédilection. Pour une Europe utile au quotidien Des idées sont là mais évoquées avec prudence, par petites touches en début de campagne. Tous veulent réconcilier les Français et l'Europe mais tardent à expliquer leur méthode. On voit s'esquisser leur pensée sur le sujet à la faveur de rencontres avec des dirigeants européens. Reçue en septembre à Bruxelles par José Manuel Barroso, président de la Commission, et Josep Borrell, alors président du Parlement, Ségolène Royal a fait savoir qu'elle entendait favoriser une Europe conforme à l'attente des peuples grâce à « l'Europe par la preuve ». A l'Europe de justifier son utilité en apportant des solutions aux problèmes qui inquiètent vraiment les gens comme le chômage, la « vie chère », les crises sanitaires : ses chevaux de bataille sur le plan national. Selon l'ancienne ministre de l'environnement, investir dans la recherche et l'écologie à l'échelle européenne devrait contribuer à faire de l'Europe un pôle de compétitivité durable. C'est en étant forte sur le plan international, que l'Europe pourra jouer un rôle pacificateur comme dans le conflit israélo-arabe, pour lequel elle demande la tenue d'une conférence internationale pour la paix et le rétablissement des aides aux Palestiniens.
Champion de la lutte contre l'immigration, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, d'origine hongroise, place le débat au niveau supranational, en proposant un Pacte Européen. Pas question d'être tributaire des politiques de régularisation de ses voisins. Avec l'Espace Schengen, ouvrir aux sans-papiers la porte d’un pays, c'est leur ouvrir celle de la France. Une voie suivie par François Bayrou, également partisan d'une politique commune des visas. Education, Emploi, Environnement, Immigration, les citoyens s'intéressent à ce qui a des répercussions dans leur vie quotidienne. Difficile de soulever l'enthousiasme avec le côté mécanique du fonctionnement de l'Union. Mais pour réaliser ces « projets concrets », il faut un cadre institutionnel en bonne et due forme. « Un pari risqué » Impossible de faire l'impasse sur le sujet. Si la France a la tête aux élections ; à la tête de l’Union, l'Allemagne entend bien imposer l'Europe dans le débat. Angela Merkel se fait fort d'établir une feuille de route de sortie de crise. Mission impossible sans la collaboration de tous les membres. Notamment ceux à l'origine de la panne. Hasard du calendrier, c'est à la France qu'incombera, au second semestre 2008, d'être le dernier relayeur dans cette course au déblocage des institutions. Tous ses voisins européens ont le regard tourné vers le futur hôte de l'Elysée. Celui-ci devra à la fois tenir compte de l'avis des Français et des contraintes d'une réforme que tous les prétendants savent inévitable. Ils sont unanimes : la France ne sera pas celle qui pénalisera les 18 « amis de la Constitution ».
Mais n'en déplaise aux fidèles défenseurs du projet Constitutionnel ou du moins de sa « substance », il n'y aura pas de nouvelle consultation sur ce texte. « Le traité est caduc », a déclaré Ségolène Royal. A gauche, au centre, comme à droite, le non français n'est pas négociable. Tous proposent un nouveau texte. Mais quand, comment, pour quel contenu, les avis divergent.
En février 2006, en voyage à Berlin, Nicolas Sarkozy s'était prononcé pour « un traité limité » aux questions institutionnelles, sorte de boîte à outils réunissant les mesures les moins polémiques de l'original (réforme du vote à la majorité qualifiée, création d'un poste de ministre des Affaires étrangères, charte des droits fondamentaux). Le tout ratifié par voie parlementaire dans les délais fixés par Angela Merkel. Soit d'ici les élections européennes 2009. Quitte ensuite à mettre en place une nouvelle Convention dont le résultat serait soumis au peuple. Impensable pour François Bayrou et Ségolène Royal, qui y voient bafoué le sacro-saint avis des Français. Le président de l'UDF veut « un texte simple, lisible, court, sans ambiguïté, qui donnera forme aux principes d'une Union européenne sortie de ses paralysies et de ses impasses. » Idem pour Ségolène Royal, favorable à un « traité qui permette aux institutions européennes de fonctionner », ratifié en 2009 en même temps que les élections. « Un pari risqué », l'ancienne ministre en est consciente.
Les Français ont dit non. Oui mais non à quoi ! A l'idée même de l’Union ? A une Europe trop compliquée, trop bureaucratique, trop loin du quotidien ? A l'adhésion de la Turquie ? Le premier référendum a cristallisé tous les mécontentements. Les candidats ne tentent-ils pas de changer l’enrobage pour faire passer la pilule ? A l’UDF comme au PS, le refus initial était motivé par la crainte d'une Europe trop libérale, trop commerciale. La faute à la troisième partie du Projet Constitutionnel. La rédaction d'un volet social et la prise en compte des droits des travailleurs devraient y remédier. De plus, en se prononçant contre l’adhésion de la Turquie, élevée au rang de « partenaire privilégié », Nicolas Sarkozy, comme François Bayrou, pensent éliminer un des facteurs de mécontentement. Au-delà de ce seul pays, le président de l'UMP, souhaite lancer un grand débat sur la question des frontières. Afin de déterminer « qui est Européen et qui ne l'est pas ». Seule Ségolène Royal ne s'est pas exprimée, fidèle à sa ligne de conduite : son avis est « celui des Français ».
Autre sujet à polémique avec leurs voisins. Les représentants des deux grands partis font front commun contre la Banque Centrale Européenne, rendue responsable de tous les maux. En cause : sa légitimité, l'absence de transparence de ses décisions. Les Français veulent au contraire pouvoir discuter des options de gestion de l'Euro avec la BCE. Tous deux sont partisans d'un gouvernement économique européen, un dossier urgent du côté des socialistes.
Autant de sujets de crispation en perspectives. Les marges de manœuvre vont être tenues dans ce grand marchandage européen. Les Français, par leur vote, détiennent une des clefs du déblocage. Reste à savoir, si à l'affût du moindre indice délivré parcimonieusement par les présidentiables, l'europhile français saura livrer à l’Europe celle qui lui ouvrira la porte de son avenir.
La sélection officielleEmilie Heimburger, publié le 15.04.2007
Ils seront douze. Le Conseil Constitutionnel a rendu son verdict le 19 mars dernier par la voix de son nouveau président Jean-Louis Debré. Douze candidats sur la trentaine de prétendants ont réuni les 500 signatures d'élus, le précieux sésame pour accéder aux urnes du premier tour. Info ou intox. Le suspens sur fond de manœuvre des grands partis contre les petits candidats, a été entretenu jusqu'au bout. Douze. C'est moins qu’en 2002 où l'on avait assisté à l'éparpillement des voix de gauche. Le cru 2007 a 54,2 ans de moyenne d’âge, se compose d'un tiers de femmes (un record), de 16% d'énarques, de 5 représentants de la gauche dont trois trotskistes, de 6 anciens membres de gouvernement, dont trois pour le seul gouvernement Jospin, et enfin pour la moitié de néophytes de la présidentielle. Revue d'effectifs.
Olivier Besancenot (Ligue Communiste Révolutionnaire) Le postier le plus célèbre de France entame à 33 ans sa deuxième campagne présidentielle. Il a su redonner une image jeune et dynamique à un parti, la LCR, qui n'avait pas engagé de candidat depuis Alain Krivine et ses 0,36% de 1974. Révolutionnaire né, engagé activement dans la lutte contre les injustices depuis ses 14 ans, Olivier Besancenot a séduit, en 2002, 4,25% de l'électorat avec sa contestation du capitalisme moderne dont les seuls bénéficiaires sont l'Etat et le patronat et les salariés les victimes.
Marie-George Buffet (Parti Communiste) La victoire de l'équipe de France de football en 1998 a-t-elle joué en sa faveur ? Marie-George Buffet a acquis visibilité et popularité grâce à son poste de ministre de la Jeunesse et des Sports de 1997 à 2002. Féministe, militante active depuis sa première grève lycéenne en 1968, elle adhère ensuite au Parti Communiste. En octobre 2001, l'élue de Seine-Saint-Denis devient la première femme secrétaire nationale du PCF, tandis que Robert Hue défend les valeurs communistes en 2002. Un rôle, qui lui incombe désormais, comme celui de faire oublier les 3,37% recueillis alors, malgré une forte représentation de l'extrême gauche.
Gérard Schivardi (Sans Etiquette) L'invité surprise du premier tour n'a, paradoxalement, pas eu de mal à récolter ses 500 signatures. Normal, selon ce passionné de rugby à l'accent du sud-ouest. Maire de Mailhac dans l’Aude depuis 2001 et conseiller général, il se veut le représentant des maires de France. Même si l'Association du même nom lui conteste ce titre. Le maçon de 57 ans, soutenu par le Parti des Travailleurs, est contre l'Europe, l'intercommunalité forcée et la disparition des services publics en milieu rural.
François Bayrou (Union pour la Démocratie Française) Ni de gauche, ni de droite. L'ancien ministre de l'Education de Balladur et Juppé est un « centriste rebelle ». D'allié traditionnel de la droite républicaine, le député des Pyrénées-Atlantiques est passé résistant pour ne pas voir son parti englouti par l’ogre UMP. Mais le président de l'UDF n'en est plus à un défi près. Défi contre lui-même pour vaincre son bégaiement, contre les injustices de la vie, quand la mort de son père l'oblige à concilier l’exploitation de la ferme familiale avec son poste de professeur de lettres. Impossible de dissocier l'ancien député européen de cet attachement à la France profonde, à son village de Bordères, où comme ses ancêtres, il a élevé ses six enfants. Un attachement que les médias aiment illustrer par la passion des tracteurs de celui, qui pour sa deuxième tentative, croit fermement en ses chances de succès.  |  | |
José Bové (Altermondialiste) Ira ou pas ? Le leader alter mondialiste, à pipe et moustache, ne s'est déclaré que le 1er février après l'échec d'une candidature unique de la gauche antilibérale. Restait un mois et demi pour réunir les parrainages. Au terme d’un suspens soigneusement entretenu, l'éleveur de brebis du Larzac incarnera bien une « gauche alternative », « rebelle, unitaire et rassembleuse ». Rebelle, « l'irréductible Gaulois » l’a prouvé. Parmi ses faits d'armes, si possible sous l'œil des objectifs : le démontage d'un McDonald's en construction pour protester contre la taxation américaine de produits français. D'où de nombreux ennuis judiciaires. Le dernier en date risque même d'aboutir à un épisode cocasse. Sous le coup d'une peine de quatre mois ferme pour arrachage de plans d'OGM, l'ancien porte-parole de la Confédération Paysanne pourrait théoriquement jouir de son droit de candidat…derrière les barreaux.
Dominique Voynet (les Verts) Médecin anesthésiste, la sénatrice de Seine-Saint-Denis veut réveiller la conscience écologique des Français. Première « Verte » au gouvernement, à l'Environnement et à l'Aménagement du territoire, la cofondatrice du parti (1984) et ancienne candidate (1995) a pu mesurer la difficulté à imposer ses mesures une fois au pouvoir au cours d'un ministère agité. Passer la barre des 5% comme Noël Mamère est le meilleur garant pour négocier la dimension écologiste d'une éventuelle coalition avec la Gauche, qu'elle ne récuse pas.
Philippe de Villiers (Mouvement Pour la France) Parlementaire UDF, secrétaire d'Etat à la Culture sous Jacques Chirac, député européen du Mouvement pour la France au Parlement Européen, cet énarque se positionne au fil des ans toujours plus à droite sur l'échiquier politique. En 1999, le colistier de Charles Pasqua se paye le luxe de devancer la liste menée par Sarkozy aux Européennes. Bien ancré dans son fief de Vendée dont il préside le conseil général depuis 1988 et dont il a fait la renommée avec le spectacle du Puy du Fou, le « Vicomte », père de sept enfants, peine à transformer l'essai à l'échelon national. En 1995, seuls 4,74% des électeurs avaient suivi ses idées souverainistes.
Ségolène Royal (Parti Socialiste) La petite Marie-Ségolène, née à Dakar, quatrième d'une fratrie de huit dans une famille catholique de droite dont le père militaire ne voulait pas que les filles fassent des études sera-t-elle la première femme Présidente de la République ? Jamais cette éventualité n'a été autant d’actualité. L'ancienne conseillère de François Mitterrand a su profiter de sa popularité acquise après sa victoire à la présidence de la région Poitou-Charentes pour gagner l'investiture face aux cadres, « les éléphants » du PS. Court-circuitant notamment les prétentions de François Hollande, son compagnon, premier secrétaire du parti, rencontré sur les bancs de l'ENA. Troisième Ministre du gouvernement Jospin en lice, cette mère de quatre enfants se veut à l'écoute d'une France, où la famille, l'éducation et l'environnement, ses thèmes de prédilections, seraient au cœur des préoccupations.
Frédéric Nihous (Chasse Pêche Nature et Traditions) Directeur de campagne de Jean Saint-Josse en 2002, le représentant de Chasse Pêche Nature et Traditions est cette fois-ci en premier ligne. A 39 ans, il assure la direction politique du mouvement, après avoir été secrétaire du groupe CPNT au Parlement européen puis assistant parlementaire de Jean Saint-Josse, figure emblématique du parti. Unique candidat chasseur, comme il lui plaît à se caractériser, le Nordiste de naissance, entend défendre dans cette campagne les valeurs de la ruralité moderne.
Jean-Marie Le Pen (Front National) En 2002, le doyen de cette présidentielle est au second tour : « un séisme politique ». Ce fils de pêcheur breton, pupille de la Nation, profite de la division des voix à gauche et de l'insécurité à la une des médias. Face aux peurs des Français, peur de la délinquance, du chômage, le leader d’extrême-droite propose justement un discours immuable axé sur la préférence nationale et son corollaire : l'expulsion des étrangers. Avec une réputation bâtie à coups de provocations et ses stigmatisations des médias qui « le diabolise », selon son expression, il peut compter, pour sa cinquième campagne, sur un socle d'électeurs constant depuis 1988. A 78 ans, le président historique du FN ne veut pas entendre parler de retraite. Pourtant la relève s'affiche déjà avec sa fille Marine et son style plus policé.
Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière) « Camarades », le discours est immédiatement identifiable. Depuis 1974, la première femme candidate à la présidentielle, fait entendre, à chaque scrutin, son message contre l’exploitation capitaliste et pour la défense des ouvriers. Membre fondatrice en 1968 de Lutte Ouvrière, d'obédience trotskiste à visée révolutionnaire, elle passe en 1995 la barre symbolique des 5%, synonyme du remboursement de ses frais de campagnes sur les fonds publics. Et confirme son score en 2002 (5,72%). Promis à 67 ans, Arlette Laguiller entame sa sixième et dernière campagne présidentielle.
Nicolas Sarkozy (Union pour un Mouvement Populaire) Le tout nouvel ex-ministre de l'Intérieur n’a jamais caché ses ambitions présidentielles. Maire à 28 ans, député à 33, ministre à 38, l'irrésistible ascension de l'avocat, fils d'immigré hongrois s'est pourtant vu entravé par des traversées du désert. En 1995, il trahit son mentor Jacques Chirac pour Edouard Balladur dont il se voit déjà Premier Ministre. Revenu au premier plan à la faveur de la dissolution ratée de 1997, « Sarko » paie l'échec de la liste RPR-DL aux élections européennes de 1999. Mais ce virtuose des médias sait rebondir et en 2004, il prend le contrôle de l'UMP, le parti crée pour le président Chirac et en fait l'instrument de sa propre candidature. Bien que seul candidat issu du gouvernement sortant, il récuse l'héritage de l'ère Chirac et prône une rupture … tranquille.
Site officiel des candidats
www.besancenot2007.org
www.mariegeorge2007.org
www.schivardi2007.com
www.bayrou.fr
www.dominiquevoynet.net
www.mpf-villiers.com
www.desirsdavenir.org
www.nihous2007.fr
www.frontnational.com
www.arlette-laguiller.org
www.sarkozy.fr
Dossiers Présidentielles
www.lemonde.fr
www.presidentielle.actu.orange.fr
www.leparisien.com
La Vème RépubliqueSarah Czerney, traduction Céline Maurice, publié le 15.04.2007
Précurseurs et construction Le gouvernement de la IVe République (1944–1958), qui précéda la Ve République, fut marqué par l'instabilité de sa politique intérieure et des problèmes financiers, aggravés par l'échec de la France dans la crise du Canal de Suez et les guerres d'Indochine et d'Algérie. La vaine tentative de conserver l'Algérie comme une partie de la France provoqua un soulèvement des forces armées françaises et l’intervention du général de Gaulle. Le 29 mai 1958, le président René Coty chargea le général de Gaulle de la formation du gouvernement ; l'Assemblée nationale accepta le 1er juin sa prise en charge du gouvernement. Ce fut le début de la Ve République.
Le rôle du président La constitution de la Ve République du 4 octobre 1958 se caractérise par de forts éléments présidentiels : le président est, depuis 1962, élu directement par le peuple (suffrage universel direct), il nomme le Premier Ministre et, sur proposition de celui-ci, les autres membres du gouvernement, sans intervention du Parlement. Il assure la présidence du Conseil des ministres et peut, dans des situations de crise, renvoyer le Premier Ministre. De plus, le président peut, après consultation du Premier Ministre et du président de l'Assemblée nationale et du Sénat, dissoudre l'Assemblée nationale et, en cas d'urgence nationale, « prendre les mesures exigées par les circonstances » (décret sur l'état d’urgence). Il est par ailleurs le chef suprême des armées.
Les présidents de la Ve République
1. Charles de Gaulle (1890–1970), au pouvoir de 1958 à 1969 La personnalité du Général de Gaulle, héros de la Seconde Guerre mondiale, joua un rôle décisif dans le développement politique de la France. Il reconnut en 1962 par les Accords d'Evian l'indépendance de l'Algérie et conclut en 1963 le traité franco-allemand de l'Élysée avec Konrad Adenauer. Les soulèvements étudiants et la grève générale de mai 1968 remirent la Ve République en question. En réaction aux tensions croissantes au sein du gouvernement et entre le gouvernement et le peuple, de Gaulle organisa en 1969 un référendum par lequel les régions devaient accéder à davantage de pouvoir. De Gaulle menaça de démissionner en cas d’échec du référendum. Le peuple vota non, de Gaulle tint sa promesse.
2. Georges Pompidou (1911–1974) , au pouvoir de 1969 à 1974 Le gaulliste Pompidou enclencha une politique de réforme dont les caractéristiques furent, à l'extérieur, l'accord à l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne et, à l'intérieur, un programme de régionalisation.
3. Valéry Giscard d’Estaing (*1926), au pouvoir de 1974 à 1981 À la mort de Pompidou, le chef du Parti républicain indépendant reprit le poste de président. Pendant son mandat, une réforme des impôts et des régions, le combat contre l’inflation et le chômage ainsi que des efforts pour la modernisation de l'économie furent engagés ; l'âge de la majorité fut abaissé de 21 à 18 ans. De plus, Giscard d'Estaing, partisan radical d'une confédération supranationale européenne, fut à l'origine de la tenue régulière de sommets européens et soutint l'élargissement des compétences du Parlement européen. Même après la fin de son mandat, Giscard d'Estaing resta actif au niveau européen. Ainsi, il fut nommé en 2001 président de la Convention européenne, qui se consacra à l'élaboration d'une constitution européenne.
4. François Mitterrand (1916–1996), au pouvoir de 1981 à 1996 Mitterrand essaya, à l'aide d’un programme de nationalisation et de décentralisation, de moderniser l'État et la société. En politique étrangère, la France se rapprocha des États-Unis et améliora ses relations avec l'Union soviétique. Malgré plusieurs scandales (l'affaire du Rainbow Warrior, les écoutes téléphoniques, sa fille illégitime), Mitterrand a toujours été très aimé des Français. Peu après la fin de son dernier mandat, il mourut d'un cancer.
5. Jacques Chirac (*1932), au pouvoir depuis 1995 Chirac, l'éternel adversaire de Mitterrand, est membre du parti gaulliste conservateur UMP. Avant de devenir président, Chirac fut maire de Paris de 1976 à 1995. Son mandat de président est marqué par l'instauration de la semaine de 35 heures, la stimulation de l'économie et le combat efficace du chômage. Lors des élections présidentielles de 2002, Chirac fut confronté lors du second tour à Jean-Marie Le Pen (Front National) et fut, comme prévu, réélu à une majorité imposante. Il est le premier président à avoir été élu pour un quinquennat. |
Quiz Élections présidentiellesCéline Moison, publié le 15.04.2007
On en parle depuis des mois. Les élections présidentielles sont actuellement le sujet numéro un en France. Mais connaissez-vous bien tous les candidats des présidentielles de 2007 ? Testez vos connaissances !
1. Combien de candidats se présentent-ils aux élections présidentielles de 2007 ?
2. Comment s'appelait le parti de Jacques Chirac avant 2002 ? Et que signifie UMP, nom officiel du parti depuis 2002 ?
3. Quel est le nom de l'homme politique d’extrême-droite qui a quitté le parti de Jean-Marie Le Pen en 1998 pour fonder son propre parti ?
4. Combien de fois Arlette Laguiller a-t-elle participé aux élections présidentielles en tant que candidate pour LO (2007 y compris) ?
5. Quels mandats Ségolène Royal occupe-t-elle actuellement ?
6. De quelle ville Jean-Marc Ayrault est-il actuellement maire ? Quelles autres fonctions politiques occupe-t-il ?
7. Combien de partis écologistes se présentent-ils aux élections cette année ?
8. Quel parti politique a terminé troisième au premier tour des présidentielles de 2002 ? Quel était son candidat ?
9. De quel grand spectacle célèbre dans toute la France Philippe de Villiers est-il le créateur ?
10. Quelle est la profession d'Olivier Besancenot ?
Réponses 
Quiz Personnalités politiques françaisesCéline Moison, Céline Maurice et Mélanie Julien
Ils comptent parmi les visages les plus connus du paysage politique français. Retrouvez qui est qui, et pour les cracks en politique, indiquez à quel parti ils appartiennent et quel rôle ils jouent actuellement dans le monde politique français. Solutions 
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Quiz Personnalités politiques allemandesSarah Czerney et Sina Tschacher, traduction Céline Moison
Vous trouverez ci-dessous les visages les plus connus du milieu politique allemand actuel. A vous de retrouver qui est qui, et pour les spécialistes, ajoutez à quel parti chacun appartient et quel poste politique il occupe actuellement. Solutions 
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Dossier CPEEntre carnaval et révolution: dans les rues contre le CPELaura Kroth, traduction de Pierre Bergeot, publié le 15.04.2006
« Une école ouverte à tous ». C'est ce à quoi aspire Monique Canto-Sperber, la Directrice de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm. Des agents de la force publique en uniforme noir barrent pourtant l'entrée du pavillon d’accueil de l'établissement parisien et contrôlent l'identité de ceux qui veulent pénétrer dans le bâtiment. Depuis que des étudiants ont, le 10 mars, occupé la Sorbonne pour imposer le retrait du controversé Contrat Première Embauche (CPE), des actions comparables sont redoutées ici aussi.
L'ENS, qui a formé de grands intellectuels comme Sartre et Bourdieu, incarne la tradition, la continuité et le prestige du système universitaire français. Satisfaire aux très rigoureux critères du concours d'entrée est par la suite une assurance de réussite. Qui est accepté à l'ENS a l'assurance d'un emploi à vie dans la fonction publique. Cette minorité d'élus n'a donc pas de souci à se faire pour son avenir.
Cependant, cette école a toujours été le symbole de la Liberté, tout particulièrement de la liberté de l’esprit, et les étudiants n'ont depuis sa création en 1794 jamais hésité à s'engager au service de causes politiques et nationales. (Pour en savoir plus, consultez l'interview avec Gilles Pécout)
Ce matin, 28 des 1200 étudiants de l'Ecole participent à l'AG. La semaine dernière, ils étaient encore moins nombreux - le blocage général des cours avait alors été rejeté à deux voix près. Aujourd'hui, les présents décident, en tant que « Collectif de l'ENS contre la précarité », de participer à la manifestation du jour. Au même moment, à l'autre extrémité de la rue d'Ulm, sur la Place du Panthéon, des opposants à la grève se rassemblent. « Faites l'amour, pas la grève ! », « Libérez nos facs ! », peut-on lire sur leurs banderoles. Ils sont étudiants en droit, médecine et économie, et beaucoup viennent de l'Université d'Assas, réputée « conservatrice ». Ils ne supportent plus le blocage, qui dure depuis des semaines et qui entrave à leurs yeux la liberté d'étudier.
Georg Seitz, étudiant en droit à Assas apprécie la philosophie de l'effort qui y prévaut. « Le plus important, c'est que chacun fasse son travail ». C'est pour cette raison qu'il n'a pu participer à la manifestation de ses condisciples, tout en partageant leur avis : « Il règne dans les universités un climat de peur. La Sorbonne est fermée, parce que l'on craint qu'elle ne soit saccagée. En France, il n'y a pas de condamnation de principe du rapport de force. Au contraire, on est ici convaincu que lorsque l'on veut obtenir quelque chose, il faut faire usage de la force. »  |  | |
Alexandre Duclos voit les choses différemment. L'étudiant en philosophie est installé sur une chaise de camping sur le boulevard Saint Michel. Un écriteau est placé à côté de lui : « Etudiant de la Sorbonne en grève de la faim ». Sur un morceau de papier, il a inscrit à la main : « depuis 7 jours ». « Je veux attirer l'attention sur le fait qu'il existe toujours des formes de protestation alternatives à la force. Même si on en est venu à des altercations violentes lors de l'occupation de la Sorbonne, il n'est pas acceptable que notre université soit maintenant occupée par la police. Alexandre était présent quand, il y a environ trois semaines, la Sorbonne a été occupée par les étudiants. Après l'évacuation par les gendarmes mobiles français à la demande de la Direction, un mur anti-émeute a été érigé sur la Place de la Sorbonne. Une main anonyme a inscrit dessus, en gros caractères : « Police partout, justice nulle part ».  |  | |
Cette même Place de la Sorbonne, théâtre des protestations étudiantes de Mai 1968, a été rebaptisée sans autre forme de procès « Place de la Précarité ». Dans tout le quartier, les mesures de sécurité ont été sensiblement renforcées. Des unités de police fortement armées sont postées à chaque carrefour. À l'occasion de la manifestation d'aujourd'hui, des policiers de toute la France ont été concentrés à Paris. Le point de départ de la manifestation est situé Place d'Italie, dans le XIIIème arrondissement. A partir de là, la marche de protestation va se mettre en marche en direction des Invalides. Un peu plus loin, le collectif de l'ENS a pris place dans le cortège des protestataires.  |  | |
Appartenir à l'élite de la Nation et parallèlement défiler dans la rue contre le CPE n'a rien de contradictoire aux yeux d'Alice. Sur son sac à dos, on peut lire : « Je ne veux plus que ma prospérité nourrisse leur précarité ». Elle est en première année à l'ENS et participe au mouvement anti-CPE depuis le début. « Au début, je n'aurais jamais cru possible que les étudiants puissent parvenir à arrêter le CPE. Mais plus la grève persiste, plus on nous prête attention. Ça motive et fait croître l'espoir de faire bouger quelque chose. J'en tire une certaine fierté. Et ceux qui prétendent ne pas être sensibles à ce sentiment sont des menteurs ».  |  | |
Les slogans, créatifs, présagent également de cet espoir. L'un d'entre eux dit par exemple : « Chirac, Villepin et Sarkozy, votre période d'essai, elle est finie ». Même quelques professeurs de l'ENS ont suivi l'appel du collectif et se sont joints à la manifestation ; parmi eux, Ruth Vogel-Klein professeur de littérature allemande. Selon elle, « L'engagement politique ne serait que de l'égoïsme organisé si les citoyens ne se mobilisaient que pour leurs propres intérêts ». Une idée que tous les membres du collectif partagent. Sur les trottoirs et aux fenêtres, les curieux sont aux premières loges. Selon un sondage CSA, une large majorité de Français, environ les deux tiers, sont d'avis que l'on doit s'engager en faveur des acquis sociaux. Même ceux qui ne font pas grève et ne manifestent pas reconnaissent aux jeunes leur droit de faire grève.
De ce droit, nombreux sont les lycéens qui, à côté des étudiants, en font également usage. Certains ont maquillé leur visage : « Retrait du CPE ! ». Du carnaval à la Révolution, le mouvement contre le CPE donne à chacun la possibilité de se mettre en scène. Certains commerces situés sur le parcours du défilé sont fermés par précaution ; tandis que pour d'autres, la manifestation est l’occasion de faire des affaires : le photographe Eric Hadj, par exemple, qui travaille pour l'agence Sipa Press. Connu pour être le photographe officiel de Jacques Chirac, il est ici à la recherche de jeunes femmes branchées, en vue d'une série de photos qu'il entend vendre à un magazine de mode. « La presse féminine s'intéresse effectivement aux protestations d'un tout autre point de vue », dit-il en haussant les épaules.  |  | |
Les médias français reprochent aux syndicats d'avoir manipulé les jeunes et de les avoir mobilisés contre le CPE. L'image que rend la rue est tout autre : elle fait apparaître deux manifestations qui se tiennent comme par hasard parallèlement au même endroit. La gauche politiquement mobilisée, qui proteste avec détermination mais de façon majoritairement pacifique contre la politique du gouvernement, défile au milieu de la rue. Beaucoup se tiennent par la main et se regardent avec un peu d'inquiétude. Ils forment une chaîne humaine contre les jeunes casseurs venus notamment de banlieue, qui se tiennent à gauche et à droite de la rue : en marge... comme dans la vie.  |  | |
Pendant les troubles survenus à l'automne de l'année dernière, le centre de Paris était resté calme. Les semaines dernières, l'état d'urgence règnait devant les Invalides. L'historien Gilles Pécout a déjà baptisé ce mouvement celui de « Mars 2006 ». Il se caractérise par le fait que les jeunes défavorisés socialement issus des banlieues n'ont plus été les seuls à envahir la rue, mais également la classe moyenne et même quelques représentants des grandes écoles comme l'ENS - pas dans les banlieues, mais dans la capitale elle-même.
Depuis déjà longtemps, l'enjeu ne se limite plus pour eux au CPE, la protestation s'est élargie à un débat de fond. Les jeunes, chacun à leur manière, combattent la « précarisation » d'une génération entière.
Tous les étudiants ne se satisfont pas de la nouvelle loi, en fin de compte annoncée par Jacques Chirac. Ils lui ont reproché de ne traiter que de la situation des jeunes peu qualifiés, sans rien prévoir pour les jeunes diplômés, dont beaucoup restent sans emploi après la fin de leurs études. En conséquence, le président de l'UNEF avait annoncé que la pression serait maintenue jusqu'à nouvel ordre.
La semaine dernière, étudiants et syndicats ont fini par gagner la partie. Après de longues tergiversations, l'UMP, parti majoritaire, a accepté de retirer l'article de loi établissant le CPE.
Reste à savoir comment sortir de la crise. Les plus critiques évoquent déjà la démission du Premier ministre Dominique de Villepin – mais le cas échéant, suffira-t-elle ? Balzac avait coutume de dire : « les Français aiment par-dessus tout changer de gouvernement, tant qu'il reste le même » ; mais si la mobilisation continue à s'étendre, tout porte à croire que les réformes cosmétiques devront laisser place à une réflexion profonde sur l'avenir du modèle français.
La raison des protestations contre le CPE : de quoi s'agissait-il exactement ?De Maja Langhammer et Sina Tschacher, traduction de Pauline Grison
Le CPE devait être une nouvelle forme de CDI pour les jeunes professionnels âgés de moins de 26 ans. Une période d'essai de deux ans était prévue, durant laquelle le salarié pouvait être licencié à tout moment et sans que le motif ne doive lui être notifié.
Le CPE fait partie de la loi pour l'égalité des chances, présentée par le Premier ministre Dominique de Villepin en janvier 2006. Elle comprend une série de mesures destinées à favoriser l'emploi et la mobilité sociale. Cette proposition a été saluée par la majorité du gouvernement conservateur et par les représentants des employeurs, qui y voient un moyen de réduire le fort taux de chômage chez les jeunes.
Des syndicats, des organisations syndicales étudiantes et des représentants de partis de gauche ont en revanche critiqué la période d'essai de deux ans, qui serait contraire au droit du travail, et protesté contre un futur précaire pour les jeunes actifs, ce type de contrat de travail n'étant pas une garantie valable pour l'obtention d'un crédit ou l'achat d'un appartement. Ils ont en outre pointé le danger d'une éventuelle utilisation abusive des dispositions législatives par les entreprises et mis en garde contre la discrimination des jeunes sur le marché du travail. Ce sont en majorité des étudiants, mais aussi des lycéens, les syndicats et l'opposition qui ont protesté contre le CPE. A cela s'ajoute le fait que la majorité de Français est opposée au CPE: d'après un sondage CSA du 17 mars 2006, 68% des Français soutenaient le mouvement de protestation contre le CPE.
En raison des contestations qui se sont exprimées pendant des semaines, le Président Jacques Chirac a finalement cédé et retiré la loi. Après une série de négociations entre l'UMP et les partenaires sociaux, les députés de la majorité ont voté une nouvelle proposition de loi sur « l'accès des jeunes à la vie active en entreprise », destinée à remplacer le CPE. Celle-ci prévoit notamment l'octroi d'une aide à tout employeur qui embauche en CDI un jeune de moins de 26 ans faiblement qualifié ou résidant dans une zone urbaine sensible (ZUS). Le Ministère de l'Education nationale prévoit dans un premier temps d'embaucher 50 000 jeunes comme assistants administratifs dans le cadre de contrats aidés afin de les sortir du chômage.
Pour défendre le projet de loi autour du CPE, Dominique de Villepin avait fait référence à des projets similaires dans d'autres pays européens. Ainsi en Allemagne, le contrat de coalition entre la CDU, la CSU et le SPD prévoit également un assouplissement de la protection des licenciements. Afin de favoriser la flexibilité du marché du travail, la période d'essai d'une nouvelle embauche devrait désormais être prolongée jusqu'à vingt-quatre mois.
La fédération des syndicats allemands (DGB = Deutscher Gewerkschaftsbund) a exigé entre-temps du gouvernement fédéral qu'il renonce à ses projets d'assouplissement accru de la protection contre les licenciements. Sinon, on pourrait en venir, en Allemagne aussi, à de vives protestations « à la française » |
Trois questions à … Gilles PécoutPropos recueillis par Laura Kroth et Alexandre Mirlesse
Gilles Pécout enseigne l'histoire moderne et contemporaine à l'Ecole Normale Supérieure dont il est ancien élève. Spécialiste de l'engagement politique en Europe, il anime actuellement un séminaire sur le thème « Se battre pour des idées du XVIIIème au XXIème siècle ». Il a participé aux manifestations anti-CPE et soutient les activités du collectif « ENS contre la précarité ».
Depuis le début du mouvement anti-CPE, vous êtes actif au sein de l'Ecole. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cet engagement ?
En tant qu'universitaire, j'ai tenu à témoigner ma solidarité aux étudiants dans leur combat contre la précarité, et plus précisément contre une mesure – le CPE – que j'estime inacceptable dans ses modalités de décision et d'application. Mais cet engagement est aussi personnel et politique : à cet égard, je me réjouis que cette mesure, qui concerne une classe d'âge tout entière, ait provoqué une repolitisation massive et salutaire de la jeunesse ; d'autres lois, tout aussi contestables (comme la loi sur les retraites de 2003), n'avaient pas déclenché une telle mobilisation.
Les journalistes français et surtout étrangers rapprochent volontiers cette mobilisation au mouvement de Mai 68, bien que ces deux mouvements diffèrent par leurs causes et leur déroulement. D'un point de vue historique, ce parallèle vous paraît-il légitime ?
Le point commun le plus saillant est à mon avis l'utilisation péjorative du terme de « classe d'âge » par les détracteurs du mouvement, c'est-à-dire ceux contre lesquels il est dirigé. Parler de « classe d'âge » revient en effet à dépolitiser la mobilisation, à la désocialiser, et donc à la stigmatiser. Pourtant cette révolte dépasse de beaucoup la simple expression d'un simple « corporatisme étudiant » : les jeunes qui manifestent ont conscience de défendre un modèle de société, et non pas seulement des avantages acquis.
Le second parallèle intéressant concerne à mon avis la lenteur de la réaction des organisations politiques. Comme en 68, les réactions des syndicats et des partis politiques s'étaient faites attendre, la mobilisation ayant débuté de façon largement spontanée.
Ces similitudes ne doivent toutefois pas masquer une différence fondamentale : la droite actuelle est divisée entre plusieurs courants, dont certains se démarquent de l'action du gouvernement à des fins plus ou moins stratégiques, tandis que la droite gaulliste de 1968 avait fait bloc face à la révolte étudiante.
Plus généralement, on peut dire que si Mai 1968 est une révolte de prospérité, dirigée contre la société de consommation dont elle est issue, Mars 2006 est en revanche une révolte de précarité, qui exprime aussi la peur d'être exclu de cette même société.
La mobilisation plutôt timide des normaliens laisse croire à une relative dépolitisation de l'Ecole actuelle ; n'est-elle pas pourtant l'héritière d'une longue tradition de militantisme ?
Il y a en effet une longue tradition d'engagement politique à l'Ecole Normale, dès la Révolution de 1848. Au XIXème siècle, cet engagement est majoritairement progressiste et libéral, issu de la tradition révolutionnaire et hostile par nature à l'exécutif.
Au XXème siècle, la communauté normalienne a toujours cherché à assumer son rôle social, par le militantisme catholique ou communiste. Toutefois, cet engagement « classique », massif dans l'après-guerre, s'est progressivement affaibli au profit d'une forme plus violente d'action politique, visant à utiliser la rue d'Ulm comme lieu symbolique. Ce fut le cas en 1971, année du centenaire de la Commune de Paris, où l'ENS a subi de plein fouet, avec trois ans de retard, les effets de la contestation libertaire quand le bâtiment a été envahi et saccagé par des militants d'extrême-gauche. Ce phénomène s'est reproduit en 1997, avec l'occupation par des sans-papiers.
On assiste cependant à une résurgence du syndicalisme d'extrême-gauche au cours des dix dernières années, qui est peut-être le signe d'un retour de la politisation. 
La France face à une nouvelle AllemagneInterview avec Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg (dfi), propos recueillis par Aurélie Daoulas,pubié le 01.04.2006
18 septembre 2005. La CDU bat le SPD, Gerhard Schröder cède sa place à Angela Merkel, le septième chancelier à la première chancelière et une grande coalition succède à la coalition rouge-verte. Qu'est ce que cette nouvelle donne politique va changer en Allemagne ? Et comment la France va-t-elle aborder ce nouveau partenaire « différent et semblable » ? Va-t-on noter des répercussions sur le couple franco-allemand et le moteur européen ? Eclairages avec Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l’Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg (dfi), qui a accepté de nous accorder cet interview.
Monsieur Uterwedde, peut-on dire que le 18 septembre 2005 a marqué un tournant dans la politique de l'Allemagne fédérale ?
Peut être pas un tournant, mais plutôt un nouveau chapitre qui s'ouvre après sept années de coalition rouge-verte. D'un point de vue politique, on n’assiste pas à un véritable changement de pouvoir, mais plutôt à un changement d’accentuation qui s’exprime par le rôle dirigeant de la CDU/CSU, mais qui, du fait de la collaboration entre les deux grands partis (d’importance presque égale), comporte pourtant de nombreux éléments de continuité.
Angela Merkel est la première femme en Allemagne à accéder aux plus hautes fonctions du pays. Pour Romain Leick, correspondant à Paris du Spiegel, « La question du sexe du candidat ne fait plus débat en Allemagne. » Mais n’est-ce pas, malgré tout, un signal pour l'Allemagne ainsi que pour toute l'Europe ?
C'est en effet étonnant de voir que le fait qu’une femme soit devenue pour la première fois chancelière ait été aussi peu thématisé. Je vois ceci comme un signe : ce genre de carrières féminines se sont, entre temps, imposées comme une évidence. Par ailleurs, même Angela Merkel n’a pas utilisé l’argument féminin lors de la campagne électorale.
On ne peut pas dire qu'à ses débuts Angela Merkel ait été épargnée par la presse internationale. Der Stern la prétendait « sans pouvoir », Courrier International « sans grâce ». Quelles sont pourtant ses armes, ses atouts pour diriger la République fédérale d'Allemagne ?
En politique, c'est toujours une grave erreur de sous-estimer les gens. Cette campagne d'opinion dévalorisante qui avait pour devise « en est-elle capable ? » a justement commis cette erreur. Cela me rappelle énormément les débuts de Helmut Kohl, qui de son temps a également été sous-estimé par beaucoup. En tout cas, on peut dire qu'Angela Merkel, qui est arrivée relativement tard en politique, peut se targuer d'une carrière brillante. Celle qui parvient à s'imposer au sein de la CDU/CSU, où elle était pourtant concurrencée par des hommes très ambitieux, possède certainement un bon flaire pour le pouvoir. En outre, son style plutôt neutre se distingue fort heureusement de certains comportements populistes. Sa « prise de fonction » lors du sommet de l’UE de décembre 2005 a été brillante, parce qu'elle a pu y jouer un rôle de médiation qui a contribué à clore de difficiles négociations sur le budget.
Trente-six ans plus tard, l'Allemagne renoue avec l'exercice difficile de la grande coalition. Peut on dire, sans trop se tromper, que l'un des grands dossiers qui va occuper, les années à venir, la grande coalition sera la poursuite des réformes, souhaitée et par le SPD et par la CDU ? Un gouvernement de coalition fonctionnerait-il en France ?
La poursuite des réformes – avec toutefois une plus grande attention accordée aux équilibres sociaux – est un signe de continuité par rapport à l'ancienne coalition sous Gerhard Schröder. Espérons que la grande coalition saura tirer profit de la grande majorité dont elle dispose pour redonner à l’économie sociale de marché de l'Allemagne de nouvelles et solides bases. Cela ne peut se faire qu'au moyen de compromis, grâce auxquels différents intérêts et différentes positions politiques peuvent se retrouver. En France, en raison de son système majoritaire et de la polarisation politique, les conditions pour une grande coalition (qui va bien plus loin qu’une simple cohabitation) ne sont pas réunies.
Quel bilan tirent les politologues de l'Ere Schröder ? Dans quelle mesure peut-on dire que le premier gouvernement fédéral rouge-vert a modernisé, voire décomplexé le pays ?
La coalition rouge-verte a entrepris une série de modernisations importantes : au niveau du droit civique, de l'écotaxe et de la modernisation écologique en général, mais aussi au niveau de la politique extérieure et de sécurité, où l'Allemagne a assumé, pour la première fois, une responsabilité militaire dans les guerres au Kosovo et en Albanie. En ce qui concerne la politique des réformes, les quatre premières années, Schröder a plutôt suivi un cours décousu ; mais le tournant amorcé avec l'« agenda 2010 » en mars 2003 a été une décision courageuse, puisque que grâce à cela, une série de réformes inconfortables, mais nécessaires a été prise pour la première fois. Il est vrai cependant que cette politique des réformes n’a pas été assez préparée du point de vue politique et, en tout cas, elle n'a tout simplement pas été soutenue avec assez de détermination.
Mathias Platzek est le nouveau patron du SPD. Lui aussi vient de l'Allemagne de l’Est. Comme le souligne l'Express : « Ce n'est plus la génération de 68 qui a la parole, mais dorénavant celle de 89. »
Oui, on peut le voir ainsi, parce que tous les deux, de par leur socialisation politique et leur formation (ils sont scientifiques), peuvent peut être jeter un regard nouveau sur certains problèmes. L'ascension politique de Merkel et de Platzeck est également une résultante de la normalisation entre l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est.
Pensez-vous que cette nouvelle génération venant de l'Est va poser un regard neuf également sur le couple franco-allemand ? En effet, Merkel et Platzek n'ont pas connu, comme la plupart des politiciens de l'Ouest, l'importance sentimentale du traité de l'Elysée. Pensez-vous alors que la raison va remplacer le cœur ?
Oui, même si cela vaut également pour toute nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques qui n'est plus imprégnée par les expériences historiques de Kohl et de Mitterrand. Vous prenez plus d'objectivité, plus de courage à défendre ses intérêts lors de divergences, ajoutez à cela la conscience d'une responsabilité particulière de nos deux pays pour l'avenir de l'Europe, sans oublier la précoce union des partenaires européens et une flexibilité débouchant sur des compromis constructifs - et vous obtiendrez le mélange idéal. La grande connivence entre Chirac et Schröder n'a pas été de ce point de vue optimale : leur amitié ostensiblement affichée a énervé plus d’un partenaire, ainsi que leur course en cavaliers seuls lors du conflit en Iraq, bien que leur position dans ce contexte était totalement légitimée. Schröder est parti. Chirac reste jusqu'en 2007. Comment peut fonctionner le nouveau couple Chirac/Merkel, sachant que Chirac a toujours favorisé, avec l'appui de Schröder, l'axe Paris-Berlin-Moscou, tandis que la nouvelle chancelière envisage de relancer les relations transatlantiques ?
Lors du conseil européen de décembre, Madame Merkel a montré comment cela pouvait fonctionner : il s'agit de s'accrocher à l'étroit accord politique franco-allemand, sans oublier de s'ouvrir aux autres partenaires. Ceci est valable également pour entretenir l’équilibre entre les relations transatlantiques et l'intégration européenne. Traditionnellement, l'Allemagne accorde autant d’importance à l'un qu’à l'autre et sa politique extérieure a toujours essayé de jeter des ponts entre les deux. Mais, même le nouveau gouvernement fédéral ne peut (et ne veut) revenir sur le « non » de Schröder à la guerre en Iraq : il est vrai que les intérêts allemands et européens se différencient bien souvent de ceux des Etats-Unis. C'est là que se situent les limites de cette politique que certains prédisent très pro-américaine.
Dans un éditorial du journal Libération, on pouvait lire : « Avec un Chirac décrédibilisé depuis le référendum et une Merkel dévalorisée par son faible score, le couple franco-allemand devrait plus faire pitié qu'envie. » Pensez-vous, vous aussi, que la France et l'Allemagne vont entrer dans une période de stagnation ? Est-ce que ces deux pays peuvent toujours et encore légitimement constituer l'avant-garde européenne ?
Il est vrai que, ces derniers mois, le tandem franco-allemand s'est révélé peu attractif et peu convaincant pour ses partenaires. A cela se sont ajoutés des problèmes de politique intérieure et puis le non français au référendum sur la constitution. Désormais, l'Allemagne a de nouveau un gouvernement opérationnel et fort, en France, il va falloir attendre 2007, pour en savoir plus sur le cours à venir. Mais, abstraction faite de cela, les deux pays doivent gagner en crédibilité, en relançant par exemple la modernisation de leur économie et de leur société et en dynamisant leur croissance et le secteur de l’emploi. Tout en respectant le pacte européen de stabilité et de croissance, ils doivent montrer qu'ils sont eux aussi capables de se soumettre aux règles européennes. Ils doivent s'ouvrir davantage aux autres partenaires européens et démontrer leur capacité à se remettre à prendre des initiatives en commun. Ils peuvent aussi prouver, par le biais de projets pilotes, comme l’université franco-allemande, que l'Europe avance. En définitive, celui qui veut prétendre à un rôle de locomotive en Europe, devrait moins parler et plus agir, tout en montrant le bon exemple. Vaste programme …
Monsieur Uterwedde, nous vous remercions pour cette entrevue !
Photo de H. Uterwedde du dfi, Photo de A. Merkel et J.Chirac de l'afp
Henrik Uterwedde…est depuis 1974 chercheur à l'Institut Franco-Allemand (dfi) de Ludwigsburg. Depuis 1996, il assume les responsabilités de directeur-adjoint. De plus, il est professeur associé à l'Université de Stuttgart et d'Osnabrück.
Ses domaines de recherche • L'analyse politique comparative (France-Allemagne), • L'économie et la société française et allemande, • Les relations franco-allemandes, • L'intégration économique européenne.
Pour plus d'informations: www.dfi.de |

Ségolène Royal : une fraîche brise dans le paysage politique français Sina Tschacher, publié le 28.03.2006
Après Angela Merkel et la Chilienne Michelle Bachelet, Ségolène Royal pourrait bien devenir une femme de plus à exercer la plus haute fonction de l'État. À tout le moins si l'on se fie au souhait des Français. À en croire les sondages, Ségolène Royal devance de peu ses concurrents masculins pour la succession à la présidence de Jacques Chirac. D'après une enquête effectuée par l'institut de sondage TNS-Sofres les 22 et 23 février 2006 pour le Figaro-Magazine, 52 % des interrogés choisiraient Ségolène Royal comme présidente de la République. La compagne de longue date du chef du Parti socialiste, François Hollande, ne distance donc pas seulement les concurrents de son propre parti, mais aussi, et pour la première fois, ses adversaires conservateurs, en particulier l'ambitieux Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. Ce dernier n'obtient que 44 % d’opinion favorable selon ce même sondage. Si Ségolène Royal est vraiment élue au printemps 2007, elle serait la première femme présidente de la République française.
Mais on n'en est pas encore là. Même si Ségolène Royal est une candidate sérieuse des élections présidentielles, sa route vers l'Élysée sera encore ardue, a averti Bernadette Chirac. Le plus grand obstacle pour Ségolène Royal sera le congrès du Parti socialiste en novembre prochain, où les socialistes éliront leur candidat à la présidentielle. Il est peu probable que Royal, qui n'appartient à aucun courant du parti, puisse s'imposer face à ses concurrents masculins. Avec l'ancien Premier ministre Laurent Fabius ainsi que les ex-ministres Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang, ce sont les « éléphants » du PS qui se trouvent face à la femme attractive dont la popularité croissante les gêne depuis longtemps. À plusieurs occasions déjà, cette mère de quatre enfants a dû subir des remarques venimeuses émanant de son propre camp, notamment celle de Laurent Fabius qui se demandait qui s'occuperait des enfants si Ségolène Royal gagnait les élections.
Ségolène Royal est parfaitement consciente du fait qu'elle n'a pas beaucoup de soutien au sein de son parti. « Les sondages ne décident pas des élections », a-t-elle remarqué. Elle serait prête à poser sa candidature, encore faudrait-il que l'attitude positive de l'opinion publique à son égard gagne également son parti.
Mais qui est donc cette femme que les médias français ont choisie du jour au lendemain comme étant la nouvelle « shooting-star » de la politique? Cette fille d'officier a débuté sa carrière politique sous l'ère de François Mitterrand. En 1981, elle est appelée parmi les conseillers du président. En 1988, elle devient députée du département des Deux-Sèvres, avant d'occuper le poste de ministre de l'Environnement au début des annés quatre-vingt-dix. Plus tard, comme ministre déléguée à l'Enseignement et à la Famille, elle s'engage en faveur de l'instauration d'un congé de paternité et lutte contre la violence scolaire. Contre toute attente, elle remporte en mars 2004 la présidence de la région Poitou-Charentes, jusque-là véritable bastion des conservateurs. Depuis, Ségolène Royal est la seule femme parmi les vingt-deux présidents de régions.
Cette femme âgée de 52 ans est considérée comme ambitieuse et volontaire. On raconte qu'elle aime bien tout faire elle-même. En même temps, elle incarne la femme moderne, qui arrive à concilier carrière et éducation de ses enfants. Les critiques lui reprochent son inexpérience en matière d'économie et de politique étrangère, et de s'abstenir dans tous les débats importants. Ses domaines politiques de prédilection sont l'environnement et la politique familiale. Au sein de son parti, l'énarque passe pour une traditionaliste, dont les valeurs se basent sur la solidarité de la famille et la protection des enfants.
Présentée dans la presse française comme la « fraîche brise » dont le pays aurait besoin, Ségolène Royal est un visage neuf dans le paysage politique français dominé par les hommes. Un symbole du renouveau qui pourrait sortir le pays du chômage de masse et des émeutes de banlieues. Ce point de vue se retrouve dans les commentaires laissés par des internautes sur son site Web desirsdavenir.org. À cette adresse, les sympathisants de la femme politique peuvent prendre contact entre eux, et exprimer leurs espoirs en Ségolène Royal. Ainsi, une femme écrit: « Je crois qu’elle [Royal] veut et pourra œuvrer grandement pour un réel changement en France, en Europe. » Un autre résume les espoirs de l'ensemble de ses partisans, par ces mots: « Parce que le désir de changement est profond dans la société française […] Parce que nous sommes lassés de voir la démocratie trustée par l'éternel masculin.»
Jusqu'à maintenant, Ségolène Royal a bien fait de s'accrocher à sa tactique: rester prudente et ne pas bousculer les citoyens par une volonté exagérée de s'imposer. « Elle est un nouveau type parce qu'elle limite son pouvoir et accepte des contrepoids. », analysait Le Monde.
Que Ségolène Royal puisse poursuivre l'ascension des femmes vers de très hautes responsabilités politiques dépend désormais de ses prises de position à venir. D'ailleurs, elle les exprimera dans un ouvrage à paraître au mois d'avril prochain.
Pour plus d'informations sur Ségolène Royal Site officielle de Ségolène Royal: www.desirsdavenir.org Biographie et carrière politique: www.cr-poitou-charentes.fr Ségolène Royal à l'Assemblée Nationale: www.assemblee-nationale.fr Pour trouver le sondage cité du TNS-Sofres, veuillez regarder ici: www.tns-sofres.com
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La « confusion allemande » retarde la reconstruction du moteur européenRegine Paul, traduction Marie Lesage, le 15.10.2007
Comme si elle n'avait pas assez de soucis comme cela : après le double « non » de la France et des Pays-Bas à la Constitution européenne, l'Europe est en panne. Et comme si les querelles sur le financement de l'Union et sur la nouvelle répartition des subventions accordées à l'agriculture n'avaient pas déjà assez grippé l'engrenage communautaire, l'inertie du plus peuplé des Etats membres bloque maintenant les travaux de restructuration de l'UE. Voici à peu près le bilan que les grands quotidiens français tirent de la confusion électorale en Allemagne. « Après les élections parlementaires en Allemagne, elle [l'Union européenne] risque de rester encore plus longtemps sur le bord de la route », analyse le Figaro quant à l'avenir de l'Union européenne au lendemain des élections. Pas de majorité claire, pas de coalition évidente. La « confusion allemande » annonce une ère d'incertitude politique (Le Monde), « L'heure des scénarios » ne paralyse pas seulement l'Allemagne (Libération), « l'immobilisme berlinois » menacerait désormais également les négociations d'adhésion de la Turquie, entamées début octobre (Le Figaro). Même si Gerhard Schröder a finalement renoncé à la chancellerie, et qu'Angela Merkel devient ainsi la première chancelière allemande, la direction que prendra la politique en Allemagne et surtout sa politique étrangère (voir question de la Turquie ), reste incertaine.
Le désarroi des Allemands face à l'incertitude manifestée aux urnes par des millions de citoyens s'observe aussi chez leurs voisins français. Que faut-il déduire de ce vote allemand aux résultats si insensés ? Et que penser de cette partie de poker endiablée, supposée aboutir à la formation d'une coalition, qui se jouait ces derniers jours ? Dans quelle mesure tout cela va-t-il influencer les relations franco-allemandes ? Les Allemands ont tout d'abord « décidé de ne pas décider » (Le Monde) si l'avenir du pays devait prendre la direction des réformes ou celle du statu quo. Pour le Figaro, le paradoxe de ce vote résiderait dans le fait que les Allemands souhaitaient visiblement un gouvernement conservateur tout en voulant maintenir Gerhard Schröder dans ses fonctions de chancelier. Ce qui revient à demander la lune : des réformes, oui mais sans trop de casse sur le plan social. Avec ce délicat parcours sur la crête constamment en arrière-plan, l'Allemagne « s'est réveillée lundi matin, écrit Libération, comme elle s'était endormie dimanche soir : sans majorité claire ». Le souhait de Schröder d'obtenir des résultats électoraux clairs – principal argument du chancelier pour covoquer de nouvelles élections a été torpillé par l'électorat allemand.
Des interviews de responsables politiques européens de toutes couleurs politiques devraient aider les lecteurs français à éclaircir le brouillard autour des élections parlementaires en Allemagne. Pour la ministre déléguée aux Affaires européennes Catherine Colonna, la relation franco-allemande est suffisamment stable pour s'accomoder de transformations politiques. Le duo franco-allemand devrait rester le « moteur de l'Europe » quelle que soit la combinaison gouvernementale en place à Berlin, a-t-elle affirmé après la publication des résultats. La presse de qualité offre cependant une vision parfois moins optimiste de l'avenir des relations franco-allemandes. Avant les élections, les quotidiens n'ont eu de cesse d'insister sur le fait que si Angela Merkel devenait chancelière, elle resserrerait vraisemblablement les liens de l'Allemagne avec les leaders anglo-américains – ceci figurait après tout dans le programme électoral de la CDU. La CDU a toujours critiqué la distance prise par Schröder vis-à-vis de Washington et de Londres avant la guerre en Irak. Avec Angela Merkel au pouvoir, c'est là, selon l'opinion la plus répandue en France, « une belle occasion d'affaiblir l'axe Paris-Berlin » (Le Monde) pour le premier ministre britannique Tony Blair et le président américain George W. Bush.
Au-delà des réflexions sur les conséquences possibles des élections parlementaires sur les relations internationales, le vote allemand est aussi l'occasion pour les politiques français de regarder dans le miroir. La gauche française considère le succès électoral du Parti de gauche constitué autour de Gregor Gysi et Oskar Lafontaine ainsi que parallèlement les déperditions d'électeurs enregistrées par le SPD, comme un avertissement contre les divisions. Le leader de l'UMP Nicolas Sarkozy est également témoin de la situation : le candidat potentiel à la présidentielle de 2007 qui suit un parcours politique proche de celui d'Angela Merkel doit désormais s'interroger sur la façon de mener une campagne plus fructueuse que celle menée par la CDU/CSU outre-Rhin. Cependant, comment ignorer les parallèles entre les deux pays ? L’ancien ministre de l’éducation François Fillon (UMP) diagnostique à cet égard une crise de confiance à l'encontre des partis et des institutions politiques qui serait similaire en France et en Allemagne. Les deux pays auraient « pris du retard dans les réformes » et auraient des difficultés à supporter la pression de la mondialisation, a déclaré François Fillon au Figaro. On constate également la même crise du pouvoir des deux côtés du Rhin. Depuis l'échec du référendum, Chirac n'est pas moins déstabilisé que Schröder après la défaite électorale des sociaux-démocrates en Rhénanie du Nord-Westfalie. Le pronostic semble sans appel au vu de la situation : tant qu'un « canard paralysé » et un « canard mort », ou du moins que l'on croit mort, voudront former à Paris et à Berlin, d'après l'intitulé du quotidien britannique Times, le moteur de l'Europe, la voiture devra effectivement rester encore un peu sur le bord de la route. Quant à savoir si le « moui » des Allemands pourra faire beaucoup changer les choses dans un avenir proche, les journalistes français semblent en douter fortement.
Pour plus d'informations Pour consulter le résultat définitif: www.wahlrecht.de Un dossier détaillé sur les élections pour le Bundestag offre l’office fédéral de l’éducation politique: www.bpb.de Pour plus d’informations concernant la transformation du système de partis politiques en Allemagne: www.bpb.de
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La difficile décision de la France Sabrina Schirmer, traduction Mélanie Julien, publié le 01.09.2005
Pour l'Europe, c'est un nouveau chapitre qui commence avec la ratification de la constitution Européenne. Alors qu'à la date du 29 mai neuf Etats-membres de l'Europe avaient déjà ratifié le traité, c'était au tour de la France de prendre une décision.
Le résultat du vote par référendum sur la constitution européenne le 29 mai a été un « non » clair et net. Au contraire de l'Allemagne, où le Parlement et le conseil fédéral ont ratifié le traité avec une écrasante majorité, en France, c'était à la population de trancher. En conséquence, la couverture des médias français était nettement plus marquée, que ce soit à la télévision, où Jacques Chirac a participé à un débat avec des jeunes, à la radio ou dans la presse écrite. Lors des 4 mois précédents le vote, la constitution européenne était omniprésente en France. Il était même possible, en faisant ses courses, de croiser Claudie Haigneré, Ministre déléguée aux affaires européennes, tentant de mobiliser les passants en faveur du traité dans un supermarché du 16ème à Paris.
Alors qu'il semblait clair, vers la fin de la première campagne électorale européenne, que la constitution européenne, élaborée sous la direction de l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, serait rejetée par les français, il y eu de longues tergiversations entre les deux camps. Les sondages d'intentions de vote indiquaient tantôt la victoire du oui, tantôt celle du non. Au début de la campagne début mars, l'équilibre bascula en faveur du non, grâce entres autres à des arguments n'ayant rien à voir avec la constitution européenne. Une partie de la gauche française, dont le PS et le PCF ont fait campagne pour le non, en invoquant la directive Bolkestein, une loi pour la libéralisation des services. Mais également la déclaration de la droite conservatrice, selon laquelle un oui à l'Europe signifierait un oui à l'entrée de la Turquie en Europe, entraîna de nombreuses discussions.
Une fois ces incongruités éclaircies, le oui grimpa dans les sondages, selon une enquête de l'institut TNS-Sofres et Unilog du 27 et 28 avril, jusqu'à atteindre 52 % des intentions de vote, soit, pour la première fois depuis début mars, la majorité. Par ailleurs, de nombreuses personnalités politiques qui s'étaient retirées de la scène politique se manifestèrent, parmi elles Lionel Jospin, ancien premier secrétaire du PS, et prirent activement parti pour la Constitution Européenne. Pourtant, dès le 9 mai, le non repris le dessus, et cela ne changea plus jusqu'au jour du vote.
A 22 h, le choix des français était fixé : la population s'était clairement prononcée contre la Constitution Européenne avec une majorité de 54,87 % des voix. D'après un sondage du quotidien Le Monde daté du 31 mai 2005, 46 % des personnes interrogées ayant voté non au Traité, indiquèrent la peur de la montée du chômage comme raison principale justifiant leur décision. Les autres raisons citées étaient le ras-le-bol vis à vis de la situation politique actuelle (40 %), l'espoir de renégociations pour une meilleure constitution (35 %), un trop grand libéralisme et la difficulté de compréhension du texte (34 %). Les partis qui s'étaient prononcés le plus clairement contre la constitution étaient d’extrême droite (surtout le Front National) avec 96 % et d’extrême gauche (les Communistes) avec 94 % des voix. Les autres partisans du non se trouvaient parmi les électeurs du Parti Socialiste avec 67 % de « non » et ceux des Verts avec 64 %. Les partisans du oui venaient pour la plupart des partis libéraux UMP et UDF avec 76 % pour la Constitution.
La Constitution Européenne est, après les échecs de la Communauté Européenne de Défense et la Communauté Politique Européenne de 1954, le troisième projet européen à voir le jour en France, et à y périr - du moins provisoirement. Une crise européenne ne tarda pas à apparaître. Trois jours plus tard, vint la réponse des Pays-Bas : eux aussi rejetèrent en grande majorité par voie de référendum la Constitution, avec 63 %. Face à cette situation, la question se posa de savoir si les autres pays devaient continuer ou non la ratification du Traité. Ici les avis divergaient : Michel Barnier, ministre français des affaires étrangères déclara dans une interview télévisée diffusée sur France 2, qu'il n'y avait pas de raison de ne pas laisser les autres pays s'exprimer. Le duo franco-allemand Chirac-Schröder soutint lui aussi la poursuite du processus de ratification. Au contraire des Britanniques : en dépit de toutes les sollicitations, le ministre des Affaires Etrangères Jack Straw déclara, qu'il n'y aurait pas, dans un premier temps, de référendum sur la Constitution Européenne. Peu de temps après, le Danemark fit savoir qu'on ne savait pas exactement ce que serait la suite des évènements. En Pologne, pays qui s'était jusque là clairement prononcé en faveur de l'Europe, un sondage publié dans le quotidien Gazeta Wyborcza le 8 juin indiqua que seulement 40 % de la population était encore en faveur de la constitution.
Par ailleurs, d'autres éléments compliquèrent l'intégration européenne : ainsi le chef de l'état italien Silvio Berlusconi menaça de faire échouer les pourparlers financiers si l'Italie n'était pas plus prise en considération. Le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, fut vivement critiqué de la part de nombreux parlementaires, en raison d'une croisière en yacht à laquelle il avait été invité avant de prendre ses fonctions à la Commission.
Mais c'est en France que la situation semble être la plus grave. La côte de popularité de Jacques Chirac atteint le taux le plus bas jamais mesuré pour un chef d'état français depuis 30 ans. Jean Pierre Raffarin fut désigné comme bouc émissaire. Après sa démission du poste de Premier ministre, un nouveau gouvernement fut formé, sous la direction de Dominique de Villepin, le 2 juin. Le favori de Chirac avait battu Nicolas « Sarko » Sarkozy, président du parti majoritaire, l'UMP et qui bénéficiait d'un large soutien de la population, et aussi MAM Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, qui avait été présentée comme le plus petit dénominateur commun. De Villepin définit la lutte contre le chômage comme sa priorité et récolta immédiatement la méfiance des français.
Mais qu'en est-il exactement de la constitution européenne? Pour entrer en vigueur, elle devrait être ratifiée par 25 pays membres. Si l'un des nouveaux membres de la communauté avait rejeté le traité, le choc aurait été moins grand. Mais ce qui s'était produit était de loin plus grave que ce à quoi l'on pouvait s'attendre : en peu de temps, deux « anciens » pays avaient rejeté le projet de Constitution. Certes, une déclaration sans valeur juridique en annexe du traité stipule que si, à la date du 29 octobre 2006, seuls quatre cinquièmes des Etats-membres de l’Union Européenne ont ratifié le traité, le Conseil Européen se saisira de la question. Entre temps, puisque deux pays fondateurs de l'Union ont déjà rejeté la Constitution, on peut s'imaginer qu'elle n'entrera pas en vigueur dans un futur proche.
www.constitution-europeenne.fr Photo de médiathèque Commission européenne 
D’accord dans le désaccord : les positions franco-allemandes sur l'adhésion de la Turquie à l'UERégine Paul, traduction Charlotte Noblet
La capacité d’intégration de la Communauté a-t-elle atteint ses limites ? Alors que l’Union Européenne veut ouvrir début octobre les négociations d’adhésion avec Ankara, les esprits sont partagés de part et d’autre du Rhin. Le Président Jacques Chirac et le Chancelier Gerhard Schröder se prononcent en faveur d’une adhésion à long terme de la Turquie et s’attirent ainsi la mauvaise humeur de la population, des membres de leur propre parti et de l’opposition nationale.
Le tandem franco-allemand a longtemps donné le rythme en politique européenne : côte à côte Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont vanté avec passion les mérites du Traité constitutionnel européen. Le Président français et le Chancelier allemand sont même restés côte à côte sur de délicates questions comme la levée de l'embargo sur les armes en Chine. Et en ce qui concerne l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, les deux hommes politiques semblent à première vue également pédaler à la même vitesse.
Depuis que la Commission Européenne a recommandé en octobre 2004 l'ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie, Chirac et Schröder s'expriment constamment de la même manière sur le sujet. Chirac espère, selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung que l'intégration de la Turquie puisse enraciner la démocratie et la paix sur l'ensemble du territoire européen ; Schröder souhaite quant à lui le mariage entre un islam non intégriste et les valeurs européennes Les deux dirigeants voient pourtant encore quelques obstacles sur le chemin de la Turquie dans l'UE. La Commission a en effet imposé la reconnaissance de la partie grecque de Chypre en tant que membre de l'UE ainsi que le travail de mémoire sur le génocide arménien d'il y a 90 ans comme conditions préalables à l’ouverture des négociations d’adhésion. L'ancien ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier annonçait dans Le Monde que la France resterait particulièrement attentive à ces questions. Au mois de mai, à Ankara, le chancelier Schröder appelait une nouvelle fois le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à poursuivre diligemment sa politique de réforme – une condition supplémentaire dans le catalogue de l'UE.
Mais malgré tout, peu avant le rendez-vous fixé en octobre 2005 pour les négociations sur l'adhésion, la position franco-allemande vis-à-vis d'Ankara demeure à première vue stable dans ses espoirs et dans ses exigences. A long terme, les deux pays sont favorables à une intégration de la Turquie dans l'Union. Pourtant, à y regarder de plus près, le tandem si harmonieux des deux chefs d'Etat est pris dans l'engrenage des querelles politiciennes et de la morosité grandissante de l'opinion de part et d'autre du Rhin. Selon un sondage TNS Sofres publié en mars 2005 , 60% des Allemands et 59% des Français se prononceraient contre une adhésion à l'UE de la Turquie. L'année précédente, seuls 48% des Allemands se montraient peu confiants à l'idée d'une possible adhésion de la Turquie, selon un sondage Emnid d'octobre 2004. En portant son regard sur la France, le directeur de l'institut TNS Sofres, Julien Zalc, considère le taux de refus élevé dans la première moitié de l'année 2005 comme un effet secondaire de l'atmosphère négative régnant autour du Traité constitutionnel européen. Les Français, qui votaient par référendum sur la ratification du Traité constitutionnel le 29 mai, auraient mélangé les débats autour de la Constitution et la question de la Turquie. Pour dissocier les deux thèmes, le Président Chirac a – sous la pression considérable issue des rangs de son parti – précocement annoncé aux citoyens français qu'il leur concédait, par référendum, un droit d'intervention au sujet de l'adhésion de la Turquie. Le Chancelier Schröder n'exclut pas non plus la consultation de ses compatriotes à ce propos et salue l'initiative française. Le moment venu, l'Allemagne pourrait aussi réfléchir à une révision constitutionnelle susceptible de permettre la tenue de référendums sur l’élargissement de l’UE, affirmait le Chancelier lors d'une rencontre avec Chirac en octobre 2004. Dans ce cas, on pourrait compter sur une adhésion de la Turquie dans dix à quinze ans.
Les hommes politiques conservateurs des deux côtés du Rhin redoutent en revanche un tel mécanisme d'adhésion et s'en prennent respectivement au gouvernement de coalition, côté allemand, et à leur « ami » politique, côté français. Dans une lettre adressée aux membres de la Commission et du Parlement Européen en octobre 2004, la Présidente du parti chrétien conservateur CDU, Angela Merkel, s'est prononcée contre les négociations d'adhésion et contre la position du Chancelier allemand, encourageant à la place un partenariat privilégié. Le chef de l'UMP, Nicolas Sarkozy, s'exprime de la même manière et force de facto Jacques Chirac à se montrer plus conciliant. Sarkozy, qui a été le premier à encourager publiquement un referendum sur la Turquie, a la réputation d'être un fervent défenseur de l'option du partenariat privilégié. La structure du pouvoir européen, selon le président du premier parti de droite, serait sens dessus dessous si la Turquie, pays fortement peuplé adhérait à la communauté. Merkel parle également dans ce contexte d'un surmenage de l'UE. Avec quelque 90 millions d'habitants prévus en 2015, la Turquie aurait droit à une centaine de sièges au Parlement européen et disposerait ainsi du plus grand groupe parlementaire national. Et les esprits sceptiques émettent également des doutes non seulement au niveau culturel, mais aussi financier – en tant que pays de tradition agricole, la Turquie devrait être fortement subventionnée.
En France, Jacques Chirac a plus de difficultés que ses collègues allemands à soutenir publiquement l'adhésion d'Ankara, coincé entre Sarkozy et Alain Juppé – le prédécesseur de Sarkozy à la tête du parti s’oppose lui aussi rigoureusement à une pleine adhésion de la Turquie. Il ne reste au Président français pas d’autre solution que d’emboîter le pas à Schröder et de laisser celui-ci donner la cadence. Les partis allemands représentés au gouvernement soutiennent largement la décision favorable du Chancelier. Selon le secrétaire général du SPD, Klaus Uwe Benneter, le parti social-démocrate se range « de manière précise et claire » à l'avis de Schröder. Les Verts allemands sont eux aussi favorables à une adhésion à long terme de la Turquie, bien que la présidente du parti et experte des droits de l'Homme Claudia Roth exige de plus amples progrès contre la torture et en faveur d'un égal traitement des femmes. Le commissaire européen et membre du SPD Günter Verheugen, responsable jusqu’en 2004 du processus d'élargissement de l'UE, a fait l'éloge des efforts et des progrès réalisés jusqu'à présent par la Turquie en ce qui concerne la démocratisation et l’aptitude à imposer les droits de l'Homme. Etant donné les efforts d’Ankara, il était question en octobre 2004 soit d’un « oui » soit d’un « pas encore » pour la recommandation des négociations d'adhésion. Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et apparemment 60% des Allemands et des Français seraient d'un autre avis. Reste à savoir si le tandem Schröder-Chirac parviendra à convaincre les foules ou s’il sera victime d’un faux pas.
Lecture supplémentaire :www.europa.eu.int ainsi que http://europa.eu.int/scadplus/leg/de/lvb/e50015.htm 
Oui en Allemagne. Non en France. Cherchez l’erreur ! …Par Aurélie Daoulas, publié en juin 2005
Alors que les parlementaires allemands du Bundestag puis du Bundesrat ont ratifié à une large majorité la constitution européenne, la France, consultée par voie référendaire sur cette grande question européenne, a refusé à 54,68% ce traité constitutionnel, pourtant d’influence française. « Comment Marianne a-t-elle pu renier son enfant ? », s’interroge toute la presse internationale. Oui en Allemagne / Non en France. Quelles sont les conséquences de ces divergences sur le couple franco-allemand ?
29 mai 2005. 22h. Les résultats du référendum tombent. C’est le non qui l’emporte. La France vient de refuser le projet de constitution européenne, alors que ses voisins d’outre-Rhin l’ont ratifié deux jours auparavant, le référendum n’étant, pour des raisons historiques, pas autorisé par la Constitution allemande. Si la presse française , qui avait été accusée de faire le jeu du oui pendant la campagne électorale, souligne le caractère démocratique de cette élection, elle tente, par ailleurs, d’expliquer le malaise exprimé par ce vote de contestation.
Indiscutablement, ce non est un désaveu flagrant de la politique intérieure française, ce qui a amené le président Chirac à se séparer de son gouvernement. Mais ce non est également adressé à l’Europe telle qu’elle est en train de se construire. A une Europe trop libérale qui est, pour beaucoup, synonyme de chômage, de délocalisations, de précarité. C’est un non à une Europe trop lointaine, qui a été jusqu’ici pensée et menée par ses élites, sans être véritablement expliquée aux citoyens. L’Europe, notamment avec l’élargissement vers l’Est, auxquels les Français étaient peu favorables, est dorénavant davantage perçue comme une menace qu’une protection. Plus profondément, les Français attendent aujourd’hui une nouvelle politique européenne, qui apporterait des réponses plus concrètes à leurs préoccupations . C’est ce qu’a démontré le scrutin du 29 mai, mettant inévitablement l’Europe face à de nouveaux défis.
Voilà pour les causes. Mais, qu’en est-il des conséquences du non français sur l’Union européenne et plus particulièrement sur le partenariat franco-allemand ? Une certaine incompréhension s’est faite sentir en Allemagne, le lendemain du 29 mai. »Die Franzosen sagen nein«, titre la Berliner Zeitung. »Sie haben es gewagt«, écrit Romain Leick, correspondant du Spiegel. Pour beaucoup, le non des « irréductibles Gaulois » est vu comme un « acte de désobéissance citoyenne », qui a pris en otage le dossier européen.
Inutile de préciser que le non français est tout d’abord un coup dur pour l’Europe. Si le processus de ratification devrait se poursuivre au sein de l’Union, l’Allemagne craint pourtant que le « patient français », comme le surnomme le Spiegel, ne contamine d’autres pays, obligeant la construction européenne à faire du surplace et à se poursuivre sur les bases des anciens traités, dont le dernier en date est le traité de Nice.
Mais, c’est également une épreuve pour le couple franco-allemand. Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne et la France ne sont pas d’accord sur un dossier européen, mais là, la divergence est de taille. Comment la France, un des pays fondateurs de la communauté européenne a-t-elle pu refuser ce projet et se démarquer ainsi de, l’Allemagne, partenaire de la première heure, qui appelait de ses vœux un oui français ? Doit-on craindre un affaiblissement de l’axe franco-allemand et de son rôle de locomotive dans l’Union européenne ? La France et, par contrecoup, l’Allemagne n’auront plus le même poids dans les négociations à Bruxelles. Josep Borrell, président du Parlement européen, le souligne : « Pour la première fois, la France et l’Allemagne ne seront plus ensemble au cœur de la construction européenne. Le moteur est pour le moins grippé. » Joschka Fischer, chef de la diplomatie allemande, partage ses craintes : « La France et l’Allemagne sont deux oreillettes d’un même cœur. Si l’une est en mauvais état, c’est le souffle au cœur assuré. Pour bien fonctionner, l’Europe a besoin d’un cœur parfait. »
Le chancelier Schröder, qui s’était personnellement mobilisé dans la campagne électorale française, se montre plus confiant, même si son propre avenir politique est fortement menacé par les élections législatives anticipées de septembre. Dans un communiqué de presse, il a fortement regretté l’issue de ce référendum, mais croit encore au partenariat franco-allemand, analyse que partage d’ailleurs le président Chirac. Si l’échec du référendum en France freine quelque peu le moteur franco-allemand au sein de l’Union, il ne peut ébranler l’amitié franco-allemande, une amitié de plus de 50 ans.
« Si l’Europe allait de soi tant qu’il s’agissait de faire la paix entre ennemis séculaires, l’enjeu européen a maintenant changé de nature et de dimension », analyse très lucidement Josep Borrell. Il faut donc recadrer le projet et le réinsérer dans sa réalité actuelle, afin de reconvertir les citoyens à la cause européenne. L'Allemagne de l'Est ou la difficile réappropriation de l'espace politiqueAurélie Daoulas, publié en juin 2005
Aujourd'hui, quinze ans après la chute du mur de Berlin, la séparation entre les deux sociétés allemandes ne s'est pas complètement effacée. Une frontière invisible demeure, ce qui se manifeste surtout dans les résultats électoraux.
« Directement confrontés à la violence du XXème siècle, les Allemands de l'Est ont développé une très grande distance et une forme de fatalisme vis-à-vis des idéologies et des différents systèmes politiques. La réappropriation de l'espace politique, après quarante années de régime communiste, sans parler de ceux qui ont connu le régime nazi, passe d'abord par la restauration de la confiance envers les politiques ». Pourtant, quinze ans après la réunification, l'analyse de la journaliste française Kristel Le Pollotec est toujours d'actualité : les Allemands de l'Est n'ont toujours pas retrouvé cette confiance perdue. En témoigne l'érosion des partis traditionnels, lors des derniers scrutins régionaux à l'Est, qui semblerait profiter à la tentation abstentionniste et aux votes protestataires, le tout dans un contexte de désaffection politique.
Erosion des partis traditionnels Depuis qu'il a été reconduit à la chancellerie en 2002, le parti social-démocrate, le SPD, n'a cessé de chuter dans les sondages, tendance qui s'est très vite concrétisée par des revers électoraux importants. En Saxe, le SPD a touché le fond avec 9,8%, avant un sursaut d'honneur inattendu dans son fief du Brandebourg. Il fait ainsi les frais de ses réformes impopulaires et d'une certaine usure du pouvoir. L'union chrétienne-démocrate, la CDU, qui pensait pouvoir capitaliser sur la déroute de son grand rival, a pourtant, elle aussi, vu ses scores s'effriter. Elle doit reconnaître des difficultés qu'elle ne soupçonnait pas : en Saxe, elle a perdu une majorité absolue qu’elle détenait depuis quatorze ans et s'est fait dépasser, dans le Brandebourg, par les néo-communistes du PDS. Tablant sur un essoufflement des manifestations anti-agenda 2010 très vives à l'Est, Schröder veut croire encore en sa bonne étoile. Il avait été encensé par une bonne partie de la presse pour son engagement rapide dans l’aide aux victimes du tsunami en Asie. Mais c'est sans tenir compte de la difficile situation économique et surtout de la hausse du chômage, lesquelles discréditent le parti du Chancelier.
Tentation abstentionniste Si les Allemands de l'Est semblent tourner le dos aux grandes formations, ils se mettent aussi à bouder délibérément les urnes. Si ce phénomène est encore plus visible à l'Est qu'à l'Ouest de l’Allemagne, notamment depuis la réunification, il tend à se généraliser en Europe. Signe d'une certaine exaspération par rapport à une classe politique qui, tous partis confondus, a toutes les peines du monde à tenir ses promesses. Méfiance tout particulièrement vis-à-vis de la CDU et du SPD qui, réunis sous forme de grandes coalitions dans de nombreux nouveaux Länder, ne se démarquent pas assez l'un de l'autre. Ils semblent, en revanche, plutôt converger vers un consensus néo-libéral.
Le vote protestataire ou la secousse rouge-brune Si certains ne voient plus l'utilité d'exprimer leur voix, d'autres estiment nécessaire de dire haut et fort que rien ne va plus. En Allemagne de l'Est, l'érosion des partis traditionnels fait avant tout le jeu des petits partis oppositionnels, protestataires notamment. Dans ce contexte social de frustration et de mécontentement, l’extrême droite et l’extrême gauche, grâce à des discours démagogiques, voire populistes, ont su exploiter le désarroi des citoyens. A l'Est, l'engouement pour les néo-communistes du PDS n'est pas nouveau. Le Parti du Socialisme Démocratique, parti qui défend les intérêts spécifiques des Allemands de l'Est, vit sur un terreau d'électeurs nostalgiques du communisme qui ne peut que diminuer au fil des années. Tout comme l'extrême gauche, l'extrême droite a également profité de certaines élections régionales pour se réinfiltrer sur la scène politique est-allemande, notamment au Landtag de Saxe. Ces votes contestataires sont autant d'indices alarmants, révélateurs de la désillusion des Ossis décidément déçus par la transition démocratique. C'est un appel : quinze ans après la chute du mur, la réunification ne ressemble toujours pas aux « paysages florissants » promis dès les années 90 par Helmut Kohl.
Une frontière invisible Aujourd'hui, la séparation entre les deux sociétés allemandes ne s'est pas complètement effacée. Une frontière invisible demeure. Les résultats électoraux, les comportements politiques sont autant d'indices de ce rendez-vous manqué entre l'Est et l'Ouest, repoussé à plus tard. La frontière se reforme à chaque élection, notamment à Berlin, suivant le tracé du mur. « Der Osten tickt anders, wählt anders », souligne le Frankfurter Rundschau. Résultats d'une histoire, d'un parcours différents et d'une émergence à l'Est d'une identité confuse, voyageant entre deux mondes, déchirée entre l'adaptation et la nostalgie, entre le repli sur soi et la réaffirmation de soi. Pour en savoir plus
« Quand je suis aujourd'hui dans les rues de la ville où je suis née, à Leipzig, je n’ai pas du tout l’impression d’être dans la ville de mon enfance. Tout a changé, les rues, l’atmosphère, les lumières, les gens, la manière dont ils s’habillent. Il m’arrive d’être avec des gens que j’ai connus avant la chute du mur, et d’être là aussi complètement dans le monde de l’Ouest. Et puis, parfois, un coin de rue, une rencontre, et soudain c’est l’ancien monde qui réapparaît, même si ce sont des lieux ou des gens que je n’ai pas connus du temps de la RDA. » Kristel Le Pollotec in : Allemagne de l’Est. La frontière invisible, Bartillat, 271 pages, 19€.
Photo de Aurélie Daoulas
Quelques précisions sur le NPD Le NPD, parti nationaliste, refait une entrée en force sur la scène politique allemande avec des scores aussi inattendus (4% en Sarre) qu'inquiétants (9,2% en Saxe). Contrairement aux Republikaner et à l'Union du Peuple Allemand (DVU) moins activistes, le NPD n'est pas un club de vieillards nostalgiques, mais rassemble de jeunes crânes rasés fanatiques. Un an après l'échec de l'interdiction du parti devant la Cour Constitutionnelle fédérale de Karlsruhe, le NPD va de nouveau siéger dans un Parlement régional, ce qui relance le débat sur sa légitimité démocratique. Mais son influence au niveau fédéral reste, jusqu'à présent, limitée : l'extrême droite allemande manque d'une personnalité charismatique fédératrice. |

Encore plus marginaliséesUn reportage de Nadja Dumouchel, traduction Fabienne Reynaud, publié en mars 20O5
Depuis septembre 2004 en France, aucun symbole religieux n'est toléré dans les établissements scolaires. Les jeunes filles musulmanes qui ne souhaitent pas enlever le voile n'ont pas beaucoup de possibilités pour continuer à suivre une scolarité, le gouvernement français ne s'étant préoccupé d'aucune alternative. Une de ces adolescentes est Leyla, qui dut changer d'école pour un établissement privé de Strasbourg, afin de pouvoir conserver son voile.
La poignée de main de Leyla est douce, et accompagnée d'un timide sourire. La jeune fille a de grands yeux noirs, un visage poupin et avenant. Elle s’exprime avec un léger accent arabe, a l'intonation d'une banlieue de Strasbourg. Âgée de 14 ans, elle est vêtue à la mode, parée d'une longue jupe en jean surmontée d'une veste noire assortie à son foulard. Ses cheveux sont couverts d'un voile, le signe religieux qui lui a causé tant de problèmes ces derniers mois.
C'est seulement trois semaines après le début de l'année scolaire qu'elle est arrivée à l'Ecole Steiner. Lorsqu'elle relate ce qui s'est passé au début de l'année, de minces rides d'angoisse apparaissent sur le front de son visage sinon toujours souriant. Le jour de la rentrée scolaire, elle se rend, comme d'habitude, à son collège Jacques Twinger. A l'entrée, elle est priée d'enlever son voile, comme le prévoit la loi du 15 mars 2004, et de « s’ouvrir », tel qu'elle le dit elle-même. D'après cette loi, en application depuis la rentrée, les signes religieux « ostensibles » ne doivent pas être portés à l'école. Leyla ne se plie pas à l'injonction, « il s'agit tout compte fait de ma religion », explique-t-elle. Le directeur de l'établissement l'amène, ainsi que quelques autres récalcitrantes, dans une pièce à l'écart du reste de la classe. Les premiers jours sont durs pour la jeune fille de quatorze ans, elle est séparée de ses amis et doit accomplir ses devoirs scolaires sans aucune aide. Plusieurs élèves cèdent après quelques temps et retirent leur voile. Il en reste finalement quatre. Leyla et sa cousine vont maintenant toutes les deux à l'Ecole Steiner, la troisième écolière dans une école musulmane avec internat en Belgique, et la quatrième suit des cours à distance par le CNED.
Ce qui est arrivé à Leyla et aux autres jeunes filles de son école est également survenu à de nombreuses autres élèves musulmanes à Strasbourg, en Alsace et dans toute la France. Selon l'avocate strasbourgeoise Nohra Boukara, il était « illégal et injustifié » d'exclure et d'isoler les jeunes filles avant qu'elles ne passent officiellement devant un conseil de discipline du rectorat strasbourgeois. Afin de ne pas laisser les musulmanes seules dans cette situation difficile, des élèves avec ou sans voile, des parents, d'anciens enseignants, des universitaires, des personnes de gauche ainsi que des syndicalistes fondèrent en 2004 le collectif Une Ecole pour Tous et Toutes. Son objectif est de mettre à bas cette loi « coloniale et raciste ».
Il ne reste souvent pas d'autre choix aux jeunes filles qui ont opté pour le voile que celui de suivre les cours par correspondance. Le gouvernement français n'a aménagé aucune alternative et n'autorise pas les écoles musulmanes. De surcroît, les écoles privées sont onéreuses. Ce n'est qu'à l'Ecole Steiner que les frais d'nscription s'établissent en fonction du revenu des parents. Toutefois, la pédagogie de cet établissement n'est pas du goût de tout le monde. Les collaborateurs de Une école pour Tous et Toutes aident bénévolement les collégiennes apprenant par correspondance à faire leurs devoirs. Elles ont également bénéficié d’argent pour financer des avocats qui ont accompagné les jeunes filles au conseil de discipline du rectorat, lorqu'elles furent officiellement exclues de l'école. Willy Beauvallet, sociologue et membre de Une Ecole pour Tous et Toutes s'exprime ainsi : « Celles qui ont cherché un soutien auprès du collectif se sentent particulièrement stigmatisées et marginalisées ». D'après lui, les collégiennes qui ont choisi de conserver leur voile sont désocialisées et exposées à des situations humiliantes. Ainsi dans un restaurant universitaire, une étudiante s'est vue refusée l'encaissement de son repas au motif qu'elle portait un voile, alors que la loi ne s'applique pas dans les universités.
A la question de savoir si la loi ne pourrait pas également être une libération pour des jeunes filles obligées par leur famille de porter le voile, Beauvallet répond : « Il est possible que certaines soient contraintes à porter le voile. Il est alors absurde d’exclure de l'école précisément ces personnes. Car des pères de famille aux tendances islamiques radicales ne vont sûrement pas se laisser dissuader et permettre subitement à leurs filles d’ôter le voile ». D'après lui, la plupart porte le voile de son plein gré. Les musulmanes au sein du collectif sont majeures et auraient elles-mêmes décidé de le conserver.
Leyla dit aussi qu'elle s'est personnellement décidée pour le port du voile. Il possède, à ses yeux, une signification religieuse et culturelle. « C'est un moyen de développer ma religiosité », dit-elle. « Mes parents sont heureux que je puisse le garder. Mais c'est moi qui doit porter le voile, c'est donc mon avis qui compte ». Leyla ajoute qu'elle se sent intégrée dans sa nouvelle école et n'entend aucun commentaire sur son couvre-chef. Les nouvelles matières artistiques dispensées dans la nouvelle école lui plaisent : « C'est quelque chose de différent ». Elle est toutefois triste d'avoir été obligée de changer de collège à cause de cette loi ; pas à cause du nouvel établissement, « mais parce que j'ai été séparée de mes amies », dit-elle.
Il reste en suspens de savoir si l'avenir réserve à Leyla et aux autres musulmanes une accentuation de leur désocialisation. L'avocate Boukara pense que la loi sera bientôt débattue dans les prétoires. « On doit trouver une solution juridique équilibrée, qui contente les différents intérêts », soutient-elle. Elle ajoute que la Convention européenne des droits de l'homme aura peut-être aussi son rôle à jouer. Le sociologue Beauvallet espère que le travail de « Une Ecole pour Tous et Toutes » portera ses fruits dans quatre ou cinq ans et que la situation sera alors « moins dramatique ».
Jusque là l'intégration des jeunes filles fonctionne dans le quotidien. Du moins pour Leyla. Son prochain cours est la chorale du second cycle. Une camarade de classe la prend par le bras. Riant sous cape, elles descendent ensemble les escaliers.
Photo de Nadja Dumouchel
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La situation en AllemagneEn Allemagne aussi, il y eut récemment un débat sur le voile islamique. En septembre 2004, la Cour Constitutionnelle Fédérale a décidé que le voile et les autres signes religieux pouvaient être interdits à l'école. Cependant, il est nécessaire qu'une loi adéquate soit votée par les Länder pour appliquer cette décision. Les Länder de Bade-Wurtemberg, Hesse, Basse-Saxe et Sarre ont déjà adopté une telle loi. La CDU a essayé de faire en sorte que les symboles chrétiens et juifs ne soient pas concernés. Dans une interview avec la FAZ, Bertold Sommer, ancien juge constitutionnel, a estimé qu’ « une telle position ne pouvait être défendue d'après la Constitution. »
La controverse sur le voile fut suivie par le débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, en tant que premier pays musulman. Après qu'un islamiste marocain a assassiné en pleine rue d'Amsterdam le réalisateur hollandais Théo Van Gogh, pourfendeur de l'Islam, les débats publics se sont également attardés en Allemagne sur la volonté et la capacité des immigrants musulmans à s'intégrer. Le voile fut souvent interprété comme le symbole d'un refus à l'intégration et le signe distinctif d'une société parallèle sur les plans culturels et politiques.
Au cours du débat sur l'intégration, le ministre de l'Intérieur du Brandebourg, Jörg Schönbohm (CDU, a exigé la soumission des étrangers à une « culture dominante » (Leitkultur) allemande et Angela Merkel, Présidente de l’Union chrétienne-démocrate, a affirmé que la société multiculturelle avait « merveilleusement échoué ». Toutefois, il n'y avait pas que l'opposition qui prenait des positions critiques sur la situation actuelle. Le ministre de l’Environnement, Jürgen Trittin (Verts), lors d'un entretien avec le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, mit par ailleurs en garde contre une « vision candide du multiculti ». Le chancelier fédéral G. Shröder (SPD) a pourtant souligné qu' « on pouvait s'estimer satisfait de la situation actuelle de l'intégration » et se réjouir que « cela n'ait pas conduit à des éruptions de violence comme c'est le cas dans les banlieues d'autres pays », ce qui est vrai par exemple pour la France.
La nouvelle loi sur l'immigration, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2005, a été créée pour permettre une meilleure intégration des étrangers, en exigeant des nouveaux venus des connaissances en langue allemande. Même une avocate turque, Seyran Altes, vivant à Berlin, a déclaré au Süddeutsche Zeitung qu'en terre allemande, intégration signifiait adaptation : « à chaque fois que les Allemands ont parlé d'intégration, cela ne pouvait être interprété qu'en termes d'assimilation ». |

Le PDS ou l'histoire d'un come-backPar Aurélie Daoulas
Enterré par toute la presse peu de temps après son échec aux législatives de 2002, le parti néo-communiste allemand, le PDS, fait de nouveau parler de lui dans les quotidiens depuis sa « renaissance » aux dernières élections européennes. La Süddeutsche Zeitung du 15 juin 2004 nous annonce même la couleur : « Les chaussettes rouges sont de nouveau à la mode ! ». Rien à voir avec une nouvelle mode vestimentaire, bien sûr ! Il s'agit là d'une nouvelle donne politique, les chaussettes rouges étant le surnom des néo-communistes. Rappelons brièvement que le PDS, Parti du socialisme démocratique, a repris les anciennes structures du SED, Parti socialiste unifié de la RDA, mais a intelligemment su se distancier des erreurs commises par le SED et surtout définir une nouvelle politique adaptée à l'Allemagne réunifiée. Avant d'analyser de plus près les éléments de ce retour gagnant, revenons brièvement sur les événements qui ont amené le PDS à quitter momentanément la scène politique nationale.
La toute première déconvenue du parti, à un mois des législatives de 2002, a été la démission soudaine de Gregor Gysi de son poste de sénateur à Berlin, impliqué dans l’affaire des primes aériennes « Miles & More ». Ce retrait de la « star du PDS », l'une des figures emblématiques du parti, a subitement plongé militants et électeurs dans un grand désarroi. Le 22 septembre, c'est la coalition rouge-verte qui sort victorieuse des élections et peut être reconduite, malgré un scrutin très serré. Quant au PDS, il tombe non seulement en-dessous de la barre fatidique des 5% qui lui aurait garanti l'entrée au Bundestag, mais ne recueille pas non plus les trois mandats directs qui lui avaient permis en 1998 de participer à la répartition des sièges. Comme la perspective d'avoir un chancelier très conservateur ne satisfaisait que peu d’électeurs à l'Est, bastion du PDS, les sympathisants de ce parti ont préféré, pour faire barrage à Edmund Stoiber, porter leur voix directement sur le candidat social-démocrate, Gerhard Schröder, par ailleurs favorisé par le contexte des inondations à l'Est et par la crise iraquienne. Après sa déroute aux législatives, le PDS se retrouve, de plus, confronté à une guerre intestine qui le divise en deux ailes : la mouvance traditionaliste, qui prône l'opposition extraparlementaire, et la tendance réformiste, favorable au modèle des coalitions rouges-rouges, c'est-à-dire aux alliances locales avec le SPD, comme c'est le cas à Berlin et dans le Mecklembourg-Poméranie Occidentale. Tiraillé, divisé, le PDS se noie dans la confusion, l’indifférence et se fait petit à petit oublier sur la scène nationale.
Cette crise n'est pas sans précédent, mais elle semble être une des plus sévères que le parti ait connue. Cependant, en politique, tout est une question de fluctuation, de tendance, voire de mode. Le PDS, que l'on croyait mort politiquement, est malgré tout parvenu à sortir de son coma. Le parti a su profiter de cette période peu médiatisée pour se reconstruire, évitant ainsi l'éclipse totale. C'est Gabi Zimmer, la présidente du parti, qui fait les frais de cette restructuration. Femme plutôt froide et longtemps critiquée pour ses dérives extraparlementaires, elle se voit obligée de passer le relais à Lothar Bisky, grand ami de Gregor Gysi et comme lui favorable à la mouvance réformiste. Avec ce militant de la première heure comme chef de file, le PDS, rassuré, retrouve un leader, un charisme, une ambition. Remotivé, il se réinvestit pleinement dans le débat politique. Le mécontentement suscité par l'« agenda 2010 » du gouvernement Schröder, catalogue de réformes qui taille dans les prestations santé, vieillesse et chômage et frappe particulièrement « l'Allemagne d'en bas », va être finement exploité par le PDS. « Inlassable organisateur des manifestations, il va recueillir les fruits de son militantisme et de son enracinement social », commente Georges Marion dans Le Monde du 21 septembre 2004.
Les premières remontées électorales sont enregistrées lors des élections européennes du 13 juin 2004, durant lesquelles le SPD, comme d'autres partis européens au pouvoir, dont l'UMP en France, se voit infliger un sévère vote sanction. C'est lors de ce scrutin européen favorable aux partis d’opposition que le PDS fait son come-back avec un score inattendu et très satisfaisant de 6,4% qui lui ouvre les portes du Parlement européen. Cette ascension est confirmée trois mois après, lors de scrutins locaux qui placent le PDS en deuxième position, derrière la CDU en Saxe et derrière le SPD dans le Brandebourg. Si à l'Ouest, les électeurs de gauche votent généralement pour les Verts pour désapprouver la politique du gouvernement actuel, les reports de voix à l'Est se font de plus en plus sur le PDS. Les Verts, étant considérés comme un parti petit-bourgeois, n'ont pas de véritable assise à l’Est.
Vote de protestation, vote de gauche, on peut également parler d'un vote d'adhésion. Il est vrai que le PDS jouit d'une véritable audience à l'Est, pour des raisons aussi bien historiques, sociales, économiques que sociologiques. Depuis la réunification, les nouveaux Länder n'ont pas encore rattrapé économiquement et socialement l'Ouest du pays : de nombreux secteurs, comme celui du bâtiment, restent en crise, la vie est devenue plus chère, les Kindergärten (jardins d'enfant) se font de plus en plus rares et l’insécurité redouble. 30 % des Ossis, les Allemands de l'Est, se sentent désavantagés et considérés comme des citoyens de seconde catégorie, ce qui constitue autant d’éléments déstabilisateurs favorisant l'Ostalgie, c'est-à-dire une certaine nostalgie de la RDA. Voter PDS est pour beaucoup une sorte de refuge, un exil intérieur, mais aussi un cri, un appel. Si on peut lire sur certaines affiches électorales du PDS : « Rendez l’Est plus fort!», on peut surtout constater que c'est l'Est qui rend le PDS plus fort. Alors que le parti néo-communiste apparaît comme un groupuscule à l'Ouest, il est redevenu une véritable force politique à l’Est, resurgissant dans des contextes de crise. Ce qui démontre que l'Est et l'Ouest, malgré quinze années d'unification, ne vivent toujours pas en parfaite osmose, puisqu'un mur sépare toujours leurs votes et par conséquent leur vision du monde.
On a donc pu constater que le PDS a su profiter des difficultés encore prononcées de l’Est pour revenir sur la scène locale et nationale de la politique et faire ainsi concurrence au SPD. Loin de cette image de parti moribond, le PDS a montré que ceux qui l’ont enterré trop vite se sont trompés et qu'il demeure un facteur politique non négligeable, capable d’exploiter son potentiel tant que les soubresauts de la division se font toujours sentir. Il lui reste désormais à prouver que le succès retrouvé n'est pas aussi éphémère qu’une mode. Mais il lui sera certainement difficile de s'installer durablement dans les petits souliers de l’Allemagne réunifiée.
Bref résumé côté français Indiscutablement, l’élection présidentielle de 2002 a poussé Lutte Ouvrière (LO) d’Arlette Laguiller et la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) d’Olivier Besancenot au-devant de la scène politique française avec des scores respectifs de 5,7 et 4,25 %, ce qui a contribué notamment à diviser la gauche et à priver le candidat socialiste, Lionel Jospin, du second tour des élections. On pensait alors que les régionales et les européennes allaient confirmer cette tendance favorable aux deux formations révolutionnaires. D’autant plus qu’elles s’étaient réunies sur des listes communes dans l’espoir d’atteindre à elles deux la barre des 10%. Cependant, à l’issue des deux scrutins, il s’est avéré que les présidentielles et le « PACS » entre les deux partis, duo tant critiqué, n’ont pas eu l’effet de tremplin escompté, puisque les listes LO/LCR se sont vu infliger un résultat sévère, les plaçant en dessous de la barre des 5% aux régionales comme aux européennes ; les électeurs ayant préféré sanctionner la politique conservatrice du gouvernement Raffarin en votant utile, à savoir pour les listes de la gauche plurielle. Tout comme les néo-communistes allemands, la gauche révolutionnaire française a un potentiel politique certain, mais cette percée est-elle suffisante pour favoriser l’émergence d’un phénomène politique durable ? |

Le nouveau pont au kilomètre 293De Nadja Dumouchel et de Jan Dörner, traduit par Fabienne Reynaud, publié en décembre 2004
Le Rhin qui sépare la France et l'Allemagne fut souvent une frontière profonde entre deux pays ennemis. Un nouveau pont relie dorénavant Strasbourg et Kehl en signe d'amitié, sans pour autant renier l'histoire. Un reportage.
Le sol oscille de façon presque imperceptible sous les pieds. Sur la plate-forme au milieu du nouveau pont jeté sur le Rhin se tiennent des promeneurs, qui contemplent le paysage. Le Rhin, ourlé de rives vertes, vient du sud et coule nonchalamment onze mètres en dessous, avant de laisser derrière lui, à sa gauche, la zone industrielle strasbourgeoise. Sur la droite, du côté allemand, se situe la petite ville frontalière Kehl en face de Strasbourg la française, siège du Parlement européen.
Le vent berce doucement d'un coté puis de l'autre le pont suspendu à des câbles d'acier. Il s'imprègne de bribes de langues française et allemande, les transporte un bout de chemin jusqu'à ce qu'elles s'évanouissent dans les airs. Le nouveau pont piétonnier de l'architecte Marc Mimram, aussi appelé passerelle, relie depuis avril les villes à cet endroit. Avec ses deux bras élancés au-dessus du Rhin, c'est une œuvre architecturale ingénieuse et un témoignage de l'amitié franco-allemande. Les deux parties de la passerelle sont réunies au centre par une grande plate-forme de 100 mètres carrés.
Le pont fut construit à l'occasion du Festival des deux Rives, que Strasbourg et Kehl ont célébré ensemble d'avril à mi-octobre. L'exposition horticole du Bade-Wurtemberg, une manifestation normalement réalisée par le Land, fut organisée pour la première fois des deux côtés du fleuve comme une exposition horticole badoise et alsacienne transfrontalière.
Au cours du discours d’ouverture du festival, le maire de Kehl, Günther Petry (SPD), désigna le pont comme «un symbole de ce que peut être une coopération transfrontalière, lorsque l’on se concentre sur les chances, plutôt que sur les obstacles, que nous offre la zone frontalière ». A travers les transformations occasionnées par le Festival, la ville de Kehl « a surmonté des césures historiques » douloureuses. Fréquemment dans l'histoire, le kilomètre 293 fut un lieu de séparation et le fleuve une frontière entre deux pays ennemis. Du côté français, les rives sont plantées de fleurs des champs, marguerites, coquelicots et bleuets y poussent. Parmi les fleurs, les vestiges d'un bunker français en béton et acier rouillé s'élèvent du sol; ces meurtrières sont orientées vers l'autre rive où des enfants crient « mama » ou « maman », afin de montrer à leur mère un canard sur la berge ou un bateau sur l’eau.
Là où les deux bras de la passerelle relient les rives distantes de 250 mètres, se trouve, du côté français, une pierre commémorative modeste. C’est à cet endroit que le commandant en chef de la Première armée, le maréchal de Lattre de Tassigny, traversa le Rhin le 16 avril 1945, alors qu'il venait de Kehl. Auparavant, malgré la résistance des troupes allemandes, son armée avait conquis Karlsruhe, Pforzheim, Baden-Baden et finalement Kehl. Lors de son arrivée à Strasbourg, le maréchal annonça la libération définitive de l’Alsace.
Si les promeneurs qui sont sur la plate-forme regardent en aval du fleuve, ils aperçoivent deux autres liaisons entre Strasbourg et Kehl, le pont routier et le pont ferroviaire. Sur le premier, le Pont de l’Europe, il y a un bouchon. Il est 17h00, les ouvriers d’usines français rentrent, depuis l’Allemagne, chez eux et, du côté français, les Strasbourgeois arrivent en quête de cigarettes et d’autres produits, qui sont plus chers en France. Une plaque fixée au pont célèbre la mémoire de neuf résistants du groupe Réseau Alliance, qui furent fusillés à cet endroit par des hommes de la Gestapo, en novembre 1944.
Sur le pont ferroviaire, un train passe en direction de Paris. La liaison était possible depuis 1861, mais neuf ans plus tard, déjà, on fit sauter le pont lors de la guerre franco-allemande. C'est seulement en 1942 qu'il fut à nouveau édifié, et il sera encore une fois détruit deux ans plus tard. C’est pourquoi, pendant le "Troisième Reich", les réfugiés devaient prendre le train jusqu'à Kehl, puis traverser le Rhin en passant par le pont piétonnier pour rejoindre l’exil.
Une plaque commémorative située dans la gare de Kehl garde la mémoire de la fuite de l’écrivain Heinrich Mann. Il n'a pas voulu être un sujet de l’anti-intellectuel et de la violence, peut-on y lire. En décidant de quitter l’Allemagne, le 22 février 1933, Heinrich Mann est resté fidèle à lui-même et à son œuvre. Arrivé à Strasbourg, soulagé, il télégraphia le soir même à un ami, le germaniste Félix Bertaux, qu’il était « sain et sauf », et en sécurité.
Trente ans après la fuite de Heinrich Mann, on scella l'amitié franco-allemande par le Traité sur la coopération franco-allemande, le Traité de l’Elysée. Or, précisément au niveau du Pont de l’Europe, de l'ancienne frontière du Rhin, elle était peu visible. Sur la rive française s'étendaient des terres en jachère, où seuls des conducteurs de camions garés sur le parking frontalier avoisinant venaient, de temps à autres, fumer une cigarette. Les correspondances de trains et de bus entre les deux villes voisines furent longtemps irrégulières et mal coordonnées entre elles. Pratiquement personne n'effectuait le trajet Strasbourg Kehl par plaisir.
Aujourd'hui, les deux rives sont arrangées avec soin et invitent à la promenade. Le maire Petry a salué l'aménagement commun des berges du Rhin comme un début : « Kehl et Strasbourg ont commencé à s'adresser l'un à l'autre, à transformer et à revaloriser leurs entrées de ville». Un nouvel axe naîtra par-dessus le fleuve et la frontière, dit Petry, le long duquel « ce ne seront plus des Allemands et des Français mais des citoyennes et citoyens de la zone Euro menant une vie quotidienne tout à fait naturelle et transfrontalière». Quand le vent soulève des mots badois et alsaciens sur le pont, leurs résonances ne sont en effet pas si lointaines. 
Petit homme, grandes ambitionsSina Tschacher, traduction de Fabienne Reynaud, publié en septembre 2004
Avec sa politique, Nicolas Sarkozy, le nouveau ministre français de l’Economie, ne se fait pas que des amis
A Paris, il est surnommé « Speedy Sarkozy » et son credo politique est : « Il faut agir, et vite ». Le ministre français de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, âgé de 49 ans, n’a pas laissé passer beaucoup de temps depuis qu’il a quitté ses fonctions de ministre de l’Intérieur il y a quelques mois, pour endosser son nouveau rôle de « super-ministre ». Sarkozy s’est attaqué énergiquement aux trois cibles qu’il a lui-même fixées : la réduction du chômage, la mise en ordre des finances publiques et une politique industrielle « volontariste », laquelle s’attache à soutenir les entreprises françaises dans leur lutte contre leurs concurrents internationaux. Son style politique est direct et saisissant. Pour appliquer son programme, il n’a pas peur d’affronter l’adversaire politique. Ceci explique qu’il ne se fait pas que des amis à Paris.
Parmi ses adversaires les plus prépondérants figure le président de la République française en personne. L’ambitieux arriviste est depuis longtemps une épine dans le pied de Jacques Chirac, au moins depuis que Nicolas Sarkozy choisit, lors des élections présidentielles de 1995, le camp d’Edouard Balladur, qui était à l’époque le concurrent de Chirac au sein du parti. Ce n’est un secret pour personne que Nicolas Sarkozy vise la magistrature suprême. Il a déjà accompli un pas important dans cette direction : depuis début septembre, « Speedy Sarkozy » est le candidat officiel pour la direction du parti de droite actuellement au pouvoir, l’UMP. S’il est effectivement élu fin novembre, il devrait abandonner son poste de Ministre de l’Economie. Explication à cela : l’ordre de Chirac, aux termes duquel le futur patron de l’UMP ne pourrait cumuler cette fonction avec un poste de ministre.
Jacques Chirac devrait prendre garde, car autant Nicolas Sarkozy est mal aimé dans la classe politique française, autant le peuple français l’apprécie : alors que la cote de popularité du premier ministre Jean-Pierre Raffarin sombre dramatiquement, « Speedy Sarkozy » se maintient au sommet des cotes de popularité, recueillant jusqu’à 80 % d’approbation, et se classant ainsi actuellement comme l’homme politique le plus populaire en France.
Sarkozy tire aussi et sans doute sa popularité d’une mesure particulière : le ministre a en effet conclu récemment un accord avec les présidents des grandes entreprises du commerce et de l’industrie pour réduire les prix des articles de marque. A partir de cet automne, les produits de marque en France coûteront 2 % de moins. Jusqu’au milieu de l’année prochaine, les prix des entreprises commerciales comme Leclerc, Carrefour, Intermarché, et les produits de marque comme ceux par exemple de L’Oréal et Procter & Gamble, doivent même diminuer de 5 %. Sarkozy vise, par ces mesures, à encourager la consommation et la croissance économique. Cela réjouira les consommateurs. Michel-Edouard Leclerc, directeur de la chaîne de supermarchés Leclerc, a accueilli favorablement la mesure du super-ministre, étant donné le recul de la consommation de 8 % au mois de mai et une accentuation d’une migration des consommateurs vers les discounters comme Lidl.
En Allemagne, en revanche, la manière de faire de Sarkozy rencontre incompréhensions et stupéfactions. Certes, on sait, de ce côté du Rhin, que les Français ont une autre conception de la politique économique et qu’à Paris, les interventions de l’Etat dans la sphère économique sont considérées, aussi bien à gauche qu’à droite, comme absolument normales. Pourtant, les accords entre Sarkozy et les chefs d’entreprises sont stigmatisés comme populistes. Un procédé similaire serait impensable de la part d’un gouvernement allemand. A Berlin domine l’opinion selon laquelle chaque gouvernement doit fondamentalement s’exclure de tout mécanisme de formation des prix des produits. En raison de leur rôle d’ajustement, les prix devraient exclusivement se définir en fonction de l’offre et de la demande.
Les hommes politiques n’ont pas été les seuls à nettement ressentir les méthodes du ministre français, les chefs d’entreprises allemands aussi. Ainsi, Sarkozy a réussi en juin à faire en sorte que le trust pharmaceutique franco-allemand Aventis soit absorbé par Sanofi, une entreprise beaucoup plus petite. Désormais, dans l’entreprise gigantesque ainsi créée, seuls les dirigeants français ont leur mot à dire. Le super-ministre français a même éconduit une entreprise allemande. Siemens voulait reprendre une partie de la société française Alstom, ce que Sarkozy refusa, impassible. Les vives protestations en provenance d’Allemagne glissèrent sur celui que l’on surnomme, en raison de sa taille modeste, le « petit Napoléon ». Sarkozy ouvre également de nouvelles voies en matière de politique européenne. Il souligne certes, comme autrefois, l’importance du couple franco-allemand en Europe, mais s’engage parallèlement pour une coopération plus étroite dans les domaines politique et économique des six plus grands Etats européens, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Espagne, Italie et Pologne, se faisant ainsi apprécier par le Britannique Tony Blair.
C’est au plus tard lors des élections présidentielles de 2007 que le petit « Speedy Sarkozy » verra probablement sa grande heure advenir.
Aymeric Mantoux, Nicolas Sarkozy–L'instinct du pouvoir, First 2003, ISBN : 2876917831, 17,95€ 
Un jeune Allemand donne conseil à Jean-Pierre RaffarinAnne Katharina Bock, traduction de Charlotte Noblet
A l'occasion du quarantième anniversaire du traité de l'Elysée, Jean-Pierre Raffarin annonçait qu'il souhaitait accueillir un Allemand parmi ses conseillers. Christoph Gottschalk était alors à cent lieues d'imaginer que cette décision allait changer sa vie. Pourtant, jusque-là celle-ci était plutôt bien remplie.
Né à Kronberg dans le Taunus il y a maintenant vingt-six ans, le jeune Gottschalk est parti à vingt ans de chez lui pour faire ses études en sciences politiques à l'Université libre de Berlin. Déjà un brin francophile, il fut un an étudiant à l'Université d'Aix-en-Provence. Au cours de ses études, il a passé un an à l'Université d'Aix en Provence, puis travaillé en tant que conseiller pour Babette Niederer, la secrétaire générale de l'Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ). Déjà à l'âge de dix-sept ans, il participe au Parlement européen des jeunes, fasciné par la richesse des échanges entre les différentes personnes et cultures qui s'y mèlent. C'est d'ailleurs en tant que président du Parlement européen des Jeunes qu'en janvier 2003 Christoph Gottschalk a dirigé une séance de discussions entre des élèves, le Président de la République française Jacques Chirac et le Chancelier allemand Gerhard Schröder. A ce titre, il a auparavant établi des contacts avec les collaborateurs de Jean-Pierre Raffarin et ce sont eux qui l'ont invité à se porter candidat auprès du Premier Ministre.
Quatre mois plus tard, comme il est sans le sou, c'est en bus que Christoph Gottschalk se rend à Paris pour un entretien d'embauche. Le soir même, il est nommé conseiller technique dans l'équipe de Jean-Pierre Raffarin.
Parmi les devoirs qui incombent au conseiller allemand pour la culture, la jeunesse et l'éducation, il y a l'étude des grands thèmes politiques du moment et l'offre de conseils au Premier ministre, ainsi que la participation auprès d'experts à des tables rondes et conférences, au cours desquelles sont débattus les différents thèmes politiques et où se nouent et s'entretiennent les relations. D'autre part, la lecture de la presse représente une bonne partie du travail quotidien de Christoph Gottschalk. S'il trouve les rencontres avec le Premier Ministre « particulièrement excitantes », c'est parce que personnellement il n'a pas la possibilité de le rencontrer tous les jours.
Christoph Gottschalk est le seul étranger parmi la cinquantaine de proches collaborateurs du Premier ministre. En général, on ne trouve dans ce cercle de conseillers que des diplomates ou des énarques, ces diplômés de la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration (ENA) qui prépare ses étudiants exclusivement aux fonctions de service public. Mais même avec sa nationalité allemande et son jeune âge, Christoph Gottschalk ne se laisse pas intimider par ces élites. Tout au contraire : il se réjouit d'offrir désormais aux Français un regard venu de l'extérieur, de faire valoir auprès d'eux les positions allemandes et de devoir expliquer comment tel sujet est abordé en Allemagne. Dans le cadre de son action visant à favoriser une meilleure compréhension, il a par exemple recommandé à ses collègues de trravail d'aller voir le film « Good Bye Lenin! » pour qu'ils se fassent une idée des difficultés et des espoirs des jeunes Allemands d'aujourd'hui. Etant donné son jeune âge, son avis est d'autant plus apprécié pour éclairer les intérêts et les besoins et des jeunes de sa génération en Allemagne.
En tant que premier Allemand en fonction au sein du gouvernement français, Christoph Gottschalk doit encore montrer aux deux pays ce dont il est capable. Pour cela, il peut prendre modèle sur la Française Brigitte Sauzay, décédée au mois de novembre dernier : pendant des années, elle fut la conseillère de Gerhard Schröder pour tout ce qui concerne la France et a acquis ses lettres de noblesse en renforçant ainsi les relations franco-allemandes. Mais Gotschalk le sait–notamment depuis son rôle de bassiste pour son groupe d'école Georgia Junkin : c'est le ton qui donne la musique. 
UE : deux poids, deux mesures ?Marina Touilliez
Les relations franco-allemandes n'avaient encore jamais été aussi étroites. En politique européenne, on entend depuis quelques temps beaucoup parler – avec inquiétude ou enthousiasme, selon la position stratégique que l'on occupe au sein de l'UE – d'union franco-allemande. Dans plusieurs domaines effectivement, le rapprochement Paris-Berlin a été plus que significatif ces derniers temps. Et dans l'entourage des principaux intéressés court la rumeur d'une institutionnalisation de ce rapprochement.
La position commune et tranchée sur la guerre en Irak avait déjà favorisé une scission politique au sein de l'Europe entre l'Allemagne et la France d'un côté, et les pays pro-américains de l'autre : l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie. Les événements de la semaine du 24 novembre, au cours de laquelle la France et l'Allemagne ont conjointement refusé de se conformer aux prescriptions du pacte de stabilité, défiant ainsi la Commission et tous les autres pays d'Europe, achèvent de mettre le couple franco-allemand à l'écart du reste de l'Union.
Cette entente jugée arrogante et irritante par les autres pays européens a des racines historiques. C'est l'histoire du début de la construction européenne qui explique l'aura particulière de chacun de ces pays et leur force politique au sein de l'Europe.
Les premiers à avoir formulé l’idée d'une union des pays européens sont Kant, puis Victor Hugo, et c’est significatif. Le concept de formation d'une Europe unie s'élabore d'abord dans les milieux intellectuels et politiques dans le but de rapprocher les deux ennemis héréditaires. Entre 1870 et 1945, la France et l'Allemagne se sont affrontées à trois reprises lors de conflits qui ont causé de lourdes pertes humaines, en particulier pendant les deux guerres mondiales. En 1945, c’est autour de l'Europe unie que se concentrent les espoirs de rapprochement franco-allemand. Il faut pourtant reconnaître que ce premier rapprochement était notamment lié à de forts intérêts nationaux, par exemple le besoin français de sécurité, ou le désir de l’Allemagne de retrouver sa pleine souveraineté. En 1950, le ministre français des affaires étrangères, Robert Schumann, propose l'intégration des industries du charbon et de l'acier de l'Europe occidentale. Et en 1951, entre en scène la CECA, la première d'une longue série d'institutions européennes. Robert Schumann, convaincu et efficace, trouve un partenaire de choix en la personne de Konrad Adenauer, premier chancelier d’Allemagne de l'Ouest, qui permit notamment d'élaborer le projet de Communauté européenne de défense, qui fut pourtant rejeté par le parlement français. L'amitié d’Adenauer et de Gaulle a fait de la coopération franco-allemande l'un des fondements de la construction européenne, surtout lorsqu'il s'agit de démarquer l'Europe de l'Alliance atlantique et de l'influence américaine. Ainsi, la convergence des points de vue entre Français et Allemands pendant la guerre en Irak s’inscrit dans une perspective historique.
Le poids politique de la France et l'Allemagne est donc historique. Il est aussi économique. Face aux contraintes du pacte de stabilité, Paris et Berlin ont fait valoir que leurs pays représentent la moitié de l'économie de la zone euro pour bénéficier, au profit de tous, d'un traitement particulier.
Cette logique peu rigoureuse n’est pourtant pas soutenable à long terme. Les économies en difficulté de l'Allemagne et la France ont besoin de la zone euro et plus particulièrement des nouveaux marchés qui se profilent à l'est avec l'élargissement de l’Europe. Les « petits pays » européens sont nécessaires aux grandes économies libérales, dont les marchés sont saturés. De plus, l'entente politique franco-allemande est loin d'être exclusive et définitive depuis l'Ostpolitik de Willy Brandt et la chute de l'URSS.
Le 20 novembre 2003, Jacques Chirac tentait de calmer les inquiétudes concernant un éventuel éclatement de l'Europe en démentant la mise en oeuvre d'une institutionnalisation des relations entre les deux pays.
Aussi en novembre, Gerhard Schröder déclarait au « Spiegel » qu'une Union franco-allemande « n'a rien à voir avec la réalité dans un futur proche » et que la collaboration étroite entre les deux pays restait « un processus naturellement ouvert à tous ». La visite de Chirac à Londres est là pour rappeler que la survie de l'Europe tient à l'émergence d'un relatif consensus plutôt qu'à un blocus politique de la France et l'Allemagne.
Photo de Bundesregierung 
...et pourtant, il tourne ! Le « moteur franco-allemand » opère aujourd’hui son Come-backSina Tschacher, Traduction Marina Touilliez, publié en juin 2004
« Le moteur franco-allemand est enrayé ! » pouvait-on entendre ces dernières années, et notamment lors du sommet de Nice, où les divergences franco-allemandes se manifestèrent avec acuité. Il semblait en effet que le carburant du tandem franco-allemand venait à manquer. Les rapports entre Paris et Berlin s’étaient entre-temps encore refroidis. Les divergences de vue étaient grandes, avant tout sur la question de la future architecture de l´Europe : alors que l´on se représentait à Berlin une Europe fédérale inspirée du modèle de la RFA, on mettait l’accent, à Paris, sur une Europe des nations d’inspiration gaullienne, où les compétences principales sont conservées par les pays membres.
Sur le fond, les deux pays n’ont toujours pas révisé leurs positions. Cependant, depuis les célébrations du quarantième anniversaire du traité de l´Elysée l´année dernière, la France et l´Allemagne semblent avoir redécouvert leur amitié. Des deux cotés du Rhin, on réfléchit à une coopération accrue entre les deux pays, comme le prévoyait le traité de l´Elysée.
Ainsi donc, quelles sont les raisons de ce renforcement de la coopération bilatérale, quarante ans après la signature du traité d´amitié franco-allemand entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle ? Manifestement, les deux Etats ont compris qu´ils ne pouvaient atteindre leurs objectifs qu´ensemble. Ainsi, le ministre français des Affaires Etrangères, Dominique de Villepin, a tenté une percée il y a quelque temps, en proposant une Union franco-allemande qui renforcerait le poids des deux pays au niveau international et jouerait un rôle moteur dans la construction européenne. Dominique de Villepin s´appuie ainsi visiblement sur l´article 43 du projet de constitution européenne, qui prévoit une « coopération renforcée » au sein d´un groupe de pays membres. Cela signifie que certains pays peuvent dans des domaines déterminés travailler plus étroitement ensemble et aller de l’avant, formant une sorte de noyau dur de l´UE, sans que les autres Etats soient contraints de suivre le mouvement. L´Union franco-allemande devrait y occuper une place centrale. Dans une interview accordée au Spiegel, le chancelier Gerhard Schröder désigne le concept d’union franco-allemande comme une « vision séduisante ». Cela ne pourrait être que positif pour le processus d´intégration européenne, si l´Allemagne et la France allait à nouveau de l´avant ensemble. Pour parer à la peur d´une main-mise franco-allemande, Schröder s´empresse d´ajouter que « ce processus doit naturellement être ouvert à tous ». Et en effet, cette nouvelle approche d´une coopération européenne renforcée inquiète les autres membres de l´UE. Les petits pays, notamment, craignent que les deux « poids lourds », l´Allemagne et la France, imposent dans le futur leur vision des institutions européennes. Ceux qui ont suivi les discussions sur le pacte de stabilité européen ces dernières semaines peuvent facilement comprendre cette crainte : Le ministre Allemand des finances, Hans Eichel, et son homologue français Francis Mer se sont mutuellement soutenus dans les négociations avec les ministres des finances européens et imposèrent à la commission européenne le retrait des sanctions prévues contre la France et l´Allemagne. Les deux pays afficheront l’année prochaine pour la troisième fois de suite un déficit budgétaire de plus de trois pour cent de leur PIB et enfreignent ainsi le pacte de stabilité, qui prévoit une sanction en pareil cas. Au jour d’aujourd’hui, la procédure de sanction a été annulée par les ministres des finances de l’UE.
L’alliance au sujet du pacte de stabilité fait apparaître de manière évidente que l’Allemagne et la France, confrontés aux mêmes problèmes et défis économiques et sociaux, ont fortement intérêt à travailler ensemble. Cette année, le déficit budgétaire et le taux de chômage vont être aussi élevés de part et d’autre du Rhin, et la croissance économique aussi faible. De plus, dans d’autres domaines encore, Paris et Berlin connaissent les mêmes difficultés, notamment en ce qui concerne le besoin de réforme des systèmes de santé et de retraite, ainsi que du marché du travail. « L’union faisant la force », il convient donc de cerner ensemble les problèmes pour y apporter les solutions. En quarante ans, depuis la signature du traité de l’Elysée, l’Allemagne et la France ont réussi à instaurer une relation qui dépasse les rapports bilatéraux standards. Une relation dans laquelle les deux chefs d’Etat ne se contentent pas de se rencontrer régulièrement, mais bien plus, qui voit Gerhard Schröder se faire représenter par Jacques Chirac lors d’une conférence de l’UE. Où peut-on voir cela ailleurs sur la scène internationale ? Cela ne signifie pas pour autant que les relations soient toujours au beau fixe entre Paris et Berlin. L’avenir réservera sûrement de nouvelles divergences de vues. Mais n’est-ce pas le lot de toute amitié ? A tous les sceptiques et aux mauvaises langues qui affirment que le moteur franco-allemand est enrayé, on peut répondre : « il tourne et bien mieux encore qu’auparavant! » . Et ce « come-back » ne peut être qu’un atout pour la construction européenne, pourvu que la France et l’Allemagne prennent en considération les « petits pays » en même temps que leurs ambitions communes.
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L’amitié franco-allemande fait école - Préparation d’un manuel d’histoire commun franco-allemandClaudia Brignola, Traduction de Pierre Bergeot et Jean-François Perreault, publié en juin 2004
En janvier ont été célébrés quarante et un ans d’amitié et de coopération franco-allemande. Le 22 janvier 1963, le traité de l’Elysée, qui mettait un terme aux rivalités pluriséculaires entre les deux pays voisins, était signé par le chancelier Konrad Adenauer et le Président français Charles de Gaulle. Depuis, les deux Etats sont devenus un moteur important de la construction européenne. La France et l’Allemagne ont aujourd’hui décidé de relever un autre défi : celui de la rédaction d’un manuel d’histoire commun à l’Allemagne et la France.
La proposition émane du parlement franco-allemand de la jeunesse, qui a siégé du 18 au 23 janvier 2003 à Berlin. Après un entretien avec le chancelier Gerhard Schröder et le président de la République française Jacques Chirac, le ministre-président de la Sarre, Peter Müller, s’est saisi de cette proposition. Ce dernier est le délégué spécial de la République fédérale chargé de la coopération culturelle franco-allemande. Lors de la conférence sur la coopération régionale franco-allemande qui s’est tenue le 28 octobre 2003 à Poitiers et à l’occasion de laquelle le chancelier Schröder et le Premier ministre Raffarin se sont rencontrés, Peter Müller a déclaré que le manuel d’histoire commun devrait être disponible à la fin de cette année. Il pourrait ainsi être employé dans les écoles dès l’année scolaire 2005/06.
Un groupe de travail a été constitué au mois de juillet dernier pour élaborer le contenu de l’ouvrage. Il devra traiter des grands événements historiques selon une approche totalement comparative et en s’appuyant sur des thèmes et périodes marquants de l’histoire des deux pays. Selon Peter Müller, il s’agit de « contribuer à une meilleure connaissance mutuelle de nos sociétés et de nos cultures et à une compréhension réciproque ». La proposition du Parlement de la Jeunesse était fondée sur la même idée : lutter contre les préjugés découlant de l’ignorance. Le livre, qui doit favoriser le débat avec le pays voisin, ne passera pas sous silence les périodes sombres de l’histoire. Ce manuel d’histoire franco-allemand est conçu pour les trois classes qui précèdent l’examen de fin d’études secondaires (Abitur ou baccalauréat).
Ce livre est naturellement un pas en direction d’une meilleure compréhension et d’une plus grande tolérance. Dans une Europe toujours plus intégrée, il est d’autant plus important de concevoir les différentes histoires nationales comme parties de l’histoire européenne. La contribution apportée par un manuel d’histoire franco-allemand est à cet égard considérable.
Photo de BPA
Le développement de l’amitié franco-allemande en quelques dates1951 : Fondation de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) entre la RFA, la France, l’Italie et les Etats du Bénélux.
1957 : Traités de Rome. Fondation de la Communauté économique européenne (CEE).
1963 : Konrad Adenauer et Charles de Gaulle signent le traité de l’Elysée le 22 janvier, qui fonde officiellement et solennellement l’amitié franco-allemande. Les deux Etats se mettent d’accord sur une coopération renforcée en matière de politique étrangère, de défense et d’éducation. Le traité prévoit des recontres régulières entre les chefs de gouvernement des deux pays ainsi qu’entre autres membres du gouvernement. Cette coopération si étroite, qui est unique en Europe, a vocation à tourner définitivement la page d’un siècle d’affrontements des deux « ennemis héréditaires ». La signature du traité de l’Elysée, c’est aussi la création de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ).
1979 : Le 13 mars, une initiative commune du Président français Valéry Giscard d’Estaing et du Chancelier allemand Helmut Schmidt donne naissance au Système monétaire européen (SME).
1990 : Le Président François Mitterrand et le Chancelier Helmut Kohl proposent dans une déclaration commune de conférer à l’union économique et monétaire une dimension politique accrue, en créant notamment une politique extérieure et de sécurité commune.
1992 : La chaîne franco-allemande ARTE commence à émettre.
1996 : Jacques Chirac et Helmut Kohl publient un concept franco-allemand de politique de sécurité et de défense.
2000 : Lors du sommet des chefs d’Etats européens à Nice (7 au 10 décembre), des tensions se manifestent entre l’Allemagne et la France en raison d’un désaccord sur la future pondération des voix au Conseil des ministres. L’Allemagne, plus peuplée que la France, exige davantage de voix. La France refuse.
2003 : La France et l’Allemagne se soutiennent mutuellement lors du conflit sur le pacte de stabilité. Ainsi, les deux pays parviennent à obtenir la suspension de la procédure de sanction engagée contre eux par la Commission. Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, lance le débat sur une « union franco-allemande ». |

La France lève le voileMarina et Daniel Touilliez
En septembre 2004 entrera en vigueur en France la loi Stasi qui interdit aux élèves des établissements d’enseignement primaires et secondaires le port de signes religieux « ostensibles ». Les difficultés prévisibles de l'application de cette loi risquent de réveiller la polémique qui agite la France depuis plusieurs années et qui s'est propagée aux autres pays européens, notamment en Allemagne. Revenons ensemble sur les raisons nationales, culturelles, historiques et internationales de ce qui semble rester une impasse sociale.
La commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République, présidée par Bernard Stasi, créée le 3 juillet 2003 en pleine polémique sur le voile islamique, a remis le jeudi 11 décembre son rapport au Président Chirac. A la suite de ce rapport, la loi Stasi est adoptée par 494 voix contre 36 et 31 abstentions.
Pour comprendre la réaction du gouvernement et de l’électorat français sur la question du voile à l’école, il est nécessaire de faire un petit décryptage de la culture française à travers l’analyse de la notion de laïcité, c'est-à-dire la séparation entre religion et Etat, et la construction historique du concept.
Le terme de laïcité n’apparaît dans les textes constitutionnels qu’en 1958, dans l’article 2 de la Constitution : « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » De ce premier emploi du concept laïcité, Jean Baubérot en tire une représentation de la notion sous forme de triangle(1). Le premier côté représente le respect de la liberté de conscience et de culte (soutenu par les croyants), le deuxième la lutte contre toute domination de la religion sur l’Etat et la société civile, l’égalité des religions et des convictions (soutenue par les minoritaires). Pourtant l’équilibre est précaire et l’histoire culturelle a provoqué un déséquilibre de la notion et une connotation favorisant l’idée de défense de l’Etat contre la religion. Laïcité ou laïcisme ?
L’idée de laïcité tout d’abord peut être datée de la Révolution française et de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui stipule « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »  |  | |
La laïcité est donc tout d’abord formulée comme un droit, le droit à la diversité religieuse. Cependant, dans les siècles qui suivent, le pouvoir et la résistance de la religion catholique à ce principe et surtout à l’Etat républicain vont provoquer la mise en valeur négative de ce concept. La séparation de l’Eglise et de l’Etat est suivie par la querelle des inventaires en 1906, qui voit les Catholiques et les Républicains s’affronter violemment. Le Papa Pie X encourage les catholiques à la désobéissance civile. La laïcité devient alors un principe anti-religion dirigé en fait contre les abus de pouvoir de la religion catholique. La République n’est plus un Etat garant de l’exercice de tous les cultes, mais une forme de gouvernement qui tente de se construire contre la sphère d’influence d’une religion. Cette évolution historique est importante pour comprendre l’arrière-plan d’un débat sur le voile et la laïcité qui voit souvent une réaction violente et défensive des Français et qui dérive systématiquement sur la notion de République, de défense de la République. Dans la mentalité française, la survie de la République est directement et étroitement liée au principe de laïcité.
Bien plus, une autre dialectique culturelle vient épaissir les enjeux du débat actuel sur le voile. Comme on le sait, l’identité française s’est construite jusqu’au dix-neuvième siècle sur l’appartenance à la religion catholique. L’ambition de la France était d’être « la fille aînée de l’Eglise ». A partir des Lumières cependant le positivisme initié par Auguste Comte provoquera un bouleversement des mentalités et une crise identitaire. Cette fois-ci l’antagonisme n’est plus entre Républicains et Catholiques mais entre Raison et Religion. Au moment de la Révolution l’idée est de faire de la Raison le seul dieu, derrière la querelle entre République et Eglise catholique se cache l’idée que la religion est un obscurantisme.
Le débat sur le voile en France n’est pas nouveau. En 1989, puis en 1994, des troubles à l’école concernant le port du voile amènent à la circulaire Bayrou qui interdit les signes ostentatoires.
La résonance de ce débat correspond à la montée d’une peur, et même, pour une minorité de Français, d’une phobie de l’islamisme, c’est à dire de l’extrémisme musulman. Les conflits internationaux et l’échec du gouvernement à endiguer la violence dans les banlieues peuvent expliquer un regain d'intolérance très étroitement lié à l’amalgame entre islam et islamisme et entre religion et extrémisme.
Il est vrai que le port du voile représente dans certains cas une volonté extrémiste et d’opposition au reste de la société, en la provoquant par le biais de la religion musulmane. Cependant, revenons de manière rigoureuse sur les rapports entre port du voile et religion musulmane. Selon un sondage(2) publié par Le Monde en décembre 2003, le voile est porté par une minorité des femmes musulmanes (14%). Pour elles, le voile est davantage un accessoire culturel (42%) que religieux (39%). Certaines le portent sous la contrainte (18%), mais la majorité le fait librement.  |  | |
En fait, la question du port du voile n'est que le prétexte à la cristallisation de l'incompréhension et du manque de communication entre les communautés, qui s'exacerbe et s’accentue avec les tensions internationales depuis quelques années, que cela concerne le Moyen-Orient, ou la question du terrorisme. Il reste à se demander s'il n'est pas douteux qu'une loi négative, qui porte une interdiction puisse restaurer et encourager un dialogue à ce point fragilisé. La question de l'intégration de la Turquie à l'UE lors des nombreuses élections prévues en 2004 devrait relancer le débat, avec peu de chance de le pacifier.
1 TELERAMA, 3.12.2003 2 le Monde, 17.12.2003 : - 53% des Musulmanes en France sont opposées au port du voile, 27% se disent indifférentes, et 18% favorables - les femmes qui portent le voile le font par conviction religieuse (39%), par tradition (23%), parce qu’elles y sont contraintes par leur proches (18%),pour qu’on les respecte (8%), par pudeur (6%), pour affirmer leur identité (5%) - 81% d’entre elles ne portent pas le voile à l’extérieur, 14% le portent régulièrement ou très souvent.
Photos Mosquée Paris de Marie Lesage
La situation en Allemagne
En Allemagne, l’agitation française autour de cette question est suivie de façon à la fois perplexe et concernée. En Allemagne les Musulmans sont trois millions mais ils ne sont pas très engagés dans la religion. Seuls 500 000 d’entre eux fréquentent régulièrement les mosquées et un musulman sur deux n'y va jamais, selon Andreas Goldberg, directeur du centre d'études turques à Essen. Pourtant après les attentats de Madrid, la communauté musulmane allemande s'inquiète et vit de plus en plus mal un climat de suspicion, ajoute Nadeem Elyas, Président du Conseil central des Musulmans en Allemagne. En Bavière, le ministre conservateur de l'Intérieur, Günther Beckstein, propose ainsi de mettre sous surveillance vidéo l'ensemble des mosquées du pays.
La majorité des Musulmans en Allemagne se replie et essaie d'éviter les conflits. Pourtant, le débat sur le voile à l'école à cours aussi et plusieurs Länder veulent l'interdire aux enseignantes. Les Musulmans protestent que le voile est un symbole religieux pour la majorité des Musulmanes, alors qu'il est perçu, par exemple par la ministre de la culture de Bade-Wurtemberg, Annette Schavan, comme la marque politique des islamistes radicaux. |

La gauche radicale française : front commun ?Sina Tschacher, publié en février 2004
Les élections régionales et européennes de cette année risquent d’être ardues pour la gauche traditionnelle française (socialistes, communistes, et verts). En effet, après trente ans de brouille, les mouvements radicaux Lutte Ouvrière (LO) et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ont décidé de faire liste commune. D’après les premiers sondages, LO et la LCR pourraient représenter, avec un potentiel électoral de vingt pour cent des suffrages, une véritable menace pour la gauche traditionnelle française, qui, elle, doit de plus en plus faire face à des conflits internes ainsi qu‘à la diminution du nombre de ses adhérents. Et ce n’est pas tout : les deux mouvements ont en plus annoncé la création d’un grand parti anticapitaliste. Déjà, lors de l’élection présidentielle de 2002, LO et la LCR, avec dix pour cent des voix, avaient contribué de manière décisive à l’échec du candidat des socialistes, Lionel Jospin. Trop peu de voix s’étaient alors portées sur Jospin pour que celui-ci pût affronter son principal opposant Jacques Chirac (RPR). Seuls peuvent en effet se présenter au second tour de la présidentielle française, les deux candidats qui ont obtenu le plus de voix à l’issue du premier tour. En 2002, ce furent Jacques Chirac et le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, ce qui avait suscité non seulement un grand désarroi mais aussi une vague de protestation nationale.
Le système électoral français, avec ses deux tours de scrutin, se révèle favorable à LO et la LCR. Habituellement, les partis de droite et de gauche retirent leurs candidats les plus faibles après le premier tour de scrutin afin d’unir leur potentiel lors du tour final sur celui des candidats qui aura les meilleures chances de l’emporter. LO et la LCR ont déjà annoncé qu’elles maintiendraient leurs candidats au second tour. Ainsi, au tour final de scrutin, les partis de droite se rassembleraient toujours derrière un candidat commun, alors que la gauche affronterait divisée le verdict des urnes. Il reste à voir comment les socialistes et les communistes, qui pourraient être tentés de faire les yeux doux au futur grand parti anticapitaliste, réagiront à cette nouvelle situation.
Le dernier tour de piste de Ronald Schill?Pierre Bergeot
Y a-t-il une place pour Ronald Schill dans la politique allemande ? C’est maintenant aux électeurs qu’il appartient de trancher. Après plusieurs mois d’une crise qui a nui à la réputation de la ville hanséatique de Hambourg, le Maire Ole von Beust (CDU) s’est résolu à dissoudre l’assemblée élue en septembre 2001 et à convoquer de nouvelles élections, qui se tiendront le 29 février prochain.
Cette décision était devenue inévitable, tant les rapports s’étaient dégradés au sein de la coalition réunissant la CDU, les libéraux du FDP et le parti de l’offensive pour l’Etat de droit de Ronald Schill. M. Schill, l’ancien « magistrat impitoyable », est en effet rapidement devenu un bien encombrant partenaire. Accusé de consommer de la drogue, critiqué pour sa conception toute personnelle de l'exercice de ses fonctions de sénateur chargé de l’Intérieur, Ronald Schill avait choqué toute l’Allemagne, le 29 août 2002, dans un discours au Bundestag à forte tonalité xénophobe. Exaspéré par une dernière tentative de chantage de son ancien allié, qui concernait cette fois-ci sa vie privée, le Maire a finalement démis M. Schill de ses fonctions au mois d’août dernier. Le travail de sape mené depuis lors par le sénateur déchu a porté ses fruits : la division du groupe « Offensive pour l’Etat de droit » au Parlement régional entre pro et anti-Schill a fini par déstabiliser la coalition toute entière et conduit à l’organisation d’élections anticipées.
Fort d’une cote personnelle restée intacte malgré les agissements de son turbulent partenaire, Ole von Beust entend retrouver son siège après les élections de février. Pris de vitesse par la décision du Maire, les autres partis peinent en effet à se faire entendre face à un sortant qui ambitionne même une réélection à la majorité absolue. Il en est ainsi de son principal concurrent, le SPD, dont le chef de file récemment désigné, Thomas Mirow, devra mener campagne à Hambourg dans un climat politique alourdi par les réformes impopulaires conduites par le gouvernement fédéral dans le cadre de l’agenda 2010. Les libéraux ont, eux, tout à perdre avec ces élections anticipées. Il y a deux ans, ils n’avaient franchi que de justesse la barre des 5% indispensable pour prétendre à être représentés à l’assemblée hambourgeoise. Le cavalier seul mené par le puissant partenaire chrétien-démocrate depuis l’annonce du nouveau scrutin n’a rien d’encourageant pour le FDP. Mais c’est sans nul doute pour les partisans (anciens et actuels) de M. Schill que la partie va être la plus difficile. Le parti de l’offensive pour l’Etat de droit, qui a exclu son emblématique fondateur, devra ainsi affronter le verdict des urnes sur la seule foi de son bilan et de son programme. Ronald Schill, qui se présentera sous ses propres couleurs, viendra le concurrencer sur un terrain électoral passablement déserté : un récent sondage indique que moins de 5% des citoyens de Hambourg se déclarent aujourd’hui prêts à voter pour l’un ou l’autre des avatars du « parti Schill ».
Si l’on en croit ses propres déclarations, c’est en tout cas le propre avenir politique de M. Schill qui se joue lors des élections à venir : « si les électeurs devaient ne plus croire en moi, je quitterais définitivement Hambourg et l’Allemagne », a-t-il annoncé. Ce sera vraisemblablement l’occasion de vérifier la stabilité du système politique allemand : la défaite prévisible des partisans de « l’offensive pour l’Etat de droit » en février prochain, qui devrait signer l’échec définitif de l’expérience Schill correspond à la logique des institutions de la République fédérale. Depuis l’adoption de la Loi fondamentale en 1949, aucun nouveau parti, à l’exception notable des Verts, n’a ainsi pu s’installer durablement dans le paysage politique allemand.
Ronald Schill crée en 1995 le parti de l’offensive pour l’Etat de droit (PRO), également appelé « parti Schill », en raison de la forte identification de cette formation populiste à la personnalité de son fondateur. Après une campagne axée sur la dénonciation de la délinquance, le PRO devient la deuxième force politique lors des élections régionales de 2001 dans la ville-État de Hambourg. Ronald Schill s’allie avec la CDU et le FDP pour participer au gouvernement ; il obtient le portefeuille de l’Intérieur. |
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