Le pari sur la créativité Agathe Kiel-Demartial, pulié le 01.04.2010
« Le fait d’être une petite marque m’offre une grande liberté dans l’exploitation de ma créativité », déclare la jeune styliste Miriam Lehle du label Prose Studio qui présente à nouveau cette année au festival On/Off de la London Fashion Week sa nouvelle collection. Avec sa partenaire Sabine Engler, elles ont à cœur de laisser libre cours à leur créativité comme expression de leur talent artistique, un talent qui «se reflète dans leur mode de vie». Elles restent réalistes sur « la capacité de vente du vêtement créé » pour rémunérer leur travail et aussi financer la prochaine collection.
Ce duo de stylistes allemandes est un exemple concret de cette nouvelle « génération créative » qui investit principalement dans la qualité du travail et le potentiel créateur pour monter sa propre marque de mode. Cela illustre un tournant de l’économie de la mode en cette première décennie du XXIe siècle : le système actuel de la mode en France comme en Allemagne, nourri de la société de consommation, reste un marché prometteur, constamment en mouvement et capable de trouver son propre style entre l’industrie traditionnelle du prêt-à-porter et la mise en valeur de la création. Cette économie de la créativité est donc marquée par la multiplication de micro- entreprises de mode où les petites séries sont un secteur d’investissement de choix qui laisse une large place à la créativité. Ce qui nécessite peu d’apport financier au départ mais des compétences professionnelles spécifiques.
Ces jeunes entreprises créatives de mode, souvent fondées par deux personnes qui ont souhaité tenter l’aventure de l’entreprise ensemble, ont un mode de gestion particulier, preuve de leur individualité et de leurs convictions personnelles, ce qui se retrouve de nouveau dans le travail de confection.
Les deux créateurs Sebastien Delabre et Franck Sejalan, à l’origine de la griffe lyonnaise Laspid, ont voulu faire de leur passion une entreprise économiquement viable : « nous avons fait le choix d’une cohérence globale pour mettre l’humain au centre de notre démarche d’entreprise. Nous avons adopté une logique des petites séries graphistes sur des tee-shirts en coton biologique. Ce choix nous permet de fonctionner en direct, de manière réactive, certes à contre-courant de la logique de collections ». Bien que leur parcours professionnel n’ait eu que peu de lien avec le monde de la mode, ils ont choisi fin 2006 de transformer leur intérêt commun pour le commerce équitable en entreprise avec une première boutique en ligne. Depuis mai 2008, ils ont ouvert un atelier- boutique au Village des créateurs dans le passage Thiaffait dans le centre historique de Lyon. Conscients que leurs compétences professionnelles, graphisme et vente, ne suffiraient pas pour leur projet de mode équitable, ces deux jeunes créatifs ont ainsi choisi de promouvoir leur travail par une autre visibilité que sur Internet, par « cette vitrine permanente ouverte au Village des créateurs », leur permettant un contact direct avec leurs clients pour mieux comprendre leurs attentes. « Nous avons fait le choix de ne pas faire appel à des prestataires ni d’être distribués tout de suite malgré la demande de certains car nous avons envie de structurer notre entreprise » et de la voir grandir.
De leur côté, les jeunes stylistes diplômées de Prose Studio ont, dès le départ, misé sur leurs contacts acquis lors des concours de mode dont elles ont été finalistes, pour la première fois au Festival International de Mode et de Photographie de Hyères en 2008 : « L’importante somme d’argent reçue en tant que finalistes du concours El Boton Mango Fashion Award en 2009 et les rencontres avec des professionnels nous ont permis de financer notre première collection, de la produire et même de la présenter à Paris au salon Rendez-vous Femme ». Sont arrivées les premières commandes importantes, les collections suivantes, la reconnaissance du milieu. « C’est un choix de ne pas encore ouvrir de boutique mais de se déplacer à chaque grand rendez-vous de la Mode où nous sommes invitées à présenter nos collections dans les show-rooms et sur les salons à Paris et à Londres », reconnaissent les deux stylistes. Vu la situation de leur atelier de Prose Studio dans une ancienne fabrique de cuir à Schorndorff près de Stuttgart, elles ne peuvent pas avoir accès à un soutien structurel régional pour la vente de leurs créations. « C’est sûr que le jour où nous créerons notre boutique en Allemagne nous penserons à Berlin ou encore mieux à l’étranger ».  |  | |
Toutefois, malgré la forte motivation de réussir en restant en cohérence avec ses opinions et ses talents, cette nouvelle « génération créative » se caractérise par l’insécurité de l’emploi et la fragilité de ses marques ; d’où la volonté des institutions et pouvoirs publics de renforcer la formation et le réseau professionnel local, deux axes primordiaux dans le développement de toute jeune entreprise de mode.
Laspid a donc misé sur ce soutien pour son expansion en adhérant et en résidant au Village des créateurs de Lyon, une pépinière et un réseau de 50 entreprises, qui leur permet d’accéder à des formations individualisées dans la gestion d’entreprise et un accompagnement dans les relations publiques. La griffe Laspid participe aussi aux événements organisés par le Village des créateurs comme le défilé Créateurs de Tendance qui se déroule du 11 au 13 mars 2010. « Nous misons sur le dynamisme professionnel et la vocation d’accompagnement », déclare la directrice Isabelle Gueuze. Laspid arrive à la fin de son contrat de location au Village des créateurs et cherche un nouveau local pour voler de ses propres ailes : « En fait, nous nous considérons plus comme éditeur que comme marque de prêt-à-porter mais nous avons compris l’importance de l’aspect esthétique de nos produits grâce à l’univers mode du Village ».
Moins connue comme patrie de la mode, l’Allemagne a un énorme potentiel créateur et les pouvoirs publics régionaux comme à Berlin, où le Sénat investit depuis maintenant deux ans dans le secteur de la mode pour éviter à court terme la fuite des jeunes talents créatifs à l’étranger. Le 22 janvier dernier à la fin de la Fashion Week de Berlin a été lancé, grâce au fonds pour la créativité « Venture Capital Fonds Kreativwirtschaft Berlin » doté de 30 millions d’euros, le concours Start your fashion business. L'objectif était de « soutenir des jeunes designers méritants dans la création de leur marque » à Berlin. Tanja Mühlans, experte en industries créatives au Sénat de Berlin, souligne l’intérêt du réseau local au début d’une carrière dans la mode: « Une bonne connaissance du marché et des niches possibles, les stratégies de vente et un solide financement font autant partie de la collection que la griffe elle-même ». Ce soutien financier des pouvoirs publics est aux prémices d’une entreprise, « une partie des conditions générales d’infrastructure, qui aident l’entreprise à se stabiliser rapidement et à élargir ses chances de croissance. Les bases d’un succès entrepreneurial sont définies par la marque avec des collections uniques et une stratégie commerciale propre. »
La pérennisation d’une marque de mode est une mission difficile à moyen voire à long terme.
Les deux stylistes très prometteuses de Prose Studio Miriam Lehle et Sabine Engler se prennent, elles aussi, à rêver à la pérennité de leur marque avec une croissance au fil des années jusqu’à devenir un «empire de la mode» et de voir un jour leurs petits-enfants en reprendre les rênes».
Pour en savoir plus sur les marques de mode :
www.prose-studio.com
www.laspid.com
Quelques chiffresLes industries créatives en Allemagne, en 2008
2,6% du PIB
1 million de travailleurs, dont 23% sont free-lance.
(source Bundesministerium für Wirtschaft und Technologie)
Le secteur de la mode à Berlin, en 2007
Un chiffre d’affaires de 110 millions €
environ 1.300 employés, dont 600 à 800 jeunes designers et créateurs
(source www.berlin.de)
La mode en France, en 2007
4 000 entreprises de mode, un chiffre d’affaires de 10 milliards d'euros HT 48 000 salariés. Essentiellement composée de PME :
91% du CA réalisé par les entreprises de 20 à 250 salariés. (source www.lamodefrancaise.org et ministère de l’industrie)
De nouveaux chiffres concernant les industries créatives au niveau de l’Union Européenne seront publiées au deuxième trimestre 2010. La Commission européenne a confié une étude sur la dimension entrepreneuriale des industries culturelles et créatives à Utrecht School of the Arts, en collaboration avec K2M Limited et Eurokleis.
Définition industrie créative
Aujourd’hui il est difficile de définir le terme d’ « industries créatives » et de les différencier des « industries culturelles ».
1) L’UNESCO a été la première insitution à cerner dans un rapport de 2006 la différence entre les industries créatives et culturelles : « Le terme industries culturelles » fait référence à des industries qui concernent à la fois création, production et commercialisation de contenus créatifs de nature culturelle et immatérielle. D’ordinaire, les industries culturelles incluent l’édition imprimée et le multimédia, la production cinématographique audiovisuelle et phonographique, ainsi que l’artisanat et le design. Le terme industries créatives comprend un plus grand ensemble d’activités qui englobent les industries culturelles auxquelles s’ajoutent toutes les activités de production culturelle ou artistique, qu’elles aient lieu en direct ou qu’elles soient produites à titre d’entité individuelle. Les industries créatives sont celles dont les produits ou les services contiennent une proportion substantielle de création artistique et comprennent des activités comme l’architecture et la publicité». Le classement en treize secteurs des entreprises créatives proposé par le Royaume-Uni dans ses creative industries mappings, rapports d’analyse sectorielle de 1998 et 2001 a été repris par de nombreux pays et institutions comme l’UNESCO : publicité, architecture, arts et antiquités, artisanat, design, mode, cinéma et vidéo, logiciels interactifs de loisir, musique, arts du spectacle, édition, services informatiques et de logiciels, télévision et radio.
www.portal.unesco.org
2) Dans une commission d’enquête du Bundestag de 2008 « Kultur in Deutschland », >Les industries créatives ont été définies comme suit : « Les indépendants et les entreprises de l’économie créative et de la culture sont principalement orientés vers la viabilité économique et se concentrent sur la création, la production, la distribution et/ou la diffusion de biens culturels et créatifs et de prestations. L’économie de la culture et de la créativité représentent les secteurs suivants : marché de l’architecture, marché du livre, marché du design, industrie du film, marché de l’art, marché des arts plastiques, marché de la musique, marché de la presse, industrie de l’audiovisuel, industrie des jeux informatiques, et la publicité ». Suite aux élections de septembre 2009 a été spécifié dans le traité de coalition de FDP et CDU : « Nous allons continuer et développer les initiatives en faveur de l’économie culturelle et créative. Les points forts (…) seront la création d’offres de soutien à la professionnalisation des artistes et des créateurs comme le soutien financier de projet et de modèles d’entreprise ». Il en résulta en novembre 2009 la création au niveau fédéral d’un pôle de compétences de l’économie créative et culturelle présenté par le ministre de l’économie et des technologies, Rainer Brüderle, comme « une plate-forme particulière d’informations, de conseil et de mise en réseau ». Ainsi sont proposés « des programmes d’innovation de l’Etat pour les petites et moyennes entreprises du secteur ».
www.bmwi.de
3) La France rechigne à trouver un langage commun entre industrie et culture. On préfère donc employer le terme d’« industries culturelles » en qualifiant les activités économiques du spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel, des arts plastiques et du livre. Face aux actions d’autres pays qui considèrent la culture, la créativité et le savoir-faire comme éléments intrinsèques du développement économique, la France doit cependant se rendre compte peu à peu de sa « paralysie par une approche quasi-mystique de sa politique culturelle » comme le décrit X. GREFFE dans La politique culturelle de la France publié en 2009: cela oblige les pouvoirs publics à prendre conscience d’une nécessaire transversalité des secteurs culturels et économiques dans l’actuelle société créative.
Néanmoins, en ce qui concerne l’analyse de cette nouvelle économie de la créativité, on préfère parler d’« économie de l’immatériel », à laquelle le design et donc la mode se rattacheraient. La commission sur l’économie de l’immatériel a rendu un rapport le 4 décembre 2006 et défini cette économie de la manière suivante : «L’immatériel peut être le moteur, la source d’énergie d’une dynamisation de l’économie et constituer le « point de croissance qui nous manque. Il faut pouvoir être inventif, audacieux dans les transformations de notre société et penser autrement. L’immatériel offre l’occasion d’une vraie mutation de l’économie française ». La mode fait donc en France le grand écart entre industrie du vêtement et l’économie de l’immatériel. |
Ensemble hors de la crise?Thomas Körbel, traduction Johanna Rambeau-Bysäth, publié le 1er mai 2009
Monsieur Gougeon, qui d’Angela Merkel ou de Nicolas Sarkozy propose les meilleures solutions pour gérer la crise ?
C’est une question difficile, parce que chaque pays a ses propres problèmes. Il existe des points communs, par exemple dans l’industrie automobile, mais les situations de départ sont différentes. Le taux d’endettement est beaucoup plus faible en Allemagne qu’en France et l’opinion publique allemande ne comprend pas que de plus en plus d’impôts soient transférés vers Bruxelles. C’est pour cette raison que Mme Merkel a déclaré que chacun devrait s’occuper d’abord de ses propres problèmes. Nicolas Sarkozy avait espéré plus de l’Allemagne. Il était parti du principe que l’Allemagne et la France travailleraient ensemble à la relance économique. Cela n’a pas été le cas. Pour cette raison je pense qu’on ne peut pas juger qu’une politique soit meilleure. L’une comme l’autre répond à des problèmes spécifiques.
Quel rôle joue le moteur franco-allemand face à la crise à l’échelle européenne ?
L’Allemagne et la France auraient dû bien plus tôt se tourner ensemble vers les États-Unis au lieu d’attendre la position européenne. Les Européens ont toujours besoin d’une éternité pour se mettre d’accord, c’est bien connu. L’Allemagne et la France devraient tout de même élaborer des positions communes. Je crois que le nouveau secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Bruno Le Maire, est à même de donner un nouvel élan. Il connaît le pays, parle couramment allemand et a de bonnes relations avec les hommes politiques allemands. Il peut vraiment contribuer à des positions communes en Europe. On a déjà pu le voir récemment, quand les deux pays ont fait une déclaration commune pour la lutte contre les paradis fiscaux. Ce fut une première impulsion.
Ces derniers temps, la coopération paraît ne pas toujours se dérouler harmonieusement. Le président français a reproché à la chancelière allemande d’en faire trop peu.
Oui, c’est vrai. Merkel et Sarkozy représentent tous deux une manière différente de gouverner. Je crois que la chancelière allemande s’est beaucoup étonnée que M. Sarkozy ait toujours essayé de tirer la couverture à lui pendant la présidence allemande du Conseil. Par exemple, il a déclaré à l’époque : « C’est à moi que vous devez le mini-traité ». Un président français ne peut pas se permettre cela. Il est vrai que la France y a apporté sa contribution, mais le mérite en revient avant tout à Angela Merkel. Ce fut un acte maladroit qui a mécontenté le côté allemand. Sa manière de procéder pour l’Union pour la Méditerranée a constitué une deuxième erreur grossière. À l’époque, les diplomates allemands se sont posé la question : « Pourquoi la France veut-elle nous isoler ? »
On pourrait continuer cette liste. Peut-on encore parler d’un moteur au vu de telles différences de politique économique ?
Les gouvernements jouent certes un rôle en politique économique, mais ce sont les entreprises qui effectuent l’essentiel. Dans ce domaine, les entrepreneurs coopérent davantage qu’on ne le pense. Au fond, ils n’ont pas besoin des hommes politiques. Par exemple, un sommet spécial des grands entrepreneurs a lieu une fois par an à Evian. Les relations entre l’Allemagne et la France ont toujours buté sur des problèmes au niveau gouvernemental, parce que les concepts appliqués sont mal compris dans les deux pays. Prenons l’exemple du gouvernement économique européen. Allemands et Français entendent par là quelque chose de complètement différent. La France l’assimile à davantage de coordination et l’Allemagne à davantage d’harmonisation. Ce n’est pas forcément la même chose.
Où est la différence ?
La coordination signifie se mettre d’accord sur des objectifs déterminés, mais ne doit pas forcément déboucher chaque fois sur un arrangement commun. Une politique économique commune implique autre chose pour les Allemands, par exemple des objectifs budgétaires communs, des investissements dans les mêmes secteurs, la constitution commune de l’infrastructure, etc. Le risque d’un malentendu interculturel est inévitable concernant la politique industrielle. Les Allemands, qu’ils soient de droite ou de gauche, partent du principe que les Français parlent d’une politique industrielle centralisée alignée sur Paris, alors qu’en Allemagne, elle est plutôt l’affaire des Länder. C’est le vieux problème interculturel. L’industrie automobile est particulièrement touchée par la crise. General Motors lutte avec le gouvernement allemand pour le sauvetage d’Opel, le France se débat avec le Pacte automobile. Comment les gouvernements devraient-ils procéder ?
J’estime qu’une politique commune dans le domaine de l’automobile est illusoire actuellement, étant donné que les deux pays ont réagi différemment dès le départ. Même à supposer le contraire, il aurait fallu qu’un arrangement soit trouvé avant Noël. À présent, la campagne électorale approche en Allemagne et on discerne déjà les difficultés du SPD et de la CDU à trouver une position commune. Un fonds européen constituerait peut-être une solution, mais on sait que d’autres pays comme la République tchèque et la Grande-Bretagne y sont opposés.
Quel serait l’intérêt d’un tel fonds ?
Des discussions auraient lieu, on aiderait certaines entreprises ayant des employés dans plusieurs pays d’Europe. Les entreprises françaises et allemandes en auraient profité. Mais je sais que ce sujet est très controversé à Bruxelles même.
À Paris, les gens descendent dans la rue. Dernièrement, les syndicats ont mobilisé des dizaines de milliers de manifestants mécontents. Nicolas Sarkozy s’engage-t-il dans une impasse avec sa politique ?
Il n’a pas tenu sa promesse électorale. Il avait alors assuré : « Je serai le président de l’augmentation du pouvoir d’achat ». Je m’en souviens encore parfaitement. Or, les gens se rendent compte que la réalité est différente. Le citoyen lambda constate qu’il en a même moins dans le porte-monnaie qu’auparavant. C’est un fait. On ne peut naturellement pas attribuer à Nicolas Sarkozy la crise financière actuelle, ce serait ridicule. Mais il n’y était pas préparé et doit maintenant modifier sa politique. À l’avenir, M. Sarkozy aura de ce fait un problème avec les foyers les moins riches de la classe moyenne et les ouvriers. Beaucoup ont voté pour lui en 2007 et contribué à sa victoire. Les gens sont choqués quand ils entendent que certains grands entrepreneurs se remplissent les poches alors qu’ils ont mené leur entreprise à la ruine ; pour la plupart, c’est incompréhensible.
Or le président français ne passe pas particulièrement pour un passionné de l’Allemagne. Y a-t-il encore quelque chose de durable à gagner du mariage de raison Merkel-Sarkozy ?
Les relations entre chancelier et président furent toujours problématiques au cours des premières années. Au début, ça ne marchait pas très bien entre Schröder et Chirac, et pourtant ils eurent de très bonnes relations à la fin. Alors peut-être que cela peut encore s’arranger. Il reste néanmoins vrai que l’Allemagne se trouve aujourd’hui dans une position différente. Elle peut se choisir d’autres partenaires. Elle est précisément en train de redevenir une grande puissance, et c’est perceptible au niveau diplomatique. L’Allemagne peut parler franchement avec Moscou et Washington. La France, même si elle compte, n’est justement qu’un partenaire parmi tant d’autres. Voilàla nouvelle configuration. . J’ai l’impression que Paris sous-estime ce facteur aujourd’hui, et cela tient notamment au fait qu’il n’y a pas de spécialiste déclaré de l’Allemagne parmi les conseillers directs du président.
Entretien mené par Thomas Körbel.
Jacques-Pierre Gougeon est spécialiste de l’Allemagne et professeur à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII. Il a été conseiller culturel auprès de l’ambassade française à Berlin de 1999 à 2003.
Photos:
Portrait Jacques-Pierre Gougeon, http://www.iris-france.org/medias/index.php
Opel/GM: Montage Thomas Körbel sur la base d'une image d'alles-schlumpf, www.flickr.com/photos/29487767@N02/3385280443/ 
Dans la crise, l'Europe était unieThomas Körbel, traduction Benjamin Le Merdy
Quand Nicolas Sarkozy, le 16 décembre dernier, fit sa dernière apparition devant le Parlement européen, il fit, rhétoriquement, les comptes des six mois de sa présidence de l’Union. Évidemment, il ressort les bénéfices de son bilan. Des observateurs comme Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l’Institut franco-allemand, trouvent également que « Nicolas Sarkozy peut se féliciter d’un résultat positif ». Le dynamique président français s’est trouvé confronté à de grandes tâches qu’il a maîtrisées, il faut bien le dire, avec maestria et efficacité. Ce constat doit cependant être nuancé. Les objectifs d’origine du président français ont été relégués au second plan par les crises successives, selon les conclusions de Dominique Maliesky, professeur en relations internationales à l’IEP de Rennes, lors d’une conférence donnée à l’Université catholique d’Eichstätt.
L’agenda du président du Conseil comprenait quatre priorités en juillet 2008 : le pacte européen sur l’immigration et l’asile, la rénovation de la politique européenne de sécurité et de défense, la politique agricole commune et l’élaboration d’une politique commune pour l’énergie et le développement durable. On y travailla consciencieusement, mais sans parvenir, sous la direction de Sarkozy, à des conclusions définitives. D’un point de vue économique, c’est le dossier de la politique énergétique commune qui était le plus urgent. Il faut d’autant plus se réjouir que le Conseil européen soit parvenu lors de sa dernière session, le 11 décembre dernier, à une décision unanime et entièrement positive.
Il serait donc vain de vouloir disputer à Sarkozy sa satisfaction sur ce point, dont il ne se cacha pas devant les députés européens. Les thèmes abordés sont cependant le fait de l’agenda européen commun et d’initiatives de présidences du conseil antérieures à Sarkozy, allemande pour ce qui concerne la politique énergétique. Pour Dominique Maliesky, « la concrétisation d’un dossier européen prend en moyenne 22 mois ». Il s’agirait donc plutôt de dossiers pour lesquels on aurait su dès le début qu’ils ne pourraient être appliqués et bouclés sous l’égide française.  |  | |
Les crises soudaines des derniers mois réclamaient des réactions rapides et ne laissaient plus beaucoup de temps dans les média, comme sur l’agenda présidentiel pour les objectifs de départ. D’abord le non des Irlandais à la Constitution européenne, puis le conflit géorgien. Sarkozy s’est montré à la hauteur pour gérer ces crises. C’est grâce à lui que l’Europe est apparue comme un acteur actif et engagé sur la scène internationale, alors que la Commission européenne avait fait l’autruche durant des semaines en laissant les Russes et les Géorgiens se débrouiller.
Face à la crise financière mondiale, Sarkozy eut un rôle moteur dans la recherche d’une solution européenne. Henrik Uterwedde met toutefois un bémol en ce qui concerne la politique économique. Il constate que « les relations franco-allemandes ont été endommagées ». De fait, les divergences de politiques économiques entre la France et l’Allemagne sont fondamentales et aussi anciennes que l’Union européenne. Tirer à vue sur la Banque centrale européenne, réclamer davantage d’influence politique, sont des réflexes français aussi ancrés que l’est en Allemagne la recherche d’une politique monétaire indépendante. Angela Merkel, en maintenant une attitude cohérente face à certaines initiatives précipitées de Sarkozy, comme l’organisation d’un plan européen de relance pour les banques, fut subitement considérée comme ayant une position purement négative et se vit taxer d’orthodoxie financière. Sarkozy aurait pourtant dû s’attendre à cette réaction de la Chancellerie. Uterwedde est ainsi d’avis qu’ « il s’est conduit comme un éléphant dans un magasin de porcelaine et a miné la confiance, ce qui n’était pas très malin ». On peut être d’accord sur le fait de jouer franc jeu et de parler ouvertement des divergences, mais pas de cette manière, explique-t-il. La proposition renouvelée de Sarkozy d’allier un gouvernement économique composé de membres choisis de l’Union européene à la Banque centrale européenne en est un exemple représentatif. L’échec de cette proposition fut dû entre autres à la résistance allemande. Il est vrai que ce projet aurait pu diviser le marché commun et surtout freiner l’intégration européenne.  |  | |
Finalement, on trouva des terrains d’entente. Dans la crise, l’Europe fut à nouveau unie, grâce à Sarkozy. Arrondir les angles, voilà ce qu’il faut à présent aux relations franco-allemandes. Henrik Uterwedde est optimiste dans ce domaine. La nomination du germanophile Bruno Le Maire au poste de secrétaire d’État aux affaires européennes est un pas dans cette direction, estime-t-il.
Tout bien considéré, Sarkozy sort vainqueur de la crise, d’après Uterwedde. Il pose d’ailleurs la question : « Ce président hyperactif, qu’aurait-il fait s’il n’avait eu que l’agenda d’origine ? » Sarkozy était exactement la personne qu’il fallait dans cette situation extrême. Uterwedde tempère toutefois ce propos, car « la présidence du Conseil a également montré ce qu’il pourrait arriver si l’Europe avait un président ».
En outre, il faut prendre un aspect supplémentaire en considération. L’équipe de Sarkozy a parfois suivi un parcours qui favorisait les intérêts français plutôt que ceux de l’Europe. L’exemple type est la création de l’Union pour la Méditerranée, la seule initiative vraiment française pendant la présidence française. La diplomatie française a certes su gagner à sa cause les sceptiques, l’Allemagne à leur tête, mais leurs motivations n’étaient pas toujours purement européennes. Dominique Maliesky trouve pour sa part que « la France instrumentalise l’Union européenne. Elle se sert de l’infrastructure et des finances de l’Union pour renforcer son influence dans la région ».
Maliesky y voit la réminiscence du vieux rêve français de la grande puissance perdue. À travers son action européenne, la France rechercherait ainsi, d’après elle, une autre manière de faire valoir ses exigences de grande puissance, une chose qu’« elle ne saurait faire avec ses moyens propres ». C’est peut-être à cela que Nicolas Sarkozy faisait allusion quand il termina son discours devant le Parlement européen par ces mots : « Au nom de ces grandes idées et de ces grandes ambitions, on peut surmonter les égoïsmes nationaux. »
Photos:
Tour Eifel de looking4poetry, http://www.flickr.com/photos/looking4poetry/2629742759/
Billets de Gunnar Ries, http://www.flickr.com/photos/gunnar-ries/3404575074/
Merkel/Sarkozy de france.diplomatie, http://www.flickr.com/photos/francediplomatie/4146796107/
La présidence du Conseil européenLe Conseil de l’Union européenne est l’organe politique européen qui coordonne les politiques nationales et met en pratique les décisions prises par le Conseil européen. Les ministres des États membres se réunissent à cet effet et élaborent les projets de loi de la Commission européenne. La présidence du conseil de l’Union européenne change tous les six mois. C’est au tour de la République tchèque depuis le 1er janvier 2009. Ce sera la Suède pour la seconde moitié de l’année. |

Entre subvention et solidarité – la politique agricole européenne en mutation.Boris Kühn, publié le 15.07.2008
Comment va la politique agricole de l'Union européenne (UE) ? « L'état de santé » de la Politique Agricole Commune (PAC) est examiné en ce moment. Estimation provisoire de la Commission : le malade est en voie de guérison et a besoin de remèdes nouveaux, mais avant tout à moindre dose. Le diagnostic est évidemment contesté, comme le sont de toute façon les possibilités de traitement.
Quand les États-membres se mirent d'accord, au début des années 90, sur les premières réformes d'envergure, de la politique agricole européenne, celle-ci faillit prendre un tour grotesque. L'Union Européenne s'était engagée à racheter tous les produits agricoles à des prix plancher trop élevés et devait de ce fait stocker d'énormes surplus de produits alimentaires qui ne trouvaient pas preneur sur le marché. Ainsi naquirent les expressions célèbres de « rivière de lait » et de « montagnes de beurre »... Pour s'en débarrasser, l'Union Européenne prit deux mesures principales : la destruction des denrées alimentaires et la vente des produits sur le marché mondial. Cette dernière solution étant impossible à cause des prix européens trop élevés, il a fallu en subventionner l'export, ce qui engendra non seulement plusieurs milliards d’euros de coûts supplémentaires mais aussi une concurrence artificielle sur les marchés des pays en développement. Les prix européens nettement moins élevés provoquèrent la ruine de nombreux petits exploitants des pays plus pauvres, ce qui, à terme, a considérablement affaibli l'agriculture des pays en développement.
Sous la pression de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) mais aussi des contribuables européens, on a osé dans les années 90 les premières et timides réformes. Les prix d'interventions ont diminué, les subventions à l'export ont été revues à la baisse et de nombreuses rivières de lait se sont ainsi asséchées. La part de la PAC dans les dépenses totales de l'Union Européenne s'est progressivement réduite de 70 % à 40 % aujourd'hui.
Mais seule la réforme agraire de 2003 assura une vraie rupture et la fin du phénomène de surproduction. Les aides financières devaient dorénavant être versées indépendamment de la production effective, ce que l'on appelle le découplage. Chaque exploitant reçut une somme fixe en fonction de la superficie de ses terres cultivables. La quantité de blé qu'il y cultive, le nombre de bovins élevés dans ses étables, restaient sous la responsabilité de l'agriculteur et ainsi fonction de la demande du marché. Du moins en théorie !  |  | |
Le fait que la réforme soit finalement passée sous une forme édulcorée est essentiellement dû à l'intervention de l'ancien Président de la République française Jacques Chirac. Il avait menacé de rompre les négociations et a finalement imposé une application plus souple du principe de découplage. La France soutient aujourd'hui encore de nombreux secteurs agricoles selon le principe « plus de production, plus de subventions». Chirac était intervenu dans l'intérêt de la plus grande fédération agricole française, la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA), qui refuse le découplage complet. La FNSEA fut aussi à l'origine de l'intervention contre les concessions pour les pays en développement prévues au sommet de Hongkong en 2005. Chirac s'opposa ainsi à une plus grande libéralisation du marché agricole. Les revendications de la FNSEA ne se différencient toutefois pas totalement de celles des autres représentations agricoles européennes. L'organisation agricole allemande, Deutscher Bauernverband, refuse aussi une nouvelle réduction des subventions et des droits de douanes à l'importation et a revendiqué à ce propos en avril 2008 « de travailler main dans la main avec d'autres États de l'UE, en particulier avec la France ». Dans bien des cas, les revendications des agriculteurs ne rencontrent toutefois que peu d'écho à Berlin.
Il en va autrement à Paris, où les interventions du lobby agricole retiennent traditionnellement l'attention. Cela tient à la situation de l'agriculture française qui est encore économiquement plus forte qu'outre-Rhin : le secteur agricole représente environ 4% des emplois, soit le double de l'Allemagne. Les points essentiels sont la forte organisation des fédérations agricoles et leurs liens avec la sphère politique, ce qui donne d'autant plus de poids à leurs revendications accompagnées de manifestations et d'actions de protestation. À l'étranger, les agriculteurs français ont ainsi acquis la réputation d'être de pugnaces défenseurs de leurs acquis, sachant empêcher avec détermination les réformes de l'OMC visant à une amélioration du marché mondial. Réduire le lobby agricole français à l'image d'un frein permanent aux réformes au détriment des pays plus pauvres serait cependant trop simpliste. L'éventail des intérêts représentés est bien trop hétérogène. La seconde organisation agricole, la Confédération paysanne, intervient aussi contre une complète libéralisation du commerce agricole, mais sous d'autres auspices : la « conf », plutôt orientée à gauche, se déclare solidaire avec les pays en développement et considère les grands groupes multinationaux comme ses principaux adversaires. Offensive, elle se mobilise pour le renforcement des petites exploitations et de l'agriculture biologique.
En Allemagne aussi, l'« écolo » et le « bio » entrent de plus en plus dans les mœurs. Le nombre d'exploitations dites biologiques a doublé ces dix dernières années pour atteindre 18 000. Voilà peut-être les perspectives futures de l'agriculture européenne. Lier les subventions au respect de normes écologiques et à la conservation du paysage rural avec de petites exploitations légitimerait les financements et garantirait leur clarté. Les citoyens européens, comme consommateurs et comme touristes, seraient les premiers à en profiter. Une telle argumentation est prise en compte par la Commission Européenne dans les récentes propositions de réformes dans le cadre du « bilan de santé », qui prévoient une réduction sensible du soutien financier aux grandes exploitations. L'argent ainsi épargné permettrait de financer des programmes de développement durable en zone rurale.  |  | |
Néanmoins, 25 % des dépenses seulement y seront consacrés. La plus grosse part du « gâteau des subventions » continuera à revenir à une production traditionnelle très intensive. Si le développement durable écologique et la conservation du paysage devenaient des critères obligatoires pour accorder des subventions, il en résulterait au niveau européen une agriculture de qualité et une partie de la production actuelle fortement subventionnée disparaitrait au profit des importations des pays en développement. Ce recul quantitatif n'est évidemment pas dans l'intérêt des grandes exploitations agricoles et entraînerait des pertes d'emplois. Ces emplois se paient cher en provoquant la mauvaise humeur des contribuables et des partenaires commerciaux internationaux.
Même si Nicolas Sarkozy a récemment souligné l'importance pour la France des droits de douane à l'importation et même si Horst Seehofer, le ministre allemand de l'Agriculture considère les réformes prévues comme allant un peu trop loin, des voix en faveur des réformes s’élèvent des deux côtés du Rhin et les chances qu'elles puissent s'imposer sont bien réelles; la direction prise par la réforme agricole de 2003 pourrait alors bientôt se confirmer. Le fait que la France soit le principal bénéficiaire avec 9 milliards d'euros et l'Allemagne le plus gros contributeur de la PAC rend décisive la volonté de concilier avec succès non seulement leurs intérêts si différents mais aussi les besoins des pays en développement avec les principes du développement durable. Cela ne sera sûrement pas facile !
Pour en savoir plus :
www.ec.europa.eu
www.kritischer-agrarbericht.de
www.fnsea.fr
www.bauernverband.de La Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union européennePremière politique commune de la Communauté européenne, la PAC est mise en place en 1958. Ses objectifs étaient dans un premier temps la garantie à long terme de l'approvisionnement en denrées alimentaires ainsi que l'accroissement des revenus de la population rurale. Au sein du marché commun, la production agricole devait augmenter grâce à des aides financières et des prix minimaux garantis (prix d'intervention). Ces prix d'intervention, qui se situaient dans tous les secteurs nettement au-dessus du niveau du marché mondial, poussaient les agriculteurs à produire bien au-delà de la demande des consommateurs européens. Dès les années 70, ce système a conduit à une surproduction.
La réforme Mac Sharry de 1992 prévoyait la diminution des prix d'intervention et une suppression partielle des subventions. La surproduction fut limitée par des mises en jachère obligatoires. Les exploitants devaient s'engager à ne pas cultiver un certain quota de leurs terres et étaient dédommagés pour cela par des compensations financières directes.
La réforme agraire de 2003 introduisit trois principes :
- des paiements uniques versés indépendamment de la production réelle (le découplage).
- des aides financières pouvant être diminuées lors d’un non-respect de certains standards environnementaux (cross compliance, éco-conditionnalité)
- une partie des aides financières met à disposition une contribution ciblée pour le développement durable et rural.
Ces mesures vont faire l'objet d'un contrôle lors du « bilan de santé » à l'automne 2008.
Le budget de la PAC s'élève à environ 300 milliards d'euros pour la période 2007-2013. L'Allemagne est le premier contributeur, la France est en deuxième position. Le principal destinataire de ces aides est l'agriculture française, devant l'Allemagne et l'Espagne. |

Connaître « les règles du jeu »Pour éviter les malentendus interculturels
Mira Manck, traduction Juliette Rime, publié le 15.08.2007
Premier journée de travail à son nouveau poste pour Hans Goetz. Il a été muté à Paris pour diriger une campagne de produit. A cette occasion, Monsieur Goetz a mis en place une réunion d'équipe. Une heure après avoir commencé la réunion, il est interrompu par ses collaborateurs qui proposent d'aller boire un café. Monsieur Goetz rappelle que la pause est seulement prévue pour 10h30 et poursuit les points de l'agenda. A la fin de la réunion, il demande à toutes les personnes présentes de préparer un concept résumant les points principaux de la mise en place du projet pour leur prochaine réunion. Une semaine plus tard Monsieur Goetz constate qu’aucun de collaborateurs français n'a préparé de concept. Certes, les membres de son équipe ont de nombreuses idées et parlent à tort et à travers pour soumettre des propositions mais personne n'a préparé de papier ou mis sur pied de présentation. Monsieur Goetz explique aux Français pantois qu'un tel refus de travailler était peut-être possible avec son prédécesseur, mais qu'il n’accepterait pas ce comportement...
Cette histoire fait partie d'un entraînement interculturel que l'on peut utiliser pour préparer une insertion à l'étranger. Dans les entreprises actives à l'échelle internationale, il est obligatoire d'avoir eu entre-temps une activité à durée déterminée à l'étranger. Quand on est envoyé dans des pays voisins tels que la France ou l'Allemagne, le séjour est considéré comme ne devant pas poser problème. Ce petit exemple montre pourtant que des malentendus culturels n'ont pas seulement lieu dans des pays très éloignés comme l'Asie. Des collaborateurs tels que Hans Goetz qui n'ont pas été formés interculturellement pour leur séjour à l'étranger ont un comportement pour ainsi dire « culturellement aveugle. »
La nécessité d’une préparation ciblée pour de telles missions a été longtemps méconnue mais aussi tout simplement ignorée. Certaines entreprises sont encore convaincues que des connaissances linguistiques et quelques informations sur le pays suffisent largement pour se préparer à partir à l'étranger.
Si des incidents comme celui décrit plus haut se multiplient, les objectifs de la mission à l'étranger sont alors compromis. De tels échecs présentent de nombreux risques pour les entreprises. Outre les coûts supplémentaires pour les primes de déplacement, un salaire plus élevé ou des cours de langue, des inconvénients indirects peuvent aussi apparaître comme la détérioration des relations avec le partenaire étranger ou des pertes de parts de marché sur les marchés internationaux. Cela peut notamment affecter la relation entre l'entreprise et le collaborateur qui a échoué.  |  | |
Pour éviter ces risques, de plus en plus d'entreprises ont pris entre temps la décision de mieux préparer leurs collaborateurs à leur mission à l'étranger par le biais d’entraînements interculturels. Les différentes formes de formation interculturelle vont de cours sur les différences culturelles en général à des jeux de rôles où les participants doivent découvrir par eux-même les valeurs et les façons d'agir d’une culture donnée.
Un mode d’entraînement souvent employé est la méthode du critical incident tout d'abord parce qu'elle est facilement applicable et aussi parce qu'elle reproduit des rencontres interculturelles concrètes. On présente des situations aux participants dans lesquelles est survenu un critical incident (un incident critique). Un critical incident peut avoir lieu dans des situations dans lesquelles des personnes de cultures différentes entrent en conflit à cause de malentendus culturels. L'exemple cité plus haut correspond à ce genre de situation.
Pour analyser la situation, différentes réponses sont proposées aux participants du cours :
a) En France, on ne travaille pas aussi dur qu'en Allemagne. Les Français font plus de pauses et ne sont pas aussi orientés vers le rendement que les Allemands. Monsieur Goetz devrait essayer d'encourager les Français à travailler davantage.
b) Les Français considèrent la pause-café comme une possibilité de poursuivre le travail de manière plus rentable dans une atmosphère détendue.
c) Il existe un problème de compréhension linguistique. Comme Monsieur Goetz n'est pas de langue maternelle française, les Français n'ont pas compris exactement ce qu'il entendait par « concept ».
Les réponses des participants doivent les aider à reconnaître leurs préjugés et à interpréter correctement le comportement de leurs collègues étrangers. Ces réponses peuvent aussi aider le responsable du cours à constater si les participants ont déjà été sensibilisés à l'interculturalité. Ainsi celui qui répond a) est convaincu que sa culture est la meilleure et qu'il atteindra au mieux son objectif par le biais de sa propre culture. L'entraînement aidera à reconnaître que cette attitude est mauvaise, « ethnocentrique ».
La réponse b) explique la proposition des collaborateurs français de commencer par aller boire un café. La raison de cette proposition résulte des différences dans la compréhension du temps. Des chercheurs dans le domaine de la culture font la différence entre les compréhensions du temps polychromes et celles monochromes. Dans les cultures dites monochromes (comme en Allemagne), les choses sont accomplies en temps et en heure et les unes après les autres. Par contre la France est considérée comme une culture polychrome, dans laquelle plusieurs choses peuvent être réglées en même temps et pêle-mêle. Ainsi les Français ne voient aucune contradiction à aller boire un café en poursuivant le briefing du projet, alors que pour les Allemands, aller boire un café est synonyme de pause et d'interruption du travail.
La réponse c) nous explique pourquoi les Français n'ont pas présenté de concept bien construit lors de la deuxième réunion d’équipe. Hans a utilisé le mot français « concept » qui certes est la traduction communément employée pour le « Konzept » allemand. Cependant en français un concept n'est qu'une façon de réunir des idées en vrac alors que les Allemands entendent par « Konzept » la rédaction d'un manuscrit structuré, de plusieurs pages, éventuellement aussi accompagné d'une présentation orale.
L'exemple illustre que lors de rencontres entre Français et Allemands aussi, le problème peut résider dans un simple détail. Lors de contacts commerciaux et de projets internationaux la réussite comme l'échec peuvent justement dépendre de ces petits détails.
Et c'est justement parce que les relations économiques franco-allemandes sont si intensives que les entreprises devraient tout faire pour que leurs collaborateurs maîtrisent les « règles du jeu » de l'autre culture et soient ainsi parfaitement préparés à ce genre de différences culturelles et à des situations potentielles de conflit – dans leur intérêt, mais aussi dans celui de l'entreprise. Sources
Bolten, Jürgen (2001) : Interkulturelle Kompetenz. Erfurt : Landeszentrale für politische Bildung, p. 80–105.
Hall, Edward Twitchell (1976) : Die Sprache des Raumes. Dusseldorf : Pädagogischer Verlag Schwann.
Hofstede, Geert (1993) : Interkulturelle Zusammenarbeit: Kulturen – Organisationen – Management. Wiesbaden : Gabler.
Müller-Jacquier, Bernd (1999) : Interkulturelle Kommunikation und Fremdsprachendidaktik. Coblence : Universität Koblenz-Landau.
Littérature annexe
Regnet, Erika ; Hofmann, Laila Maija (Hrsg.) (2000) : Personalmanagement in Europa. Göttingen : Hogrefe Verlag.
Adler, Nancy J. (1997) : International Dimensions of Organizational Behavior. Boston : International Thomson Publishing.
Kammel, Andreas ; Teichelmann, Dirk (1994) : Internationaler Personaleinsatz – konzeptionelle und instrumentelle Grundlagen. Munick ; Vienne : Oldenbourg Verlag. 
L'énergie russe pour l'EuropeUne pierre de touche de l'unité européenne
Alexander Fries, traduction Jean-Pascal Bouzac, publié le 15.03.2007
En 2030 l'approvisionnement de l'Europe en matières premières énergétiques dépendra à 70 % de l'importation. Le gaz naturel sera importé à 84 %, dont 60 % de Russie, telle est la prévision de la Commission européenne. La Russie dispose des plus grandes réserves de gaz naturel de la planète de plus le pays est relativement stable et considéré pour cette raison comme une alternative sérieuse aux exportateurs de pétrole et de gaz du Proche-Orient.
Mais depuis quelque temps de plus en plus de voix s'élèvent contre une trop forte dépendance vis-à-vis de la Russie. Non sans raison : dans de nombreux cas, le comportement du gouvernement russe et du monopoliste en gaz naturel Gazprom a pu faire douter de leur fiabilité. L'opinion publique a pris conscience du problème suite au différend entre la Russie et l'Ukraine au début de l'année 2006 : Gazprom a interrompu ses livraisons à l'Ukraine dans le but d'imposer une augmentation de 400 %. En agissant ainsi, Gazprom a clairement violé le contrat, comme le constate un expert du Center for European Policy Studies (Centre d'études européennes) de Bruxelles. On suppose que la dispute a été consciemment provoquée par le gouvernement russe en réaction à la politique pro-occidentale de l’Ukraine. Un effet secondaire de cette situation fut la chute dramatique de la quantité de gaz livrée à l'Europe de l'ouest et circulant par l'Ukraine, qui a atteint jusqu'à 30 % pour la France et qui s'est aussi fait nettement ressentir en Allemagne. En avril 2006, les pays de l'Union eurent une nouvelle preuve du peu de fiabilité à accorder au monopoliste : le patron de Gazprom, Alexeï Miller menaça l'Union européenne de réduire les livraisons de gaz si « l’on cherchait à limiter l'activité de Gazprom sur le marché européen ». Miller faisait allusion aux réticences du gouvernement britannique au sujet de la reprise d’un producteur local d'énergie par Gazprom.  |  | |
Les importations de gaz provenant de Russie donnent aussi matière à douter de la fiabilité d'un tel approvisionnement. Les groupes occidentaux qui participent à l'exploitation des champs pétrolifères – contrairement au gaz, le pétrole ne fait pas l'objet d'un monopole – doivent faire face à des obstacles administratifs imprévus. Selon les observateurs, il s'agit de prétextes du gouvernement afin d'obtenir des modifications contractuelles à son profit.
Ces problèmes sont à l'ordre du jour du « dialogue sur l’énergie » entre l'Union européenne et la Russie, un forum bilatéral qui a lieu régulièrement depuis octobre 2000. L'UE revendique notamment une libéralisation du marché russe du gaz, la sécurité juridique pour les investisseurs étrangers dans le domaine énergétique et une égalité de traitement pour les entreprises russes et étrangères. Mais quel poids la position européenne a-t-elle véritablement dans ce dialogue ? A ce propos, la rencontre UE-Russie à Helsinki a laissé une impression amère. Le début prévu des négociations sur le nouvel accord de coopération a du être repoussé suite au désaccord entre les membres de l'UE. La Pologne a refusé de donner son accord et ainsi empêché le dialogue.
Que la Pologne ait pu poser ici son veto s'explique par le fait que la signature de traités entre l'UE et des pays tiers relève de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Dans ce domaine politique, l'UE ne peut agir que si les 27 membres sont d'accord et décident à l'unanimité. Afin de faciliter la mise en place d'une stratégie commune, la Commission a pris l'initiative de présenter en mars 2006 le « Livre vert sur l’énergie », un document prenant position sur la politique énergétique. Elle fixe des objectifs très ambitieux aux pays membres : une politique étrangère cohérente dans les questions énergétiques en particulier vis-à-vis de la Russie, mais aussi la réalisation d'un marché intérieur pour l'électricité et le gaz, ainsi qu'une concertation au sujet des politiques nationales d'approvisionnement en énergie. Le succès de ces propositions fut mitigé. Lors du sommet des chefs d'état et de gouvernement qui a eu lieu le même mois les participants étaient d'accord sur le fait que les Etats devaient « coordonner » leur politique énergétique, l'octroi de compétences supplémentaires à l'UE, comme le prévoit le projet de constitution européenne, n'a pas été décidé.  |  | |
Les intérêts particuliers des Etats sont trop différents pour qu'une « stratégie européenne » globale puisse voir le jour. Il suffit d'observer de plus près la politique des pays pris à part : le gouvernement français par exemple insiste sur l'urgence de mettre en place une politique étrangère sur l'énergie pour l'UE. Le Premier ministre Dominique de Villepin a même proposé dans un discours de nommer un représentant spécial pour la diplomatie énergétique. Dans le même discours, il prenait aussi avec véhémence la défense d'une « stratégie industrielle choisie » à la base de la fusion entre les entreprises françaises Suez et Gaz de France. Cette fusion critiquée pour son aspect protectionniste a été lancée par le gouvernement français pour éviter la menace d’une reprise de Suez par une entreprise italienne. De toute évidence la France ne partage pas l'opinion de la Commission qui insiste dans son Livre vert sur le fait qu'une politique européenne étrangère commune dans le domaine de l'énergie « dépende surtout de la création d'un marché intérieur commun de l'énergie ». Autre exemple en Allemagne : en 2005 des entreprises allemandes ont décidé avec Gazprom de construire un gazoduc traversant la Mer Baltique pour relier la Russie et l'Allemagne en évitant le territoire polonais. La Pologne perd ainsi les recettes liées à la taxe de transit et devient, dans le pire des cas, encore plus dépendante des caprices russes : Gazprom pourrait stopper la livraison de gaz aux clients polonais tout en continuant à fournir ses clients ouest-européens. Le gouvernement allemand a proposé de soutenir le projet avec une garantie de crédit à hauteur de plusieurs milliards d'euros. Le projet de gazoduc n'a pas contribué à améliorer une situation de compromis avec le gouvernement polonais, lequel est de toute façon réservé envers ses partenaires européens Avant le sommet d'Helsinki la Pologne a fait savoir qu'elle se sentait « très peu sûre » au sujet de son approvisionnement et exigé de la Russie que celle-ci garantisse la livraison à la Pologne de gaz venant d'Asie centrale. La Russie a refusé. En conséquence, la Pologne n'a pas donné son accord pour des négociations, ce malgré les efforts intenses faits dans ce sens par l'ensemble des autres partenaires européens.
L'UE n’est pour l'instant pas parvenu à atteindre son objectif de représenter les intérêts européens en position de force. Tant que le budget national de la Russie dépendra à 40 % des exportations de pétrole et de gaz naturel vers l'Europe, l'UE pourra négocier avec assurance, mais seulement si les membres parlent d'une seule voix. C’est l'objectif à atteindre pour Angela Merkel : la Chancelière a inscrit la question de la politique étrangère sur l'énergieen bonne place sur l'agenda de la présidence allemande de l'Union européenne en 2007. Pour en savoir plus :
Position citée ci-dessus du Centre for European Policy Studies sur la crise du gaz en Ukraine : Michael Emerson, What to do about Gazprom's monopoly power?, www.ceps.be
Portail de l'UE sur le dialogue énergétique avec la Russie : www.ec.europa.eu
Autres informations sur le dialogue sur l'énergie en EurAktiv.com : www.euractiv.com, La Pologne brandit la menace du veto contre un pacte UE-Russie relatif aux pipelines : www.euractiv.com
Sur les intérêts de la Pologne : Neue Zürcher Zeitung, Polen: Erpresser oder Erpressungsopfer? : www.nzz.ch (en allemand)
Cité : LIVRE VERT Une stratégie européenne pour une énergie sûre, compétitive et durable (2006) : www.eur-lex.europa.eu
Discours du Premier ministre Dominique de Villepin le 22 septembre 2006 sur la politique énergétique de l'UE : www.premier-ministre.gouv.fr
Statistiques sur l’approvisionnement énergétique en Allemagne et en FranceFrance (Source : 2005) :
Pourcentage des importations de matières premières :
Pétrole : 98 %, dont de Russie : 11 %
Gaz naturel : 99 %, dont de Russie : 26 %
Pourcentage des matières premières sur l’ensemble de la consommation énergétique primaire :
Pétrole : 33 %, Gaz naturel : 14 %
Allemagne (Source : 2004) :
Pourcentage des importations des matières premières :
Pétrole : 97 %, dont de Russie : 34 %
Gaz naturel : 80 %, dont de Russie : 39 %
Pourcentage des matières premières sur l’ensemble de la consommation énergétique primaire :
Pétrole : 36 %, Gaz naturel : 23 %
Sources : Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie ; Bundesministerium für Wirtschaft und Energie |

« Les Allemands veulent contrôler par l'argent, les Français par le pouvoir »André Glasmacher, traduction Céline Maurice, publié le 15.10.2006
En 2005, la France a exporté pour 51 milliards d'euros de marchandises outre-Rhin, l'Allemagne pour 67 milliards d'euros dans l'autre direction. Les deux pays sont d'importants partenaires commerciaux l'un pour l'autre. Et les deux économies nationales se lient encore davantage à travers les fusions de grandes entreprises comme Rhône-Poulenc et Hoechst (Aventis) ou Aérospatiale et DASA (EADS). Mais les différences entre la culture d'entreprise des Français et celle des Allemands ont souvent un impact sous-estimé qui peut réduire à néant les synergies recherchées dans le secteur de la production. Jochen Peter Breuer, fondateur et sociétaire du bureau de conseil en entreprise JPB Consulting basé à La Rochette (près de Paris), conseille et accompagne depuis plus de vingt ans, avec son partenaire français Pierre de Bartha, des fusions et des coopérations internationales, et ce, particulièrement entre des entreprises françaises et allemandes. Dans un entretien avec rencontres.de, M. Breuer explique plus précisément les différences culturelles dans la gestion d'entreprise en France et en Allemagne et parle des défis auxquels doit faire face un groupe international comme EADS.
Les difficultés d'EADS sont-elles à mettre sur le compte des différences culturelles entre les Allemands et les Français ?
Sans cette interaction franco-allemande, en particulier au niveau des ingénieurs, EADS ne serait jamais devenu ce que le groupe est aujourd'hui. Le problème est qu'il existe dans le management supérieur des différences transculturelles qui sont tabouisées. Lors de séminaires que nous animons avec des managers d'EADS, nous nous heurtons toujours, au début, à beaucoup de protestations dès que nous abordons le thème « différences dans le leadership ». La raison en est que la doctrine interne « EADS est une entreprise européenne » est, à l'état latent, présente à l'esprit de tous. Mais au bout de deux jours, les différents comportements dans le leadership et vis-à-vis du pouvoir deviennent pratiquement le thème central. Et c'est l'un des problèmes d'EADS : en effet, si les différences n'étaient pas tabouisées, mais acceptées comme un réel défi de la culture d'entreprise, Boeing aurait gagné beaucoup moins de terrain face à Airbus (Airbus appartient au groupe EADS, N.d.l.r.). EADS est et reste néanmoins une référence pour beaucoup de groupes européens, c'est une entreprise au potentiel immense.
Quelles sont donc les principales différences entre les directions des entreprises françaises et allemandes ?
Au sein de coopérations franco-allemandes, les Allemands veulent toujours désigner le directeur financier et les Français le P.D.G . Cela se ressent aussi chez EADS : chacun pense, lorsqu'il occupe l'un de ces postes, avoir l'entreprise sous contrôle. On pourrait également le présenter ainsi : les Allemands veulent contrôler par l'argent, les Français par le pouvoir. Et cela crée de nombreux problèmes. Ce qui compte pour les Allemands, c'est le bénéfice final, alors que le Français se dit : « Si nous sommes en déficit pendant quelques années, ce n'est pas grave. L´important est que nous ayons dominé le marché. » Les Français pensent donc plutôt géopolitique et stratégique, les Allemands disent : « Nous voulons avant tout gagner de l'argent. » Ce à quoi les Français répondent : « Pour cela, nous devons d'abord maîtriser la concurrence. » Est-ce que l’exemple d'EADS montre que les Français et les Allemands ne peuvent pas s'accorder ?
Au contraire. C'est à travers la synergie de ces deux approches qu'EADS et en particulier Airbus ont atteint leur importance actuelle. Les différences de culture d'entreprise sont réelles, mais elles ne sont jamais la difficulté majeure. Elles renforcent simplement la problématique. Tout tourne toujours, justement, autour du pouvoir et de l'argent. Cette tension de base génère du stress. Et les gens stressés, quelque soit leur culture, deviennent des caricatures d'eux-mêmes. En clair : un Allemand devient encore plus allemand qu'il ne l'est et un Français encore plus français, parce que les identités se renforcent lorsqu'on manque d'assurance. Exemple typique : un Allemand stressé va taper du poing sur la table en voyant qu'il ne pourra pas tenir son planning du jour à cause de retards causés par les Français. Le Français considère ce comportement comme grossier. Il se plie en apparence au « diktat » allemand mais procédera par la suite complètement différemment. Ce qui prouve une fois de plus que les Allemands agissent comme des « rouleaux compresseurs » et que les Français « ne respectent jamais les accords ». Toutefois, chez EADS, ce type de conflit basique a été dépassé depuis longtemps.
Quelles sont les principales différences entre les modes de pensée français et allemands ?
Il y a ici trois points importants. Cela commence dès l'école. L'Allemand est éduqué dans un esprit de consensus, le Français dans celui de la compétition où il s'agit de briller par rapport aux autres. En deuxième lieu, les écoliers allemands apprennent à combattre l'autorité mais à respecter les règles. Les écoliers français apprennent exactement l'inverse : accepter une autorité, mais remettre en question les lois et les règles. Par la suite, le réflexe allemand est donc de décider entre ce qui est « correct » et ce qui est « faux » ; le réflexe français est d'accepter la décision du chef, pour ensuite sonder les zones grises. Troisièmement : le Français apprend à travailler en situation de stress, l'Allemand, au contraire, à éviter le stress. De ce fait, un Français ne peut travailler que s'il est stressé. C'est pour cela qu'un patron français maintient toujours son entreprise sous haute tension. Lors d'une coopération, ce stress permanent est vécu par les managers allemands, dans le meilleur des cas, comme une exigence inacceptable, la plupart finit, avec le temps, par s'y opposer.
Qu'est-ce qui aide à comprendre les différences culturelles ?
Il s'agit avant de tout de comprendre que nous avons développé des qualités différentes. En Allemagne, on apprend à préparer l'avenir : « Si tu réfléchis et planifies bien, ton avenir se réalisera comme tu l'as imaginé. » Un Français apprend exactement le contraire, c'est-à-dire qu'il adopte un comportement réactif et développe une toute autre force : « Rien ne se passe jamais comme prévu. » Il doit donc être flexible et toujours prêt à envisager de nouveaux points de vue. Une fois que les deux partis ont compris ces deux points, le premier pas est fait. Il ne suffit cependant pas de comprendre, il faut aussi accepter l'altérité. Au bout du compte, il ne s'agit pas d'être meilleur ou moins bon, mais d'apprendre à utiliser l'une ou l'autre des qualités, selon les situations.
Comment peut-on vaincre les difficultés ?
Chez JPB, nous avons développé - et immédiatement déposé - le processus « Mental Merger ». Concrètement, cela signifie que si les individus ne fusionnent pas dans leur tête, la fusion est un échec. C'est pourquoi les top-managers doivent accepter que les hommes ne fonctionnent pas comme des machines. On ne peut plus diriger une entreprise uniquement de manière gestionnaire et mécaniste. En effet, l'émotion prime sur la raison. Les meilleurs concepts et stratégies échouent lorsque les employés ne s'investissent pas aussi émotionnellement. Nous tâchons avant tout de construire une base de confiance réaliste, car, comme nous l'avons déjà dit, l'interculturalité sert de catalyseur. Elle ne fait que renforcer la problématique de base, qui résulte de l'aspiration au pouvoir et à l'argent. Mon partenaire français, Pierre de Bartha, a bien résumé la chose en affirmant : « Dans la méfiance, toutes les différences sont des obstacles ; dans la confiance, elles deviennent des opportunités. »
Propos recueillis par André Glasmacher | Pour en savoir plus
Jochen P. Breuer, Deutsch-Französische Geschäftsbeziehungen erfolgreich managen. Spielregeln für die Zusammenarbeit auf Führungs- und Fachebene, Verlag Deutscher Wirtschaftsdienst, ISBN: 3871566047 |
EADSAndré Glasmacher, traduction Céline Maurice
EADS signifie European Aeronautic Defence and Space Company. Le groupe est né en 2000 de la fusion des compagnies allemande DASA, française Aérospatiale et espagnole CASA. Le principal lieu de production du groupe est Toulouse. Le but de la fusion était de lier les synergies et de contrer la concurrence américaine de Boeing.
EADS travaille dans le domaine aérien et spatial, ainsi que dans le domaine militaire. Le groupe comporte le constructeur d'avions Airbus, qui a produit, entre autres, le plus gros avion de passagers au monde, l'A380. Arrivent ensuite les domaines de la défense (Defence), des hélicoptères (Eurocopter) et de l'espace (Space). EADS est également le plus gros partenaire du consortium Eurofighter ainsi que du système européen de navigation par satellite Galileo. EADS emploie 113 000 collaborateurs dans plus de soixante-dix lieux de production, principalement en Allemagne, France, Grande-Bretagne et Espagne.
Le plus gros actionnaire individuel est le groupe Sogeade. Il détient 24,75 % des parts et appartient à l'État français et au groupe d’armement et de médias Lagardère. Vient ensuite Daimler-Chrysler avec 22,4 %. L'État espagnol détient 5,5 % d’EADS, 43,5 % se trouvent en capital flottant. EADS a une direction bicéphale : l'Allemand Manfred Boschoff et le Français Arnaud Lagardère se partagent la présidence. |

Sobriété allemande et des Citroën qui dansent : différences culturelles sur le marché de la publicité en France et en AllemagneMira Manck, traduction Cécile Dardillac Céline Moison, publié le 15.01.2006
En Occident, les besoins en matière de consommation sont de plus en plus similaires. Les stratèges publicitaires en Allemagne et en France sont confrontés à des défis analogues face à l'offre excédentaire de biens de consommation, à la baisse de la demande et au peu d'intérêt du consommateur pour la publicité. C'est pourquoi les publicitaires partent la plupart du temps du principe que les campagnes de marketing locales peuvent aussi bien faire recette dans le pays voisin. Mais ce raisonnement mène souvent à l'erreur.
Depuis les années soixante, l'Allemagne est le plus important partenaire commercial de la France – et vice versa. De ce fait, on trouve sur les deux marchés nationaux des produits du pays voisin qui sont familiers aux consommateurs depuis des années. Tous les Allemands connaissent les voitures Peugeot, les produits Danone et L'Oréal. De même, en France, des marques telles que Volkswagen, Nivea et Ariel sont très courantes.
Ces articles veulent évidemment trouver aussi acheteurs dans le pays voisin. Les entreprises souhaitent donc savoir si les campagnes de publicité locales réalisées à grands frais ne pourraient pas être également lancées sur le marché étranger. Outre les économies réalisées, cela permet aussi à l'entreprise de mettre en place une global image, une image de marque internationale et unique. Cette image uniforme est d'une grande importance, en particulier pour les entreprises de pays européens frontaliers tels que l'Allemagne et la France.
Lors de séjours dans le pays voisin, de plus en plus fréquents du fait du fort trafic frontalier et des contacts franco-allemands, il faut éviter que les consommateurs, une fois de l'autre côté de la frontière, soient déstabilisés par une publicité qui leur laisse une autre impression qu'à l'habitude. Des Allemands seraient choqués si, en France, la publicité classait une Mercedes Benz seulement parmi les voitures de classe moyenne. De même, les adolescentes françaises seraient indignées de voir la marque en vogue Kookaï présentée comme une marque pour femmes plus mûres.  |  | |
Pour créer une image uniforme d'un produit, il est important d'adapter chaque nom au marché publicitaire international. Un mauvais choix dans le nom d'un produit peut dès le départ condamner à l'échec sa publicité à l'étranger. Certes, rares sont les exemples aussi frappants que celui du nom, célèbre parce que raté, donné aux marques de voitures japonaises Mitsubishi Pajero et Toyota MR2 (Pajero évoque dans un espagnol peu raffiné la masturbation ; la MR2 a suscité des moqueries en France, car son nom, prononcé rapidement ressemble à s'y méprendre au mot merde). À Paris aussi, on rencontre des exemples de noms désavantageux dus à un manque d'observation linguistique. Ainsi, les anglicistes ne peuvent réprimer un sourire en voyant le magasin de chaussures de sport Athletic feet. Ce nom anglais ne signifie pas comme on le présume des « pieds sportifs » mais rappelle la mycose du pied, athlete's foot, qui se nomme ainsi parce qu'on peut la contracter notamment à la piscine, dans les vestiaires et douches communes.
De telles erreurs dans le choix d'un nom peuvent dans le meilleur des cas amuser des clients potentiels et parfois même contribuer à mieux faire connaître le produit. Mais cela devient plus critique quand le flop publicitaire est dû à un manque de considérations des différences de style de communication et de besoins informatifs allemands et français. Cela peut non seulement restreindre l'effet de la publicité, mais aussi mener à son total rejet.
Les spécificités culturelles d'un pays sont souvent bien plus significatives et déterminantes que l'on pense pour que la publicité soit bien perçue par la population. En France, la publicité peut être en effet facilement plus espiègle et fantastique, tandis qu'en Allemagne, objectivité et information ont plus d'importance. Ainsi, en France, on ne se sent pas assez séduit et courtisé quand la pub allemande dresse une liste de détails techniques et d'informations sur la sécurité de ses véhicules. Au contraire, les spots publicitaires français, où l'on peut voir des voitures rouler au fond de la mer ou se transformer en robots qui dansent, n'éveillent pas en Allemagne la fièvre acheteuse souhaitée, mais plutôt un froncement de sourcils.  |  | |
De même, l'exemple de l'échec de la campagne publicitaire dans les journaux pour le parfum pour hommes de chez Chanel Egoïste Platinum est révélateur des différences entre les consommateurs allemands et français. En France, on remarque surtout l'aspect esthétique de la publicité, qui fait donc son effet grâce au champ d'associations visé de la masculinité, de la force et du côté sauvage. Les Allemands, eux, ont rejeté cette publicité qu'ils trouvaient brutale et violente ; l'idée qu'un parfum fasse combattre le personnage principal du spot contre son ombre comme dans un accès de folie les dérangait.
Mais une commercialisation optimale des produits allemands dans le pays voisin n'est, elle non plus, pas toujours réussie. C'est ce qu'a montré le coup d'envoi d'une publicité allemande classique pour la lessive Ariel. Le mode d'emploi des « tablettes avec billes effervescentes et sa nouvelle formule à l'oxygène actif » est expliqué en détails. Des rapports d'experts et des tests d'hygiène soutiennent ces affirmations. Or, pour le public français, ces informations détaillées et instructives sur le produit sont tout simplement ennuyeuses, et le produit en devient inintéressant.
Pour rendre justice au marché allemand, si on laisse l'aspect esthétique de côté, la publicité livre beaucoup de faits et d'informations sur le produit et communique ainsi un message clair. Le public doit avant tout être convaincu. Pour le marché français, la pub reste au contraire souvent implicite, utilise des jeux de mots, des effets qui attirent l'attention et s'adressent plutôt aux sens. Le public souhaite en premier lieu être séduit.
Les entreprises allemandes et françaises ont tiré les leçons de telles erreurs et se demandent véritablement si les frais économisés en standardisant leur stratégie publicitaire compensent vraiment les risques d'un lancement publicitaire qui nuit à l'image du produit et d'une perte possible de recettes. En général, les entreprises choissent un chemin intermédiaire entre une standardisation totale et une adaptation complète de la publicité au marché culturel de chaque pays.
Pour en savoir plus
Barmeyer, Christoph I., « En un clin d'œil », dans : Französisch heute, avril 2000, pp. 480-494.
Dmoch, Thomas, Interkulturelle Werbung. Verhaltenswissenschaftliche Grundlagen für die Standardisierung erlebnisbetonter Werbung, Shaker Verlag, Aachen, 1997.
Kroeber-Riel, Werner, « Globalisierung der Euro-Werbung: Ein konzeptioneller Ansatz der Konsumforschung », dans : Marketing, ZFP, n° 4, 4e trimestre 1992, pp. 261-266. Article en PDF dans les deux langues Werbung.pdf, (AdobeReader » télécharger) 
Tobin pour tousStefan Fischer, traduction Caroline Bruneau, publié le 15.09.2005
James Tobin (1918–2002), économiste et prix Nobel, a proposé pour la première fois en 1972 une taxation de toutes les spéculations boursières, dont les recettes permettrait de combattre la pauvreté dans le monde. Aucun pays n'a jusqu'à présent instauré cet impôt. Cela ne signifie pas pour autant que l'idée de l'économiste n'a pas suscité d'intérêt. Au contraire, elle est constamment mise en avant par les détracteurs de la mondialisation, perçue comme un poison par les scientifiques libéraux et son principe est mis en débat par les économistes.
Dans le principe, l'idée de Tobin de taxer toute spéculation boursière est très simple. Les problèmes se situent dans les modalités. C'est ce que critiquent les États-Unis, un de ses plus farouches adversaires : il serait impossible de différencier la spéculation boursière à court terme des transactions sérieuses. En effet, seule la spéculation, qui permet à de grands groupes d'amasser du jour au lendemain des millions, serait taxée. De grandes entreprises dépensent ainsi d'énormes sommes pour acheter les actions d'une seule société, ce qui fait augmenter son cours. Cela permet de revendre aussitôt ces parts avec un confortable bénéfice. Mais un tel commerce ne présente pas que des avantages pour les sociétés.
Des crises financières, comme celle qu'a connu l'Asie dernièrement, peuvent ainsi être provoquées par la brusque revente de grandes quantités d'actions. De nombreux économistes doutent néanmoins que la très faible taxe proposée par Tobin puisse éviter de tels krachs. En revanche, la taxe Tobin pourrait provoquer une certaine stabilisation des marchés financiers, ce qui relancerait la confiance dans les pays en voie de développement. Il serait ainsi beaucoup moins risqué d'investir dans les pays pauvres.  |  | |
A cause de cet effet et de son investissement dans l'aide aux pays en voie de développement, cet impôt représente une redistribution des gains : des gagnants de la mondialisation en faveur des perdants de la mondialisation. Les grandes entreprises apporteraient ainsi leur contribution à la lutte contre la pauvreté. Des états comme la Belgique, l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou la France se sont déjà prononcés en faveur de cette taxe. Jacques Chirac, qui plaide depuis des années pour son instauration, l'a encore présentée fin janvier lors de son discours d'ouverture au forum économique mondial de Davos comme un élément central de lutte contre la pauvreté. Associée à une taxe sur les carburants des avions et des bateaux et sur les billets d'avion, Chirac a ainsi désigné la taxe Tobin comme un moyen de réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de pauvres, comme l'ont envisagé les Nations Unies.
Alors que le gouvernement allemand s'était jusque là plutôt exprimé contre cette taxe, celle-ci a pour la première fois trouvé en Gerhard Schröder un défenseur lors du forum économique mondial de Davos. « Un tel impôt pourrait être un moyen de financer l'annulation des dettes des pays d’Afrique », a-t-il déclaré, confirmant ainsi la demande de Chirac. Il est, pourtant, en Allemagne le seul homme politique de premier plan à partager cette opinion. Pour Hans Eichel, le ministre allemand des Finances, cette taxe supplémentaire n'est pas compatible avec la réforme fiscale en cours, qui craint de nouvelles instaurations d'impôt alors qu’'elle prévoit d'alléger la fiscalité. Du côté de l’union (CDU-CSU), on dit que cette taxe ne ferait qu'accabler un peu plus les entreprises et mettrait en péril les emplois.
Seule une instauration mondiale de cette taxe aurait en effet un sens ; sinon elle ne ferait qu'affaiblir financièrement les quelques états qui l'auraient appliquée. Mais ceci n’est pas envisageable dans un futur immédiat.
Le poids politique de ses plus fervents adversaires, parmi lesquels on compte les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas est trop lourd pour envisager de la mettre en vigueur. Pourtant, après les crises financières en Asie et en Argentine, de plus en plus de voix s'élèvent, aussi bien en Allemagne que dans d'autres pays : elles aimeraient , comme Tobin « jeter quelques grains de sable dans les rouages de la spéculation internationale ».
Photo James Tobin de AFP 
RMA et Ein-Euro-Job, deux « sésames » pour le retour à l'emploi ?par Céline Mistretta, publié en juin 2005
Tout commence en 2002. Peter Hartz, directeur du personnel de Volkswagen, est alors chargé par son ami Gerhard Schröder de réformer le marché du travail pour favoriser la création d'emplois.
Fin 2003, c'est le quatrième volet de ces mesures – Hartz IV – qui est voté. Il est entré en vigueur le 1er janvier 2005. Il vise essentiellement à réduire les aides aux chômeurs de longue durée. Sont ainsi concernées les personnes au chômage qui perçoivent les indemnités désignées sous le vocable « Arbeitslosengeld II ». Il est prévu d'aligner ces dernières sur le niveau de l'aide sociale, soit 345 euros en ex-RFA et 331 euros en ex-RDA. Ces mesures sont d'abord destinées à réduire les énormes déficits des caisses d'assurance chômage, mais aussi à « moderniser l'Etat-providence en motivant » davantage les chômeurs dans leur recherche d'emploi, de la même manière qu'en France, François Fillon, ancien ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité expliquait que le RMA visait à rendre « incitatifs les revenus du travail ».
En Allemagne, tout un volet de la réforme Hartz IV prévoit ainsi des sanctions contre les chômeurs refusant une offre d'emploi parce qu'elle ne correspond pas à leur qualification ou parce qu'ils la jugent insuffisamment rémunérée. La sanction s'applique également quand l'offre prend la forme de l'un de ces jobs à un euro de l'heure. Il s'agit là de travaux d'utilité publique, pour le compte d'associations ou de collectivités locales (assistance aux personnes âgés, entretien de jardins publics …). Le chômeur continue de percevoir son indemnité de l'Office pour l'emploi, à laquelle s'ajoute un euro par heure travaillée, versé par l'employeur. En jargon administratif, ce sont des emplois « secondaires » mais l'expression « jobs à 1 euro » de source journalistique a fait florès. L'objectif que s'est fixé – grâce à cette réforme – le ministre de l'économie Wolfgang Clement est de réduire de moitié le nombre de chômeurs en Allemagne d'ici 2010.
En pratique, depuis le 1er janvier, toute personne au chômage depuis plus d'un an est contrainte d'accepter « un job à 1 euro ». D'où la protestation de nombreux syndicalistes, qui dénoncent une « légalisation, de fait, du travail forcé », n'hésitant pas à assimiler la mesure au « service du travail obligatoire sous le IIIème Reich ». On rappelle en effet que pour résorber le chômage dans les années 1930, Hitler avait remis tout le monde au travail, notamment pour construire la première autoroute Berlin-Nuremberg.
Peut-on parler « d'exploitation » comme le laisse entendre les syndicats? La durée de travail requise doit être comprise entre 15 et 30 heures par semaine, sachant qu'un « ein-Euro-Job » ne peut pas être occupé pour une durée supérieure à 6 mois. C'est la même durée qui a été retenue en France pour le RMA. Le montant du RMA se calcule au minimum sur la base du SMIC, ce qui offre une garantie. Mais pour l'Allemagne, il faut bien comprendre que le salaire d'un euro de l'heure vient en appoint des indemnités que perçoit chaque chômeur. « Cela représente en réalité un salaire moyen horaire de 6 à 7 euros », explique Götz-Eberhard Hoffbauer, qui pilote l'opération pour l'agence de l'emploi du quartier de Mitte (Berlin). Il se plaint en effet que, du fait que les médias allemands ont inventé ce terme de « un job à 1 euro », il est très difficile de « faire comprendre le sens de cette mesure ».  |  | |
Un slogan comme celui des opposants à la réforme inscrite sur l'agenda 2010 du gouvernement : « Hartz IV, un instrument de paupérisation » a en effet bien plus de poids dans l'opinion. Selon le Paritätitischer Wohlfahrtverband (une association spécialisée dans l'observation de la vie sociale en Allemagne), le durcissement des conditions pour accéder aux prestations chômage va pousser « les ayants droit et leurs familles, soit plusieurs millions de personnes, sous le seuil de pauvreté ». Pour 27 % d'entre eux, il n'y aurait même plus d'indemnités du tout. Car l'Office pour l'emploi pourra refuser toute prestation à quelqu'un disposant lui-même, ou ses enfants, d'un patrimoine (maison, actions), d'une assurance-vie ou d'une assurance retraite, qu'il serait dans l'obligation de vendre pour se prendre en charge lui-même.
L'annonce de ces mesures drastiques a provoqué un vaste mouvement de protestation lors de l'été 2004. « Les manifestations du lundi » de Leipzig (celles qui avaient mis fin au régime de l'Allemagne de l'Est en 1989) ont été relancées pour l'occasion, cette fois-ci à l'initiative du PDS (néocommunistes), des syndicats au niveau local et d'Attac. 45 000 personnes ont ainsi manifesté début octobre 2004 à Berlin contre les réformes du gouvernement Schröder. Pour calmer les manifestants le président du SPD, Franz Müntefering a proposé d'introduire un salaire minimum. Cela permettrait de limiter le dumping salarial car même si Clement a assuré que les « ein-Euro-Jobs » ne concerneraient que les secteurs où il n'y a pas de concurrence (secteur associatif, communes, jardins d'enfants…), les patrons – notamment dans le secteur du nettoyage – craignent que ces emplois à bas prix ne leur fassent perdre des contrats.  |  | |
Du côté des chômeurs, la panique vient du fait que ces emplois pourront être rémunérés jusqu'à 30% en dessous des minima déterminés par les conventions collectives. L'idée d'un salaire minimum permettrait de contrebalancer les effets de Hartz IV. Mais si le grand syndicat des services Ver.di a accepté l'idée, il n'en est pas de même pour IG Metall. IG Metall n'a pas du tout envie de transférer à l'Etat l'un de ses plus grands pouvoirs, qui consiste à négocier les salaires par branche. De toute façon, Wolfgang Clement estime que ce « n'est pas un instrument adéquat » et qu'il ne faut pas remettre en cause les prérogatives des syndicats en matière salariale, qui sont le fondement même de l'économie allemande. « En France, le SMIC n'a créé aucun emploi, et en tout cas pas pour les jeunes », assurent d'ailleurs de nombreux économistes. Pourtant, en France, une grande partie des oppositions au RMA vient de la remise en question du SMIC qu'il induirait (applicable au domaine marchand, le RMA exerce une pression salariale à la baisse). Ces débats autour d'un salaire minimum rappelent les différences qui subsistent entre les modèles économiques allemands et français, alors même que les réformes actuelles du marché du travail reposent sur un même principe de base (remettre les chômeurs au travail). Néanmoins, la question des risques de dérégulation du marché de travail se pose bien dans les deux pays.
Une autre question d'importance est de savoir si ce passage par le marché secondaire, via les « jobs à 1 euro » ou le RMA, permettra aux chômeurs d'accéder au marché primaire de l'emploi. Rien n'est moins sûr. Cet accès ne sera par exemple pas possible en Allemagne de l'Est dans la mesure où il n'y a pas suffisamment d'offres sur le marché primaire. Toutefois, même s'il s'agit d'emplois transitoires, ils ont une dimension sociale importante, pour les jeunes notamment, qui ont du mal à décrocher un premier emploi. On trouve ainsi des témoignages enthousiastes de personnes préférant exercer une activité plutôt que de ne rien faire, même si elles reçoivent très peu pour cela.
L'article avec les deux versions française et allemande en parallèle
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Photos de www.dpa.de et www.mdr.de
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Fairer commerce et Handel équitableLes petits producteurs de café ne gagnent presque rien, mais le commerce équitable s'engage pour eux
par Sandrine Blanchard, publié en décembre 2004
Un producteur de café, souriant sous son sombrero, qui plonge la main dans un sac de grains fraîchement torréfiés. Dans les derniers rayons du soleil en arrière-plan, son bonheur est souligné à la flûte de pan. On imagine sans peine le train à vapeur qui sillonne la Cordillère des Andes, derrière la montagne que l’on aperçoit derrière le paysan. Des images éculées depuis des décennies par la publicité des grands groupes cafetiers mais surtout bien éloignées de la réalité des petits producteurs des pays en voie de développement.
Répondre au déséquilibre nord/sud et donc donner leur chance à des régions exclues du commerce classique, enclavées par leur situation géographique ou leur bas niveau de développement, aider des artisans ou des petits producteurs à vivre décemment de leur travail, voilà quelques uns des objectifs que s’est fixé le commerce équitable.
Côté français, près de 2500 produits sont agréés par le commerce équitable. Ces produits sont distribués dans des magasins spécialisés, souvent gérés par des associations de bénévoles, comme Artisans du Monde, et dans de nombreuses grandes surfaces. Un grand label a notamment réussi à faire entrer des produits équitables dans les réseaux de la grande distribution française dès 1998. Son nom : Max Havelaar, en hommage à un héros de roman hollandais du XIXè siècle, qui symbolise la révolte d’un citoyen contre les injustices du système colonial. Malgré ces efforts de propagation du commerce équitable, et bien que de plus en plus de Français déclarent, surtout dans les grandes villes, avoir déjà entendu parler de cette forme de commerce, ceux-ci ne consacrent en moyenne que 0,4 euros par an à l’achat de produits « équitables ». Les consommateurs les plus sensibles au commerce équitable sont les élites intellectuelles, les « faiseurs d’opinion », et notamment les jeunes adultes âgés de 25 à 34 ans, qui se disent prêts à dépenser en moyenne 15% de plus pour des produits équitables. C’est d’ailleurs José Bové, le «paysan rebelle », qui a participé à la prise de conscience des Français sur la qualité des produits consommés avec, dans un premier temps, le boom des produits biologiques. Le mouvement s’est depuis étendu aux modes de production et de commercialisation plus soucieux de l’approche « sociale ».  |  | |
En Allemagne, la part du commerce équitable, bien qu’en progression, plafonne à un niveau équivalent à celui de la France, contre 6,5 euros par an et par habitant en Suisse. Vingt-deux mille supermarchés et près de 800 « Weltläden » allemands, tenus en majeure partie par des bénévoles, se chargent de la commercialisation de produits équitables, qui ont même fait leur entrée à la cantine du Bundestag. La concurrence des discounters est cependant très rude en Allemagne, et les organisations du commerce équitable multiplient dès 1991 les campagnes d’information et de découverte du concept et des produits, plus chers que ceux issus du commerce classique. Peu à peu, et à force d’acharnement (voir encadré), la palette de ces produits s’est d’ailleurs élargie. Désormais, même si le café reste un produit phare de cette forme de commerce alternatif, les Magasins du Monde proposent ainsi une gamme de produits de consommation courante qui va du thé aux jus de fruits, en passant par le cacao, les bananes ou même l’artisanat, avec des paniers, des bijoux ou des vêtements, qui portent tous le label « Transfair ». Cette organisation se charge en effet d’estampiller les articles qui répondent aux normes strictes du commerce solidaire, pratiqué par quelque 70 entreprises ou associations licenciées. Transfair appartient, tout comme ses sœurs françaises, à une structure internationale de coordination appelée FLO, Fair Trade Labelling Organizations. C’est elle qui est à l’origine, en 2003, du logo qui rend le commerce équitable reconnaissable de par le monde.
Une plus grande coordination serait désormais souhaitable ; il manque cependant une instance internationale de haut niveau, capable d’incarner le commerce équitable face au commerce classique. Les acteurs du commerce équitable tentent notamment de faire pression sur des organisations internationales telles que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Or, bien que l’OMC soit implicitement chargée de lutter contre la pauvreté, les intérêts des pays – riches – qui la contrôlent les portent plutôt à protéger leurs marchés qu’à voler au secours des pays pauvres. De même, les exportations subventionnées en provenance de l'Union européenne font concurrence, dans les pays du sud, aux productions locales ; les barrières douanières de l'UE empêchent également les petits producteurs issus des pays en voie de développement de pénétrer le marché européen. La route est donc encore longue avant de voir se généraliser les notions d’investissement éthique, de finance solidaire et de consommation consciente.
Photos et Label deTransfair e.V.
Le commerce équitable, comment ça marche ?Plus de 800 000 familles d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique profitent aujourd’hui directement du commerce équitable, en échange de quoi producteurs et artisans du sud triés sur le volet s’engagent à respecter certains critères fondamentaux.
Ils doivent tout d’abord s’organiser en coopératives démocratiques et indépendantes, c’est-à-dire en structures dans lesquelles ils décident ensemble de la répartition et du meilleur emploi possible des recettes, dans l’intérêt général. Ces structures sont soumises à des contrôles des bureaux de liaison de la Fair Trade Labelling Organization (FLO). Nombreuses sont également les exigences quant à la quantité et à la qualité des produits ; éviter dans la production les pesticides et autres engrais chimiques nuisibles à l’environnement, par exemple, ou encore respecter les délais de livraison fixés. Autre point capital : le refus de toute forme d’esclavage ou de travail forcé, et notamment celui des enfants.
En contrepartie, des partenariats durables sont scellés par contrat et les prix de vente déterminés à l’avance, ce qui permet aux petits producteurs de ne pas dépendre des fluctuations des marchés internationaux. En 2003, le commerce équitable leur garantissait plus d’1,26 dollars par livre de café contre 0,37 dollar sur le marché international. Par ailleurs, le recours à des intermédiaires coûteux est évité au maximum, afin d’augmenter les marges des producteurs, qui bénéficient le cas échéant de microcrédits pour financer leurs projets.
Le tout repose sur l’engagement des consommateurs des pays les plus riches, que le commerce équitable aimerait voir devenir des « consomm’acteurs » responsables. Ce qui signifie accepter de payer le coût supplémentaire induit par les règles d’éthique et de solidarité. |
Une initiative qui fait son cheminL’idée d’une forme de commerce alternative au commerce mondial dit « classique », c’est-à-dire régi par les lois du marché libéral, remonte aux années 1960. À l’origine du commerce équitable, Fair Trade dans le texte, quelques ONG (Organisations non-gouvernementales) volontaires des Pays-Bas et de Grande-Bretagne, qui décident de faire entendre dès 1964 par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) le principe « Trade but not Aid » (Du commerce mais pas d’aide). Quelques années plus tard s’ouvre la première Boutique Tiers Monde à Breukelen, aux Pays-Bas. Il faudra cependant attendre 1973 pour que le café Indio (Indio Solidaritätskaffee), en provenance du Guatemala, fasse son entrée sur les marchés allemand et français.
En 1975 naissent en Allemagne la Société de soutien à la coopération avec le Tiers-Monde ("Gesellschaft zur Förderung der Partnerschaft mit der Dritten Welt", Gepa), et la Fédération des Magasins du Monde (Weltladendachverband). Le premier label, Fair Trade, auquel s’ajoute bientôt Transfair, apparaît en 1988. En France, la même année, le label « Max Havelaar » fait son apparition puis, dans les années 1990, se crée la plate-forme française du commerce équitable. Ce n’est qu’en 1997 que les acteurs du commerce équitable international (Max Havelaar, Fairtrade et Transfair) se regroupent au sein de la FLO, Faire Trade Labelling Organization, structure unique qui coordonne leur action. |

Partenaires ou concurrents ? Les relations économiques franco-allemandesGrit Hofmann, traduction Abdelkrim Zakari et Anne Le Touzé, publié en septembre 2004
« L’Allemagne et la France sont l’un pour l’autre les partenaires économiques les plus importants », peut-on entendre et lire dans de nombreux discours ou publications abordant les rapports économiques franco-allemands. Cette thèse repose bien sûr sur des faits concrets, il ne s’agit en aucun cas de la remettre en question. Elle doit néanmoins s’accompagner d’une réflexion critique. Car le vieil adage qui affirme que tout ce qui brille n’est pas d’or vaut également pour les relations franco-allemandes.
Incontestablement, et même si leurs économies respectives connaissent une crise conjoncturelle et structurelle, la France et l’Allemagne sont des superpuissances économiques européennes. Mais parce qu’elles ont violé les clauses du pacte de stabilité, elles sont devenues les moutons noirs de l’Europe.
• Du côté allemand surtout, ce partenariat est très important : en 2002, le volume des exportations de l’Allemagne vers la France était évalué à 65 milliards d’euros ; en 2003 il était estimé à plus de 70 milliards d’euros. L’excédent de 20,9 milliards d’euros est le plus important du commerce extérieur allemand.
• Alors que les entreprises françaises implantées en Allemagne emploient environ 100 000 personnes, les sociétés allemandes basées à l’ouest du Rhin assurent près de 200 000 emplois.
• En 2003, 10,6% des exportations allemandes étaient destinées à la France, alors que 14 % du total des exportations françaises étaient pour l’Allemagne.
• Les échanges commerciaux intenses entre les deux partenaires ont également conduit à des investissements directs dans les deux pays. À la fin de l'année 2002, le volume des investissements directs allemands en France s'élevait à 49,8 milliards d’euros, de son côté la France avait investi 28,3 milliards d'euros en Allemagne.
• De nombreuses fusions franco-allemandes dans le domaine de la haute technologie ont également contribué à cette évolution (Aventis, née de Rhône Poulenc et Hoechst, EADS de DASA et Aérospatiale MATRA, ou encore Framatome ANP de Framatome et de la branche d'énergie nucléaire de Siemens AG).
• L’Allemagne est le deuxième investisseur en France. La moitié de ces investissements se font en Alsace et dans l’Est de la Lorraine. Dans les nouveaux Länder allemands, la France arrive en deuxième position sur la liste des investisseurs directs, après les Etats-Unis.
• A elles deux, les économies des deux voisins contribuent à plus de 50% à l’économie de la zone euro.
Depuis 1945, l’interdépendance économique est sans aucun doute l’un des éléments majeurs des relations franco-allemandes. Grâce à des rencontres bilatérales régulières entre les ministres de l’économie et des finances, la coopération économique exerce une certaine influence sur les processus politiques internes aux deux pays. Celle-ci se traduit par des tendances convergentes dans leurs politiques économiques, financières et sociales.
Il serait pourtant simpliste d’achever ici la présentation des relations économiques entre la France et l’Allemagne. Car–même avec un idéalisme franco-allemand sans borne–le partenariat économique entre les deux pays est généralement moins évident que le fameux concept du moteur franco-allemand ne veut le suggérer. Il existe également au niveau économique–et c’est compréhensible – des conflits et des problèmes. Et même s’ils ternissent quelque peu l’image précédemment exposée et rendent difficile la compréhension des relations franco-allemandes, ces conflits doivent être abordés si l’on veut être complet.
Principe de concurrence D’un point de vue historique, il faut retenir que ces rapports ont été longtemps dominés par un principe de concurrence, de même que–du point de vue français–par un souci d’égalité entre les deux économies.
Le retard considérable de l’économie française, beaucoup moins industrialisée que sa voisine allemande, est considéré comme une cause de la défaite de 1940. Ceci eut pour conséquence que le gouvernement français fit de la profonde modernisation du pays une priorité nationale après 1944. Sans doute aussi dans le but d’exercer son influence dans le domaine de la politique extérieure.
En 1950, le plan Robert Schuman donne naissance à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Si elle est de fait une alliance économique, cette fusion des deux branches industrielles indispensables à l’armement n’en est pas moins politique. Face à l’affirmation de la souveraineté nationale du côté allemand, la CECA est alors pour la France un moyen d’intégrer l’ancien agresseur et la nouvelle puissance économique florissante. La création de la Communauté Economique Européenne en 1957 traduit aussi cette même motivation. Officiellement, l’objectif est de développer les interpénétrations économiques en vue d’une intégration politique. En réalité la France espère alors réussir à tenir tête à la croissance continue de l’industrie allemande. Et comme l’économie française est essentiellement agricole, la France exige également la création d’une politique agricole commune.
L’inégalité économique entre les deux pays voisins apparaît également dans leurs rapports monétaires. Après la parité entre les deux monnaies en 1958, le Deutsche Mark se consolide de plus en plus, si bien qu’en 1986, un Franc français ne vaut plus que 0,35 DM. Notons tout de même qu’à partir de 1990, le taux de change s’améliore en faveur du FF avant de disparaître avec l’unification monétaire de 2002. Autre point important : lors de la crise qui suit le choc pétrolier de 1973/74, l’économie ouest-allemande s’en sort mieux que celle de la France. Ce qui explique que le miracle économique allemand est souvent ressenti comme une menace économique et politique du côté français, d’autant plus qu’à partir de 1978, c’est le Mark qui domine le système monétaire européen. Face à ce déséquilibre économique évident, la France compense par une volonté de domination dans les domaines militaire et diplomatique.
Barrières linguistiques et conceptions politiques divergentes Outre les problèmes d’ordre culturel liés aux barrières linguistiques et à des cultures économiques différentes, les divergences de conception dans les politiques économiques constituent elles aussi des points de friction dans la coopération franco-allemande. La France par exemple, qui rattrape son retard après 1945 grâce à une politique économique marquée par un interventionnisme ciblé tend également au sein de l’UE vers un dirigisme économique plus centralisé que l’Allemagne dont l’économie est – du moins théoriquement – plus libérale.
Le protectionnisme et l’isolationnisme souvent reprochés à la France peuvent certes s’expliquer par le principe fondamental de souveraineté nationale et par le souci d’indépendance. Mais malgré la libéralisation accrue de l’économie, ces deux tendances se retrouvent dans l’engagement de l’Etat pour la protection de l’industrie cinématographique et de l’agriculture. L’actuelle politique industrielle du nouveau ministre français de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Nicolas Sarkozy, est ainsi fortement critiquée outre-Rhin.
Au vu de l’actualité, il serait fâcheux de ne pas évoquer les divergences concernant l’élargissement de l’Union Européenne aux pays d’Europe de l’Est. Outre des motifs politiques divergents tels que la culpabilité historique de l’Allemagne ou les craintes de marginalisation de la France, il existe un déséquilibre considérable dans la présence et le poids économique des deux pays au-delà de l’Oder. Alors que les entreprises allemandes étaient avant 1989 déjà actives dans les pays de l’Est, l’engagement français dans les nouveaux pays de l’Union n’a commencé qu’au milieu des années 90. Pour les pays de l’Europe centrale et orientale, l'Allemagne est sans aucun doute le premier partenaire commercial au sein de l’UE, dépassant de loin la France dans le volume des importations et exportations. Néanmoins, l’économie française ne cesse de gagner du terrain dans ces pays. Ainsi depuis 2000, le volume des investissements français en Pologne dépasse celui des entreprises allemandes.
Partenariat ou compétition ? Dans le fond, les rapports économiques franco-allemands sont à l’image des relations ambivalentes entre les deux pays : ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre, même si, parfois, les intérêts nationaux priment.
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